Bertrand (Berthram ou Bertrannus ou Bertechramnus) du Mans, né vers 540 et mort en 623, est un prélat catholique franc, évêque du Mans à partir de 586 (sancti Bertichramni cenomanensis episcopi)Jacques-Paul Migne, Patrologiae cursus completus, sive Biblioteca universalis, integra…, t. 80, 1863, p. 367..
Biographie D'origine gallo-romaine et aquitaine par sa mère, Bertegunde, franque et neustrienne par son pèreRégine Le Jan, Famille et pouvoir dans le monde franc (). Essai d'anthropologie sociale, Paris : Publications de la Sorbonne, 2003, p. 382., ce riche aristocrate appartient à une famille très liée à l'Église mérovingienne. Il est le neveu de l'évêque de Bordeaux, Bertrand, le frère de celui d'Évreux, Erminulfus, le demi-frère de celui de Rennes, Haimoaldus, et est parent de nombreux autres évêques (Auxerre, Orléans, Bourges)Jean-Pierre Devroey, Économie rurale et société dans le monde franc (), Paris : Belin, 2003, p. 264..
Bertrand séjourne à la cour de Clotaire , puis de Caribert , avant d'entamer, à la mort de ce dernier (567), une carrière ecclésiastique à Tours. Il est ordonné prêtre à Paris, peut-être par l'évêque saint Germain (mort en 576). Ayant brigué sans succès la dignité d'évêque de Bordeaux à la mort de son oncle maternel, il serait alors devenu archidiacre de Paris, avant d'être élu évêque du Mans en 586, grâce au soutien du roi Gontran. En 585, à la mort de son oncle Bertrand, évêque de Bordeaux, il avait dû s'occuper de l'exécution testamentaire de ce dernierGrégoire de Tours, I. VIII, 22. p.388, il pourrait en avoir tiré des enseignements de cette époque troublée, en faisant confirmer à l'avance par Clotaire II ses propres dispositions testamentairesNote 203 de la page 46, de l'article de Josiane Barbier Testament et pratiques...., dans Sauver son âme et se perpétuer, publication de l'école française de Rome, 2005 réédition 2013, 532.p.
Il va alors s'employer à restaurer le temporel de son Église que son prédécesseur, Baudegisile (581-586), avait dépouillée. Il est par deux fois contraint à l'exil par les partisans de Brunehaut (592-596 et 600-605) en raison de sa fidélité à Clotaire II pendant la guerre civile. Mais, cette fidélité est largement récompensée par d'importantes donations foncières, comme la villa de Bonnelles (Yvelines) ou celle de Pomponne (Seine-et-Marne)Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux, 481-888 La France d'avant la France, coll. « Histoire de France », Paris : Belin, 2012, p. 78-80..
Il fait partie des 75 prélats, métropolitains et évêques, qui siègent au concile de Paris (614) et cherchent à restaurer une Église mérovingienne très affaiblie par l'interminable querelle familiale (faide royale vers 570-613)Jean Gaudemet, Brigitte Basdevant, Les canons des conciles mérovingiens (), coll. « Sources chrétiennes », Paris : éd. du CERF, 1989, p. 508-525.. Particulièrement généreux à l'égard de son église, la cathédrale Sainte-Marie, il a aussi fondé et richement doté la basilique Saints-Pierre-et-Paul, devenue l'abbaye Saint-Pierre de la Couture, à proximité du Mans ainsi qu'un hospice, Saint-Martin de Pontlieue. vignette|Biens de Bertrand du Mans présents dans son testament. Son testament, rédigé en et transcrit par les Actes des évêques du Mans, est une source majeure sur la puissance foncière de l'aristocratie franque. Il donne la liste de plus de 75 villae ou portions de villae que Bertrand possédait et qu'il a partagées entre l'Église, en particulier celle du Mans, ses neveux et petits-neveux ainsi que des membres de l'entourage royal Margarete Weidemann, Das Testament des Bischofs Berthramm von Le Mans vom 27. März 616. Untersuchungen zur Besitz und Geschichte einer fränkischen Familie im 6. und 7. Jahrhundert, Mayence, 1986.. L'ensemble des biens fonciers couvrait 300 000 hectares, dispersés dans toute la Gaule occidentaleHenri Leclercq, « L'Épiscopat de Saint Bertrand », in Dictionnaire d'Archéologie Chrétienne et de Liturgie, X-2,Paris : 1932, col. 1490-1522.. En plus des nombreux domaines hérités, souvent difficilement récupérés comme la villa de Plassac à Plassac, en Gironde, ou acquis grâce à la faveur royale, la structure de ses propriétés illustre une politique d'achat et d'échange caractéristique des stratégies patrimoniales des aristocrates mérovingiensSandrine Linger, « Acquisition et transmission de propriétés d'après le testament de Bertrand du Mans (27 mars 616) », dans Aux sources de la gestion publique, tome II : « L'invasio des villae ou la villa comme enjeu de pouvoir », Élisabeth Magnou-Nortier (dir.), Lille : Presses universitaires de Lille, 1995, p. 171-194., par exemple avec l'évêque de Tours Agericus..
Il meurt en 623 au terme d'une longue carrière au service à la fois du roi, de l'Église et de sa famille. Sa renommée () lui a valu d'être rapidement porté sur les autels, et l'Église catholique l'honore le jour de son décès, le .
Notes et références
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