Jean de Châteaumorand, seigneur de Châteaumorand, de Châtelus et de Poligny, né vers 1355 et mort le , est un chevalier bourbonnais. Il a été l'un des plus proches et fidèles compagnons du duc Louis II de Bourbon et a largement inspiré la Chronique du bon duc Loys de Bourbon de Jean Cabaret d'Orville (1429).
Biographie Jean de Châteaumorand est le second fils d'Hugues de Châtelus (vers 1325 - ), seigneur de Châtelus et de Châteaumorand, compagnon du duc Louis II, chevalier de l'Écu d'or, et chambellan du roi Charles VI. Il appartenait à une importante famille des confins du Bourbonnais et du Forez, vassale à la fois des ducs de Bourbon et des comtes de Forez. Sa mère, Marguerite de La Porte, fille de Jean de La Porte, seigneur de Bannegon et de Poligny (qui prit plus tard le nom de Lurcy-Lévis), apporta à son époux la terre de PolignySa sœur Marie hérita de Bannegon.. Son frère aîné, Guichard, mourut en 1391 à Gênes au retour de l'expédition en Barbarie (Tunis), de sorte que Jean devint le seul héritier mâle de leur père. Par sa mère, il était le cousin de Jean le Barrois des Barres.
Il prend d'abord le titre de seigneur de Poligny, hérité de sa mère, puis, après la mort de son père, celui de seigneur de Châtelus et de Châteaumorand, mais il renonce au nom porté par ses aïeux depuis au moins deux siècles pour prendre celui de Châteaumorand. Il épouse en 1408 Marie de Frolois (branche de Posanges-St-Germain), dont il a une fille, Agnès/Agnette de Châteaumorand, qui épouse par contrat du Brémond/Bermond de Lévis et qui, restée la seule héritière de son père, transmettra à la maison de Lévis (branche de La Voulte) son nom et ses terresDe ce couple descend, à la cinquième génération, Diane de Châteaumorand (1558-1626), épouse d'Honoré d'Urfé, l'auteur de L'Astrée..
Les premières campagnes Jean de Châteaumorand, après son père et son frère aîné, entre naturellement au service de Louis II de Bourbon. Il sert d'abord comme écuyer et porte le pennon ducal. Il participe au siège de Châteauneuf-de-Randon par Du Guesclin. Dès le siège de Nantes, entre et , il est chevalier, à la tête d'une compagnie de gens d'armes, et joue un rôle important au côté de Jean des Barres, dit Le Barrois, qui est son cousin germain. Peu après, il est l'un des cinq chevaliers français qui combattent cinq chevaliers anglais au tournoi de Vannes et remportent la victoire ; il l'emporte facilement sur Gautier Cloppeton et s'illustre le lendemain par son attitude chevaleresque à l'égard du cousin de Cloppeton, qui l'avait attaqué par traîtriseJean Cabaret d'Orville, La chronique du bon duc Loys de Bourbon, publiée par Alphonse-Martial Chazaud, Paris, Renouard, 1876, (en ligne)..
Il accompagne ensuite le duc de Bourbon combattre les Anglais en Poitou (prise de Taillebourg, Bourg-Charente, Verteuil et autres lieux).
La croisade de Barbarie vignette|Les croisés, menés par le duc Louis II de Bourbon que l'on reconnaît à ses armes, lèvent le siège de Mahdia. Miniature d'un manuscrit de Jean Froissart. En 1390, avec son frère Guichard et environ chevaliers, il accompagne Louis II dans la croisade qu'il mène contre les pirates barbaresques installés dans l'actuelle Tunisie (siège de Mahdia). Cette expédition, envoyée à l'initiative des Gênois dont les ambassadeurs avaient réussi à convaincre le roi Charles VI, fut un échecLa croisade est racontée par Jean Froissart au livre IV de ses Chroniques..
Missions diplomatiques Louis II, qui mène une politique étrangère très active en direction de la Méditerranée orientale pour son propre compteIl revendique sa part dans l'héritage de sa tante Marie de Bourbon, épouse de Guy de Lusignan, héritier présomptif de la couronne de Chypre, puis de Robert de Tarente, empereur latin de Constantinople. et pour celui du roi, confie à Jean de Châteaumorand plusieurs missions diplomatiques. En 1397, il l'envoie auprès du sultan Bajazet I pour négocier la libération des chevaliers français faits prisonniers à la bataille de Nicopolis () ; Châteaumorand réussit à obtenir la libération contre rançon des prisonniers, qu'il ramena en Olivier Troubat, « Ambassadeurs bourbonnais pour la Méditerranée et l'Orient à la fin du Moyen Âge », La Lettre des Amis de Montluçon, , janvier 2014, (en ligne)..
L'expédition de Constantinople Menacé par les progrès des Turcs ottomans qui assiégeaient sa capitale, l'empereur Manuel II Paléologue demande du secours aux puissances d'Europe occidentale. Le roi de France Charles VI décide en 1398 l'envoi d'une expédition de secours commandée par Jean II Le Meingre, dit Boucicaut, maréchal de France, qui a pour second Jean de Châteaumorand. Le corps expéditionnaire de hommes arrive à Constantinople en 1399 et réussit à entrer dans la ville malgré le blocus ottoman. Au début de l'année 1400, l'empereur quitte Constantinople en compagnie du maréchal Boucicaut pour demander en personne de l'aide en Occident ; Jean de Châteaumorand reste sur place à la tête d'une troupe de 300 hommes.
La victoire de Tamerlan sur les Turcs ottomans à la bataille d'Ankara () et la défaite du sultan Bajazet I desserre l'étreinte sur les Byzantins ; Châteaumorand peut alors rentrer en France. En 1403, Châteaumorand mène des missions en Orient pour le compte de Boucicaut, maréchal de France, devenu gouverneur de Gênes, nommé par le roi Charles VI sous l'autorité duquel la cité de Gênes s'était mise (1396 à 1409). Il participe à une expédition menée en Orient par Boucicaut ; au retour, ils passent devant Modon, au sud-ouest de la Morée, comptoir de la république de Venise, ennemie des Génois ; une bataille éclate, qui tourne à l'avantage des Vénitiens, et Châteaumorand est fait prisonnier avec 400 hommes. Ils ne sont libérés qu'après six mois de captivité.
On ne sait ensuite plus rien de lui jusqu'à sa collaboration avec Jean Cabaret d'Orville pour la rédaction de la Chronique du bon duc Loys de Bourbon en 1429.
La Chronique du bon duc Loys de Bourbon L'ouvrage a été écrit en 1429 et il s'agit probablement d'une commande du petit-fils de Louis II, Charles de Bourbon, comte de Clermont, futur duc de Bourbon. Cabaret d'Orville le rédigea d'après les souvenirs et peut-être sous la dictée de Jean de Châteaumorand, au point que certains commentateurs considèrent Châteaumorand comme le véritable auteur.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Claude-Odon Reure (chanoine), « Jean de Chateaumorand a-t-il retardé de cinquante ans la prise de Constantinople par les Turcs ? », Bulletin de la Diana, 19, 1913. Gustave Schlumberger, Jean de Chateaumorand, un des principaux héros français des arrière-croisades en Orient à la fin du XIV siècle et à l'aurore du XV, Paris, Société littéraire de France, 1919, 52 p. Alphonse-Martial Chazaud, introduction à l'édition de la Chronique du bon duc Loys de Bourbon, Paris, Renouard, 1876, (en ligne). Olivier Troubat, « Ambassadeurs bourbonnais pour la Méditerranée et l'Orient à la fin du Moyen Âge », La lettre des Amis de Montluçon, , 2013, .
Articles connexes Jean Cabaret d'Orville Louis II de Bourbon
Liens externes
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