Les élections législatives irakiennes de 2021 se déroulent de manière anticipée le en Irak afin d'élire les du Conseil des représentants. Initialement prévues pour et un temps avancé au , le scrutin est finalement organisé en octobre à la suite d'importantes manifestations anti-gouvernementales.
Le scrutin voit arriver en tête le Mouvement sadriste de Moqtada al-Sadr, qui se retrouve en position de force pour former le nouveau gouvernement. La crise constitutionnelle provoquée par le blocage des partis sur la question de l'élection d'un nouveau président, préalable indispensable à la formation d'un nouveau gouvernement, conduit cependant à l'autodissolution du mouvement, dont les députés démissionnent tandis que Moqtada al-Sad se retire de la vie politique.
La crise se résout finalement par l'élection en octobre 2022 d'Abdel Latif Rachid à la présidence. Ce dernier charge Mohammed Chia al-Soudani de la formation d'un nouveau gouvernement. Bénéficiant du soutien de la plupart des autres principales formations politiques, il obtient la confiance du Conseil le 27 octobre 2022, un an et douze jours après les élections. Contexte vignette|gauche|200px|Manifestations en novembre 2019.
Des manifestations anti-gouvernementales ont lieu en Irak à partir du . Les protestataires manifestent contre le chômage, la corruption, la déliquescence des services publics, la tutelle de l'Iran et réclament la . Le mouvement, qui se déroule principalement à Bagdad et dans les villes du sud du pays à majorité chiite, se développe en un véritable soulèvement populaire. La répression, conduite par les forces de sécurité, et notamment par les milices pro-iraniennes des Hachd al-Chaabi, fait entre 470 et 600 morts entre octobre et ..
Le mouvement finit par provoquer la démission du Premier ministre Adel Abdel-Mehdi le . Son remplaçant, Moustafa al-Kazimi annonce le la tenue d'élections législatives anticipées pour le .. En janvier 2021, cependant, le scrutin est reporté au 10 octobre 2021 par le gouvernement en raison de son impréparation à la conduite du scrutin.
Le Parti communiste irakien et d'autres organisations politiques ayant pris part aux manifestations de 2019 appellent au boycott du scrutin, estimant qu'il ne pourrait se dérouler librement tant que des partis posséderont des branches armées capables de faire pression sur les électeurs, notamment dans les quartiers populaires de Bagdad.
Système électoral Le Conseil des représentants de l'Irak est la chambre basse du parlement bicaméral irakien. Elle est cependant de facto le seul pouvoir législatif, le Conseil de la fédération censé constituer la chambre haute ne s'étant encore jamais réuni depuis la mise en place de la constitution de 2005.
Le conseil est composé de élus pour quatre ans au vote unique non transférable dans 83 circonscriptions plurinominales, avec un quota de 25 % des sièges réservés aux femmes dans chacune d'elles. Les électeurs votent pour un seul candidat dans leur circonscription, et les candidats ayant reçu le plus de voix dans celle-ci sont élus à hauteur du nombre de sièges qui y sont à pourvoir... Sur les , 9 sont réservés aux minorités religieuses ou ethniques, à raison de cinq sièges pour les chrétiens et un chacun pour les Mandéens, Yézidis, Shabaks et Kurdes Feylis, ce dernier ayant été ajouté en sur décision du conseil.
Il s'agit des premières élections organisées sous ce nouveau système, adopté en 2021 à la suite des importantes manifestations appelant à une réforme du système. Les précédentes élections avaient lieu au scrutin proportionnel de liste ouvertes dans 18 circonscriptions de sept à 34 sièges correspondants aux gouvernorats de l'Irak, et les sièges était répartis selon la méthode de Sainte-Laguë.
Conditions Le droit de vote s'acquiert à l'âge de . Seules peuvent être élues les personnes âgées d'au moins , diplômées de l'enseignement secondaire. Les membres actifs des forces armées ne peuvent se présenter comme candidats. Sont également exclues les personnes condamnées pour détournement de fonds publics ou pour crime d'honneur, ainsi que les anciens cadres du parti Baas.
Résultats +Résultats nationaux..IHEC RésultatsIHEC résultats détaillésFichier:Iraq2021ParliamentElection.svg Partis Voix % +/- Sièges +/- Mouvement sadriste10,00Parti en alliance avec le Parti communiste irakien sous la bannière de La marche pour les réformes. 73 Parti démocratique du Kurdistan8,83 31 Parti du progrès7,2037 Coalition de l'État de droit5,67 33 Alliance Fatah5,2317 Alliance Azem4,76 14 Union patriotique du Kurdistan4,16 17 Alliance de la victoire4,06 4 Mouvement Emtidad3,38 9 Alliance du contrat national2,664 Mouvement nouvelle génération2,64 9 Alliance Tasmim1,73 5 Qadimun1,350 Alliance de l'approche nationale1,221 Mouvement Ishraq Kanoon1,13 6 Mouvement des droits1,121 Parti Eqtadar Watan0,831 Groupe de justice pour le Kurdistan0,721 Mouvement loyal irakien0,680 Notre peuple est notre identité0,663 Mouvement Babylone0,57 4 Parti des professionnels pour la reconstruction0,560 Parti national des masses0,561 Front turkmène d'Irak0,55 1 Projet national irakien0,511 Rassemblement Al-Faw Zakho0,470 Parti Al Furatain0,451 Unis pour l'Irak0,440 Parti du produit national0,411 Wathiqoon0,400 Bloc indépendant Wasit0,351 Al-Wataniya0,330 Coalition nationale profonde0,320 Mouvement réforme décisive0,303 Coalition arabe de Kirkouk0,30 1 Bloc loyauté et changement0,171 Bloc de l'espoir national0,171 Parti de la nation0,141 Mouvement national Biladi0,091 Bloc de soutien national0,071 Parti yézidi du progrès0,05 1 Autres partisPartis ayant réuni moins de 0,30 % des voix et n'ayant obtenu aucun sièges5,70 –0 Indépendants19,0543 Votes valides92,45 Votes blancs et nuls7,55 Total 100 – 329 Abstentions 56,70 Inscrits / participation 43,30
Analyses En recul dans les urnes selon des résultats provisoires, les groupes militants pro-iraniens contestent les résultats. Bien que les élections se soient déroulées sans incidents, le taux de participation est bas, près de 60 % des inscrits s'étant abstenus..
Arrivé en tête, le Mouvement sadriste dirigé par Moqtada al-Sadr est le grand vainqueur des élections, et devrait être amené à former un gouvernement de coalition. Allié au Parti démocratique du Kurdistan de Massoud Barzani et au Parti du progrès de Mohamed Al-Halbousi ainsi qu'à la plupart des formations sunnites irakiennes, al-Sadr soutient la candidature d'Hoshyar Zebari à l'élection présidentielle de février 2022 afin de se voir confier la formation du nouveau gouvernement, dans le but affiché de rompre avec les formations liées au voisin chiite iranien...
Suites Crise constitutionnelle La formation d'un gouvernement est subordonnée à l'élection d'un nouveau président de la République. La première réunion du Conseil des représentants le en vue du premier tour de l'élection présidentielle irakienne de 2022 est un échec. Seuls 58 députés sur 329 étant présents, le scrutin n'a pas lieu faute de quorum des deux tiers des membres, et le scrutin est reporté à une date indéterminée...
Les trois principaux partis issus des élections législatives d'octobre décident en effet de boycotter la séance, en raison des désaccords en cours sur la désignation d'un nouveau Premier ministre, ainsi qu'en protestation de la suspension de la candidature d'Hoshyar Zebari...
Le candidat du PDK et principal opposant au président sortant se voit en effet temporairement suspendre de la course par la Cour suprême, à la demande d'autres députés rappelant son passé en termes de corruption, puis disqualifié par la Cour suprême le 13 février.. Ancien ministre des Finances, Zebari s'était vu limogé par le parlement en 2016 pour soupçons de , près de deux millions de dollars de fonds publics ayant été détournés vers son service personnel de sécurité, sans qu'il soit pour autant condamné par la justice..
Le processus électoral est relancé le 5 mars avec la réouverture des enregistrements des candidatures pendant trois jours. Cette relance intervient grâce à un vote du Conseil des représentants par 203 voix pour, le conseil ayant auparavant obtenu le feu vert de la Cour suprême quant à la validité d'un tel vote en lieu et place de la convocation du scrutin par le président de la chambre.... Le choix du candidat du PDK se porte cette fois-ci sur le ministre de l'Intérieur de la région autonome du Kurdistan, Rebar Ahmed. Un total de quarante cinq personnes se portent alors candidats, dont quarante voient leur candidatures retenues. À l'issue de cette seconde période d'enregistrement, le conseil décide le 16 mars de fixer le scrutin présidentiel au 26 du même mois... Le scrutin fait cependant à nouveau l'objet d'un boycott l’empêchant d'atteindre le quorum de participation , ce qui provoque son report au 30, seuls 202 membres du conseil étant alors présent. Les députés boycotteurs accusent notamment le Mouvement sadriste d'être revenu sur ses promesses de recherche d'une majorité d'union nationale, et d'abandon de la politique des quotas ethnico-religieux.. Avec seulement 179 parlementaires présents le 30 mars, le scrutin avorte une nouvelle fois pour cause de quorum non atteint, tandis que la Cour suprême donne au Parlement jusqu'au 6 avril pour élire un nouveau président.. Le parlement ne se réunit cependant pas pour le scrutin, plongeant le pays dans une crise constitutionnelle..
Le 13 juin, les 73 députés sadristes démissionnent du Parlement.. Ils sont remplacés par les candidats arrivés deuxièmes dans leurs circonscription. A l'appel d'al-Sadr, ses partisans envahissent le Parlement les 27 et 31 juillet.. Il annonce son retrait de la vie politique en août 2022 déclenchant des affrontements entre ses partisans et l'armée dans Bagdad. Il enjoint ses partisans à quitter leur position et à se retirer le 30 août. Les affrontements ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés.
Après un nouveau boycott prolongé par le Mouvement sadriste et la menace d'élections législatives anticipées, la crise prend finalement fin début octobre 2022, permettant l'élection à la présidence d'Abdel Latif Rachid, membre comme le président sortant Barham Salih de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) mais bénéficiant pour sa candidature sans étiquette du soutien du Parti démocratique du Kurdistan (PDK). Candidat de consensus, il parvient à réunir les voix des sunnites comme des chiites, et est élu au second tour face à Barham Salih...
Gouvernement al-Soudani vignette|redresse=0.7|Mohammed Chia al-Soudani
La démission des 73 députés du Sadr et l'annonce du retrait de son dirigeant de la vie politique, conduisent à sa disparition de l'échiquier politique au profit du Cadre de coordination, une large coalition informelle réunissant chiites, sunnites et kurdes. Cette dernière porte la candidature de l'ancien ministre des droits de l'homme Mohammed Chia al-Soudani, seul élu du Parti Al Furatain, au poste de Premier ministre...
Dés son investiture le 13 octobre 2022, le nouveau président charge al-Soudani de former un gouvernement dans les trente jours... Celui-ci présente son gouvernement le 27 octobre et obtient la confiance du Parlement le jour même. Le gouvernement réunit ainsi le Parti du progrès (TAK), la Coalition de l'État de droit, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), l'Alliance Fatah, l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), l'Alliance Azem, l'Alliance de la victoire et le Mouvement Babylone.
Notes et références Notes
Références
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