William Edward Burghardt Du Bois dit , né le à Great Barrington dans l'État du Massachusetts) et mort le à Accra (Ghana), est un sociologue, historien, éditorialiste, directeur de la publication, essayiste, chroniqueur, biographe et romancier américain.

Diplômé de l'université Harvard, où il est le premier afro-américain à obtenir un doctorat, il devient professeur d'histoire, de sociologie et d'économie à la .

W.E.B. Du Bois se fait connaître au niveau national en devenant, avec William Monroe Trotter, l'un des initiateurs du Niagara Movement, un groupe de militants afro-américains demandant l'égalité des droits pour les Noirs.

W.E.B. Du Bois et ses partisans s'opposent au compromis d'Atlanta, rédigé par Booker T. Washington, prévoyant que les Noirs du Sud des États-Unis se soumettent à la domination politique blanche en échange d'une éducation de base et de perspectives économiques de la part des Blancs. W.E.B. Du Bois demande au contraire une égalité complète et l'accroissement de la représentation politique qui, selon lui, ne pouvait venir que de l'élite intellectuelle afro-américaine à laquelle il fait référence avec l'expression « The Talented Tenth » (« le dixième talentueux »).

W.E.B. Du Bois est l'un des fondateurs de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) en 1909.

Le racisme est la principale cible de W.E.B. Du Bois et il proteste fermement contre le lynchage, les lois Jim Crow et la discrimination dans l'éducation et au travail. Ses causes rallient également des Africains et des Asiatiques en lutte contre le colonialisme et l'impérialisme. Il est un fervent défenseur du panafricanisme et aide à l'organisation de plusieurs congrès panafricains pour soutenir les demandes d'indépendance des colonies africaines. W.E.B. Du Bois réalise plusieurs voyages en Europe, en Afrique et en Asie. Après la Première Guerre mondiale, il étudie les conditions des soldats noirs américains en France et documente l'intolérance raciale dans l'armée américaine.

W.E.B. Du Bois fut un écrivain prolifique. Sa collection d'essais, Les Âmes du peuple noir, est un ouvrage majeur de la littérature noire américaine et son œuvre maîtresse, Black Reconstruction in America, s'oppose à la vision dominante qui rend les Noirs responsables de l'échec de la Reconstruction après la guerre de Sécession.

Il rédige un premier traité scientifique de sociologie et publie trois autobiographies comportant chacune des essais en sociologie, en politique et en histoire. En tant que rédacteur en chef du journal de la NAACP, The Crisis, il écrit de nombreux articles influents. W.E.B. Du Bois considère que le capitalisme est la cause principale du racisme et il est un partisan des idées socialistes tout au long de sa vie.

Il est un pacifiste convaincu et défend le désarmement nucléaire.

Le Civil Rights Act de 1964, reprenant de nombreuses réformes pour lesquelles W.E.B. Du Bois a fait campagne toute sa vie, est promulgué un an après sa mort.

Jeunesse et formation vignette|droite|redresse|Durant sa jeunesse, Du Bois se rendait à la Congregational Church de Great Barrington et ses membres se cotisèrent pour payer ses frais de scolarité universitaire. William Edward Burghardt Du Bois est né le à Great Barrington dans le Massachusetts. Ses parents sont Alfred et Mary Silvina (née Burghardt) Du Bois. La famille de Mary Silvina Burghardt est issue de la très petite population noire et anciennement libre de Great Barrington possédant depuis longtemps des terres dans l'État. Elle a des ancêtres hollandais, africains et anglais. L'arrière-grand-père maternel de William Du Bois était Tom Burghardt, un esclave (né en Afrique de l'Ouest vers 1730) appartenant au colon hollandais Conraed Burghardt. Tom servit brièvement dans l'Armée continentale durant la guerre d'indépendance des États-Unis, ce qui lui a peut-être permis de gagner sa liberté. Jack Burghardt, le fils de Tom, est le père d'Othello Burghardt, lui-même le père de Mary Silvina Burghardt.

L'arrière-grand-père paternel de Williams Du Bois est James Du Bois, un franco-américain descendant de huguenots installés à Poughkeepsie dans l'actuel État de New York. Ce dernier a plusieurs enfants avec des esclaves. L'un des enfants métis de James est Alexander, qui s'installe à Haïti, et a un enfant, Alfred, avec une femme de l'île. Alexander retourna au Connecticut et laisse Alfred avec sa mère à Haïti. Alfred s'installe aux États-Unis vers 1860 et épouse Mary Silvina Burghardt le dans le Massachusetts. Alfred quitta Mary en 1870, deux ans après la naissance de William. Du Bois suggère que la famille de Mary repoussa Alfred.. La mère de William travaille pour entretenir sa famille jusqu'à ce qu'elle soit victime d'une au début des années 1880 ; elle meurt en 1885.

La population essentiellement blanche de Great Barrington est assez tolérante et Du Bois est peu victime de discriminations. Il étudie à l'école publique locale et joue avec ses camarades blancs. Les enseignants encouragent ses activités intellectuelles et sa réussite scolaire le pousse à considérer qu'il pourrait utiliser son savoir pour aider les Afro-Américains. Lorsque Du Bois décide de se présenter à l'université, la congrégation de son église de Great Barrington finance ses frais de scolaritéCebula, Tim, « Great Barrington », dans .

Études supérieures vignette|gauche|Du Bois (à droite) et les autres doctorants en philosophie de l'université Harvard. Du Bois est admis à l'université Fisk, une université traditionnellement noire à Nashville dans le Tennessee et y de 1885 à 1888Lewis, Catharine, « Fisk University », dans . C'est à cette époque que Du Bois expérimente pour la première fois le racisme présent dans le Sud des États-Unis avec , les lois Jim Crow et les lynchages. Ayant obtenu son baccalauréat universitaire, il est accepté au Harvard College de 1888 et 1890 et est largement influencé par son professeur de philosophie, William James. Du Bois finance ses trois années à Harvard avec l'argent obtenu grâce à des travaux d'été, des héritages, des bourses et des prêts d'amis. En 1890, Du Bois obtint son second baccalauréat universitaire en histoire. Du Bois était le sixième afro-américain à être admis à Harvard.. En 1891, Du Bois reçoit une bourse pour étudier à la faculté de sociologie de Harvard.

En 1892, Du Bois obtint une aide du fonds John Fox Slater pour continuer ses études à l'université Humboldt de Berlin. Durant ses études à Berlin, il voyage dans toute l'Europe. Il étudie avec des spécialistes allemands des sciences humaines et sociales dont Gustav von Schmoller, Adolph Wagner et Heinrich von Treitschke. Du Bois rentre aux États-Unis pour achever ses études et en 1895, il devient le premier Afro-américain à obtenir un doctorat en philosophie décerné par l'université HarvardWilliams, Yvonne, « Harvard », dans . Sa thèse fut The Suppression of the African Slave Trade to the United States of America, 1638-1870..

Wilberforce et université de Pennsylvanie À l'été 1894, Du Bois reçoit plusieurs offres d'emploi dont une du Tuskegee Institute ; puis il accepte un poste d'enseignant à l'université Wilberforce dans l'OhioGibson, Todd, « University of Pennsylvania », dans . À Wilberforce, Du Bois est fortement influencé par Alexander Crummell . Alors qu'il se trouve à l'université, Du Bois épouse Nina Gomer, l'une de ses étudiantes le . Nina Gomer Du Bois ne joua pas un rôle significatif dans le militantisme ou la carrière de Du Bois (voir .

Après deux ans dans l'Ohio, Du Bois accepte en 1896 un travail de recherche d'un an à l'université de Pennsylvanie en tant qu'« assistant en sociologie ; Du Bois fut déçu de ne jamais avoir reçu un poste d'enseignant dans cette université. ». Il réalise des recherches sociologiques de terrain au sein des faubourgs afro-américains de Philadelphie qui forment les fondements de son étude, Son étude Les Noirs de Philadelphie, publiée deux ans plus tard alors qu'il enseigne à la . Il s'agit de la première étude de cas sur une communauté noire.

Alors qu'il assiste à une réunion de l' en 1897, Du Bois présente un article dans lequel il rejette la demande de Frederick Douglass d'une intégration des Noirs dans la société blanche. Il écrit : . Dans le numéro d' de The Atlantic Monthly, Du Bois publie Strivings of the Negro People, son premier travail destiné au grand public dans lequel il présentait sa thèse selon laquelle les Afro-américains devraient embrasser leur héritage africain.

Carrière

Université d'Atlanta vignette|redresse|American Negro Exhibit à l'Exposition universelle de 1900, Paris. En , Du Bois quitte Philadelphie et prit un poste de professeur d'histoire et d'économie à l'université traditionnellement noire d'Atlanta. Sa première grande réussite académique fut la publication de The Philadelphia Negro, une étude sociologique détaillée des afro-américains de Philadelphie basée sur ses recherches de 1896 et 1897. Cela représentait un pas important car il s'agissait de la première étude sociologique scientifique réalisée aux États-Unis et la première étude scientifique concernant les afro-américainsDonaldson, Shawn, « The Philadelphia Negro », dans , traduite en français un siècle plus tard. Dans l'étude, Du Bois inventa l'expression « the submerged tenth » (« le dixième submergé ») pour désigner la classe inférieure noire anticipant ainsi l'expression « talented tenth » (« dixième talentueux ») qu'il popularisera en 1903 pour décrire l'élite noire. La terminologie de Du Bois reflétait son opinion selon laquelle l'élite d'une nation, noire ou blanche, était la portion critique de la société responsable de la culture et du progrès. Les textes de Du Bois à cette époque étaient souvent méprisants pour la classe inférieure avec des termes comme « paresseux » ou « peu fiable » mais, à la différence d'autres spécialistes, il attribuait les nombreux problèmes sociétaux aux ravages de l'esclavage.

La production de Du Bois à l'université d'Atlanta fut prodigieuse. Malgré un budget limité, il produisit un grand nombre d'articles sociologiques et organisa chaque année l'Atlanta Conference of Negro Problems. Du Bois reçut également des subventions gouvernementales pour préparer des rapports sur la main d'œuvre et la culture afro-américaine. Ses étudiants le considéraient comme un enseignant brillant mais également réservé et strict.

Booker T. Washington et le compromis d'Atlanta vignette|gauche|redresse|alt=Portrait de profil d'un afro-américain habillé de manière élégante|W. E. B. Du Bois en 1904. Dans la première décennie du , Du Bois émergea comme le porte-parole des noirs américains juste derrière Booker T. Washington. Washington était le directeur du Tuskegee Institute et avait une influence colossale sur la communauté afro-américaine. Washington était l'architecte du compromis d'Atlanta, un accord tacite qu'il conclut en 1895 avec les chefs blancs du Sud qui avaient pris le pouvoir après l'échec de la Reconstruction. L'accord prévoyait que les noirs du Sud se soumettraient aux discriminations, à la ségrégation, à l'exclusion du droit de vote et à l'interdiction du travail syndiqué ; que les blancs du Sud permettraient aux noirs de recevoir une éducation de base, des opportunités économiques et une égalité judiciaire ; et que les blancs du Nord investiraient dans les entreprises du Sud et financeraient les charités éducatives noires Louis R. Harlan, « A Black Leader in the Age of Jim Crow », in The racial politics of Booker T. Washington, Donald Cunnigen, Rutledge M. Dennis, Myrtle Gonza Glascoe (Eds.), Emerald Group Publishing, 2006, . Rayford Whittingham Logan, The betrayal of the Negro, from Rutherford B. Hayes to Woodrow Wilson, Da Capo Press, 1997, ..