La strontiodressérite est une espèce minérale formée de carbonate de strontium et d’aluminium monohydraté, de formule .

Historique de la description et appellations Inventeur et étymologie Décrite par Jamor & Al en 1974. En raison de sa composition chimique, c'est un pôle strontié de la dresserite.

Topotype Francon quarry, Saint-Michel District, Montréal, Jacques Cartier Co., Québec, Canada.

Caractéristiques physico-chimiques Cristallochimie La strontiodressérite appartient au groupe structural et chimique de la dundasite, qui comprend actuellement quatre espèces cristallisant toutes dans le système orthorhombique, de formule générale M2+M3+2(CO3)2(OH)4, H2O avec M2+ = Pb2+, Ba2+ ou Sr2+ et M3+ = Al3+ ou Cr3+. Groupe de la dundasite dundasitepetterditedresseritestrontiodressérite De ces espèces, seule la dundasite se rencontre fréquemment en tant que produit d’altération des minéraux de plomb comme la galène, ou la cérusite.

Cristallographie Paramètres de la maille conventionnelle : = , = , = ; Z = 4 ; V = Densité calculée =

Gîtes et gisements Gîtologie et minéraux associés néoformée dans une silico-carbonatite de Saint-Michel dans l’île de Montréal (Québec, Canada), qui est la localité type de l’espèceJambor et al. 1977 ; dans la carrière de marbre de Nord-Salten (Nordland, Norvège) où elle a été découverte par le collectionneur Tomas Andersen en 1995Aimable communication de F. S. Nordrum, Kongsberg, janvier 2004 ; en placages cristallins dans les marnes du Jurassique moyen qui sont percées d’une écaille de Trias à Condorcet (Drôme, France)Sujet de cet article.

Comme on peut le constater, la présence de roche carbonatée est systématique dans les trois sites. En revanche, ce qui est remarquable, c’est que l’origine des roches recelant la strontiodressérite est très différente dans chacun des cas : magmatique au Québec, métamorphique en Norvège et sédimentaire en France.

Cas particulier de la strontiodressérite de Condorcet La paragenèse La strontiodressérite de la Drôme se trouve dans les marnes noires du Jurassique, en compagnie de calcite, célestine, tunisite, dickite, gypse et sulfures tels que sphalérite et chalcopyrite. Ajoutons encore leurs produits de d’altération telles que l’hydrozincite, la smithsonite, la cérusite, la plattnérite et la malachite.

Conditions de la découverte

En 1978, alors que je poursuivais l'étude du gisement de tunisite de CondorcetMartin et al, 1979 ; Martin, 1982, j’entrepris de prospecter également les marnes des alentours en espérant y découvrir un deuxième site contenant ce minéral très rare. Le 17 juillet, je m’engageai dans un petit vallon encaissé bordé d'épineux presque impénétrables et ramassai, selon mon habitude, un fragment de roche dont l'une des faces était couverte de cristaux blancs très abîmés. En l'observant de plus près, je constatai que ce n'était ni de la calcite ni de la célestine, mais bien de la tunisite ! Je me mis à fouiller fébrilement les environs marneux et la partie amont du ravin dans l’espoir de trouver son origine. Hélas, ce secteur ne semblait contenir que des cristaux de calcite et de célestine, la plupart du temps altérés. Déçu, je rejetai ce débris et quittai le ravin en me jurant de ne plus jamais y mettre les pieds. Le , soit vingt et un ans après cette décevante journée, je revins cependant sur ma décision et décidai de faire, en compagnie de mon ami Denis Beaudet, de Rémuzat, un pèlerinage dans ce site qui m'avait laissé un si mauvais souvenir. « Qui sait ? La chance pouvait tourner... » car Denis, ce « roi du septaria », a un flair incroyable ! Je repérai assez rapidement le petit plateau en contrebas duquel j'avais ramassé l'échantillon de tunisite altérée en 1978. Nous contrôlâmes les pentes marneuses des alentours et découvrîmes, parmi la caillasse, un fragment de calcaire argileux traversé en oblique par deux petits filons. L'un, jaunâtre et opaque, contenait de la calcite, l'autre une masse cristalline incolore, d’aspect vitreux, que j'estimai être de la tunisite. Cette trouvaille nous incita à nous occuper du banc rocheux situé plus haut. Après une demi-heure d'efforts, nous avions déjà récolté suffisamment d'échantillons similaires pour interrompre nos recherches. Afin d’éviter toute erreur de diagnostic, je décidai de faire analyser cette substance. Quelques échantillons furent donc remis à Nicolas Meisser, conservateur du Musée de géologie de Lausanne. En , l'analyse aux rayons X confirma mon hypothèse : j'avais effectivement découvert un deuxième gisement abritant de la tunisite ! Nicolas Meisser fut cependant intrigué par un discret encroûtement, composé de petits sphéroïdes jointifs beiges, qui recouvrait partiellement l’une des faces d'un échantillon. Une fracture dans ce dépôt insignifiant, observée au microscope, dévoilait une cristallisation fibro-radiée translucide, blanche et brillante. Était-ce de la strontianite, voire de la dawsonite ? Cet encroûtement fut soumis aux rayons X en et, pour plus de sûreté, analysé chimiquement. À notre grande surprise, ces deux analyses avaient déterminé de la strontiodressérite. Quelques jours plus tard, Denis Beaudet m'accompagnait dans ce discret ravin afin de délimiter l’étendue de ce nouveau gisement et d’entreprendre les recherches. En premier lieu, nous récoltâmes dans les éboulis des fragments de roche encroûtés ou parsemés de sphéroïdes de strontiodressérite beige. En « égratignant » le banc calcaire argileux situé plus haut, nous pûmes enfin prélever du matériel de meilleure qualité, voire de première fraîcheur. Dans ce niveau, les fragments de roche étaient, par places, couverts de sphéroïdes blancs. Cette différence de teinte nous permit de déduire que les échantillons précédents avaient été exposés de façon prolongée aux rigueurs climatiques. Au vu de la rareté de la strontiodressérite, les docteurs Nicolas Meisser et Pierre-Jacques Chiappero, conservateur à la galerie de minéralogie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, sont venus sur place en afin d'étudier ce nouveau gisement si particulier.

Le gisement

À première vue, ce ravin semble ne présenter aucun intérêt. En y regardant de plus près, on peut cependant constater que le gisement, qui mesure environ trente mètres de longueur, se compose de quatre proéminences rocheuses. Elles font saillie hors d'un banc calcaire argileux délabré et de son support de marne durcie, qui sont parsemés de fentes et de fractures dans tous les sens. Les filons et autres fentes du premier point de recherche contiennent des minéraux intacts et d'excellente qualité, tandis que dans les trois protubérances suivantes, ils sont partiellement décomposés. Ils recèlent en revanche de la strontiodressérite, un minéral encore plus rare que la tunisite. L'affleurement intact La largeur des fissures dépasse rarement deux centimètres. Elles sont comblées soit de calcite, de célestine ou de tunisite, soit d’un mélange de ces trois minéraux. Dans le premier cas, la tunisite se présente sous forme de masse translucide et brillante de teinte violine très pâle, composée de cristaux imbriqués les uns dans les autres, sans solution de continuité. Dans le deuxième cas, la tunisite tapisse en général les parois des fissures. L’espace restant se remplit rapidement de calcite qui enrobe parfois des sulfures ou de la dickite. Il est donc très rare de trouver des cristaux de tunisite aux contours bien dessinés.

L'affleurement dégradé La minéralisation dans le banc calcaire argileux Les fissures des trois saillies suivantes du banc rocheux contiennent les mêmes minéraux que celles du premier affleurement. Les filons étanches, dont l'épaisseur peut atteindre le décimètre, contiennent donc souvent de la tunisite massive, très légèrement violine, de première génération. En général, les filons sont perméables et leur remplissage incomplet, ce qui a permis aux cristaux de se développer sans contrainte et de former des faces terminales. La plupart d’entre eux ont, cependant, subi de sérieuses dégradations. La célestine de première génération est pratiquement redissoute alors que la tunisite, protégée par une couche de calcite, n’a été que partiellement atteinte. La sphalérite de quelques filons restés étanches a supporté cette période destructive sans problème, tandis que dans les zones perméables, elle a été fortement détériorée, voire totalement décomposée. Les cavités qui subsistent contiennent souvent des vestiges de sphalérite et des résidus brun orangé. La chalcopyrite, le seul sulfure qui s'en soit sorti sans dommage, a, par la suite, engendré de la malachite. Quant à la calcite et la dickite, elles n'ont pas été inquiétées par ces ravages. Ces destructions sélectives ont cependant enrichi la solution aqueuse en sels minéraux et simultanément neutralisé son agressivité. Lors d'une sursaturation ultérieure, cette solution modifiée a dû se dessaisir des sels excédentaires qu’elle contenait. À cette occasion, elle a généré de la strontiodressérite, un minéral extrêmement rare qui apparaît uniquement dans les filons perméables, où les minéraux sont en voie de transmutation ou déjà déminéralisés, ainsi que dans tous les interstices où la solution modifiée a pu pénétrer. Certains minéralogistes classent ainsi la strontiodressérite parmi les évaporites.

Les filons au remplissage partiel, qui abritent des scalénoèdres centimétriques de calcite blanchâtre, sont souvent couverts ou parsemés de sphéroïdes de strontiodressérite d’un blanc éclatant. Ils forment de spectaculaires agrégats fibroradiés.

Ces filons ainsi que les fissures importantes du banc calcaire argileux abritent fréquemment de la dickite, un minéral argileux blanc, microcristallin. Elle remplace, dans la mesure du possible, la célestine de première génération redissoute et comble partiellement des zones déminéralisées. Les lacunes qui subsistent sont parfois parsemées de cristallites individuelles fusiformes, blanches et brillantes qui sont le premier stade du développement des sphéroïdes. Elles s’assemblent en gerbes graciles, à la base desquelles se forme ensuite un petit noyau sphérique qui augmente rapidement de volume et enrobe de plus en plus les cristallites disposées en étoile. Ces complexes cristallins font ainsi penser à des pelotes d'épingles ou à des hérissons aux longs piquants dressés. À la fin de leur évolution, les sphéroïdes peuvent totalement incorporer les sommets des cristallites. Ces différents stades, qui se côtoient sans problème, peuvent également s'observer sur les plans de fracture du remplissage calcique de certaines fissures.

Les cristaux de célestine de deuxième génération et les sphéroïdes de strontiodressérite se sont très souvent déposés simultanément sur les scalénoèdres des filons de calcite.

De petits groupes de cristaux carrés et troubles de tunisite de troisième génération (type B) accompagnent parfois les sphéroïdes de strontiodressérite dans des recoins éloignés de certaines géodes de calcite. Ils se sont développés aussi bien sur du matériel décomposé que sur des minéraux intacts et peuvent même apparaître sur les sphéroïdes de strontiodressérite. La longueur de leurs arêtes varie entre 0,3 et .

On a même ramassé au fond du ravin un cristal de galène de quatre centimètres de grandeur dont l’une des faces est parsemée de cristaux submillimétriques partiellement couverts de rouille. La position idéale et les contours très nets du plus grand d'entre eux permettent de constater qu'il s'agit de tunisite de troisième génération de type B aux angles à peine tronqués. Cette superposition n'a jamais été observée dans ce gisement, ni dans celui de tunisite de la Drôme. Il provient vraisemblablement d’un filon de galène enfoui sous les éboulis. C’est d’ailleurs sur cette galène que Nicolas Meisser a décelé la plattnerite.