Francesco Bianchini (né le à Vérone et mort le à Rome), est un historien, philosophe et astronome italien. Il était l'oncle de Giuseppe Bianchini. Francesco Bianchini jouit de la faveur d'Alexandre VIII et de ses successeurs, qui lui confièrent plusieurs missions scientifiques importantes. Il fut bibliothécaire d'Alexandre VIII, secrétaire d'une commission chargée de la réforme du calendrier, dressa un gnomon sur une grande échelle dans la basilique Santa Maria degli Angeli e dei Martiri, tira une ligne méridienne à travers l'Italie, perfectionna quelques instruments d'astronomie, et découvrit les taches de Vénus.
Biographie Francesco Bianchini naquit à Vérone, le . Après ses premières études faites dans sa patrie, il se rendit à Bologne, où il fit, dans le collège des jésuites, sa rhétorique et trois années de philosophie. Les mathématiques et le dessin l’occupèrent ensuite ; il montrait un goût particulier pour ce dernier talent, et il y excella. Il alla, en 1680, à Padoue, suivre ses études ; il ajouta celle de la théologie, et reçut le doctorat. Son maître de mathématiques et de physique y fut le savant Geminiano Montanari, qui le prit dans une affection particulière, et lui légua en mourant tous ses instruments de mathématiques et de physique. A Padoue, Bianchini apprit aussi l’anatomie, et, avec plus de prédilection, la botanique. Déterminé à suivre la carrière ecclésiastique, il se transporta à Rome. Il fut bien accueilli à Rome par le cardinal Pierre Ottoboni, qui connaissait sa famille, et qui le nomma son bibliothécaire. Alors, pour obéir à l’usage, il se livra à l’étude des lois, mais sans abandonner ses travaux sur la physique expérimentale, les mathématiques et l’astronomie. Il fut reçu membre de l’académie physico-mathématique, établie par monsignor Giovanni Ciampini, et y lut plusieurs dissertations savantes. Revenu dans sa patrie vers l’an 1686, il y contribua très-activement au rétablissement de l’académie des Alétophiles ; il l’engagea surtout à éclairer la physique du flambeau de la géométrie, et pour faciliter ses travaux, il lui fit don des instruments que lui avait légués Montanari ; mais cette académie avait besoin de sa présence, et quand il fut retourné à Rome deux ans après, elle cessa d’exister. Fixé désormais à Rome, il s’y lia avec les savants les plus distingués, et ajouta à ses connaissances celles du grec, de l’hébreu et du français. Les antiquités devinrent aussi une de ses plus fortes occupations. Il passait souvent des jours entiers au milieu des ruines antiques, assistait à toutes les fouilles, visitait tous les musées, dessinait avec autant de goût que d’habileté tous les monuments. À la mort d’Innocent XI, le cardinal Ottoboni, son protecteur, élu pape sous le nom d’Alexandre VIII, s’occupa aussitôt de la fortune de Bianchini, lui donna un canonicat à Ste-Marie de la Rotonde, le nomma garde et bibliothécaire du cardinal Pietro Ottoboni, son neveu, lui accorda deux pensions, et aurait été plus loin, s’il eût vécu plus longtemps, et si Bianchini eût voulu entrer dans les ordres ; mais il ne se décida à prendre le sous-diaconat et le diaconat qu’en 1699, et ne voulut jamais être ordonné prêtre. Alexandre VIII mourut en 1691 ; le cardinal, son neveu, continua de faire sentir à Bianchini les effets de sa protection : il lui fit obtenir, en 1699, un canonicat de St-Laurent in Damaso, le voulut avoir près de lui, et le logea dans son palais. Clément XI, élu en 1700, lui donna, l’année suivante, le titre de son camérier d’honneur, l’autorisa à prendre l’habit de prélat, appelé il mantellone, et lui assigna un logement an palais de Monte-Cavallo. Il le nomma, en 1702, pour accompagner, avec le titre d’historiographe, le cardinal Barberini, légat a latere à Naples, quand le roi d’Espagne, Philippe V, alla prendre possession de ce royaume. Bianchini profita de cette occasion pour visiter le Vésuve, et monta jusqu’au haut du cratère. Revenu à Rome, il fut agrégé, en 1705, par le sénat, lui, toute sa famille et les descendants, qu’elle pourrait avoir, à la noblesse romaine et à l’ordre des patriciens.
vignette|Ligne méridienne créée par Bianchini dans la basilique Santa Maria degli Angeli e dei Martiri. Le pape le choisit pour secrétaire de la commission chargée de la réforme du calendrier, et dont le cardinal Noris était président. Pour régler avec précision le cours de l’année, il était nécessaire d’établir et de fixer, avec la plus grande exactitude, les points équinoxiaux. Bianchini, chargé de tirer une ligne méridienne et de dresser un gnomon dans la basilique Santa Maria degli Angeli e dei Martiri, termina avec le plus grand succès cette opération difficile, dans laquelle il fut aidé par le savant Giacomo Filippo Maraldi. La méridienne en cuivre a de longueur 75 de nos anciens pieds de Paris, et le gnomon 62 et demi de hauteur. On y voit les douze signes du zodiaque, parfaitement représentés en marbre de différentes couleurs, et les étoiles de chaque signe sont en cuivre, avec leurs grandeurs respectives et toutes leurs variétés. « M. Bianchini, dit Fontenelle dans son éloge, fut purement mathématicien dans la construction de ce grand gnomon, pareil à celui que le grand Cassini avait fait dans St-Pétrone de Bologne. » Clément XI fit frapper une médaille de ce gnomon, et ce fut pour Bianchini le sujet d’une savante dissertation sur le gnomon et sur la médaille. Il avait été nommé, en 1703, président des antiquités, et avait présenté un plan que le pape avait agréé, pour former une collection d’antiquités sacrées ou un musée ecclésiastique, destiné à fournir les matériaux d’une histoire ecclésiastique, prouvée par les monuments ; mais cet établissement, unique dans son espèce, exigeait une dépense trop forte ; le trésor pontifical était épuisé ; l’entreprise, a peine commencée, fut abandonnée fauté d’argent. Clément XI, pour consoler Bianchini, qui tenait fortement à ce projet, lui donna un canonicat de Ste-Marie Majeure, et le chargea, en 1712, de venir à Paris pour porter le chapeau à Armand de Rohan-Soubise, créé cardinal le de cette année. A Paris, Bianchini obtint l’accueil le plus flatteur de tout ce qui aimait les sciences et les lettres ; il fut assidu aux séances de l’académie des sciences, dont il était, depuis 1700, associé étranger. Il offrit a l’académie l’ingénieuse machine qui sert à corriger, dans les lunettes du plus grand foyer, les imperfections des tubes dont la courbure, dans une si énorme longueur, avait paru jusqu’alors inévitable ; machine qu’il avait, sinon inventée, au moins perfectionnée, et rendu d’un usage facile et simple. Réaumur en a donné la description dans les Mémoires de l’Académie, année 1713. Avant de retourner à Rome, il fit, pour son plaisir et son instruction, un voyage en Lorraine, en Hollande, en Flandre et en Angleterre, visitant et examinant partout ce qu’il y avait de rare dans les productions des arts et surtout dans les antiquités, et recevant aussi partout les distinctions dues à son mérite. On dit même que l’Université d'Oxford, pendant le séjour de Bianchini dans cette ville, fit les frais de son logement. Bianchini est devenu membre de la Royal Society le . vignette|Le buste de Francesco Bianchini dans la Protomothèque de la Bibliothèque municipale de Vérone De retour à Rome, en , il reprit ses travaux astronomiques et ses recherches sur les antiquités. Son voyage en France lui avait donné l’idée de tirer en Italie, d’une mer à l’autre, une ligne méridienne, à l’imitation de celle que Cassini avait tirée par le milieu de la France. Il commença ses opérations ; il s’en occupa même pendant huit ans, à ses frais ; mais d’autres idées, d’autres occupations vinrent le distraire, et ce travail resta imparfait. À la demande du duc de Parme François , héritier des jardins Farnèse sur le Mont Palatin, il effectue de 1722 à 1724 les premières recherches systématiques, qu'il publie, sur les vestiges du palais impérialBernard Andreae, L’art de l’ancienne Rome, Mazenod, 1973, réédité en 1988, , — Recension de Charles Delvoye dans L'Antiquité classique, 1977, , .. Innocent XIII, ayant succédé à Clément XI, le nomma référendaire des signatures pontificales et prélat intime ou domestique. Dans le concile tenu à Rome en 1723, il occupa la place de premier historiographe. L’année suivante, sa passion pour les antiquités lui procura de grandes jouissances, mais lui occasionna un accident qui eut des suites graves, et qui pouvait encore en avoir de plus funestes. « On découvrit hors de Rome, sur la voie Appienne (c’est ainsi que le rapporte Fontenelle), un bâtiment souterrain, consistant en trois grandes salles, dont les murs étaient percés, dans toute leur étendue, de niches pareilles à celles que l’on fait dans les colombiers, afin que les pigeons s’y logent. Elles étaient remplies, le plus souvent, de quatre urnes cinéraires, et accompagnées d’inscriptions qui marquaient le nom et la condition des personnes dont on voyait les cendres : tous étaient esclaves ou affranchis de la maison d’Auguste, et principalement de celle de Livie. L’édifice était magnifique, tout de marbré avec des ornements de mosaïque d’un bon goût. M. Bianchini ne manqua pas de sentir toute la joie d’un antiquaire ; il manqua lui en couter la vie. » Un jour qu’il examinait une chambre nouvellement découverte, au moment où il prenait des mesures pour en dessiner le plan, une voûte enfonça sous lui. Malgré ses efforts pour se retenir, et ceux de ses domestiques accourus à son secours, sa corpulence, proportionnée à sa haute stature, l’entraina ; il tomba, et quoique ce fût sur un fond de terre remuée, la chute fut si rude, qu’il lui en resta, dans la cuisse droite, une contraction de muscles et de nerfs qui le rendit boiteux le reste de sa vie. Les bains de Vignone, près de Sienne, qu’il alla prendre l’année suivante, lui firent quelque bien, mais sa santé ne se rétablit jamais entièrement. Il ne discontinua cependant point ses travaux, et fit un voyage à Florence, à Parme, à Colorno, où il traça, dans le palais ducal, une méridienne qui n’existe plus, enfin à Bologne, d’où il revint à Rome ; là, il se partagea de nouveau entre l’astronomie et les antiquités. Son accident avait interrompu des observations importantes qu’il avait commencées sur la planète de Vénus, et dont les premières remontaient même jusqu’en 1716 ; il les reprit. Il en fit surtout alors d’infiniment curieuses sur les taches de cette planète. Il les faisait avec cette machine qu’il avait présentée à l’académie de Paris ; et, pouvant employer des lunettes plus fortes qu’on ne l’avait pu jusqu’alors, il fit des découvertes et des observations toutes nouvelles. Il continuait en même temps son travail sur les tombeaux de la maison d’Auguste ; « il s’enfermait le jour, dit encore Fontenelle, dans le colombier sépulcral et souterrain, et la nuit il montait à son observatoire. » Aussi vit-on paraître, dans deux années consécutives, 1727 et 1728, deux importants ouvrages, l’un sur le colombier, et l’autre sur Vénus. Ce fut par ces deux productions remarquables qu’il termina sa carrière : quelque temps après, un épaississement de la lymphe amena une hydropisie, dont il mourut le . Il fut enterré dans la basilique Sainte-Marie Majeure.