Léa Roback, née le à Montréal où elle meurt le , est une syndicaliste, militante communiste et féministe québécoise d'origine juive. Considérée, avec Madeleine Parent, comme une pionnière du syndicalisme et du féminisme au Québec, elle lutte toute sa vie pour la justice sociale. Elle se distingue notamment en 1937 lors de la grève des midinettes (plus de 5000 travailleuses montréalaises du secteur du textile), qu’elle organise et en 1943 par la création d'un syndicat chez RCA Victor dans le quartier Saint-Henri.

Biographie

Enfance et formation Née à Montréal le dans le logement familial situé sur la rue Guilbault, Léa Roback est la deuxième d'une famille de 9 enfants. Son père, Moses Roback, était un Juif polonais qui avait immigré en 1895. Sa mère Fanny Steinhouse était également d'origine juive polonaise« Léa Roback », https://www.juifsdici.ca/lea-roback/..

Alors que Léa a 6 mois, les Roback déménagent à Beauport. Son père, tailleur, y tiendra un magasin général et sa mère y ouvre un commerceCollectif Clio (Micheline Dumont, Michèle Jean, Marie Lavigne et Jennifer Stoddart), L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Montréal, Le Jour, 1992, p. 319.. Léa grandit à Beauport, où elle se rappelle: « Nous étions la seule famille juive dans un patelin catholique. [...] Les gens étaient pauvres comme nous. J'ai appris, toute jeune, qu'il ne doit pas y avoir de barrières ethniques ou religieuses entre les travailleursLouis Fournier, « Léa Roback: 30 ans de militantisme communiste », dans Robert Comeau et Bernard Dionne dir., Le droit de se taire. Histoire des communistes au Québec, de la Première guerre mondiale à la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 1989, p. 387.. » Elle parle le yiddish à la maison, le français avec ses camarades de Beauport et l'anglais à l'école protestante qu'elle fréquente.

Léa revient à Montréal avec sa famille en 1918. C’est en travaillant comme réceptionniste à la British American Dye Works, lorsqu'elle a 18 ans, qu’elle prend conscience pour la première fois des disparités entre les diverses couches de la société montréalaise : « On nous avait appris qu’il y avait des riches et des pauvres, que c’est la volonté du Bon Dieu et qu’on aurait notre récompense au ciel. Moi j’ai pour mon dire que c’est ici la vieH. Pedneault, « Entrevue avec Léa Roback : Propos d’une batailleuse », La vie en rose, no 10, mars 1983, . !». Son salaire est alors de 8$ par semaine pour 6 jours de travail ou 54 heuresCollectif Clio (Micheline Dumont, Michèle Jean, Marie Lavigne et Jennifer Stoddart), L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Montréal, Le Jour, 1992, p. 319; Louis Fournier, « Léa Roback: 30 ans de militantisme communiste », dans Robert Comeau et Bernard Dionne dir., Le droit de se taire. Histoire des communistes au Québec, de la Première guerre mondiale à la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 1989, p. 387.. vignette|La famille Roback habite Beauport de 1905 à 1918.Léa y travaille un certain temps avant de se trouver un emploi de caissière au théâtre Her Majesty’s sur la rue Guy. Grande lectrice et férue de littérature française, elle économise la somme nécessaire afin d’aller en Europe. Léa Roback voyage beaucoup au cours de sa jeunesse..

En 1925, elle s'inscrit en littérature à l’Université de Grenoble en FranceSophie Doucet, « Léa Roback: une vie au service de la justice sociale », Aujourd'hui l'histoire, Radio-Canada, 10 mars 2021, https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/346550/lea-roback-justice-sociale-sophie-doucet.. Dès son retour de Grenoble en 1927, elle rejoint sa sœur à New York. Elle y occupe les emplois de réceptionniste et de vendeuseNicole Lacelle, « Hommage posthume: Léa Roback, 1903-2000 », Recherches féministes, vol. 13, no 1, 2000, p. ii.. Puis, elle rejoint son frère Harry, installé à Berlin où il étudie la médecine à l'université. Léa y suivra pour sa part des cours d'allemandLouis Fournier, « Léa Roback: 30 ans de militantisme communiste », dans Robert Comeau et Bernard Dionne dir., Le droit de se taire. Histoire des communistes au Québec, de la Première guerre mondiale à la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 1989, p. 388.. Elle entre aussi en contact avec une cellule étudiante communiste et adhère au Parti communiste au cours de cette période.

Or, en 1929, Adolf Hitler amorce son ascension sur la scène politique allemande, les groupes nazis prolifèrent, de même que l'antisémitisme. En 1932, la situation s’envenime à Berlin. Léa Roback, qui est étrangère et juive de surcroît, est contrainte de rentrer à Montréal dans les mois suivants : la dirigeante de sa cellule étudiante communiste à l'Université de Berlin lui a recommandé de quitter l'AllemagneEntrevue de Léa Roback dans En toute liberté, 24 octobre 1993, dans « Léa Roback, pionnière des droits des travailleuses québécoises », Radio-Canada, 27 août 2020, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1728795/lea-roback-syndicalisme-quebec-archives.. En 1934, elle fait tout de même un séjour de quelques mois en Union soviétique.

Agir: le Parti communiste et le syndicalisme, 1930-1950 vignette|Léa Roback rentre à Montréal en 1933. Installée pour de bon à Montréal, Léa Roback amorce un parcours consacré à la lutte contre les inégalités sociales. Elle devient rapidement membre du Parti communiste du Québec. « Pourquoi suis-je entrée dans le mouvement communiste? Parce que c'était le seul, à cette époque-là, qui agissait », affirme-t-elle. Dans son entretien avec Nicole Lacelle, elle déclare que c’est au cours de cette période qu’est née chez elle une véritable conscience politique. À cette époque, elle recrute de manière clandestine pour le Parti communiste du Canada, qui a été déclaré illégal en 1931. Il n'y a encore que quelques centaines de membres dans la province et très peu de femmes. Léa traduit des documents en français, distribue des tracts et donne des formations. Elle est convaincue de la nécessité de diffuser l’information permettant de mettre en lumière les injustices : « Penser que le citoyen moyen est un idiot relève du mythe. Lorsque je distribue des tracts, les uns se disent intéressés, d’autres sont prêts à écouter, et de retour à la maison, ils en parlent à leur entourage. Ça fait boule de neige. De là des résultats concretsF. Anonsen, « Léa Roback, plus de cinquante ans de militantisme », Canadian woman studies : Les cahiers de la femme, vol. 7, no 3, automne 1986, . ».

Peu après son retour, elle participe aussi à l’organisation de l’action en faveur des sans-travail dirigée par Norman Béthune. Alors que la crise économique frappe la province de Québec, Léa Roback est sensible au sort des locataires, dont plusieurs sont incapables de payer leur logement, et à celui des familles ouvrières. Elle cherche notamment à permettre aux résidents de Saint-Henri d'avoir accès à des logements décents lors de l’administration du maire Camillien Houde.

Léa Roback travaille également au Young Women’s Hebrew Association (YWHA, Association des jeunes femmes juives) où elle met en contact des jeunes femmes désirant avoir recours à l’avortement avec des médecins compétents. En 1933, elle participe par ailleurs à la mise sur pied de la Guilde des travailleuses de la robe.

Gérante de la première librairie marxiste montréalaise En 1935, le Parti communiste, nouvellement légal, lui demande de gérer la première librairie marxiste de Montréal., le Modern Book Shop de la rue De Bleury. Léa Roback se souvient: « On vendait toutes sortes de livres, des romans, en anglais, en français et dans d'autres langues, mais aussi tous les classiques du marxisme, du socialisme, du communisme, des revues, des journauxLouis Fournier, « Léa Roback: 30 ans de militantisme communiste », dans Robert Comeau et Bernard Dionne dir., Le droit de se taire. Histoire des communistes au Québec, de la Première guerre mondiale à la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 1989, p. 391.. » Sa clientèle est composée de membres du Parti, de communistes, mais aussi d'étudiants et de professeurs.

La grève des midinettes En 1936, elle commence à travailler à l’Union internationale des ouvrières du vêtement pour dames (UIOVD), mieux connu sous le nom d’Union de la robe. Comme elle parle couramment français, anglais et yiddish et que la majorité des travailleuses sont des Canadiennes françaises, elle est choisie par Rose Pesotta, qui en fait son assistante. Madame Pesotta a été dépêchée par la centrale new-yorkaise en avec Bernard Shane. Léa Roback fonde un comité d'éducation pour la formation syndicale au sein de l'UIOVD dans la foulée. vignette|En grève avec Léa Roback et les midinettes, printemps 1937.Les conditions de travail des femmes dans le domaine du textile sont particulièrement dures à l'époque. Elles travaillent souvent plus de 50 heures à raison de 6 jours par semaine dans des locaux vétustes contre un salaire dérisoire et instable. « Et quand on avait de l'ouvrage, c'était parfois parce qu'on se laissait tâter par le bossLouis Fournier, « Léa Roback: 30 ans de militantisme communiste », dans Robert Comeau et Bernard Dionne dir., Le droit de se taire. Histoire des communistes au Québec, de la Première guerre mondiale à la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 1989, p. 394. », se rappelle Léa Roback.

En 1937, le gouvernement de Maurice Duplessis a adopté la Loi du cadenas (loi protégeant la province de la propagande communiste). Le premier ministre veut littéralement : « faire disparaître le communisme de la province de QuébecChristian Blais et al., Histoire parlementaire du Québec, 1928-1962. La crise, la guerre, le duplessisme, l'État-providence, Québec, Septentrion, 2015, p. 226. ». Le but est de fermer les lieux soupçonnés de cacher ou de faire de la propagande communiste. Plusieurs descentes de police ont dès lors lieu dans les locaux du Parti communiste. Léa Roback est elle-même fichée et fréquemment visitée par la police provinciale, où elle voit des livres lui être saisis.

La même année 1937, elle mène une grève de travailleuses, un événement appelé la grève des midinettes. Le , la grève débute dans des dizaines d'usines montréalaises et des lignes de piquetage sont érigées. La féministe Idola Saint-Jean appuie publiquement les travailleuses.

La grève des midinettesIl s'agit d'un surnom donné aux travailleuses. dure trois semaines et prend fin le . Elles voient la plupart de leurs revendications être acceptées: une semaine de 44 heures sur cinq jours et demi, un salaire moyen de 16$ et d'autres avantages, en plus d'une procédure de griefs et la reconnaissance du syndicat. À moyen terme toutefois, ces gains syndicaux ne seront pas respectés par la majorité des patrons du secteur.

Une autre grève importante a lieu en août de la même année dans l'industrie textile, celle des usines de la Dominion TextileJacques Rouillard, Le syndicalisme québécois. Deux siècles d'histoire, Montréal, Boréal, 2004, p. 87.. En septembre, le gouvernement de l'Union nationale décide d'adopter la Loi des salaires raisonnables qui instaure un salaire minimum pour les femmes (la loi du salaire minimum en 1940)Christian Blais et al., Histoire parlementaire du Québec, 1928-1962. La crise, la guerre, le duplessisme, l'État-providence, Québec, Septentrion, 2015, p. 229..

En 1939, elle quitte l'Union internationale des ouvrières du vêtement pour damesLouis Fournier, « Léa Roback: 30 ans de militantisme communiste », dans Robert Comeau et Bernard Dionne dir., Le droit de se taire. Histoire des communistes au Québec, de la Première guerre mondiale à la Révolution tranquille, Montréal, VLB, 1989, p. 397.. La Deuxième Guerre mondiale a débuté et le Parti communiste est de nouveau considéré comme suspect. Elle travaille dans des magasins.

La cause des femmes