Les apparitions mariales de Gietrzwałd désignent une série d'apparitions de la Vierge Marie en Pologne, dans le village de Gietrzwałd (en Warmie) du au . Deux jeunes filles ont dit voir la Vierge Marie sur un érable proche de l'église. Au total, on estime le nombre à plus de 160 apparitions mariales survenues aux deux fillettes de et .

Les apparitions ont fait l'objet d'une enquête par les autorités ecclésiales avant même leur fin. Ces apparitions sont survenues dans un contexte de forte tension entre l'autorité politique de l'Empire allemand et les autorités religieuses de l'Église catholique polonaise. La mise en place de la Kulturkampf, politique ayant pour objectif de germaniser cette région ayant une forte population polonaise rendait très difficile le dialogue et causait l'expulsion de nombreux religieux, prêtres et même évêques.

Selon les voyantes, la Vierge invite les fidèles à réciter le chapelet chaque jour pour que l’Église de Pologne ne soit plus persécutée par les autorités politiques. Sur le plan politique, ces apparitions contribuent et sur le plan religieux, elles entraînent et un développement du culte marial sur les terres polonaises.

Malgré une enquête canonique favorable, l'évêque de Warmie ne prononce pas de reconnaissance officielle des apparitions dans les années suivantes, mais il laisse le culte se développer sans intervenir. Ce n'est qu'un siècle plus tard que l’Église approuve officiellement les apparitions, lors d'une grande célébration, le , en présence de grandes figures de l'épiscopat polonais.

Historique

Le Contexte

À Gietrzwałd, la Sainte Vierge est particulièrement vénérée depuis le . Au , un tableau de la Vierge à l'Enfant est installé dans l'église. Il est le sujet de la dévotion à la Vierge. De nombreux exvotos entourent l’œuvre et témoignent de la ferveur des habitants pour cette dévotion. Une vingtaine d'années avant ces apparitions se déroulaient les apparitions de Lourdes qui elles-mêmes étaient précédées de quelques années par la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception par le pape Pie IX.

Les apparitions de la Vierge Marie à Gietrzwałd se déroulent alors que la Pologne n'existe plus en tant qu'État. Son territoire est divisé entre la Russie, la Prusse et l'AutricheVoir Partages de la Pologne, en particulier le Troisième partage de la Pologne.. Le village de Gietrzwałd, qui compte (lors des faits) environ deux mille habitants, est annexé à la Prusse depuis un siècle.

L'Empire allemand connaît une période politique de Kulturkampf (combat pour la culture) où le chancelier Bismarck et les autorités allemandes tentent de la population polonaise de cette région rattachée à la Prusse. À partir de 1871, le gouvernement engage une politique de laïcisation et de : des lois défavorables à l’Église catholique sont adoptées. En 1873, la langue polonaise est interdite dans les écoles de la région de Warmie. Du fait du conflit qui oppose le royaume de Prusse à l’Église catholique, de nombreux prêtres ainsi que les congrégations religieuses, sont expulsés de la région. L'état va jusqu'à emprisonner et exiler plusieurs évêques, fermer des séminaires. Quelques années plus tôt, Bismarck est intervenu avec force à Marpingen pour mettre fin aux pèlerinages et dévotions populaires à la suite d'L'Église catholique n'a pas été en mesure de mener d'enquête canonique sur ces apparitions de Marpingen (du fait du contexte politique du pays à ce moment-là), et ne s'est jamais prononcée sur le sujet., faisant même intervenir la troupe contre les fidèles, et ouvrant des procès aux contrevenants.. Bismarck aurait déclaréPlusieurs auteurs reprennent cette citation en la mettant au conditionnel (aurait déclaré). Voir ou . . Ces apparitions surviennent dans un climat . De plus elles surviennent Contrairement aux apparitions de Marpingen, qui, bien qu'en terre prussienne, ont été sévèrement réprimées., à une époque où la langue polonaise est interdite dans tous les documents officiels.

La première voyante, Justine Szafrinska, est âgée de treize ans au moment des faits. Orpheline de père, elle doit travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, et pour ce faire, elle est employée pour soigner les volailles. Elle fréquente peu l'école. La seconde, , est âgée de douze ans.. Le récit des apparitions et leur contenu n'est connu que par leurs témoignages et les enquêtes faites par l’Église durant ces événements.

Premières apparitions

Le , Justine Szafranska rentre chez elle avec sa mère et elles se mettent à prier quand sonne l'angélus. La jeune fille voit alors une lumière blanche, à une centaine de mètres, dans un érable. En regardant mieux, elle voit cette lumière grandir et elle distingue à l'intérieur une forme humaine. Elle veut crier mais n'y parvient pas. Elle rejoint alors sa mère qui avait continué sa marche sans faire attention à sa fille, en récitant l'angélus. Arrivée à proximité de l'arbre, l'enfant décrit à sa mère ce qu'elle voit : . Ni sa mère, ni le curé qui les a rejointes, ne voient. Le prêtre fait une prière et demande à la jeune fille de rentrer chez elle.

Le lendemain, à la même heure, au même endroit, alors que Justine récite le rosaire avec quelques compagnes, elle voit à nouveau la Vierge portant l'Enfant-Jésus. Une de ses compagnes, , affirme voir également la Vierge. Lors de ces premières apparitions, les voyantes décrivent la Vierge comme apparaissant assise sur un trône d'or, avec une couronne, entourée d'anges, dont l'un tient un sceptreLa représentation de la vision faite par les voyants correspond à l'image de .. Dans les apparitions suivantes, la Vierge apparaitra seule et sans ces attributs royaux.

Les jeunes filles reviennent sur ce même lieu, à la même heure et voient à nouveau l'apparition. Le quatrième jour, la Vierge leur dit . À partir de ce jour, l'apparition va parler et répondre aux questions des enfants.

Poursuite des apparitions

Le (le cinquième jour des apparitions), la dame déclare aux fillettes Lors des apparitions de Lourdes comme à celles de Marpingen, les voyantes ont rapporté que l'apparition se serait dénommée avec ce titre d'Immaculée conception.. Deux jours plus tard, elle déclare Les apparitions prendront fin le 16 septembre, soit deux mois plus tard.. Le , les voyantes déclarent que la Vierge demande la création . La Vierge indique qu'il faudra ensuite donner ces tissus aux malades (qui souhaitent être guéris). Les premières guérisons sont attestées dès le mois de juillet.

Plus de 160 apparitions sont répertoriées. Le relevé systématique des apparitions n'a pas été réalisé du fait de la situation politique du pays à ce moment. Il y a parfois plusieurs apparitions dans la même journée. Yves Chiron note que .

Affluence des fidèles et curieux

La nouvelle se répand dans tous les villages environnants et les deux jeunes filles sont rapidement accompagnées de plusieurs dizaines de personnes à chaque apparition. Celles-ci leur demandent de poser des questions à la dame, pour savoir si telle personne était au ciel, si telle personne guérirait, si tel prêtre ou évêque serait bientôt libéré, ou carrément pour demander la guérison ou la conversion de telle personne. À chaque fois, la dame répond de manière brève et précise, ou parfois elle se contente de sourire, voire de disparaître.. Parmi les questions sur la situation politique, les jeunes filles demandent un jour . À cela la Vierge aurait répondu aux enfants : .

thumb|Oratoire construit sur le site des apparitions. Le , la Vierge aurait béni une source située à proximité du lieu de l'apparition. Depuis cette date, plusieurs pèlerins qui ont bu de cette eau ont déclaré avoir été . À l'occasion de la fête de la Nativité de la Vierge (célébrée le ), une foule importante se rend au village (qui compte un sanctuaire marial antérieur aux apparitions). On estime à cinquante mille le nombre de pèlerins qui seraient venus et auraient assisté les voyantes lors des apparitionsLes sources ne sont pas claires si le nombre de désigne le nombre de personnes le 8 septembre même, ou un cumul sur les jours précédents et suivants.. Les pèlerins viennent de toutes régions polonaises occupées, tant par la Prusse, que par la Russie ou l'Autriche. Des pèlerins viennent même de plus loin : de Lituanie ou d'Allemagne.

Le , dernier jour des apparitions, un petit oratoire est construit près de l'érable où apparait la Vierge, et la source est aménagée pour l'usage des pèlerins.. On estime que ce jour-là, la foule qui entoure les voyantes atteint ou dépasse les quinze mille personnesYves Chiron donne le chiffre de , d'autres sources donnent .. Pour son dernier message, la Vierge donne aux voyantes la recommandation de .

Suites et conséquences

Réactions politiques

Les autorités prussiennes voient ces rassemblements de catholiques d'un mauvais œil. Ils les assimilent à des d'autant que parlerait aux enfants en polonaisLes enfants ont indiqué que l'apparition leur parlait dans le patois local, une variante du polonais, langue qu'ils comprenaient bien mieux que l'allemand., qui est une langue interdite. Le chancelier Bismarck s'inquiète lui même des faits.

Pour essayer de mettre fin au phénomène, les autorités civiles interviennent : les deux jeunes filles sont éloignées un temps du village, le curé est incarcéré pendant cinq jours et les pèlerinages sont entravés. Bismarck en personne fait interdire les rassemblements.

Du côté polonais, les apparitions contribuent . Sur le plan religieux, ces apparitions entraînent . Et très vite, se retrouve à Gietrzwałd un grand nombre de fidèles lors des grandes fêtes mariales (, et Le 29 juin est la fête de saint Pierre et saint Paul, saints patrons de la basilique de la ville, le 15 août est la fête de l'Assomption de Marie et le 8 septembre, la Nativité de Marie.).

Position de l’Église et reconnaissance officielle

Compte tenu de la situation politique, les autorités ecclésiastiques se montrent , ne voulant pas contrarier le gouvernement allemand. Néanmoins, l'évêque du lieu, l'évêque de Varmie Philipp Krementz crée une commission d'enquête le , avant même la fin des apparitions. Après que cette commission ait rendu un avis favorable, l'évêque envoie d'autres théologiens poursuivre les investigations, et finit par se rendre en personne dans le village pour rencontrer les voyantes et les interroger. L'évêque fait également examiner les jeunes filles par trois médecins (deux catholiques et un protestant) afin d'évaluer leur santé physique et mentale. Ceux-ci, à leur tour donnent un avis favorable. La commission scientifique qui analyse Justine et Barbara pendant les apparitions, exclut toute possibilité d’une mise en scène de leur partLes médecins notent que , leurs pouls ralentit, les extrémités de leur corps refroidissent et elles ont le regard totalement fixe. Voir l'article Aleteia..

Craignant de (en bravant ouvertement les lois de la Kulturkampf) s'il prononçait une reconnaissance officielle, l'évêque s'abstient de toute déclaration, mais il n'interdit ni l'organisation de pèlerinages, ni la diffusion des messages transmis par les voyantes.

thumb|Basilique de la Nativité-de-la-Vierge de Gietrzwałd Le , alors que les apparitions ne sont toujours pas officiellement reconnues, le pape Paul VI élève le sanctuaire marial de Gietrzwałd au rang de basilique mineure.

Le , à l'occasion des fêtes du centenaire des apparitions menées par le cardinal Karol Wojtyla, alors archevêque de Cracovie, et en présence du cardinal Stefan Wyszyński, primat de Pologne, l'évêque du lieu, , se basant sur les enquêtes canoniques établies un siècle plus tôt, et sur leurs conclusions, déclare officiellement comme les apparitions de Gietrzwald survenues en 1877.

Les voyantes thumb|Barbara Samulowska en tenue de religieuse.