Antoine François, comte d'Andréossy, né le à Castelnaudary (Aude), mort le à Montauban (Tarn-et-Garonne), est un général, hydrographe, et diplomate français de la Révolution et de l’Empire.
Biographie
Issu d'une famille noble de Lucques, dont une branche vint s'établir en France sous Louis XIII, Antoine François Andréossy, arrière-petit-fils de l'ingénieur italien François Andréossy, qui concourut à l'exécution du canal du Languedoc, naquit à Castelnaudary (province de Languedoc).
Après de fortes études au collège royal de Sorèze, il entre à l'école d'artillerie de Metz, d'où il sort major de sa promotion le , avec le grade de lieutenant d'artillerie, et, à ce titre, choisit le régiment d'Auxonne artillerie.
Il fait avec son premier grade, en 1787, la campagne de Hollande dans l'un des trois détachements envoyés par le gouvernement français pour soutenir les patriotes hollandais.
En dépit de ses connaissances étendues et des recherches qu'il poursuivait sur l'emploi des bombes pour la défense des places, il ne fut nommé capitaine que le . Il ne se présenta pour lui aucune occasion de se distinguer jusqu'en 1789.
Guerres révolutionnaires
Andréossi passait, à l'époque de la Révolution française, pour l'un des officiers d'artillerie les plus attachés à l'Ancien Régime. Lorsque l'émigration commença, on comptait si bien sur ses sentiments à cet égard, que dans la répartition des officiers d'artillerie qui fut faite entre les trois corps commandés par les princes frères du roi (le comte de Provence et le comte d'Artois), par le prince de Condé et par le duc de Bourbon, il fut compris dans la liste de ceux qui devaient servir sous les ordres de ce dernier. Il choisit pourtant la cause de la Révolution. Cependant il en repoussait les excès. Se trouvant en garnison à Metz en 1790, il se prononça fortement contre les mouvements anarchiques qui s'y manifestaient.
Ses talents ne lui acquirent pas un avancement très rapide.
Andréossi fit toutes les campagnes de la Révolution ; il commença par celle du blocus de Landau en 1793.
Campagne d'Italie (1796-1797) vignette
En l'an III, il n'était encore que chef de bataillon dans l'armée des Alpes, où commandait Kellermann. En août de la même année il fut chargé, avec trois autres officiers, de la reconnaissance des montagnes escarpées depuis la ligne de Borghetto jusqu'à celle de Sanremo.
Passé à l'armée d'Italie commandée par le général Bonaparte, il est choisi par le général en chef comme directeur du service des ponts. Il contribue le à arrêter sur le Pô, près de Plaisance, un convoi composé d'officiers et de 500 malades, et aussi chargé de riz et de toute la pharmacie de l'armée autrichienne.
Il est choisi le 30 messidor an IV (), pour commander cinq chaloupes canonnières qui, en simulant une fausse attaque contre Mantoue, doivent attirer sur elles tout le feu de la place pendant que Joachim Murat et Claude Dallemagne dirigent la véritable attaque sur d'autres points. Andréossy reste immobile sous le feu de toutes les batteries, et la place fut emportée d'un autre côté. Cette réussite lui vaut d'être promu général de brigade le .
Un peu plus tard, après la bataille de Tagliamento, il se distingue le 29 ventôse an V, au passage de l'Isonzo et dans les opérations qui suivirent ce passage. Bonaparte l'a chargé de reconnaître si le fleuve était guéable, Andréossy se jette lui-même dans la rivière, la traverse à pied et repasse sur deux points différents sous le feu de l'ennemi. Le général en chef se l'attachealors personnellement.
Lorsque, après les traités de Campo-Formio et de Rastadt, Napoléon Bonaparte va en personne rendre compte de ses actions au Directoire, il se fait accompagner par Andréossy et Joubert, qui doivent en même temps remettre aux deux conseils les drapeaux d'Arcole dont ils ont fait présent à l'armée d'Italie. Le 4 nivose an VI (), le ministre de la Guerre présente ces deux officiers au Directoire en disant que l'un et l'autre avaient mérité l'honneur de cette glorieuse mission par les services qu'ils avaient rendus dans diverses campagnes.
Campagne d'Égypte
Le 24 ventôse an VI (), Andréossy fait partie de la commission de la marine chargée d'organiser une descente en Angleterre. Il fait sur les côtes un voyage dont le but était d'accélérer l'organisation des troupes. Cette tournée est destinée à détourner l'attention de la préparation de l'expédition en Égypte.
Andréossy fait partie de cette expédition, en qualité de général de brigade, et dirige les équipages de pont. Là aussi, il se fait remarquer et comme savant et comme général et fait partie de toutes les expéditions, notamment de celle de Syrie.
À Chebreiss, Andréossy qui doit combattre à la fois et la cavalerie et la flottille des Mamelouks, parvient à chasser Mourad Bey de ce village et à s'y établir. Il y dirige avec succès la flottille française opposée à celle des Arabes sur le Nil, en face de Chebreiss ; y soutient un combat meurtrier, le 27 messidor () ; et avec les équipages de quelques-uns de ses bâtiments coulés bas ou dégréés, il se porte sur Chebreiss et s'en rend maître. Sa conduite mérite d'être mentionnée dans le rapport au Directoire, daté du 6 thermidor.
thumb|Portrait du comte Andréossy, Matthieu Ignace van Brée, mine de plomb et pierre noire, entre 1803 et 1807, Musée du Louvre.
Andréossy poursuivait en parallèle ses observations scientifiques. Les communications qu'il fit à la commission des savants nommés par le gouvernement français pour explorer la région, lui valurent d'être élu membre de l'Institut d'Égypte le 4 fructidor an VI. Il fut attaché à la section des mathématiques, et on le chargea de sonder les rades de Damiette, de Bougafie, du cap Bouger, l'embouchure du Nil, le lac Menzaleh et la vallée de Natron. Dans cette expédition, à la fois scientifique et littéraire, Andréossy sut agir comme militaire non moins que comme savant. Le général en chef tint compte à Andréossy du zèle et de l'intelligence qu'il déploya dans une opération à laquelle il attachait beaucoup de prix et qui augmenta l'estime qu'il lui portait.
Le , il prend part au combat de Schouara,et à la prise de ce village, qui est livré aux flammes. Le , poursuivant le cours de ses observations sur le bogaz de Dibeh, avec une flottille de 16 djermes, dont trois armées chacune d'un canon, il est atteint par une flottille ennemie de plus de 100 barques, qui l'attaque par une vive fusillade ; mais les bonnes dispositions qu'il sut prendre, et la résistance vigoureuse qu'il opposa aux Arabes, les étonnèrent, et ils disparurent pendant la nuit.
Bonaparte étant parti du Caire le , Andréossy suivit ce général en France, où il arrive le , et le seconde efficacement dans la journée du 18 brumaire : Il fait alors fonction de chef d'état-major.
Guerres napoléoniennes Après ce coup d'État, Bonaparte récompensa Andréossy en le nommant, chef de l'état-major-général de la division militaire, général de division le 15 nivose an VIII (), chef de la division du ministère de la Guerre (créée exprès pour lui, il se trouva à diriger en fait l'administration de l'artillerie et du génie). Il joignit bientôt à son administration le titre de commandant de l'artillerie de Strasbourg. Il fut appelé, en août 1800, au commandement de la place de Mayence.
En l'an IX, il était chef d'état-major de l'armée gallo-batave. C'est en cette qualité qu'il rendit compte, dans une relation parue alors sans nom d'auteur, d'un combat meurtrier, resté célèbre à l'époque, qui eut lieu , où une poignée de soldats battit un véritable corps d'armée repoussé avec perte.
Le 16 pluviôse an IX (), lors de la paix de Lunéville, le général Andréossy fut chargé d'arrêter les bases du plan de défense pour toute la rive gauche du Rhin, et le 22 thermidor an X (), le Premier consul lui confia la direction générale du dépôt de la Guerre.
Carrière diplomatique
Le 9 prairial de l'an X (), il est nommé ambassadeur en Grande-Bretagne. En l'an XII, il fut nommé, le 20 frimaire, membre de la Légion d'honneurL'appellation Chevalier de la Légion d'honneur n'est créée que sous la Seconde Restauration., et le 25 du même mois grand officier de l'Ordre. Il partit immédiatement après pour son ambassade.
Arrivé à Londres, il ne tarda pas à s'apercevoir que la Grande-Bretagne, qui venait de signer la paix d'Amiens, ne cessait point d'armer et méditait déjà une guerre. Ses plaintes furent vaines ; la France se vit dans la nécessité d'entrer en campagne un an plus tard. Il ne paraît pas qu'Andréossy, mal vu de l'aristocratie anglaise, dont il ne connaissait pas les usages, et aux prises, d'ailleurs, avec les plus graves difficultés, ait bien réussi. L'ambassadeur ne réussit pas à maintenir la paix. Andréossy conserva cette ambassade jusqu'à la rupture du traité. Il tint à Londres une conduite assez prudente ; mais, introduit dans les cercles de la haute société, on prétend qu'il laissa voir, par quelques bévues, qu'il n'en connaissait pas tous les usages. Bien que successeur de Louis-Guillaume Otto, il n'est pas présent au procès de Jean-Gabriel Peltier dont Otto avait participé à réunir des accusations. Ami des arts, il acheta dans la capitale anglaise la belle collection de dessins du ministre Calonne, qui avait été formée par Le Brien.
Revenu en France après la rupture avec l'Angleterre, il fut nommé, le , inspecteur-général de l'artillerie et commandeur de l'Ordre de la Couronne de fer. En sa qualité d'inspecteur, il fit la première partie de la campagne d'Autriche (1805), se trouva à la bataille d'Austerlitz, jusqu'à la prise de Vienne où il resta comme commissaire de l'Empereur (ministre plénipotentiaire) pour les compléments du traité de Presbourg et, ensuite, comme ambassadeur, à la place du comte de La Rochefoucauld démis de ses fonctions. Il séjourna à Vienne jusqu'en 1808, mais ne put empêcher la rupture des relations avec le gouvernement autrichien.
En 1806, le , l'Empereur lui donna la présidence du collège électoral du département de l'Aude, et, au mois de novembre, il fut élu candidat au Sénat, qui ne l'admit pas dans son sein. Pour le dédommager de cet échec, l'Empereur le créa comte de l'Empire le . thumb|Bombardement de Vienne, , Louis Albert Guislain Bacler d'Albe. Le , le nomme préfet-gouverneur de Vienne qui n’est pas encore prise, par un décret daté du palais de Kaunitz. Il a pour adjoint et commandant de la place, le général Razoult.
À cette époque il acquiert un grand nombre d'aquarelles d'Albrecht Dürer, probablement chez un certain François Lefèvre, nommé conservateur de l'Albertina.
Napoléon , toujours plus touché du rôle et de l'habileté qu'il montrait dans tous les postes qu'on lui confiait, ne cessait de le combler de toutes sortes de dignités et d'honneurs. Le , il le fit grand aigle de la Légion d'honneur, et le , grand-chancelier de l'Ordre des Trois-Toisons d'OrL'Ordre des Trois-Toisons d'Or, dans la pensée de Napoléon, devait absorber en l'annulant l'ordre de la Toison d'or d'Autriche. Mais cet ordre n'eut qu'une durée éphémère par suite du mariage de l'Empereur avec Marie-Louise.. En , il l'appela au Conseil d'État et lui confia la présidence de la Section de la Guerre.
En 1812, le général fut envoyé en ambassade à Constantinople auprès de la Sublime Porte, et reçut de Napoléon des instructions de la plus haute importance. Napoléon, qui méditait alors son invasion en Russie, et qui avait besoin de susciter des ennemis à cette puissance, était disposé à faire tous les sacrifices pour que les Ottomans continuassent la guerre ; il avait dit à son ambassadeur : Mais des circonstances imprévues ayant retardé son départ, Andréossy n'arriva à Constantinople qu'après la paix de Bucarest.