Le Discours de Carthage, prononcé le par le chef du gouvernement français Pierre Mendès France au Palais de Carthage, au cours d'un voyage-éclair en Tunisie« Voyage du président Mendès France en Tunisie », dans les archives de l'INA, le .Document présenté et analysé sur le site de l'ancien Centre national de documentation pédagogique, maison d'édition du ministère de l'Éducation nationale français, rebaptisé réseau Canopé . est resté célèbre car reconnaissant l'autonomie interne à la Tunisie« Discours à Carthage ».. Souhaitant , ce discours est considéré par les historiens comme une étape importante de la décolonisation en FranceHachemi Baccouche, Décolonisation. Grandeurs et serviteurs de l'anticolonialisme, Nouvelles Éditions latines, 1962 ., qui vaudra à son auteur la réputation de .

Prononcé six semaines après l'investiture de Mendès France et seulement dix jours après les accords de Genève mettant fin à la guerre d'Indochine, ce discours lance les négociations avec les leaders tunisiens pour un gouvernement provisoire mettant fin au protectorat français de Tunisie, le premier gouvernement Tahar Ben Ammar, qui inclut quatre ministres du parti d'Habib Bourguiba, leader tunisien transféré peu avant à Paris pour être associé aux négociations.

Le programme de redressement économique de Mendès France, jusque-là priorité, est alors temporairement mis en veilleuseMaria Romo-Navarrete, « Changer pour conserver. Les choix de Pierre Mendès France », dans la revue Relations internationales, 2008 .. Son discours demande de garantir les droits des Français de Tunisie appelés à demeurer dans ce pays, « avec leurs fils et leurs petits-fils »Victor Silvera, « Réflexions sur la crise des rapports franco-tunisiens », dans la revue Politique étrangère, 1958 ..

Histoire Contexte Le , Jean de Hauteclocque arrive à Tunis à bord du croiseur Le MercureFrançois Arnoulet, Résidents généraux de France en Tunisie… ces mal aimés, éd. Narration éditions, Marseille, 1995, . puis remplace, le résident général de France, Louis Périllier.

En , il destitue par la force, le gouvernement M'hamed Chenik, qui avait été le premier gouvernement tunisien ayant négocié les conditions d'une évolution de la Tunisie vers l'autonomie interne pendant le protectorat français. C'est le Coup de force du 26 mars 1952 en Tunisie.

Le , M'hamed Chenik, Mahmoud El Materi, Mohamed Salah Mzali et Mohamed Ben Salem sont arrêtés et internés à Kébili.

De Hauteclocque leur reproche surtout leur requête auprès de l'Organisation des Nations unies (ONU) et leur refus de négocier sur la prorogation du Grand Conseil ou sur la réforme municipale.

Le , Lamine Bey est ainsi contraint de signer le décret nommant Slaheddine Baccouche comme grand vizir, qui forme le gouvernement Slaheddine Baccouche, jugé inféodé à l'autorité coloniale.

Après l'assassinat du syndicaliste Farhat Hached le par l'organisation colonialiste extrémisteSophie Chautard, Les dictateurs du , éd. Studyrama, Levallois-Perret, 2006, . de la Main rougeClaude Liauzu, L'Europe et l'Afrique méditerranéenne. De Suez (1869) à nos jours, éd. Complexe, Paris, 1994, ., le protectorat français de Tunisie est affecté par une vague de manifestations, émeutes, grèves, tentatives de sabotage et jets de bombes artisanalesKhalifa Chater, « Cinquantenaire de l'indépendance. Le rappel d'une épopée spécifique du peuple tunisien », Afkar, .. La Main rouge réplique en multipliant les actes de terrorisme, faisant grimper la tension « Pierre Mendès France, l'indépendance de la Tunisie », discussion entre Sophie Bessis, agrégée d’histoire et Éric Roussel, président de l’Institut Pierre Mendès France. France Culture, ..

Dans la foulée, les années 1953 et 1954 sont marquées par la multiplication des attaques contre le système colonial, organisée par des maquisards, qui pratiquent une guérilla de harcèlement. En réponse, près de français sont mobilisés dans les campagnes tunisiennes pour réprimer cette situation difficile, qui n'est apaisée que par le discours prononcé le Michel Quitout, Parlons l'arabe tunisien : langue et culture, .« Voyage du Président Mendès France en Tunisie », Les Actualités françaises, ..

Entre-temps, Pierre Mendès France est parvenu au pouvoir au printemps 1954 comme président du Conseil, en succédant le à Joseph Laniel à la tête du gouvernement. Il nomme François Mitterrand ministre de l'Intérieur et souhaite des mesures de décolonisation, en Indochine comme au Maghreb.

Préparation Mendès France avait eu des contacts avec Mohamed Masmoudi, futur représentant officiel du parti Néo-Destour à Paris au moment où il était l'avocat de quatre inculpés dans une affaire de sabotage qui s'étaient plaints de tortures et de mauvais traitements et avait obtenu l’acquittement de l’un d'eux. Dans le premier numéro de L'Express le (comme supplément hebdomadaire du journal économique Les Échos tiré à )Laure Adler, Françoise, Éditions Grasset, 2011., il avait argumenté pour des négociations en IndochineLe siècle des intellectuels, par Michel Winock..

Quelques jours avant son investiture en 1954, il signe un article dans La Revue politique et parlementaire« Esquisse d’une politique de l’Union française », par PMF, cité par Maria Romo-Navarrete, dans la revue Relations internationales, 2008 ., dans lequel il défend plus discrètement le projet d’autonomie qu'il va annoncer dans son discours et prépare ensuite sa décision de remplacer rapidement le résident général Pierre Voizard.

Le , Pierre Mendès France décide d'assouplir les conditions de détention du leader tunisien Habib BourguibaJean-Louis Rizzo, Pierre Mendès France, Éditions La Découverte, 1994 . et il le fait transférer le au château de La Ferté à Amilly ( de Paris) afin de préparer les futures négociations.Ridha Kéfi, « La Tunisie devient autonome », Jeune Afrique, ..

Le même jour, en conséquence de la chute de Dien-Bien-Phû le en Indochine, il signe les accords de Genève, mettant fin à la guerre d'Indochine.

Informé des projets de Pierre Mendès France, Tahar Ben Ammar, autre leader tunisien, rencontre discrètement le ministre français des Affaires marocaines et tunisiennes, Christian Fouchet, le , ainsi que le leader tunisien Habib Bourguiba dans les jours suivants..

Puis le , Pierre Mendès France informe ses ministres, réunis à l'Élysée pour leur conseil hebdomadaire, que le Protectorat français de Tunisie va s'achever. Les gaullistes, menés par le général Pierre Kœnig donnent leur accord. Au cours de la même journée, le général Pierre Boyer de Latour du Moulin, ex-commissaire de la République en Cochinchine, puis résident général à Rabat et commandant supérieur des troupes en Tunisie est nommé résident général de France en Tunisie. Afin de préserver le secret sur ce déplacement, les communications entre la France et la Tunisie sont interrompues et des troupes militaires sont positionnées à Tunis dès la veille au soirOmar Khlifi, L'assassinat de Salah Ben Youssef, ..

Discours Le lendemain, Pierre Mendès France mène un voyage d'une seule journée en TunisiePierre Riché, C'était un autre millénaire. Souvenirs d'un professeur de la communale à Nanterre, Éditions Tallandier, 2008 .. Il est accompagné par le maréchal Juin, né en Algérie et qui avait déposé Moncef Bey en 1943, de Christian Fouchet et d'Yves Perrussel, ancien président du RPF, le parti gaulliste, à TunisCharles-André Julien, Et la Tunisie devint indépendante… (1951-1957), éd. Jeune Afrique, Paris, 1985, .. À midi et demi, il est reçu par Lamine Bey au palais de Carthage où il annonce dans un discours d'une douzaine de minutes : […] L’autonomie interne de la Tunisie est reconnue et proclamée sans arrière-pensée par le gouvernement français, qui entend tout à la fois l’affirmer dans son principe et lui permettre dans l’action la consécration du succès.

Le degré d’évolution auquel est parvenu le peuple tunisien la valeur remarquable de ses élites, justifient que ce peuple soit appelé à gérer lui-même ses propres affaires.

C’est pourquoi nous sommes prêts à transférer à des personnes et à des institutions tunisiennes l’exercice interne de la souveraineté.

Dès maintenant, si tel est votre désir, un nouveau gouvernement peut être constitué qui, outre la gestion des affaires de la Régence, sera chargé de négocier en votre nom avec le Gouvernement français les conventions destinées à fixer clairement les droits des uns et des autres […]

Les Français, en échange de leurs services passés et présents, du rôle qu’ils peuvent et doivent jouer dans l’avenir, ont acquis le droit de vivre et de travailler en Tunisie, droit dont personne ne songe à les priver […]

Outre la part qu’ils pourront prendre notamment à la vie municipale, à la représentation et à la défense de leurs intérêts au sein d’assemblées qui leur seront propres, les Français doivent avoir les moyens pratiques de faire assurer le respect des règles de droit inscrites en leur faveur dans les conventions […]

Comme vous-mêmes, j’ai le droit d’espérer qu’un terme sera mis maintenant aux violences. S’il fallait affecter plus de moyens pour les maîtriser, le Gouvernement français n’hésiterait pas à envoyer tous les renforts nécessaires. Si de nouveaux attentats venaient endeuiller ce pays, les sanctions, je dois le dire loyalement, seraient d’une rigueur que ne mitigerait aucun ménagement […]..

Son contenu est Alain Chatriot, Pierre Mendès France : pour une République moderne, Éditions Armand Colin, 2015 . car promettant l'autonomie interne à la Tunisie. Tout en condamnant la violence et en soulignant qu'elle n'obtiendra pas de résultats, il y annonce des transferts de souveraineté importants et promet d'ouvrir les négociations Nicolas Charbonneau et Laurent Guimier, Histoire de la pour les Nuls, édition Poche, 2015 .« Voyage du président Mendès France en Tunisie », Les Actualités françaises, ..

Prononcé avec une , son intervention salue en particulier Bertrand Le Gendre, Bourguiba, Éditions Fayard, 2019 ..

Les Français se voient confirmer leur « droit de vivre et de travailler en Tunisie », sans pour autant qu'il y ait de .

Réactions immédiates Le discours de Carthage déclenche une avalanche de réactions politiques, sociales et médiatiques, jusqu'au Maroc, où le journal Maroc-Press publie rapidement des pétitions demandant le retour du Sultan, exilé à MadagascarMichel de La Varde, Casablanca : ville d'émeutes, 1955 ., dont de nombreux signataires n'ont en fait pas été consultés. Plus généralement, dans le monde arabe les observateurs attendent surtout la réaction d'Habib Bourguiba, car la plupart ne savaient pas que le contenu de l'accord en cours avait été négocié avec lui. Le leader tunisien crée quand il fait connaître son approbationDominique Lejeune, « La Méditerranée dans les relations internationales du » .. En Tunisie, le journal Al Ikhwane al Moslemine, l'organe officiel du mouvement des Frères musulmans, prend même à partie les dirigeants du Néo-Destour d'Habib Bourguiba en estimant que les négociations avec la France constituent un « Les Frères musulmans attaquent le Néo-Destour » dans Le Monde du ..

La Dépêche tunisienne, lue par la grande majorité des Français de Tunisie pendant la période colonialeSerge La Barbera et Lucette Valensi, Les Français de Tunisie. 1930-1950, éd. L'Harmattan, Paris, 2006, ., estime après le discours qu'il et espère qu'il va « La Dépêche tunisienne : il fallait un choc psychologique » dans Le Monde du .. Mais ce provoque chez une partie des Français Charles-André Julien, « Une suite d’hésitations et d’erreurs a retardé la décolonisation », Le Monde diplomatique, ., avec pour résultat que .