vignette|300x300px| Soviet des ouvriers des moulins de Bruree - "Nous faisons du pain, pas des profits". Les soviets irlandais (Sóivéidí na hÉireann en irlandais, Irish soviets en anglais) sont des soviets proclamés en Irlande au cours de la « période révolutionnaire », pendant la guerre d'indépendance irlandaise et la guerre civile irlandaise (1919 à 1923), principalement dans la province de Munster. Les soviets irlandais sont des conseils de travailleurs qui contrôlent leur lieu de travail le plus souvent dans le cadre d'une grève.

Contexte Le mouvement ouvrier en Irlande pendant la guerre d'indépendance irlandaise avait été profondément affecté par les événements du lock-out de Dublin de 1913 ainsi que par la révolution russe de 1917. Il a également été influencé par les révolutions de 1917–1923, qui ont vu plusieurs révolutions ouvrières se déclencher en Europe, également inspirées par la révolution en Russie. Des soviets sont formés à travers l'Europe comme en Bavière, à Brême, en Ukraine, en Hongrie ou en Italie. L'onde de choc révolutionnaire a également gagné l'Irlande, où on rencontre un mouvement ouvrier dynamique en pleine expansion et une situation politique explosive. En effet, le mouvement républicain, renforcé depuis la crise du Home Rule de 1913 et l'insurrection de 1916, s'est organisé au sein de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) et combattait l'armée anglaise pour mettre fin à la domination britannique sur l'IrlandeLee, D. (2003). The Munster Soviets and the Fall of the House of Cleeve. Made In Limerick, [online] 1. Available at: http://www.limerickcity.ie/media/limerick%20soviet%2015.pdf [Accessed 30 Jan. 2019]..

Le soviet du Monaghan Asylum Le premier soviet irlandais est déclaré en . Il est dirigé par Peadar O'Donnell, organisateur régional pour le Syndicat irlandais des transports et autres travailleurs (Irish Transport and General Workers' Union, ITGWU) et commandant de l'IRA. Le soviet est déclaré dans le cadre d'une grève pour de meilleures conditions de travail par le personnel de l'hôpital psychiatrique de Monaghan, le soviet est déclaré lorsque les travailleurs occupent et prennent le contrôle de l'asile. Les travailleurs se plaignaient entre autres des horaires : ils étaient forcés de travailler 93 heures par semaine et n'étaient pas autorisés à quitter les lieux entre leurs quarts de travail. Lors de la déclaration du soviet, un drapeau rouge est hissé au-dessus du bâtiment. En réponse, des policiers armés ont été envoyés pour évacuer l'hôpital, mais les occupants s'étaient barricadés à l'intérieur. Les opérateurs de l'asile ont été contraints de négocier, et les travailleurs ont obtenu la semaine de 56 heures et une augmentation de salaire pour le personnel masculin et féminin. Une autre concession a autorisé les employés mariés à rentrer chez eux après la fin de leur quart de travailMcNally, F. (2015). Political asylum – An Irishman’s Diary on mental health and the Monaghan Soviet. The Irish Times. [online] Available at: https://www.irishtimes.com/opinion/political-asylum-an-irishman-s-diary-on-mental-health-and-the-monaghan-soviet-1.2202341 [Accessed 31 Jan. 2019]..

Le Soviet de Limerick

alt=A one shilling currency note from the Limerick Soviet|vignette| Un billet de monnaie d'un shilling du Soviet de Limerick L'un des premiers soviets à être déclaré en Irlande à cette époque est le soviet établi à Limerick du 15 au , il s'agit également d'un des plus importants. À la suite de l'activité de l'IRA à l'intérieur de la ville et de la mort du volontaire républicain Robert Byrne, la Royal Irish Constabulary a cherché à verrouiller la ville pour empêcher toute nouvelle incursion des républicains. Cependant, leur mise en œuvre du bouclage, trop zélée et brutale, a entraîné une réaction violente de la part des habitants de la ville. Un comité de grève a été créé par des syndicalistes à Limerick et une grève générale a été déclarée contre "l'occupation militaire britannique". Pendant deux semaines, toutes les troupes britanniques ont été boycottées et le comité de grève spécial a organisé l'impression d'une monnaie propre au soviet, ainsi que le contrôle du prix des denrées alimentaires et la publication des journaux.

Soviets ultérieurs

Soviet de Knocklong Le soviet de la ville de Limerick est le plus important dans la mémoire historique des années 1918-1923, car il comptait le plus grand nombre de participants, mais beaucoup d'autres ont suivi. Le mois suivant, en , les travailleurs du comté de Limerick commencèrent à saisir des crémeries appartenant à l'entreprise familiale Cleeve, la principale étant située près du village de Knocklong. Les Cleeves étaient une famille anglo-canadienne impliquée dans l'empire colonial britannique, opérateur commercial majeur, leur entreprise employait plus de 3 000 ouvriers à travers l'Irlande dans les industries laitières en plus d'environ 5 000 agriculteurs, les Cleeves faisaient partie du grand capital colonial en Irlande. Pendant la Première Guerre mondiale, ils avaient fortement encouragé les efforts de recrutement de l'armée britannique à Limerick. Il était dans leur propre intérêt de le faire, car les Cleeves profitaient également de la guerre puisqu'ils fournissaient également de la nourriture à l'armée britannique, dégageant un bénéfice d'environ un million de livres de ce contrat à la fin de 1918O'Connor Lysaght, D.R. (1981). The Munster Soviet Creameries. Irish History Workshop, [online] 1. Available at: https://issuu.com/conormccabe/docs/lysaght-soviet-creameries [Accessed 31 Jan. 2019].. Le soutien des Cleeves aux Britanniques leur attirait peu de soutien au milieu de la révolution en Irlande, mais le ressentiment contre eux était encore aggravé par le fait que les Cleeves étaient considérés comme l'un des employeurs qui payait le moins bien ses employés en Irlande. Un ouvrier non qualifié travaillant pour les Cleeves ne pouvait s'attendre à être payé que 17 shillings par semaine, un montant qui correspondait à une misère pour l'époque.

À la suite d'un conflit social avec les Cleeves, des travailleurs appartenant au Syndicat irlandais des transports et des travailleurs généraux (ITGWU) ont saisi les installations de production et ont commencé à les gérer indépendamment des propriétaires. Un drapeau rouge a été hissé au-dessus du bâtiment principal et une bannière indiquant "Soviet de la crémerie de Knocklong : nous faisons du beurre pas des profits" (Knocklong soviet creamery : we make butter not profits) a été affichée. Le travail se poursuivit dans les crémeries, mais la production et les produits étaient gérés par les ouvriers. Si bien que les Cleeves ont été contraints de négocier afin de reprendre le contrôle des installations. Après cinq jours d'occupation, les ouvriers ont pu forcer les patrons à accepter une augmentation de salaire, une semaine de travail de 48 heures, l'introduction de 14 jours de vacances par an et l'amélioration des systèmes de ventilation dans les espaces de travail.

Le succès du soviet de Knocklong a entrainé de nouvelles grèves dans les entreprises appartenant aux Cleeves, mais aussi des représailles de la part de ceux-ci. Dans un premier temps, les Cleeves tentent de licencier des travailleurs à Knocklong sous prétexte qu'une grève générale nationale de l'ITGWU contre la manipulation de munitions britanniques avait abouti à "un manque de travail". Cependant, ce plan est mis en échec par la formation d'un comité de grève. Les Cleeves ont alors rapidement changé de stratégie, et, le , ils ont assuré la crémerie contre le déclenchement d'un incendie. Par coïncidence, le , une unité de Black and Tans est arrivée à Knocklong et a brûlé la crémerie.

Soviet de Waterford L'un des soviets de plus courte durée, mais qui a cependant eu une certaine notoriété, a vu le jour en à Waterford. Le soviet a existé pendant une grève générale nationale contre le maintien en détention des républicains en grève de la faim. Les travailleurs ont imposé la grève générale ainsi qu'un système de permis. Au bout de quelques jours, Waterford a appris que la grève générale avait été un succès et que le gouvernement britannique avait cédé à la demande. Des milliers de personnes ont afflué à l'hôtel de ville où, avant de chanter l'Amhrán na bhFiann pour clore l'événement, les dirigeants syndicaux ont chanté les couplets du The Red Flag, un hymne du mouvement socialiste, tandis que la foule moins familière avec le chant se joignait aux chœurs.

En Irlande, le soviet de Waterford n'a pas suscité beaucoup de commentaires. En effet, les nationalistes ne souhaitaient pas alimenter la propagande unioniste selon laquelle le Sinn Féin était en réalité "bolcheviste", de plus, l'apparition du drapeau rouge dans de telles circonstances n'était déjà plus une nouveauté en Irlande, enfin, les soviets s'étaient révélés sans menace pour les relations de classe; aucun d'entre eux n'avait tenté de changer durablement l'ordre social et le statu quo ante avait repris à la fin de chaque grève. Le Parti travailliste irlandais a également pris ses distances avec le sujet, le parti émergeait en tant que parti réformiste et s'éloignait de l'encouragement ou de la discussion des tactiques militantes socialistes.

En Grande-Bretagne cependant, la presse a montré un intérêt beaucoup plus grand. Le , un article intitulé Gouvernement "soviétique" à Waterford paru dans le Manchester Guardian, l'article affirmait qu'un groupe de loyalistes du Sud avait donné à Bonar Law un compte rendu complet des événements dans la ville et le journal rapporte qu'un commissaire de soviet et trois associés ont pris en charge la gestion de Waterford, qualifiant la situation comme proche d'une dictature du prolétariat. Les 24 et , le journal travailliste britannique, le Daily Herald, a publié des articles sur les « gardes rouges » de Waterford, déclarant qu'un drapeau rouge flottait au-dessus de l'hôtel de ville, et qu'une sorte de garde rouge avait été établie sous l'autorité de trois leaders du syndicat des transports et a donné l'impression que la ville était incontestablement dirigée par un soviet pendant la grève.

Soviet de Bruree vignette| Photographie du Soviet de Bruree. Un slogan contre le traité anglo-irlandais semble peint sur le mur.|lien=Special:FilePath/Bruree_Creamery.jpg Le , la boulangerie et les moulins de Bruree, dans le comté de Limerick, propriétés de la famille Cleeve, ont été occupés par la quasi-totalité de ses employés, à l'exception du directeur et d'un commis. Les ouvriers ont levé un drapeau rouge, ont brandi une banderole sur laquelle on pouvait lire «Bruree Soviet Workers Mill» (Soviet des ouvriers du moulin de Bruree) et ont pris le contrôle de l'usine, déclarant qu'ils vendraient sa nourriture à un prix inférieur, renonçant à la «profitation» qui y était pratiqué auparavant. Les propriétaires ont alors été forcés de se mettre à la table des négociations au Liberty Hall de Dublin, la maison du syndicat, les représentants syndicaux ont affirmé que le soviet était capable de baisser les prix, de doubler les ventes et d'augmenter les salaires. La ministre du Travail du Sinn Féin, la comtesse Markievicz, a servi de médiatrice lors des négociations et il est allégué qu'elle a menacé d'envoyer des troupes de l'IRA au Soviet de Bruree s'ils n'acceptaient pas le résultat de l'arbitrage.

Soviet du port de Cork