vignette|Halles d’Aix-en-Provence (France).
L’usage du français contemporain est marqué par de nombreux anglicismes.. Si la tendance s’est inversée depuis la fin du , avant le la langue anglaise avait plus emprunté à la langue française que le contraire ; ce qui fait que certains des anglicismes actuels du français furent des gallicismes en anglais à une certaine époque (ex. : obsolète). René Étiemble rappelle dans Parlez-vous franglais ?. que le mot vient de ménager, comme « ménagère » et de ménagement (il faut dans les deux cas veiller aux affaires courantes, gérer un budget, déléguer, etc.).
Beaucoup d’anglicismes utilisés il y a un siècle (on en trouve chez Alphonse Allais) sont tombés aujourd’hui en désuétude ou dans l’oubli. Des anglicismes plus récents comme ou ont disparu, remplacés par « ordinateur » (plus précis, désignant n’importe quel type de calculateur, même analogique) ou « logiciel » (qui fait parfaitement pendant à matériel).
Le nombre et la fréquence des anglicismes varient selon les locuteurs et selon les domaines de spécialité. Certains domaines en regorgent, comme l’économie, le sport et plus encore l’informatique. Celle-ci est en effet sujette à de nombreux emprunts à l’anglais (au jargon informatique anglo-américain) comme dans le reste du monde la musique l’est à l’italien ou la cuisine et la mode au français ; ainsi, la lingua franca de fait entre les informaticiens du monde entier est l’anglais. De plus, la plupart des langages de programmation ont un vocabulaire inspiré de l’anglais, ce qui fait que les programmeurs ont tendance à penser en anglais.
Le français contribue cependant à des termes qui s’internationalisent : Informatique, néologisme inventé en 1962 par Philippe Dreyfus., a été acclimaté en vers la fin des années 1970 dans les pays anglophones, où il unifie les disciplines jadis cloisonnées qui s’y nommaient respectivement et . L’avionique a elle-même sans doute donné naissance à « avionics ». Un autre néologisme français, télématique (apparu vers 1982), désignant la synergie de l’informatique et des télécommunications, y a fait naître compunication ou compucation (contractions de computer communication, 1. communication entre ordinateurs ; 2. télématique).
De nombreux anglicismes possèdent des équivalents français. Leur emploi n’est donc plus motivé par une lacune du lexique français, mais l’unification du vocabulaire permet de faciliter la transmission sans ambigüité de connaissances pointues et en rapide évolution. Ainsi, dans d’autres domaines comme la zoologie et la botanique, l’usage du latin est généralisé pour nommer plantes et animaux.
vignette|redresse=1.5|Exemple d’utilisation de mots d’origine anglaise dans un coupon publicitaire distribué en France.
Propagation des anglicismes
Origines Diverses raisons sont avancées pour expliquer le développement des anglicismes en français : il y aurait la régression du grec et du latin dans les études, l’hégémonie de l’anglais comme langue de communication internationale, le mimétisme culturelJean Tournier évoque également la situation de faiblesse de la langue française, dont la maîtrise n'est plus assurée chez les jeunes générations du fait de l'inadéquation de l'enseignement du français et de l'influence linguistique négative des médias, cf. Jean Tournier, Les mots anglais du français, op. cit., en part. Introduction, .. Dans les jeunes générations, l’anglais tend à acquérir le statut de langue de prestige au détriment de la langue maternelle, de la même façon que le français jouit du statut de langue de prestige en Afrique francophone, au détriment des langues locales.
Certains journalistes de la télévision française, dont la fonction exige une grande maîtrise du français, introduisent néanmoins dans celui-ci des anglicismes« Les téléastes – pas tous mais beaucoup – portent une bonne part de responsabilité en la matière », Alfred Gilder, Et si l'on parlait français ? Essai sur une langue universelle, préface de Claude Hagège, Le cherche midi éditeur, 1993.. Lexicaux, syntaxiques ou phonétiques, ces calques jouissent auprès des téléspectateurs d’un fort effet de mode qui garantit leur rapide acclimatation dans la langue française, par le simple fait qu’il s’agit de termes inhabituels et ressentis comme nouveaux donc avantageuxMaurice Pergnier, Les Anglicismes. Danger ou enrichissement pour la langue française ?, Presses universitaires de France, 1989, 155-157 (La responsabilité des journalistes); citation : « Par la puissance des moyens modernes de communication, les journalistes concourent en effet plus que quiconque non seulement à propager mais surtout à légitimer les anglicismes. Ils ne sont pas seulement des amplificateurs de l'image, ils servent (qu'ils le veuillent ou non) de modèles. De même qu'un produit industriel faisant de la publicité dans les médias voit ses ventes augmenter de façon significative, de même un mot, un cliché, un néologisme, un anglicisme, qui "passe à l'antenne" ou aux presses du journal à grande diffusion, se propage et se trouve immédiatement légitimé et valorisé »..
En France, dans le domaine du management du personnel, à la question , un ex-conseiller en gestion répond (en 2008), extrait : .. Dans la même interview, il répond aussi aux questions (extrait : ) et .
La sociologue Chantal Bouchard énonce six facteurs externes à l’anglicisation du français au Québec. : l’environnement : la situation géographique du Québec force le Canadien français à être en constant contact avec les anglophones, qui dominent le reste du pays ; l’inaction des gouvernements : durant les années 1900, le gouvernement fédéral anglophone se fait reprocher d’interagir avec son « quasi-unilinguisme » au Québec. Il y aurait un manque de soutien de la langue française au niveau national ; l’attitude des anglophones : on reproche aux anglophones et aux commerçants anglophones d’utiliser exclusivement l’anglais, sans s’efforcer de s’adapter aux Canadiens français ; le bilinguisme : le bilinguisme avantage le travailleur à la recherche d’un emploi dans les industries et dans la ville. Du côté linguistique, le bilingue peut avoir de la difficulté à reconnaître lui-même un anglicisme ; l’anglomanie en France : la France, qui est le modèle linguistique du Canadien français, succomberait elle-même à la dominance anglophone ; la traduction : à cause des facteurs précédents, lorsque les écrits anglais sont traduits en français, il peut y avoir plusieurs erreurs grammaticales ou lexicales (faux amis), dont des anglicismes. À ce moment-là, même les journaux qui traduisaient n’avaient pas un français soigné.
Hégémonie de l’anglais L’anglais est devenu le langage de référence dans la communication internationale..
Le poids économique, politique et culturel des États-Unis et des pays anglophones se traduit par un quasi-monopole de l’anglais dans de nombreux domaines : publications scientifiques., enseignement supérieur commercial et scientifique, enseignement des langues étrangères dans le secondaire, publicité, cinéma, musique, brevets techniquesÉcrivant en 1989, Maurice Pergnier, dans son livre Les anglicismes, paru aux Presses universitaires de France, évoque cette situation en ces termes : « La suprématie socio-économique des États-Unis, d'où découle une puissante hégémonie culturelle, a fait de l'anglais, en quelques décennies, la langue de communication universelle incontestée. Il n'y a guère de précédents (...) si on excepte le cas (...) du latin, de la fin de l'Antiquité à la Renaissance »..
Plusieurs entreprises ont été condamnées en justice pour avoir imposé l’anglais à leurs salariés français (GEMS., Europ Assistance., etc.).
Acclimatation des anglicismes
Si certains des mots anglais qui sont passés en masse dans le français aux ont conservé leur graphie d’origine, d’autres avec le temps se sont conformés aux habitudes de l’orthographe française. Ainsi « redingote », qui vient de , « paquebot », qui vient de , et « boulingrin », qui vient de .. C’est aussi le cas de « bol », issu de (orthographié ainsi en 1826), de « partenaire », issu de (orthographié de la sorte en 1836), et de « névrose », issu de .
Au , l’orthographe reste inchangée dans la plupart des cas. Dans les formes dérivées des emprunts, en revanche, la francisation est de règle : « upgrader » (mettre à niveau) : ajout de la désinence -er à upgrade « mixage » (mélange de diverses sources sonores) : ajout de la désinence -age à mix « hooliganesque » (relatif aux voyous des stades) : ajout de la désinence -esque à hooligan « footballistique » (relatif au football) : ajout de la désinence -istique à football
L’Académie française considère que, si certains emprunts contribuent à la vie de la langue, d’autres sont nuisibles, inutiles ou évitables. L’institution s’emploie donc à opérer un tri, au moyen de son Dictionnaire et de ses mises en garde, ainsi que par le rôle qu’elle tient dans le dispositif d’enrichissement de la langue française mis en place par un décret en 1996, et propose, en collaboration avec les commissions de terminologie, des équivalents français répertoriés dans la base de données FranceTerme, accessible aux professionnels et au grand public par internet...
Anglicismes passés de mode Il arrive que le mouvement de la mode balaye hors du discours quotidien des mots anglais naguère en vogue. Henriette Walter donne des exemples de ce qu’elle nomme : ainsi on ne parle plus de « » ni de « » mais d’« enfants » et d’« ados » (apocope d’un mot français), prendre un « » fait penser à une époque révolue (en France mais pas au Québec) et l’adjectif « » (au sens d’« élégant ») n’a plus cours du tout. Les « » sont progressivement devenus les « waters » ou « WC » ; le terme est donc devenu désuet.
L’évolution d’un terme peut être encore plus complexe, par exemple l’anglicisme est remplacé dans un premier temps par tour-opérateur qui perd régulièrement du terrain face au français voyagiste, cette transition s’effectuant sur une cinquantaine d’années. Après-rasage se substitue généralement à after-shave, dont il est l'exacte traduction..
Anglicismes en « zone de transition » On peut anticiper sur l’acclimatation probable ou non de certains anglicismes qui sont à un moment donné dans une zone de transition.. Ces anglicismes sont dans une position aléatoire, confortés par un usage indéniable durant une certaine période mais répertoriés comme d’emploi critiqué par les dictionnaires. La période d’acclimatation plus ou moins longue de ces anglicismes, sujette à une mode ou à une urgence technique, débouche sur un passage progressif et pérenne dans l’usage et la langue ou à un rejet et un oubli si un autre terme plus français les a remplacés.
Il faut compter à cet égard avec le verbe réaliser dont l’origine latine renvoie à diverses actions pour rendre un souhait réel. Il s’emploie également depuis la fin du dans le sens désormais très usité de « se rendre compte », c’est-à-dire de comprendre très exactement le réel ; ce à partir du verbe anglais . Depuis sa création dans les années 1970, Le Petit Robert signale à son sujet : . Le Grand Robert développe, en rapportant une réaction d’André Gide : à l’audition de ce mot dans les années 1930, il s’écrie : . Un fait donne raison à la critique : à la différence des sens latins du verbe réaliser le substantif verbal, réalisation, n’existe pas dans la racine anglaise.
Exemples de mots franglais souvent employés ayant un équivalent en français souvent oublié
spoiler (verbe) : divulgâcher. fake (adjectif) : faux, fausse upgrader (verbe) : mettre à niveau ou mettre à jour en live (locution adverbiale) : en direct, en concert, sur scène trek (substantif) : randonnée d’aventure skateboard (substantif) : planche à roulettes fitness (substantif) : entraînement, gymnastique, entraînement physique.. manageur : dirigeant, directeur, gestionnaire. booster (verbe) : augmenter, renforcer, stimuler.
Typologie