vignette|Peinture illustrant symboliquement la question de l’apparence et de la dissimulation (Paul Gauguin, Eve bretonne (1889)) Une imposture est l'action délibérée de se faire passer pour ce qu'on n'est pas (quand on est un imposteur), ou de faire passer une chose pour ce qu'elle n'est pas (supercherie, mystification, escroquerie, voire canular). La nature d'une chose ou l'identité d'une personne se révèle en définitive différente de ce qu'elle laissait paraître ou croire. C'est une forme de tromperie.
Étymologie, polysémie, problématique Ce mot provient du latin imponere : , et ne donne pas naissance, en français, tout comme le mot « supercherie », à un verbe : on dit en revanche, « abuser », « mystifier », « tromper », « escroquer », etc., suivant les contextes.
Il existe de nombreuses formes d'impostures. Ce mot a une connotation négative, voire insultante, surtout en sa forme adjectivale, « imposteur ». Dans l'ordre du discours, on « dénonce » une imposture (et/ou l'imposteur, auteur de la tromperie), ce qui revient à en démonter les mécanismes, à lever le voile.
Son utilisation en tant que mode de manipulation peut être anodine et limitée, mais obéit aussi dans certains cas à des desseins d'escroquerie ou de propagande.
L'imposture soulève de nombreuses problématiques : sociologique (la « comédie humaine »), psychologique (crise identitaire, sentiment d'imposture), philosophique, politique, etc.
Elle caractérise de façon quasi anthropologique la plupart des faits ou actions humaines : les simulacres mis en place (masques, phénomènes illusifs, discours invérifiables, etc.) participent d'un jeu continuel, celui de la représentation, un jeu organisé et parfois inconscient, qui oppose ou confond vérité et mensonge, profane et sacré (voir les analyses de René Girard et Jean Baudrillard (Simulacres et Simulation)Baudrillard J. Simulacres et simulation, Paris, Galilée, 1981). Ainsi, dans les années 1980, les nouveaux romanciers ont publié des autobiographies qui, tout en autorisant une lecture référentielle de leurs œuvres, constituent des « impostures de la conscience et des dissimulations de l'inconscient »Laurent_Demanze, cité par Anne-Marie Monluçon, Agathe Salha, Brigitte Ferrato-Combe, Fictions biographiques: s, Actes du Colloque "Fictions biographiques, s" organisé à l'Université Stendhal-Grenoble III du 11 au 14 mai 2004, Toulouse : Presses universitaires du Mirail, 2007, p. 12.
D'autres penseurs comme Guy Debord, constatant que puisque , à l'heure de la , il convient désormais de rassembler les cf. La Société du spectacle (livre), 1967, 1-2. La vision « postmoderne » du monde actuel renverrait donc notre système à une vaste imposture, vision en définitive assez proche de celle des gnostiques aux premiers siècles de notre ère, par exemple.
Mais l'imposture, en tant que discours construit ou scénario prémédité, peut aussi être vue comme un mensonge parfois nécessaire, voire indispensable, lorsqu'elle permet de maintenir la cohésion sociale d'un groupe, ou simplement la survie d'un individu en tant qu'acteur social.
Certains psychologues (par exemple, ) suggèrent la nécessité de « l'invention de soi » : se constituer en tant qu'individu relève d'une conviction progressive à géométrie variable, d'une fictionalisation du Moi, tant que le regard des autres valide ou accrédite nos actes. L'imposteur n'existe que parce que les autres ferment les yeux, se taisent ou en jouent.
Typologie
Imposture et histoire Le cas des « prétendants » : au cours des époques passées, de nombreux individus sont apparus sur la scène publique, prétendant être une personnalité connue et que l'on pensait décédée. Il y eut ainsi de nombreux Louis XVII à l'issue de la Révolution française, mais aussi de faux Dimitri à la mort du tsar Ivan IV dit le Terrible, sans parler des nombreuses prétendues « princesses Anastasia ».
Le cas des « substitutions » : de nombreuses personnalités ayant marqué l'Histoire sont entourées d'un halo de mystères quant à leur parcours biographique, plus précisément au moment où leur notoriété s'affirme ou à l'instant de leur mort. Citons l'homme au « Masque de fer » (un héritier de Louis XIII, écarté par Mazarin ?), ou plus près de nous, Paul McCartney. Cette ambiguïté repose sur des lacunes documentaires, des rumeurs ou légendes, des coïncidences, des faits troublants ou des témoignages contradictoires, et bien souvent le résultat d'imposture (récits fabriqués). La question de l'identité de Jeanne d'Arc, dont bien des détails de la vie restent nécessairement obscurs (par exemple, son entretien avec Charles VII de France), pose un problème pour certains historiens. Les conditions particulières de son exécution (visage voilé, corps placé en hauteur et à distance de la foule) suggèrent entre autres qu'elle ne serait pas montée sur le bûcher mais remplacée par une autre victimeMarcel Gay, grand reporter à L'Est républicain et P. Gélinet, 2000 ans d'histoire sur France Inter, jeudi 13 septembre 2007.
On appelle parfois « imposture historique », tel événement ou période enseignés par l'Histoire (récit officiel) et qui s'avère après un temps donné, de recherche ou de témoignage validé, ou suivant les circonstances, totalement ou en partie fausse. Les exemples de manipulations de faits et documents historiques sont nombreux et parfois contemporains (situation politique de type dictatorial ou simplement autoritaire).
Imposture et autorité
Des écrivains comme Maurras ou BernanosBernanos G., L'Imposture, Paris, Plon, 1927 (rééd., Le Castor Astral, 2010). ont fait remarquer que l'imposture est souvent utilisée pour masquer ce qui apparaîtrait sinon comme une illégitimité, surtout dans un cadre politique. L'exemple qu'ils donnaient était celui du sacre de Napoléon, dont la pompe était censée faire oublier les origines modestes de l'Empereur. Au , le Shah d'Iran organisera les prestigieuses fêtes de Persépolis célébrant « de monarchie ininterrompue » alors que sa propre dynastie se limite à deux générations. Le conte de Perrault, Le Chat botté, enseigne aux enfants qu'un titre imaginaire (ici, celui de marquis de Carabas) peut s'avérer utile même quand rien ne le fonde. La pièce de Jules Romains, Knock ou le Triomphe de la médecine, reprendra cette idée, tandis que celle de Molière, Le Tartuffe ou l'Imposteur, démontrait déjà que « l'habit ne fait pas le moine ».
Imposture et droit Dans tous les systèmes juridiques et depuis l'Antiquité, certaines formes d'impostures, commerciales ou d'identité notamment sont interdites. En France, un amendement introduit dans la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte adoptée en 2015 fait juridiquement considérer l'obsolescence programmée des produits comme une tromperie (application non-rétroactive)Vie publique (2015) Panorama des lois ; Loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, mis en ligne 18-08-2015.
Imposture et techniques de communication
L'imposture est parfois liée à l'utilisation biaisée de certaines méthodes de communication. Le développement rapide d'Internet, des réseaux sociaux et des techniques actuelles de télécommunication mobiles (smartphones, tablettes tactiles) en ce domaine est ambivalent, comme l'était déjà la langue d'Ésope, il multiplie les possibilités de créer et diffuser des impostures, (internet, anonymat, pseudonyme et identité supposée), mais aussi celles de les détecter et de les dénoncer. Ainsi, Internet permet de créer le hoax ou canular informatique qui possède une valeur véridictoire parfois supérieure au canular strictement oral (« c'est écrit, c'est donc que c'est vrai »).
L'apparition de la télévision, et d'une manière générale à chaque fois qu'une technologie de communication surgit, a produit une série de mises en garde (voir 1984 de G. Orwell) et un sentiment de défiance tant du côté du pouvoir que du public, la télévision pouvant devenir le lieu d'imposture relevant de la manipulation.
Les techniques publicitaires : bien qu'ils souscrivent à une forme de déontologie, les publicitaires accordent à leurs discours un statut véridictoire dans la forme, la question du fond (ce produit fait-il des miracles ou non ? rend-il heureux ou non ?) tend, elle, à relever parfois de l'imposture, voire du mensonge assumé.
Imposture et mise en scène
Plus généralement, le théâtre, et plus précisément la scène, est le lieu d'une représentation parfaitement codée pour un public : ce dernier se laisse mystifier par les artifices (comme le maquillage, les costumes, les décors tournants, les éclairages, etc.) et la dramaturgie (situations, mort simulée, scène d'amour ou de colère, etc.). Pirandello fut l'un des premiers à repenser la scène théâtrale par delà les frontières scène/publics, créant ainsi une illusion de confusion entre « le jeu » et « la vie réelle », faisant même croire à une forme d'improvisation.
En revanche, des compagnies professionnelles d'improvisation théâtralePar exemple la TIR Pro à Rennes se sont spécialisées dans la mise en scène d'impostures. Lors d'un repas dans un restaurant, vous pouvez très bien être servi par de faux-serveurs. « L'impro-sture » permet alors de surprendre et de tester les réactions des convives dans des situations souvent rocambolesques.
L'imposture a donc ici à voir avec le canular ou la blague, dûment préparé : si la fameuse Caméra invisible inventée à la fin des années 1950 considère la rue en tant que scène comique destinée à la télévision comme plus tard les impostures de Jean-Yves Lafesse (qui se sert aussi du téléphone, de l'annuaire et de la radiophonie), c'est pour produire un résultat comique : la confusion de la personne dupée, les mécanismes pour la tromper (scénario et improvisation).
Ces mécanismes étaient déjà largement connus et utilisés aux temps des foires et des marchés, et ce depuis le Moyen Âge où se formaient de multiples scènes occupées, outre par les comédiens, par les bonimenteurs, les charlatans, les montreurs d'ombres chinoises, les dompteurs, les illusionnistes, et plus tard dans le cadre des fantasmagories et des autres artifices illusionnistes : une partie du public savait distinguer le faux du vrai, une autre servait de « gogo », une autre enfin était complice avec le producteur du spectacle.
Duperie et recherche scientifique
Dans le milieu de la recherche scientifique, il existe différentes pratiques : l'escroquerie, comme l'invention des crânes de cristal, l'Homme de Piltdown, etc. la duperie : certains chercheurs prétendent valider l'usage en psychologie. Par exemple : les participants à une étude ne sont pas informés du thème traité car il est jugé trop sensible pour conserver l'authenticité (par exemple, étude sur le stress). Or, l'éthique et la déontologie exigent que les « cobayes » soient informés par la suite de la véritable nature de la recherche ou de l'expérience. La méthode du double aveugle est préconisée. le canular — en tant que tel — c'est-à-dire une farce visant à leurrer momentanément et à déclencher le rire, mais souvent avec celles-là sont mêlées de véritables tromperies visant à permettre à son ou ses auteurs d'en tirer gloire ou fortune, voire les deux. la falsification de résultats : statistiques détournées ou arrangées, témoignages écartés, faux diplômes ou certificats, pour produire des conclusions orientées ou attendues (dans le cadre de lobbying et d'enjeux financiers et industriels par exemple). Le jargon scientifique : emploi irraisonné et injustifié du vocabulaire technique d'une discipline dans un autre contexte ou en interdisciplinarité..
Il existe en cas de conflit ou de risque de conflit, et ce dans la plupart des secteurs de la recherche scientifiques, des comités d'éthique indépendants composés d'experts qui garantissent la probité des résultats. .
Imposture sur l'identité ou l'âge d'une personne Ces impostures sont variées : Vol ou « emprunt » de l'identité d'une personne