Marcel Bucard, né le à Saint-Clair-sur-Epte (actuel département du Val d'Oise), mort fusillé le au fort de Châtillon à Fontenay-aux-Roses (actuel département des Hauts-de-Seine), est un homme politique français.

Fondateur en 1933 du Mouvement franciste, un parti politique d'extrême droite antisémite inspiré du fascisme italien, il est partisan de la collaboration franco-allemande pendant l'Occupation, ne jouant cependant qu'un rôle d'arrière-plan. Après la Libération, il organise le parachutage de saboteurs issus des rangs du francisme sur le territoire français, en collaboration avec les forces du Troisième Reich. Finalement, il est arrêté en Italie alors qu'il essaye de passer en Espagne franquiste. Extradé, il est condamné à mort et fusillé pour ses actes de collaboration.

Biographie Jeunesse Marcel Adolphe Bucard est le fils d'un couple de commerçants. Son père, Adolphe Bucard, est boucher puis commis marchand de chevaux, et sa mère, Victorine Thomas, est couturière.

Marcel Bucard effectue ses études secondaires au lycée Notre-Dame du Grandchamp de Versailles. Au déclenchement de la Grande Guerre, alors au élève au séminaire, il est mobilisé au régiment d'infanterie. Il est élevé au grade de capitaine au terme de la guerre et, blessé trois fois, il reçoit la croix de guerre avec dix citations.

Comme la plupart des combattants de ce conflit, il en restera à jamais marquéDans La Légende de Marcq, paru en 1925, il écrit : Georges Valois, évoquant Marcel Bucard, écrit, dans L'Homme contre l'argent (Paris, 1928, ) : ; traumatisme aggravé, par ailleurs, par la perte de l'un de ses amis les plus proches, l'abbé Léandre Marcq, mort pour la France le à La-Ville-au-Bois (département de l'Aisne) durant l'offensive Nivelle.

Vie politique Aux élections législatives de 1924, Marcel Bucard est candidat du Bloc national comme colistier d'André Tardieu, mais est battu. Dès lors, et après avoir un temps milité à la Fédération nationale catholique (FNC), il décide de prendre part à l'agitation menée dans tout le pays par des mouvements d'anciens combattants. Il est ainsi l'un des dirigeants des Légions, groupe paramilitaire fondé en avril 1925 par Georges Valois et organisé par André d'HumièresJean-Jacques Becker et Serge Berstein, Victoire et Frustrations (1914-1929), Éditions du Seuil, collection « Points histoire », 1990, .. La même année, il adhère, parmi les premiers, au Faisceau de Georges Valois et dont il est chargé de la direction de la propagande à partir de septembre 1926. Il se rapproche également de l'ancien socialiste antimilitariste Gustave Hervé, passé à droite, fondateur de la Milice socialiste nationale, collaborant au journal La Victoire que celui-ci dirige. Cependant, en 1927, lorsque Georges Valois, dans son ouvrage Le Fascisme, rejette toute tentation antisémite et traite Mussolini de « réactionnaire », Bucard le désapprouve et se tourne vers le millionnaire d'extrême droite François Coty et son quotidien L'Ami du peuple, dont il se voit confier la rédaction de la page hebdomadaire consacrée aux anciens combattants.

Mouvement franciste gauche|vignette|Marcel Bucard passe en revue ses militants francistes dans Regards du 2 janvier 1936. vignette|Bucard entouré de francistes en uniforme (1934).|318x318pxLe , Marcel Bucard fonde le Mouvement franciste, « mouvement d'action révolutionnaire » s'inspirant du fascisme italienIl écrit ainsi dans La Victoire du : « Notre Francisme est à la France ce que le Fascisme est à l'Italie. Il ne nous déplaît pas de l'affirmer. » mêlé à du spiritualisme. Il participe aux émeutes du 6 février 1934.

Le francisme de Marcel Bucard ne paraît originellement pas antisémite. Marcel Bucard attaqua même l’antijuif Henry Coston, qui s’appliquait le nom de franciste. Bucard écrivit que « quelques misérables individus, faisant profession d’antisémitisme, de sectarisme, de haine, essaient en se couvrant du nom de francistes, de créer la confusion dans l’opinion publique »... Ses articles vantent l’amitié des tranchées et la tolérance entre Français de toutes confessions. Il veut se distancier de « la petite secte, fondée récemment par un pauvre détraqué qui essaie de créer une confusion intéressée, en s’emparant de la même dénomination ».Marcel Bucard, « Aux Israélites de France », Le Franciste, février 1934..

Bucard défend alors la thèse des deux Internationales qui déchirent la France : celle des socialo-communistes, celle des ploutocratesMarcel Bucard, « Sang et or », Le Franciste, 2 décembre 1934.. Il écrit à la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA), pour affirmer qu'il n'est ni anticlérical, ni antisémite, « ce qui est imbécile et odieux »« Une lettre de M. Marcel Bucard », Le Droit de vivre, 25 mars 1934..

Il participe au Congrès international fasciste de Montreux, les 16 et . Il y fait adopter des motions mitigées sur la question juive : le congrès se refuse « à une campagne de haine contre les Juifs » mais « s’engage à combattre certains groupes juifs », lesquels « se sont installés comme en pays conquis, constituant une sorte d’État dans l’État, profitant de tous les bienfaits, se refusant à tous les devoirs ». Accusé d’être un antisémite camouflé par la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA), il proteste en dans L’Univers israélite en distinguant les « Juifs patriotes qui remplissent leurs devoirs et les métèques sans patrie qui n’ont qu'un but : exploiter »« Correspondance », L’Univers israélite, 8 mars 1935..

Antisémitisme Marcel Bucard devient ouvertement antisémite après son arrestation fin 1935 puis l’interdiction de son mouvement, prononcée par le Front populaire. Il attribue alors aux Juifs « une fonction de désagrégation sociale » et « un goût presque inné de la dépravation. », l'antisémitisme devenant la pierre angulaire de son mouvement.. Il publie L'Emprise juive en 1938.

Cependant, de 1936 à 1939, Marcel Bucard, avec l'enseignant catholique Paul Guiraud, cherche à faire renaître son mouvement sous deux appellations : de 1936 à 1937 l’Association des amis du francisme et le Parti unitaire français d’action socialiste et nationale (Pufasn) en 1938.

Collaboration En 1941, Bucard se rallie à la Collaboration avec les nazis et reforme une nouvelle fois son mouvement, sous le nom de Parti franciste. Fondateurs de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), il interdit à ses militants d'y entrer lorsqu'il apprend que l'uniforme est celui de la Wehrmacht. Il ne tient cependant sous l'Occupation qu'un rôle d'arrière-plan, souffrant de ses anciennes blessures de guerre. Pourtant il est reçu affectueusement par le maréchal Pétain du fait de son aura d'ancien combattant.

Le , Bucard sous le couvert d'une perquisition, commet un vol chez un joaillier juif. Celui-ci alerte la police qui se rend sur place et bloque la voiture de Bucard qui allait partir. Les gardes du corps de Bucard tuent deux policiers. Cf. aussi en ligne l'article de Christian Carlier : « 14 juillet 1944. Bal tragique à la Santé : 34 morts », Histoire de la justice et des peines, 2012 .. Il est emprisonné à la prison de la Santé et manque d’être fusillé. Libéré le , il a juste le temps, devant l’avancée des Alliés, de fuir en Allemagne le avec les autres francistes.

Depuis l'Allemagne, il participe à l'organisation de commandos de saboteurs, parachutés en France par l'aviation du Troisième Reich (une dizaine de ces francistes ont d'ailleurs témoigné en ce sens lors de son procès)..

Arrestation et condamnation Alors qu'il cherche à gagner l'Espagne franquiste, il est arrêté à Mérano en juin 1945, extradé en France et jugé par la Cour de justice de la SeineL'Époque, 19 février 1946, Ibid., 20 février 1946, Ibid., 21 février 1946, Le Monde, 19 février 1946, Ibid., 20 février 1946, Ibid., 21 février 1946, Ibid., 21 février 1946, Ibid., 22 février 1946.. Au terme d'un procès ayant duré trois jours, il est condamné à mort le . Il est fusillé le , dans les fossés du fort de Châtillon, criant avant la salve ou bien, selon une autre source, le cri des francistes : L'Époque, 20 mars 1946 (fusillé à 10 h 12), Le Monde, 20 mars 1946 (à 10 h 15)..

Comme on a interdit que son corps fût déposé dans le caveau familial, Marcel Bucard repose maintenant au cimetière parisien de Thiais, dans le département du Val-de-Marne. Son épouse Thérèse y est également enterrée depuis son décès en 1974.

Vie privée Marcel Bucard, marié depuis 1928, était le père de quatre enfants. Thérèse Bucard s'était investie dans le francisme auprès de son mari et présidait les sections féminines du parti, dont les actions concernaient principalement les domaines sanitaires et sociaux.

Il fit par ailleurs l'objet de rumeurs qui lui prêtèrent des relations homosexuelles. Dans son autobiographie parue en 1928, Georges Valois note ainsi à ce sujet : G. Valois, « Chapitre V. Le Faisceau dans la République. — Ni Londres ni Moscou. — Rupture de la coalition des droites. — Bataille avec François Coty », L’homme contre l’argent, Presses universitaires du Septentrion, 2012 (édition par Olivier Dard) : Lire en ligne. En , le quotidien communiste L'Humanité publie des extraits d'une de ses lettres à l'un de ses proches, qui souligneraient son hypocrisie, son absence de moralité, son attrait pour les jeunes garçons. Il est dès lors décrit comme le [allusion à l'ancien chef des SA, homosexuel, exécuté en 1934 sur l'ordre d'Hitler à la suite de la « nuit des longs couteaux »]« Confessions de Marcel Bucard, chef des Francistes, le Roehm français », L'Humanité, 10 janvier 1935, L'Humanité, 11 janvier 1935, « Le fasciste Bucard, le Roehm français. Qu'en pensez-vous MM. Hervé, Bailby, de La Rocque et les autres ? », L'Humanité, 15 janvier 1935 (L'article contient des allusions à l'homosexualité de Léon Bailby et du maréchal Hubert Lyautey).Arnaud Jacomet, « Les chefs du francisme : Marcel Bucard et Paul Guiraud », Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, janvier 1975, , . Ses adversaires de gauche, socialistes et communistes, le qualifient aussi de « pédéraste » après cette dateLe Populaire, 3 décembre 1935, Le Cri des travailleurs de A-M, 25 mai 1935 (Article cité par Michel Brot, Le Front populaire dans les Alpes maritimes, 1988, )Marie-Paule Dhaille-Hervieu souligne que le terme est utilisé par les communistes pour qualifier Bucard : Marie-Paule Dhaille-Hervieu, Communistes au Havre. Histoire sociale, culturelle et politique (1930-1983), Publications des universités de Rouen et du Havre, 2009, .. Ces rumeurs ont aussi été propagées sous l'Occupation par Déat et son parti, le Rassemblement national populaire (RNP), ainsi que par les enquêtes menées à son sujet par la police de Vichy — : cela lui valut, chez ses détracteurs, le surnom de « la grande Marcelle ».. En 1946, à l'occasion de son procès, la chroniqueuse judiciaire Madeleine Jacob souligne que Bucard était appelé « la grande Marcelle » et que l'acte d'accusation précise qu'il a la réputation d'être homosexuel et note qu'il Franc-Tireur, 19 février 1946Marc Bergère, « Le genre à l’épreuve de l’Occupation : différence des sexes et répression judiciaire pour faits de collaboration, approche comparée des deux guerres mondiales », sans Collectif, Le genre face aux mutations, Presses universitaires de Rennes, 2003 : Lire en ligne.Patrick Buisson, 1940-1945 : Années érotiques, Tome II : De la grande prostituée à la revanche des mâles, Albin Michel, 2009.

Distinctions (1921) (dix citations dont 3 palmes)

Œuvres La Légende de Marcq (préface du général de Castelnau). Lettre de S. G. Binet, évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin. . Paroles d'un combattant, 1930. Les Tyrans de la , 1937. L'Emprise Juive, Le Coq de France, , 1938. Sommaire du Francisme, Le Coq de France, 1940. Nous n'avons aucun goût pour l'esclavage ! Discours de Marcel Bucard prononcé à la salle Lancry le au Congrès restreint du Francisme à Paris, Le Franciste, 1941.