Albert Bedouch, dit Albert Bedouce, né le à Toulouse et mort le à Paris, est un homme politique socialiste français ayant exercé sous la .

Biographie Partisan de Jean Jaurès, athée et anticlérical, Bedouce a été le premier maire socialiste de Toulouse, conseiller général de la Haute-Garonne à trois reprises, mais aussi député socialiste de la Haute-Garonne à sept reprises, ministre des Travaux publics du Front populaire dans le premier gouvernement Léon Blum et candidat malheureux à l'élection présidentielle de 1939.

Il est le premier ancien maire de Toulouse à avoir obtenu un poste de ministre, et ce en 1936. Il ne sera rejoint que 59 ans plus tard, en 1995, par Philippe Douste-Blazy, nommé ministre de la Culture.

Au total, il siège plus de trente ans à la Chambre des députés.

Il reste également dans l'histoire comme étant une des personnalités issues du fameux socialisme municipal.

Bedouce, l'autodidacte

Bedouce, il s'est fait tout seul. Il est né à Toulouse en 1869, de père inconnu. Sa mère, Anne Bedouch, originaire de Beaumont-de-Lomagne, était domestique. Albert va à l'école du canton Sud jusqu'à 12 ans. Il y a appris tout ce qu'il a pu. Le reste, il se réserve de l'apprendre tout seul, car il a besoin et envie de travailler. À 12 ans donc, il se fait engager dans une banque comme saute-ruisseau à 15 francs par mois, mais il progresse vite dans la hiérarchie et gagne dix fois plus à l'âge de 16 ans. Et, à 18 ans, il devient représentant de commerce pour l'imprimerie Sirven.

C'est alors qu'il commence à s'intéresser à la politique. C'est l'époque où certains espèrent et d'autres craignent que le général Boulanger ne prenne le pouvoir. Bedouce est contre, et à 20 ans, en 1889, il fonde un journal politique, antiplébiscitaire, L'Alliance des Jeunes.

En 1891, il adhère au Parti ouvrier français (POF), branche du socialisme dirigée par Jules Guesde et par Paul Lafargue, gendre de Karl Marx. Il n'en admire pas moins Jean Jaurès et il va même contribuer à rapprocher les deux hommes, car c'est lui, toujours à l'aise et sans complexe, qui organise une rencontre Jaurès - Guesde, à Toulouse, le à l'hôtel d'Espagne, 2 rue Peyrolières. Il avait 23 ans et suivait les cours libres (ouverts à tout public) de philosophie donnés à la Faculté par Jaurès, maître de conférences, maire-adjoint de Toulouse et éditorialiste à La Dépêche. Les années suivantes, Jaurès sera ce que l'on peut appeler un « compagnon de route » du Parti ouvrier français (POF), non-inscrit mais proche, ami et allié. Il s'en éloignera avec l'affaire Dreyfus, mais en 1905, Jaurès et Guesde, malgré leurs différences, participeront à la création d'un mouvement socialiste unifié qu'ils codirigeront, la SFIO.

En 1893, il participe au congrès socialiste de Toulouse avec 100 délégués venus de 12 départements.

Conseiller municipal de Toulouse

Et en 1896, à l'occasion d'une élection intermédiaire provoquée par quelques irrégularités électorales et la dissolution du conseil municipal, il se fait admettre avec deux autres socialistes, Bach et Vigneau, sur une liste d'union avec les radicaux-socialistes. La liste passe en totalité et il est élu conseiller municipal de Toulouse, à l'âge de 27 ans.

Le maire, c'est Honorés Serres. Très expérimenté, il dirige son conseil de main de maître, mais il trouve quelques cactus sur son chemin en la personne des socialistes, en particulier de Bach et surtout de Bedouce, orateur né.

Et Bedouce apprend, se documente, il s'est fait élire dans cinq commissions, celle de la caisse des écoles, celle des grands travaux, celle des fêtes, celle de la Bourse du Travail. Et il lit, aussi bien les grands auteurs, Rousseau, Voltaire, Michelet que les livres de comptabilité et le Journal officiel.

Il est rare qu'il ne fasse pas une grande intervention lors de chaque session du conseil municipal. Il a compris qu'il fallait harceler, être présent. Il fait beaucoup de propositions. Ainsi, en , quelques jours après une sévère inondation de la Garonne, il demande au conseil de convoquer toutes les municipalités du Sud-Ouest qui ont souffert ou qui pourraient souffrir des inondations, afin de presser le gouvernement d'effectuer les travaux nécessaires.

Au mois de novembre de la même année, face à l'augmentation du prix du pain due à une mauvaise récolte, Bedouce lit un long rapport, si bien documenté que le conseil décide que ce texte, sera imprimé et distribué à tous les conseillers ainsi qu'à la presse. Dans Le pain cher, il attaque vivement la politique protectionniste de Jules Méline (on se souvient que selon Jean Jaurès, dans son grand discours de 1894 sur la protection douanière du blé le socialisme n'est, au point de vue économique, ni protectionniste ni libéral, il est « au-delà » de ces deux tendances opposées).

Lors du conseil municipal du , il ne cède pas à la démagogie quand, à propos des mendiants, il dit :

En , lors de la discussion du cahier des charges des travaux municipaux, il réclame l'unification des salaires, ce qui est repoussé, mais aussi la suppression du travail de nuit après les dix heures réglementaires, ce qui est accepté.

Aux élections municipales de , les socialistes s'essayent à se présenter seuls. Ils ont constitué la "Liste du comité électoral de l'union socialiste". Ils sont battus et Honorés Serres se trouve seul gagnant avec un conseil entier à sa botte.

En 1904, même schéma, on regroupe toutes les formations socialistes, il y en a six, on l'appelle la liste de concentration socialiste : elle fait 5700 voix en moyenne par candidat, Bedouce un peu plus que les autres, alors que les radicaux-socialistes en font chacun. Au passage, Bedouce ne négligeant rien, se fait initier à la franc-maçonnerie dans la loge L’Harmonie sociale.

En 1905, au moment même de la discussion de la loi de séparation des Églises et de l'État, le débat rebondit au sein de la municipalité toulousaine. À propos de l'article 4 de la Loi de 1905, Bedouce se fait remarquer en déclarant :

Premier maire socialiste de Toulouse

En , quelques jours après la mort du maire Honoré Serres, trois sièges se libèrent. Une élection complémentaire est organisée et trois socialistes sont largement élus, Bedouce, Vigneau et Jean Rieux.

Le Conseil municipal devient alors ingouvernable et démissionne. De nouveau, il faudra voter. Une véritable campagne électorale s'ensuit, c'est là que Bedouce prendra le surnom de Tocomanetos, le toucheur de mains. Les socialistes estiment qu'il faut, en priorité, améliorer la condition ouvrière. Bedouce réclame plus d'hygiène, plus d'assistance et de solidarité, moins de travail, la journée de huit heures. thumb|redresse|Albert Bedouce en 1906. Le premier tour a lieu le . La liste socialiste unifiée conduite par Bedouce est en tête, devant la liste radicale socialiste et la liste républicaine modérée conduite par Amilhau, et deux autres listes radicales très minoritaires.

Au second tour, les socialistes ont la majorité, Bedouce s'installe dans le fauteuil du maire à 37 ans. En 1906, Bedouce est alors au sommet de sa gloire locale. Des partisans nombreux et décidés envahissent la place du Capitole lors de son installation à la mairie. Il fera ce jour, un discours très consensuel et dira notamment :

La première municipalité socialiste n'a pas tenu, non plus, ses promesses, en particulier elle n'a pas supprimé l'octroi. Il est vrai que cela aurait supprimé à Toulouse, plus de 300 emplois et il était difficile de savoir quelles taxes pourraient remplacer les recettes si nécessaires de l'octroi.

À son crédit, la création d'une école primaire supérieure de filles, l'installation de vingt téléphones dans les faubourgs et la journée de huit heures, plus le repos hebdomadaire pour les employés communaux.

Et c'est aussi Bedouce qui inventa le mariage civil... en musique, dans la salle des Illustres. Au début, il y fallait de la discrétion, l'orchestre avait été dissimulé au fond de la salle derrière un mur de plantes vertes. Quelle belle surprise au moment de l'échange des anneaux, les premiers bénéficiaires s'appelaient Martin Canal, cuisinier et Marie Parraud, giletière. C'était le . Ce mariage civil en musique a énormément fait parler, toute la presse parisienne s'en est occupée, sans compter qu'ont été produites des cartes postales représentant la scène désormais ancrée dans l'Histoire de Toulouse.

Charles Camichel, qui est le premier directeur de l'institut d'électro-technique de Toulouse, qui deviendra par la suite l'ENSEEIHT, École nationale supérieure d'électrotechnique, d'électronique, d'informatique, d'hydraulique et des télécommunications, une école généraliste disposant aujourd'hui de cinq filières, et l'une des plus réputées de France, précise dans une interview qui accompagne un article du Midi socialiste paru le : « Mon service peut être à juste titre considéré comme une œuvre de la municipalité socialiste de Bedouce ». Élu à l'Académie des sciences en 1936, il déclare que c’est Albert Bedouce, conseiller municipal à l’époque, qui a songé en 1906, à « organiser un établissement destiné aux études de l’électricité et de la mécanique pour contribuer au développement de l’industrie en région toulousaine et dans la région des Pyrénées, si riche en houille blanche ». C’est ce même Albert Bedouce qui trouve le site de Banlève sur l’île du Ramier en 1919.

Premier mandat de député thumb|redresse|Caricature d'Albert Bedouce, en octobre 1906 alors qu'il quitte le poste de maire de Toulouse.

Bedouce se présenta aux élections générales des 6 et , dans la première circonscription de Toulouse. Il fut élu, au second tour de scrutin, avec ( au premier tour) sur 16.372 votants.

Il devint membre de diverses Commissions, notamment de celle des octrois et de celle de la législation fiscale.

Dès ses débuts au Palais Bourbon, il déploya une grande activité, montrant son intérêt pour les sujets les plus divers. Une de ses interventions les plus remarquables concernait les abus commis dans les trésoreries générales au détriment du personnel et au profit des trésoriers-payeurs généraux (1907). De même, il prit part aux divers débats qui s'engagèrent sur le projet et les propositions de loi concernant l'impôt sur le revenu (il avait pris une part active aux travaux préparatoires), principalement en ce qui concerne le mode de calcul des bénéfices commerciaux (1908). Il participa régulièrement aux débats sur les projets de budget. En 1908, notamment il dénonça l'insuffisance de la protection des travailleurs dans les colonies ; il montra, en particulier, que les lois sociales votées par le Parlement n'étaient pas appliquées outre-mer, alors que leur mise en œuvre aurait été « le meilleur moyen de nous attacher les indigènes par des liens de reconnaissance ».

Lors de la fameuse révolte des vignerons du Languedoc, il est choisi par le groupe socialiste pour prononcer un discours à charge contre Clemenceau le (Journal officiel du ).

En 1908, Aristide Briand, garde des Sceaux du gouvernement Georges Clemenceau, soumet aux députés un projet de loi visant à abolir la peine de mort. Malgré l'appui de Jean Jaurès, qui s'oppose à Maurice Barrès, ce projet est repoussé le par 330 voix contre 201. Les exécutions capitales reprennent dès 1909.

Bedouce participe à ce débat houleux en interpellant à plusieurs reprises Maurice Barrès, et vote pour l'abolition de la peine de mort.

Deuxième mandat de député thumb|redresse|Albert Bedouce en 1914. thumb|redresse|Albert Bedouce en 1919.

Il se représenta avec succès aux élections générales des et : il obtint au second tour de scrutin, 7.685 voix (6.820 au premier tour) sur 18.320 votants. Il devint membre de la Commission des crédits, de la Commission des Travaux publics et des chemins de fer, de la Commission du budget et de la Commission des octrois.