Delphine Gay, épouse de Girardin, née le à Aix-la-Chapelle et morte le à Paris , est une écrivaine, poétesse, nouvelliste, romancière, dramaturge, salonnière et journaliste française.
Elle a exercé une influence personnelle considérable dans la société littéraire de son époque. Son salon à l’hôtel Marbeuf, où se réunissaient les grands écrivains de son temps, comme Théophile Gautier, Honoré de Balzac, Alfred de Musset, Victor Hugo, Lamartine, Alexandre Dumas ou encore George Sand, était le plus recherché de son époque.
Biographie Delphine Gay est la fille de l’écrivaine et salonnière de renom Sophie Gay, et d’un receveur-général de la Roer.. Delphine passe ses premières années et son adolescence à Aix-la-Chapelle, mais fait de fréquents séjours à ParisJean Balde, , textes choisis et commentés Paris, Plon, 1913.. Elle est élevée au sein d’une brillante société littéraire par sa mère, qui l’a nommée « Delphine » en hommage au roman de Germaine de Staël, et fait partie avec elle du cercle romantique de Charles Nodier.
Une poétesse précoce (1822-1831) À seize ans, , d’où émane La Muse française dans lequel elle publiera ses premiers poèmes.. Mais, bien plus que Chateaubriand, Abel Villemain a été le vrai parrain littéraire de Delphine. En 1822, sur le rapport de ce dernier, l’Académie Française décerne à Delphine une mention particulière pour le poème Dévouement des sœurs de Sainte-Camille dans la peste de Barcelone.. Trois ans après, il a largement contribué à sa popularité en la chargeant de quêter pour les Grecs.
Lorsqu’elle atteint ses dix-huit ans, ses œuvres et ses publications dans la presse connaissent un grand succès. En , elle publie des Essais poétiques et, en , de Nouveaux Essais poétiques. Goethe, qui lit le volume en , l’a beaucoup vanté, ajoutant : Sophie Gay compte surtout sur ces Nouveaux Essais poétiques pour faire obtenir du roi une pension à sa fille. Par l’entremise de Claire de Duras, puis du duc de Doudeauville, des démarches sont entreprises en ce sens et, le , Delphine présente son nouveau recueil de poésies au Roi, en audience particulière. ; elle obtient une pension de sur les fonds de la Liste civile. Après Marceline Desbordes-Valmore, elle est la deuxième femme à bénéficier de ce mécénat jusque-là réservé aux hommes. .
En 1824, Delphine rencontre Alfred de Vigny, qui la courtise. Elle n’est pas insensible à son charme mais, le jour où le poète s’ouvre à sa mère, entichée de noblesse, de cette alliance qu’il souhaite, il se voit opposer un veto formel devant lequel il s’incline. En 1826, Vigny quitte ses garnisons provinciales, et revient à Paris avec sa femme. Soucieuse d’éviter à sa fille la rencontre dans les milieux amis de Vigny marié, Sophie Gay décide qu’elle voyagera avec sa fille en Italie, à l’automne 1827, sous le prétexte que le roi l’aurait recommandé à Delphine, lors de son audience.
Voyage en Italie Parties à la fin du mois d’août 1827, Delphine reçoit un accueil triomphal à Lyon, où elles font halte. Marceline Desbordes-Valmore vient à sa rencontre, la trouve et écrit : Au mois d’octobre suivant, lorsque se constitue à Lyon l’Académie provinciale, elle est mise au nombre des cinquante académiciens titulaires.
Une fois en Italie, elle rencontre, aux cascades de Terni, Lamartine pour la première fois et l’éblouit. D’elle il écrira que Cette impression durera tout sa vie puisqu’il écrira que
À Rome, elle écrit le neuvième chant de son poème chrétien, « Magdeleine » et récite, à un grand diner de l’ambassadeur, « Sur le retour des Romains captifs à Alger délivrés par le roi de France », dont le duc de Laval envoie une copie à son ministre. Le , elle monte au Capitole, où la compagnie romaine de l’Accademia tiberina la reçoit comme membre.. Vers la fin de janvier, à Naples, elle écrit son poème « Le Dernier Jour de Pompéi ». vignette|gauche|La bataille d'Hernani.
Au cœur de la révolution romantique
De retour à Paris, après un long séjour à Arenenberg, où elle a rencontré la reine Hortense, vers la fin de l’automne 1827, juste au moment où les dernières fresques ont été mises au Panthéon, elle est appelée à lire une collection de ses propres vers. Elle publie, en 1828, un nouveau recueil de vers, le Dernier Jour de Pompéi, suivi de poésies diverses, son poème du Retour, et la romance de la Pèlerine. Elle fréquente artistes et écrivains, le baron Gérard, Horace Vernet, Victor Schnetz ou Rességuier, Belmontet, Soulié, Latouche, Sainte-Beuve et surtout Balzac à qui elle sert d’informatrice avec ses anecdotes sur la Restauration. Elle fait des ouvertures à Auber pour un livret d’opéra. Le , elle est présente à la première d’Hernani et remarquée des romantiques : Delphine sera désormais associée au triomphe et à la fortune de Victor Hugo. Le , elle est au bras de Lamartine quittant sa réception à l’Académie française. Le , la presse libérale publie, à l’annonce de la prise d'Alger, son poème la Prise d'Alger, Te Deum, qui contient trois strophes visant Bourmont. Les journaux libéraux annoncent le retrait de sa pension, en représailles, par le ministre de l’Intérieur.. Les 15 et , le Voleur, que vient de lancer le jeune patron de presse Émile de Girardin, annonce le recueil de vers de Delphine, le Dernier Jour de Pompéi, et en cite un fragment. Le , un article élogieux de deux colonnes et demie accompagne une troisième citation. La plupart des noms qui signent les articles du Voleur gravitent dans l’entourage de Sophie Gay : Béranger, Vigny, Soumet, Émile Deschamps, Rességuier, Belmontet, Hugo, le comte Daru, Élisa Mercœur, Amable Tastu, Desbordes-Valmore, Dumas. Le , dans son premier numéro, la Mode, dont les principaux collaborateurs seront Jules Janin, Eugène Sue, Auger, Rességuier, Soumet, Charles Nodier, Elzéar de Sabran, Millevoye, Casimir Delavigne, Gavarni, Hugo, Balzac, Lamartine, publie le Pêcheur de Sorrente, une romance inédite de Delphine, musique de Pauline Duchambge.. vignette|Le couple Girardin photographié par Eugène Disdéri. Avec le début de la monarchie de Juillet, Delphine, à l’unisson des libéraux, écrit le poème du Serment, hommage aux trois Écoles, et le Momus de la Liberté, recueil national des meilleures pièces de vers et chansons composées depuis le . Avec le vieillissement, ou la disparition, des amis de sa mère, la forme littéraire de Delphine commence à évoluer pour se rapprocher de la jeune génération. La réception de son œuvre poétique dans les milieux littéraires de la Restauration n’a pas reflété l’engouement suscité dans les salons par sa poésie, en particulier de circonstance (sur le sacre de Charles X, la prise d’Alger, etc.) et a été négative . La publicité tapageuse de prodige que lui faisait sa mère dans les salons littéraires et mondains a également contribué à la désaffection dont sa poésie a fait l’objet.. , s'écrivent ses amies derrière son dos.
Rencontre et mariage avec Émile de Girardin Après la révolution de Juillet, Le Voleur, qui avait déjà été le premier à publier le poème de Delphine sur l’Expédition d’Alger, donne les Serments et, un peu après, le Pêcheur d’Islande. Son propriétaire, Émile de Girardin, a ajouté un nouveau journal, le Garde National, à la liste de ceux qu’il possède déjà. De passage à Paris, Lamartine remarque sa présence discrète, mais persistante, auprès de Delphine, et lui demande quel est cet inconnu. Elle lui répond et le consulte sur de vagues projets de mariage.
En 1831, Delphine compose, à Villiers, une élégie intitulée Mathilde, dont le sujet lui est fourni par la nouvelle Émile, de Girardin. Le , elle l’épouse à l'église Saint-Roch. En 1834, trois ans après son mariage, elle signe sa rupture avec la poésie avec le recueil Poésies diverses, qui contient « Napoline », la plus ambitieuse, pourtant appréciée de Gautier et Sainte-Beuve, mais également « Désenchantement » marquant le pessimisme qui l’atteint. Émile de Girardin a payé la corbeille de noces avec le produit de la vente de la Mode et du Voleur, puis placé les liquides restants en annonces pour son nouveau journal, le Journal des connaissances utiles, qui aura un tirage de après d'activité., et qui, un an après, lui rapporte, net de frais, un revenu de .. vignette|gauche|Le salon de Delphine de Girardin.
Romancière, journaliste et dramaturge au temps du Romantisme (1831-1852) Le couple s’est installé dans un hôtel particulier au 10 rue Saint-Georges. Sitôt mariée, Delphine ouvre, le mercredi, son salon, régulièrement fréquenté, entre autres, par Théophile Gautier, Honoré de Balzac, Alfred de Musset, Victor Hugo, Laure Junot d'Abrantès, Marceline Desbordes-Valmore, Alphonse de Lamartine, Jules Janin, Jules Sandeau, Franz Liszt, Alexandre Dumas père, George Sand et Fortunée Hamelin ou Lautour-Mézeray, Eugène Sue, Alphonse Karr, Chassériau. Ce salon a constitué un vecteur d’influence considérable dans la société littéraire contemporaine. Être invité aux mercredis de Delphine de Girardin était un honneur, et il était recherché par quiconque voulait se faire connaitre. La liste des invités se lit comme un livre d’or de l’intelligence en France et en Europe au ..
En 1831, elle commence la première série de ses Contes d'une vieillefille à ses neveux, qui connaitront de nombreuses rééditions. Son premier roman, le Lorgnon, date de 1832. L’année 1833 ne voit d’elle qu’une plaquette de seize pages, Qu'on est heureux d'être curé, stances pastorales et, en 1834, elle donne un nouveau volume de vers, Napoline, poème en quatre chants, suivi de poésies diverses. En avril 1835, elle publie un roman en deux volumes, le Marquis de Pontanges. Le 11 aout 1835, elle publie la complainte la Jeune Fille enterrée aux Invalides dans le Journal des Débats.. Le ton de sa poésie a changé pour prendre un ton pessimiste et désillusionné en phase avec le romantisme ambiant comme avec sa vie personnelle.
Les chroniques du « Vicomte de Launay » En 1835, elle soutient sans succès son ami Hugo à l’Académie. L’année suivante, elle publie La Canne de Monsieur de Balzac. Le , Girardin lance la Presse. Son union avec Girardin lui permet de mettre fin à sa carrière poétique et de réorienter sa création littéraire facilitant sa transition vers le journalisme. Le , elle publie son premier « Courrier de Paris », signé « le vicomte Charles de Launay », dans la Presse. Réinventée en journaliste, l’ex-« muse de la patrie » va publier, de 1836 à 1839, des chroniques spirituelles dans ce journal, sous le nom de plume de « Charles de Launay ». Le nom masculin de « Vicomte Charles Delaunay », « Charles de Launay », « Vicomte de Launay » lui a permis d’afficher une allégeance de façade au discours masculin dominant.
Ses chroniques, qui ont obtenu un grand succès, contiennent tout entière, semaine par semaine, l’histoire de Paris de 1836 à 1848, son époque avec ses mœurs, ses modes, ses ridicules, ses tics, ses façons de parler, ses engouements, ses folies, ses fêtes, ses bals, ses soirées intimes, ses comméragesElles ont fait l’objet d’une édition sous forme de recueil en , puis ont été réimprimées en quatre volumes, sous le titre de Lettres parisiennes.. Du dernier chapeau de chez Herbault au dernier discours de Guizot, du dernier bal de Tivoli à la dernière élection académique, de l’éclairage des boulevards à la construction des fortifications de Paris, chaque manifestation de la vie intellectuelle ou mondaine de son temps, est recensée avec brio et précision. Elle dépeindra, dans cette chronique, la société de son temps, pendant douze ans, ne s’interrompant que de la fin de 1841 à la fin de 1842, lorsqu’elle perd successivement sa sœur puis son frère.