L'affaire policière dite affaire de la Vallée Blanche est une enquête judiciaire non élucidée, contemporaine de l'Affaire Vincendon et Henry, au sujet de la mort dans le massif du Mont-Blanc en , de Frédéric Ebel, trafiquant international de métaux précieux, recherché par la police alors que son complice a réussi à franchir la frontière quelques jours avant.
Avant son départ, les gendarmes ont tenté de l'interroger et il a rencontré à Chamonix Jacques Franchi, du en pleine réorganisation des réseaux de trafic de cigarettes. Ebel est mort à 3000 mètres d'altitude alors qu'il tentait de se réfugier en Italie. Avec lui sont décédés le moniteur et ex-champion de ski Joachim Muckenbrunn et le plus célèbre des guides de la vallée de Chamonix, Paul Demarchi, héros de plusieurs sauvetages et opérations spectaculaires qui lui avaient coûté en 1938 une amputation des orteils. Les trois victimes sont retrouvées sans leurs gants malgré les nuits glaciales à cette altitude.
L'affaire de la Vallée Blanche a inspiré un roman écrit par un ami des victimes, chez qui elles s'étaient réunies avant leur mort, qui décrit très précisément les développements de l'affaire"Le rendez-vous de la Vallée Blanche" par Jean-René Canela, en 1958 aux Nouvelles Editions latines .
La popularité du guide décédé attire l'attention sur la faible organisation du secours en montagne en France. Huit mois plus tard au même endroit, dix jours de calvaire à 4000 mètres de deux jeunes alpinistes, partis le gravir le mont Blanc par la Brenva, suivis à la jumelle depuis la vallée, déchaînent à nouveau les passions et la compassion pour les sauveteurs"Six janvier 1956 – Vincendon et Henry - le journal L'Humanité fustige l'inconscience des deux jeunes gens", synthèse et éclairages par l'association à but non lucratif "Pilote de montagne" , Paris-Match rappelant que la veuve et les orphelins de Paul Demarchi vivent dans la nécessité, ce qui va contribuer à la création des pelotons de gendarmerie de haute montagne..
Selon un récapitulatif de la guide-conférencière Christine Moyon-LasserreHistoire et patrimoine de la vallée de Chamonix présentation de Christine Boymond Lasserre guide conférencière à Chamonix , effectué à partir des articles de nombreux hebdomadaires et du quotidien Le Temps de Paris qui ont couvert l'enquête, les chamoniards ont été par les révélations de l'enquête sur l'affaire de la Vallée Blanche, qui a mis au jour beaucoup d'énigmes dans le comportement des trois victimes"Avril 1956, la terrible affaire de la vallée blanche" sur Histoire et patrimoine de la vallée de Chamonix par Christine Boymond Lasserre guide conférencière à Chamonix . Au même moment Maurice Herzog fait discrètement publier une autobiographie posthume et tronquée de Louis Lachenal, décédé accidentellement fin 1955 après seize opérations de ses pieds gelés en cinq ans, suscitant le malaise car le manuscrit a lui aussi été amputé, d'un chapitre entier, alors que le « roman vécu » de leur conquête commune, "Annapurna, premier 8000" se vend à 15 millions d'exemplaires"Annapurna a « fait » Maurice Herzog et oublié Louis Lachenal", par Charlie Buffet, dans Libération le 24 mai 2000 .
Contexte L'affaire de la Vallée Blanche est contemporaine de l'Affaire du double meurtre de Montfort l'Amaury, qui débute le dans la forêt de Rambouillet et dont les ramifications s'étendent, elles aussi, jusqu'en Espagne et au Maroc. Les enquêteurs retrouveront les mêmes réseaux et la même banque dans les deux affaires.
Dès le début du travail des enquêteurs, Le Monde affirme qu'ils seront et précise qu'Ebel était en passe de de la banque qui avait escompté 60 millions de francs de traites de cavalerie pour Francis Bodenan dans l'affaire du double meurtre de Montfort l'AmauryArticle le 24 avril 1956 dans Le Monde . Selon le même journal, le truand Jo Attia, également cité dans cette affaire et alors toujours incarcéré à Tanger, .
Les circonstances Le second tronçon français du téléphérique de l'Aiguille du Midi, inauguré neuf mois plus tôt, le "Aiguille du Midi, voyage au-dessus des neiges éternelles", permettant de s'élever à en quelques minutes, n'est pas ouvert au mois d'avril.
Le corps du guide est curieusement retrouvé à seulement une centaine de mètres de son arrivée, dans un secteur qu'il connait dans le détail, ayant gardé pendant des années le refuge le plus proche puis participé au chantier de construction du téléphérique.
Le télécabine Panoramic Mont-Blanc qui prolongera ce dernier à partir de 1957 pour traverser le glacier du Géant, depuis l'Aiguille du Midi, jusqu'à la Pointe Helbronner marquant la frontière avec l'Italie, n'existe pas encore en .
Magré le climat très rigoureux d'avril à cette altitude, les victimes espéraient effectuer ce parcours à ski, en partant de Chamonix, afin que l'une d'elles, Fréderic Ebel, redescende ensuite sur l'Italie en utilisant le téléphérique italien, présent à partir de pointe Helbronner, qui avait lui été inauguré pour l'exploitation au public le "TPH V Monte Bianco 2 (Pavillon du Mont-Fréty - Col du Géant)", sur Remontees-mecaniques.net média internet francophone abordant la thématique des technologies du transport par câble, administré par Rodo Af. .
Depuis , côté français, le nouveau téléphérique de l'Aiguille du Midi permettait la descente à ski hors piste de la Vallée Blanche, itinéraire non balisé et non surveillé, sur les glaciers du Géant, du Tacul et Mer de Glace. Le célèbre alpiniste Louis Lachenal, revenu les pieds gelés de l'expédition qui avait vaincu en 1950 l'Annapurna, était mort en tombant dans une crevasse, après l'effondrement d'un pont de neigeSelon Philippe Gaussot, cofondateur et journaliste photographe au Dauphiné libéré, dont il a dirigé l'agence locale de Chamonix , lors d'une de ces descentes à ski de la Vallée Blanche, effectuée hors-saison, en , peu avant l'affaire de la Vallée Blanche.
Les victimes Le drame cause trois victimes, Paul Demarchi, environ 43 ans, considéré comme le plus célèbre des guides de Chamonix à l'époque, le moniteur et ex-champion de ski Joachim Muckenbrunn, environ 53 ans, et un de leurs clients, Frédéric Ebel, alias Perrin, environ 41 ans. Leurs corps sont retrouvés à trois endroits différents de la Montagne. Ebel semble selon l'autopsie avoir décédé une dizaine d'heures avant les deux autres, dans la crevasse où tous trois semblent s'être abrités d'une tempête. Frédéric Ebel Né en 1915 à Katowice (Pologne) puis naturalisé français, Frédéric Ebel était accusé d'avoir recouru à des licences d'importation pour un marché fictif de machines-outil, afin de faire tourner un trafic de devises portant sur plus d'un milliard de francs.
Une semaine avant lui, son homme de paille Gaston Chevey, 67 ans, a franchi la frontière, à Modane le , alors qu'il se savait recherché par les services parisiens de la police économique. Il sera interpellé par Interpol une semaine après le drame dans la banlieue napolitaine, à la villa Ruggieri - dont les occupants étaient en relation avec Ebel. Ce dernier, dirigeant une société de transport basée à Genève"Deux des chefs d'une bande internationale de trafiquants d'or sont arrêtés à Paris", article dans Le Monde du 27 octobre 1949 , qui lui servait de couverture, il était connu depuis la fin de la guerre pour des transactions sur d'importantes quantités de titres étrangers spoliés par les Allemands. Son arrestation en 1949 par la sûreté nationale et la police de l'air faisait suite à celle de Bernard Stcinworth, en possession de 25 kilos d'or, et aux documents saisis sur commission rogatoire à Genève établissant qu'en moins d'un an ils avaient introduit frauduleusement plus de deux tonnes d'or en France, grâce à une flotte de huit avions Beechecraft bimoteurs basés à l'aérodrome d'Amsterdam"Des trafiquants internationaux ont en moins d'un an introduit deux tonnes d'or en France", dans Le Monde du 5 novembre 1949 . Il fut ensuite répertorié comme commerçant sur le boulevard Beauséjour à Paris.
Soucieux de se réfugier en Italie, il avait dans un premier temps demandé à plusieurs reprises, dès la fin mars, l'autorisation d'emprunter le téléphérique de l'Aiguille du Midi, inauguré depuis seulement quelques mois mais normalement fermé à cette époque. La direction refuse de le rouvrir pour lui et il décida, pour aller en Italie, de gagner le col du Géant, en remontant la Mer de Glace et la Vallée Blanche en ski de montagne"Frédéric Ebel était recherché depuis le 27 mars pour trafic de devises", le 11 avril 1956 dans Le Monde .
Trois semaines après la mort de Frédéric Ebel, un de ses partenaires en affaires, le Turc Nessim Lévi est condamné par la Justice à payer à 300 000 francs d'amende, pour avoir rapatrié clandestinement, par la Turquie, des montants provenant d'un marché d'exportation aux États-Unis"Le turc Nessim Lévy condamné à payer A 300 000 francs d'amende pour une fraude sur les changes" dans Le Monde 25 avril 1956 .
Paul Démarchi La plus emblématique des trois victimes est le guide, Paul Demarchi, 43 ans, qui laisse une veuve et trois enfants. Il ignorait tout des motivations et projets de son client car il avait été recruté indirectement par un intermédiaire, son ami le moniteur de ski Joachim Muckenbrunn, une autre célébrité de la vallée de Chamonix. Leur client commun, prétextant un rendez-vous d'affaires urgent à Courmayeur, sur le versant italien du mont Blanc leur avait demandé de les emmener jusqu'au col du Géant, à la frontière, où le téléphérique l'aurait ensuite redescendu côté italien"Le guide Demarchi et le moniteur Muckenbrunn meurent de froid avec leur client - un escroc -qui voulait passer clandestinement en Italie", le 10 avril 1956 dans Le Monde .
, son "Prisonniers de la Montagne", par Olivier Merlin le 18 avril 1956 dans Le Monde SOS Eisberg, racontant en 1933 une expédition partie à la recherche d'un groupe de scientifiques égarés un an auparavant.
Paul Démarchi avait été surnommé et , effectués entre 1930 et 1955, parmi lesquels celui de 1951"Refuge du Plan de l’Aiguille, lieu privilégié loin du bruit, si près de Chamonix" , à la recherche des corps des victimes du crash sur le sommet du mont Blanc de l'avion indien Malabar Princess, à 4 700 mètres d'altitude, qui a inspiré La Neige en deuil, roman de l'écrivain français Henri Troyat paru en 1952, puis le le film éponyme de 2004.
Paul Démarchi avait dès 1938, à l'âge de seulement 25 ans, perdu plusieurs orteils"Tant de vies en jeu pour deux imprudents ?" par Floréal Dablanc, correspondant particulier de L'Humanité à Chamonix, le dimanche 6 janvier 1957, cité par l'Association des pilotes de Montagne , enlevés par des engelures à 4000 mètres d'altitude lorsqu'il avait pris la tête de la caravane de secours du sauvetage spectaculaire de février 1938Le récit de la traversée des aiguilles du Diable de 1938, synthèse des deux livres, par l'un des auteurs' , organisé pour les trois alpinistes qui venaient de réussir la première traversée hivernale des Aiguilles du Diable, au Mont-Blanc du Tacul, exploit qui a inspiré quatre ans après À l'assaut des aiguilles du Diable, grand classique et grand réussite commerciale du cinéma de montagne, tourné en 1942 par le réalisateur de cinéma de montagne Marcel Ichac (1906-1994), avec l'alpiniste Armand Charlet dans son propre rôle.