La crise migratoire à Ceuta en 2021 fait suite à la traversée illégale de la frontière par des milliers de migrants marocains et subsahariens dans la nuit du 16 au . L'ouverture temporaire de la frontière a été organisée délibérément par le Maroc pour faire pression sur l'Espagne.

Cet évènement se déroule sur fond de crise diplomatiques entre les deux pays, liée à la revendication par le Maroc du Sahara occidental , à l'accueil médical en Espagne du chef indépendantiste sahraoui Brahim Ghali, et à la crise économique au nord du Maroc, fortement aggravée par la pandémie de Covid-19. Le Maroc reconnaitra avoir délibérément laissé passer les migrants. L'évènement fait au moins deux morts par noyade. Le calme revient le .

Contexte

L'enclave espagnole de Ceuta au Maroc n'est pas reconnue par le Maroc, mais l’absence de douane dans ces zones franches est mise à profit pour le commerce.

Depuis 1992, des accords signés par Rabat et Madrid permettent d’expulser automatiquement les Marocains entrés illégalement et les migrants subsahariens majeurs. En 1993, l'Espagne construit avec le soutien de l'UE un mur à la frontière entre Ceuta et le Maroc. Cette barrière donne au Maroc un outil de pression diplomatique, en lui permettant d'exercer un chantage migratoire, dénoncé par les ONG.

Certains marocains peuvent franchir la frontière pour une courte durée dans une démarche de migration circulaire, mais dont les conditions de travail sont difficiles et provoquent en 2017 la mort de deux femmes, piétinées dans des bousculades à la frontière entre Fnideq et Ceuta. En 2019, le Maroc ferme le poste-frontière dévolu aux porteurs de marchandises entre le Maroc et Ceuta, officiellement pour réguler la contrebande, mais aussi pour faire pression sur l’Espagne sur la question du Sahara occidental. Depuis les accords de Madrid signés en 1975, ce territoire est partagé entre le Maroc et la Mauritanie, mais le Front Polisario réclame l'indépendance. En , Donald Trump reconnait la souveraineté marocaine, et le Maroc exige que l’Espagne fasse de même, alors que l’ONU, qui a classé le Sahara occidental territoire non autonome, voudrait que la question soit réglée par un référendum d’autodétermination.

La décision en 2019 de mettre fin à la contrebande qui faisait vivre toute la région laisse des milliers de personnes sans ressource. Au printemps 2020, la fermeture due à la pandémie de Covid-19 porte un coup à l’économie de Fnideq et de ses environs. Les traversées clandestines vers l’Espagne continuent, au rythme de plusieurs centaines d'arrivées par mois selon le ministère espagnol de l’intérieur, elles sont réprimées par l'Espagne. En déjà, au moins marocains étaient morts noyés alors que des centaines essayaient de nager jusqu’à Ceuta. La police tire vers eux des balles en caoutchouc.

Chronologie Dans la nuit du 16 au , à la faveur d’un relâchement des contrôles frontaliers intentionnel de la part du Maroc, entre 8 000 et 9 000 Marocains et quelques migrants subsahariens, dont au moins non accompagnés, traversent à la nage ou à pied la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta. Le , la moitié d'entre eux avaient été expulsés, des centaines d’autres échappent à la police.

Les corps d'au moins deux personnes mortes par noyade sont repêchés. La photo d'un bébé sauvé de la noyade par un membre de la garde civile espagnole devient virale, et rappelle le sort d’Aylan Kurdi, l'enfant syrien retrouvé mort noyé sur une plage de Turquie en .

Selon les accords signés entre le Maroc et l'Espagne et le droit espagnol, les migrants adultes entrés illégalement à Ceuta et Melilla peuvent en effet être expulsés sans procédure ni délai. Au contraire, les mineurs doivent être pris en charge par l’Espagne. Plus d'un millier d'entre eux, dont beaucoup d’enfants âgés de emportés par le mouvement de foule vers la frontière, sont accueillis dans des structures d’accueil aménagées en urgence.

Crise diplomatique Cette crise migratoire, sans précédent pour l'Espagne, aurait été orchestrée intentionnellement par le Maroc.. alors que les relations entre les deux pays se sont envenimées depuis l'accueil en Espagne, fin , du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, pour y être soigné de la Covid-19. Ennemi du Maroc, il est notamment accusé par Fadel Breika, un opposant politique sahraoui, de « détention illégale », « tortures » et « lèse-humanité »..

L'UE exprime immédiatement sa solidarité avec l’Espagne et lui promet son soutien, et rappelle au Maroc que les frontières espagnoles sont aussi des frontières européennes.

L'évènement aggrave la crise entre le Maroc et l'Espagne, avant qu'elle ne s'apaise en , alors que le Maroc et l'Algérie qui continuent de s'opposer au sujet du Sahara occidental rompent leurs relations diplomatiques.

Drame de Melilla en Les accès aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla rouvrent le . Mais le , une trentaineSelon l’Association marocaine des droits humains, au moins 23 selon les autorités marocaines, qui font aussi état de 76 migrants et de 140 agents blessés. de migrants meurent lors d’une nouvelle tentative d’entrée de près de à Melilla. réussissent à entrer à Melilla et sont placés en centre de rétention. L’ONU dénonce contre des migrants.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Ferrer-Gallardo, X. and Gabrielli, L., 2022. The Ceuta Border Peripeteia: Tasting the Externalities of EU Border Externalization. Journal of Borderlands Studies, pp.1-11. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/08865655.2022.2048680

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