Philippe Gerbet, aussi connu sous les noms de Philippe-Olympe ou Olympe-Philippe Gerbet, né le à Poligny (Jura) et mort le à Perpignan (Pyrénées-Orientales), est un prêtre catholique, écrivain, philosophe et journaliste français, évêque de Perpignan de 1854 à 1864.
Biographie
Famille Philippe-Olympe est le quatrième enfant de Marie Josèphe Grenier et de Jean-Philippe Gerbet, négociant drapier. Sa famille est originaire d’Arbois du côté paternel et de Poligny du côté maternel. La famille Gerbet est qualifiée de , et par les habitants de Poligny, c'est une famille aisée. Son frère (Aristide-Philippe) et sa sœur (Marie-Louise) sont décédés en bas âge. Seul son frère aîné, Olympe-François, est parvenu à l'âge adulte. Philippe, comme son frère ainé, porte le nom d'Olympe en référence à un saint très célèbre dans le Jura, abbé du monastère de Condat autrement appelé l'abbaye de Saint-Claude.
Philippe est éduqué par sa mère qui devient célibataire à la suite du départ du foyer de son époux. Événement qui, était mal perçu pour cette époque et qui fut un moment difficile à vivre pour lui et son frère.
Cours élémentaire de théologie Il commence ses études dans sa ville natale, en faisant son collège à Poligny à partir de 1804. Il est rapidement remarqué par le curé de la paroisse et par ses professeurs pour son intelligence. M. Garrisson, le curé de la paroisse, écrit dans une lettre à son sujet : . Son professeur de rhétorique, M. Gauthier, conserve toute sa vie une affection pour son ancien élève, dont il suivra les pas et les progrès avec fierté. Ses maitres et ses condisciples prévoyaient pour lui un avenir brillant, cependant Philippe lui-même, paraissait ignorer son propre mérite. Ses contemporains le décrivent par une bonté calme, une démarche lente et réfléchie, et de la modestie.
Une fois les études littéraires terminées, à 14 ans, Philippe quitte Poligny pour se rendre à Besançon afin de recevoir l’initiation au sacerdoce. Il s'inscrit aux cours de philosophie, prélude obligé des études théologiques. Les leçons étaient professées à l’Académie de Besançon, par M. l’abbé Astier. Partout Philippe était au premier rang, si bien qu'il était surnommé le bras droit de M. Astier. Ces cours marquent lé début de l’étude d’une science qui deviendra l’occupation principale de sa vie entière.
Après un an de césure lié à une maladie, Philippe reprend les études ecclésiastiques à Besançon au mois de . Fruit de son travail, il obtient le premier prix lors des concours de fin d’année en 1816 et en 1817. Ces prix sont basés sur les notes, la qualité d’argumentation, la résolution de cas de conscience. Durant ces années de formations il suit des cours de théologie et chaque mercredi, il participe à des réunions en académie, au cours desquelles il peut suivre des dissertations sur l’Écriture sainte, l’histoire ecclésiastique, sur le droit canon. Les principaux commentateurs de la Bible étaient lus, traduits, analysés. Parmi ses collèges de promotions lors de ces années à Besançon, on peut citer Thomas Gousset, Pierre Simon Blanc et François Joseph Xavier Receveur (qui seront tous deux auteurs l’un d’ouvrages d’histoire ecclésiastique).
Le cours élémentaire de théologie dure alors trois années seulement. Le cadre de formation au sacerdoce est restreint car il y a nécessité de fournir des professeurs aux nombreuses maisons d’éducation qui s’ouvrent sur tous les points du territoire, et l'obligation de pourvoir les paroisses vacantes. Les prêtres sont peu savants mais les études doivent donner une base que les prêtres pouvaient ensuite continuer à approfondir dans la solitude de leurs presbytères.
Études à Saint-Sulpice, sacerdoce et aumônier du lycée Henri IV Philippe poursuit néanmoins ses études vers l'enseignement supérieur de la théologie, dans la seule institution existante : il s'agit du séminaire Saint-Sulpice à Paris, où il se rend en 1818 afin de préparer le sacerdoce, tout en suivant des études à la Sorbonne. C'est lors de son passage d'étude à Saint-Sulpice qu'il fait la connaissance d'amis qui l'accompagneront toute sa vie durant : Antoine de Salinis, Casimir de Scorbiac puis Félicité de La Mennais.
En 1820 il reçoit le sous-diaconat, dans l’église de Saint-Sulpice, des mains du cardinal Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord, archevêque de Paris. En 1822, il est promu prêtre par l'archevêque de Paris, Hyacinthe-Louis de Quélen dans l’église métropolitaine de Notre-Dame.
Il est ordonné prêtre en tant qu'élève du séminaire des Missions étrangères où il finit sa formation. Puis, juste après son sacerdoce, il est nommé professeur de théologie morale à la Sorbonne. C'est une faveur exceptionnelle pour une personne aussi jeune, mais justifiée par son mérite, manifesté par des prises de paroles publiques, lors des assemblées de la Faculté de théologie.
Une autre fonction s'ajoute, lorsqu'Antoine de Salinis est nommé pour la direction spirituelle du collège royal de Henri IV, en tant que premier aumônier, par Denis Frayssinous qui préside alors à l'instruction publique en tant que grand maitre de l'université. La tâche dépassait largement les forces d’une seule personne. Antoine de Salinis demande donc l’adjonction d’un collaborateur, Philippe, par une lettre adressée depuis Morlaas le . Il obtient réponse favorable, et Denis Frayssinous confie à Philippe le rôle de second aumônier.
Les deux aumôniers, dans des conférences graduées, posaient d’abord les fondements rationnels des croyances catholiques, ils abordaient ensuite toutes les objections de la science moderne, tentant de fournir des principes de solution universels compatibles entre les deux. À cela s’ajoutaient des temps d’entretiens individuels, afin de dépasser les préjugés qui servaient de prétexte pour ne pas pratiquer la religion. Ils obtinrent comme résultat au sein du lycée, qu’on n’osait plus rire de la religion ni de ceux qui la pratiquaient, et l'idée que les convictions chrétiennes ne nuisent pas au développement de l’esprit.
L'école mennaisienne et le catholicisme social vignette|upright=0.8|Couverture du journal Le Mémorial catholique vignette|upright=0.8|La Chênaie (Ille et Vilaine) en 1834 Pendant les années qui suivent sa promotion au sacerdoce, sa vie se trouve mêlée au mouvement religieux et philosophique qui est appelé par ses contemporains, du nom de Félicité de La Mennais, son chef de file. Par leur travail d'aumônier, Antoine de Salinis et Philippe Gerbet avaient des liens très fréquents avec la jeunesse lettrée de la capitale. Ce qui sera un moteur pour mettre en oeuvre les principes mennaisiens, qui, au départ, peuvent se résumer par une phrase écrite par Félicité de La Mennais : C’est dans le salon organisé par les aumôniers du collège de Henri IV que nait le souffle d’une inspiration de prosélytisme catholique. À l'origine il n’y a pas de plan combiné, aucun projet sérieusement arrêté, mais seulement le désir commun de travailler à réconcilier la société moderne, sortie tout juste de la Révolution avec le catholicisme, considéré comme le seul fondement solide pour tout édifice social.
Il crée en 1824 avec l'abbé de Salinis une revue, le Mémorial catholique à laquelle il participe activement en tant que rédacteur. Le journal avait le patronage de Félicité de La Mennais, qu'il avait rencontré par le biais d'Antoine de Salinis lors de salons hebdomadaire qu'il organisait.
Admirateur et ami de Félicité de La Mennais, l'auteur célèbre de l'Essai sur l'indifférence, l'abbé Gerbet l'accompagne en Bretagne en 1825, il a alors 27 ans. Ensemble, ils souhaitent mettre en œuvre une société d'ecclésiastiques qui prendra progressivement la forme d'une congrégation appelée, la congrégation de Saint-Pierre. Ils travaillent ensemble, depuis à La Chênaie, propriété de La Mennais, en Ille-et-Vilaine afin de mettre en place une société d'ecclésiastiques dont le travail consiste à produire des écrits pour diffuser les idées nouvelles en sciences, en histoire en travaillant sur une définition théologique du sens commun.
Une amitié les unit au point que Félicité de La Mennais écrit : . Philippe accepte, au départ sans réserve, le système philosophique du sens commun, qui sera au cœur de la pensée menaisienne. Il compose un premier ouvrage de controverse intitulé Des doctrines philosophiques sur la certitude dans leurs rapports avec les fondements de la théologie parut en 1826. Il cherche à démontrer l’influence négative, exercée sur l’enseignement de la théologie, par la philosophie de Descartes. Il parle de la théorie de la foi, comme étant la base de la théologie, qui prend appui sur le système philosophique du sens commun. Il constate également une lacune : dans les ouvrages classiques de théologie, depuis le , les auteurs ne présentent pas d'histoire des théories de la foi, pour expliquer son développement historique depuis Adam jusqu’à nous. Ce livre éveille l’attention des professeurs de théologie dans les séminaires. La réputation du livre alla jusqu'à Rome, où Jean-Louis de Leissègues de Rozaven (Père de Rozaven) Jean-Louis de Leissègues de Rozaven est alors assistant pour la France du général des Jésuites en fait une réfutation publique intitulée Examen du livre de M l’abbé Gerbet.
Quelques années plus tard, il publie un second ouvrage intitulé Coup d’œil sur la controverse chrétienne, dans lequel, après avoir établi que le système du sens commun doit avoir pour résultat de transformer l’enseignement de la théologie, l’auteur veut démontrer qu’il doit également avoir les conséquences positives pour la défense de la religion, en substituant la méthode d’autorité, qui est considérée comme étant la méthode traditionnelle dans l’Église, à la méthode cartésienne diffusée de plus en plus.
Lorsqu'il publie le livre intitulé Considérations sur le dogme générateur de la piété catholique, l'accueil est mitigé : les théologiens trouvent l’auteur trop poète, pas toujours assez précis dans l’exposition dogmatique, les mystiques le disent trop raisonneur. Les littérateurs le disent trop mystique. Cependant, l'ouvrage est rapidement traduit en italien, en allemand, en polonais et en anglais.
L'ouvrage est divisé en deux parties : l’une philosophique, l’autre, théologique. Dans la partie philosophique, il commence par rappeler que le genre humain a toujours cru en la présence personnelle de Dieu dans le monde et à son action incessante, d’où le culte. Le fond de tout culte, c’est la prière, acte de soumission, et l’offrande, acte de reconnaissance. À côté de ces deux actes essentiels, on en remarque partout un troisième dont le but est plus difficile à déterminer : le sacrifice. Il explique que le sacrifice n’entrait pas dans le plan divin primitif, il a été rendu nécessaire par la prévarication du chef du genre humain. Le livre propose des considérations sur l’état des peuples anciens, sur leurs croyances religieuses, qui sont présentées comme étant des émanations plus ou moins altérées d’une révélation primitive. Dans la partie théologique, Philippe Gerbet présente l’eucharistie comme fondement du christianisme primitif, et au centre du christianisme complet. L’homme porte en lui un double besoin, un besoin d’action, d’où résulte la vie pratique, un besoin de contemplation, auquel correspond la vie intérieure. L’Eucharistie satisfait au besoin le plus intime de l’âme humaine en faisant naitre et en développant chez elle l’amour de Dieu. Il écrit, à propos de la prière :
Création du journal l'Avenir À la suite de la révolution de juillet 1830, il fonde aux côtés de La Mennais et Lacordaire, le quotidien L'Avenir. C'est lui qui, au début, porte une grande charge du travail. Il contribue aussi alors à la fondation de l'Agence générale pour la défense de la liberté religieuse.
Il publie en 1832, Introduction à la philosophie de l'histoire dans lequel il aborde les questions sociales et notamment une réflexion sur la situation des ouvriers.