La rébellion de la rivière Rouge, également connue sous le nom de résistance de la rivière Rouge, soulèvement de la rivière Rouge ou première rébellion de Riel, est le terme générique pour décrire le gouvernement provisoire constitué entre 1869 et 1870, par les Métis et leur chef Louis Riel dans la colonie de la rivière Rouge, située dans l'actuelle province du Manitoba, au Canada. Elle désigne également les violences qui ont suivi la prise du fort Garry par les Métis de Louis Riel avec la colonie de la rivière Rouge, et la répression militaire canadienne à la suite de l’exécution par les Métis de Thomas Scott en . Cette révolte est à l’origine de la création de la province du Manitoba actuel. C'était auparavant un territoire appelé Terre de Rupert, sous le contrôle de la Compagnie de la Baie d'Hudson avant d'être vendu.
Ces événements constituent la première crise à laquelle le nouveau gouvernement fédéral est confronté après la Confédération canadienne en 1867.
Contexte
Origines La Colonie de la rivière Rouge de la Terre de Rupert s'est développée sous l'égide de la Compagnie de la Baie d'Hudson, qui dispose d'un réseau d'échanges et de commerce à l'échelle du continent. Elle a été confirmée sur le territoire par Anne (reine de Grande-Bretagne), qui en a expulsé le roi Louis XIV et ses sujets par le Traités d'Utrecht de 1713A Collection of Treaties Between Great Britain and Other Powers (1790). See Article X, p.379.. Le roi George III dépossède le roi Louis XV de presque toutes ses colonies d'Amérique du Nord lors du Traité de Paris (1763).
Historiquement, la population est principalement composée de Métis francophones, qui ont développé une ethnie mixte issue des Premières Nations et d'origine française, et une culture unique au cours des décennies de la traite des fourrures. Aux , ils se sont mariés et établis, les hommes travaillant traditionnellement comme trappeurs, guides et interprètes pour les commerçants de fourrures, et exploitant des fermes. Les femmes métisses étaient aussi parfois actives dans le commerce et, parmi plusieurs familles influentes de Sault-Sainte-Marie (Ontario), au début du , les maris étaient européens. La culture métisse est basée sur la langue française et la religion catholique romaine.
À la fin du , des anglais et écossais se lancent dans la traite des fourrures et se marient également avec le peuple ojibwé et d'autres Premières Nations de cette région. Leurs descendants métis parlent généralement anglais et sont parfois connus sous le nom de « country born » (également sous le nom d'« Anglo-Métis »). Le troisième groupe de colons de la région est constitué un petit nombre de colons écossais presbytériens. De plus en plus de protestants anglophones commencent à s'y établir à partir de l'Ontario au Joseph James Hargrave (1871), Red River (Red River. ed.), Montreal: Printed for the author by J. Lovell, p. 182, OCLC 5035707.
Création de la colonie de la rivière Rouge En 1811, la Compagnie de la Baie d’Hudson cède un immense territoire de , le long de la Rivière Rouge (Manitoba) et de l’Assiniboine, à Thomas Douglas, lord de Selkirk qui désire fonder une colonie basée sur l’agriculture, et peuplée de colons écossais, comme lui. Dès l’année suivante, il entreprend de faire venir dans sa nouvelle colonie, sur plusieurs années, près de 300 colons. Avec l’arrivée du premier contingent de 23 colons et du nouveau gouverneur de la colonie de l’Assiniboïa, M. Macdonell, certains Métis vont à leur rencontre, au fort Gibraltar, afin de leur signaler que les nouveaux arrivants sont sur les terres des Métis et qu’ils ne sont pas les bienvenus. Selon Hartwell Bowsfield, les Métis auraient été montés contre l’arrivée des colons dans l’Assiniboïa par les employés de la Compagnie du Nord-Ouest qui pensent que la création de la colonie n’est qu’un plan de la part de la Compagnie de la Baie d’Hudson, leur rivale, afin de prendre les terres définitivement. L’utilisation des Métis dans le cadre de cette théorie irait dans l’assistance militaire et paramilitaire. La première confrontation entre les Métis et les colons de la nouvelle colonie ne sera qu’une parmi plusieurs, qui auront lieu tout au long de la décennie, la plus célèbre est la bataille de la Grenouillère, en .
En 1821, la fusion des compagnies de la baie d’Hudson et de la Compagnie du Nord-Ouest sous le nom de la première rend l’ensemble du territoire sous la couronne britannique, toutefois sans aucune forme de gouvernement établi, à l'exception du Conseil d’Assiniboïa, établi autour de la colonie de la Rivière-Rouge. Il s’ensuit des décennies de cohabitation entre les Métis francophones et anglophones, où l’unification n'est jamais vraiment établie avant les événements de 1869-70. Le projet colonisateur de Selkirk n’étant pas à la hauteur des attentes, l’établissement de colons européens devra attendre la création des provinces de l’ouest, dont le Manitoba en 1870. Après les événements de 1816, la colonie jouit d’une certaine prospérité ou du moins, d’une tranquillité relative en interne.
Événements de 1869-1870 Vente des terres de Rupert au Canada L’annexion de la future province du Manitoba avait été effectuée sans en consulter la population. Toutefois, l’idée d’acheter les terres de l’Ouest et de les coloniser date des années 1850. Georges Brown, dans le journal the Globe de Toronto, lance un appel à l’union « des destinées de cet immense pays » avec « les nôtres ». Une enquête de la Compagnie de la Baie d’Hudson est lancée afin d’étudier le potentiel des terres, où le ministre John Ross déclarera notamment qu’il ne faut pas que la Compagnie perde son emprise sur ses terres immédiatement, car le Canada-Uni n’est pas en mesure de l’administrer dans l’immédiat. Cela n’empêche pas l’établissement progressif d’Ontariens sur les territoires de l’ouest dès la fin des années 1850, à la suite de l’exploration du territoire par deux explorateurs, S.J. Dawson et Henry-Youle Hind. Les premiers Ontariens à venir s’établir dans la colonie dans les années 1850 créèrent un journal, le Nor’Wester dont l’intérêt premier est de préparer les voies pour l’annexion pure et simple du Nord-Ouest au Canada, le projet de Confédération arrive rapidement et une seule question demeure : laquelle des deux provinces, Ontario ou Québec, laquelle des nationalités, française ou anglaise, allait étendre son influence dans ces nouveaux territoires qui seront éventuellement annexés par le Canada. Cependant, cela n’est pas l’unique raison de la faiblesse de la communauté Métis: elle a beau avoir son drapeau, son hymne national et son conseil, son unité interne n’est pas forte et la pression extérieure se fait ressentir.
Les nouveaux colons sont généralement insensibles à la culture métisse et hostiles au catholicisme romain, et nombre d'entre eux prônent l'expansionnisme canadien. Entre-temps, de nombreux Américains y ont migré, dont certains favorables à l'annexion du territoire par les États-Unis. Dans un contexte de tensions religieuses, nationalistes et ethniques, l'incertitude politique est élevée. Pour prévenir l'expansionnisme américain et rétablir la loi et l'ordre, les gouvernements britannique et canadien négocient pendant un certain temps le transfert de la Terre de Rupert de la Compagnie de la Baie d'Hudson au Canada. Le Rupert's Land Act de 1868 autorise le transfert. Le , le Canada achète le territoire.
En prévision du transfert, le ministre des Travaux publics, William McDougall, qui, avec George-Étienne Cartier, joue un rôle déterminant dans la sécurisation de la Terre de Rupert pour le Canada, entreprend un relevé cadastral du territoire avant même que celui-ci soit officiellement transféré sous souveraineté canadienne, les parcelles étant délimitées selon le système des cantons canadiens carrés en vigueur dans l'Ontario voisin, sans respecter la disposition des champs des Métis, formés en bandes étroites perpendiculaires à la rivière, envoyant une équipe d'arpentage dans la colonie de la rivière Rouge. Un évêque catholique, Alexandre-Antonin Taché, l'évêque anglican de la Terre de Rupert, Robert Machray, et le gouverneur d'Assiniboia, William Mactavish, avertissent tous le gouvernement fédéral que de telles enquêtes pourraient précipiter des troubles.
Dirigée par le colonel John Stoughton Dennis, l'équipe d'arpentage arrive à Fort Garry le . Les Métis sont inquiets car ils ne possèdent pas de titre clair sur leurs terres mais détiennent un droit d'occupation ténu ; les métis qui n’ont pas de titres de propriété sont spoliés de leurs terres. De plus, les lots ont été aménagés selon le système colonial seigneurial, avec de longs lots étroits donnant sur la rivière, plutôt que les lots carrés qui sont préférés par les Anglais. Les Métis considèrent l'enquête comme un signe précurseur de l'augmentation de la migration canadienne vers le territoire, qu'ils perçoivent comme une menace pour leur mode de vie. Plus précisément, ils craignent une éventuelle confiscation de leurs terres agricoles par le gouvernement canadien. Les Métis craignent également que les immigrants canadiens ne se soucient de leur culture et les Métis veulent donc s'assurer qu'ils pourront préserver leurs droits religieux et politiques. Leurs inquiétudes sont motivées en partie par le comportement du gouvernement canadien, car les négociations qui ont eu lieu se sont déroulées comme si le territoire était inhabité.
Cependant, lors de la transaction des terres de l’ouest au gouvernement canadien, la Compagnie de la Baie d’Hudson insiste sur la reconnaissance des terres des habitants des contrées des terres de l’ouest. Toutefois, la description détaillée de ces titres de propriété n’étant pas connue ou précise, il est difficile pour le gouvernement canadien de reconnaître cette partie de la transaction. Les terres des Métis s’étendent de deux mille de chaque côté de la rivière Assiniboine et de la rivière Rouge, et ces populations en réclament encore au-delà de ces limites, mais les colons anglais veulent également les terres le long des rivières. La transaction des terres de l’ouest n'est d’ailleurs pas communiquée aux populations de la colonie de la Rivière-Rouge au moment des faits, ce qui rend la population en colère et soucieuse sur l’avenir de leurs terres.
La création d’un réseau ferroviaire au Minnesota, l’implantation d’un bateau à vapeur sur la rivière Rouge et la vente de la Compagnie de la Baie d’Hudson à des intérêts financiers internationaux s’intéressant à la création d’un réseau ferroviaire pancanadien crée l’ouverture du territoire aux intérêts capitalistes et colonisateurs. L’achat de l’Alaska par les États-Unis à la Russie à la même période fait augmenter la pression d’obtenir les terres de l’ouest et de les occuper, afin de garantir la souveraineté du gouvernement canadien sur l’ensemble du nord du continent Les terres de l’ouest sont alors vendues, après de longues négociations pour la somme dérisoire de sterling. La compagnie va garder quelques terres autour des différents postes de traite ainsi que dans chaque canton de trente-six milles carrés. L’occupation des terres par les populations canadiennes est prévue pour l’année suivant l’acquisition, soit en 1870. Le gouvernement d’Ottawa ne va pas attendre les délais prescrits dans la transaction, et dès 1869, les travaux routiers entre le fort Upper Gary et le lac des Bois sont entamés, dans un espoir de donner du travail aux populations locales qui souffrent d’une terrible famine.
Émergence de Louis Riel comme leader thumb|Louis Riel en 1884. Né le à Saint-Boniface (Manitoba) dans une famille importante de la communauté Métis, dont son père, nommé également Louis Riel, en est un chef hautement respecté. Il fait ses études au Québec, qui à l’époque fait partie du Canada-Uni. Dès les années 1860, avec la mort de son père et le destin incertain des Métis, Louis Riel commence une carrière d’homme politique.