Le Convair est un bombardier américain des années 1960, le premier capable d'atteindre une vitesse de .. Il se caractérise par une aile delta, sous laquelle sont accrochés ses quatre turboréacteurs, et par un énorme conteneur largable situé sous le fuselage. Développé pour le (SAC) de la (USAF), il est conçu pour voler à haute altitude et à grande vitesse pour éviter les chasseurs soviétiques. L'introduction des missiles surface-air le force à un rôle de pénétration à basse altitude qui limite sérieusement son rayon d'action et son importance stratégique. Sa carrière opérationnelle est par conséquent courte (de 1960 à 1969) et son rôle repris par d'autres appareils supersoniques dits avions de pénétration, comme les F-111 et .

Le connait une certaine notoriété du fait de son bang supersonique, souvent entendu par le public lors de passages en vitesse supersonique..

Conception et développement

La genèse du B-58 remonte à , lorsqu'une étude pour un bombardier multirôle (, ) est lancée par l' (ARDC), basé sur la base aérienne de Wright-Patterson dans l'Ohio. Le développement de bombardier proposé doit commencer moins de deux ans après la maîtrise du vol supersonique soutenu. De nombreux constructeurs proposent leurs travaux, dont Boeing, Convair, Curtiss, Douglas, Martin et .

Convair exploite son expérience acquise sur le XF-92A pour proposer une série de configurations avec des ailes en flèches, mais c'est un concept avec une aile delta qui est choisi. Le projet final de Convair, nom de code « », est un biplace à aile delta propulsé par des turboréacteurs J53, de , pouvant atteindre une vitesse de et disposant d'un rayon d'action de . C'est lors de la conception que l'appareil reçoit le sobriquet de (escroc), qu'il conserve tout au long de sa carrière.

En ., l' annonce qu'elle retient la proposition de Convair : un avion très aérodynamique équipé d'un énorme conteneur ventral largable, contenant à la fois du carburant et la bombe nucléaire, dessiné par l'ingénieur .. Des essais en soufflerie entraînent de nombreuses modifications de la cellule, notamment pour tenir compte de la loi des aires. Il faut aussi redessiner complètement le conteneur ventral et le train d'atterrissage avant, car la proposition initiale pose trop de problèmes.

Le projet faillit être abandonné en 1954 et il est d'abord décidé de produire une première série de treize avions, en attendant une décision finale. Le prototype est achevé en .. Il réalise son vol inaugural le ... Une difficile série de tests prolongée a lieu jusqu'en avec une trentaine d'appareils.. Le premier vol avec un conteneur ventral a lieu le , et le prototype dépasse avec un conteneur vide quelques mois après. De nombreux essais de largage du conteneur suivent, à des altitudes et vitesses de plus en plus importantes. Malgré la découverte d'un certain nombre de problèmes, l' passe commande de en , avant de réduire le nombre d'appareils à moins de six mois plus tard.

La version finale est livrée en .

Caractéristiques

Structure et propulsion Le B-58 est le premier véritable bombardier supersonique de la US Air Force. Il est doté d'une aile delta avec un bord d'attaque à et de quatre turboréacteurs General Electric J79. Il emporte trois membres d'équipage (un pilote, un navigateur et un opérateur des systèmes de défense) dans des cockpits séparés. Ne pouvant avoir aucune relation directe entre eux, un système de communication de secours, basé sur des messages papiers véhiculés entre membres d'équipage sur une , est mis en place.

Pour adapter en permanence les moteurs à la vitesse élevée à laquelle évolue l'avion, le profil de leurs entrées d'air est modifié par des cônes mobiles, qui se déploient progressivement vers l'avant à partir d'une vitesse de . Un autre système ajuste en permanence la géométrie variable des tuyères de ces moteurs, pour que leur rendement soit maximal dans toutes les conditions de vol.

Sécurité vignette|upright=1.25|Une capsule éjectable utilisée en vol.

Les dernières versions comportent des capsules éjectables pour chaque membre d'équipage, rendant possible une éjection à à la vitesse de . À la différence des sièges éjectables, une protection se déploie et ferme le siège de manière étanche. Contenant chacune une bouteille d'oxygène et des commandes de vol, elles offrent en plus la capacité aux membres d'équipage de continuer à voler normalement, si nécessaire « déjà encapsulés », en se préparant à l'avance pour une potentielle éjection. Des chimpanzés et des ours sont utilisés pour tester le dispositif., puis sont euthanasiés afin que leurs organes puissent être examinés.. Une ourse noire de deux ans nommée Yogi. sert ainsi de cobaye le pour tester la capsule de sauvetage d'un B-58 et est éjectée à et d'altitude. Elle atterrit sans blessure et plus tard. et est ensuite euthanasiée afin de l'examiner. Le XB-70 est équipé d'un système similaire, bien que de conception différente.

À cause de la chaleur générée par le vol à , les cockpits, mais également les trappes du train d'atterrissage et les systèmes électroniques, sont pressurisés et climatisés. Le B-58 est l'un des premiers appareils à être équipés de panneaux en nid d'abeilles avec de l'aluminium et de la fibre de verre.

Le cockpit est conventionnel mais l'électronique de bord est relativement en avance pour l'époque : notamment, des messages d'alerte enregistrés sont audibles par l'équipage par l'intermédiaire de leur casque. Des recherches effectuées à l'époque montrent que les jeunes pilotes sont plus réceptifs à une voix féminine lors de situations difficiles. sélectionne donc des actrices et la chanteuse Joan Elms pour enregistrer des messages d'alerte.. Les équipages des B-58 parlent de « » lorsqu'ils évoquent la voix, , 30 juillet 1966, réimprimé dans les Proceedings de l', novembre 1966..

Avionique Son avionique est très évoluée. Le navigateur-bombardier dispose d'un système de navigation et bombardement ., combinant un système de navigation inertielle, un viseur d'étoiles et un radar Doppler déterminant la vitesse relative au sol., d'une masse de . L'opérateur de systèmes défensifs s'occupe d'un système de brouillage et déception radar Sylvania Electric Products ., d'un lance-leurres et d'un canon d'autodéfense.. Cependant, la mise au point de ces appareils sur cet avion à hautes performances s'avère délicate.. Le système est, au moment de sa conception, plus de dix fois plus performant que les autres systèmes de navigation existants.

Armement vignette|upright=1.25|B-58 exposant sa charge utile. L'armement défensif consiste en un canon T-171E3 hexatube M61 Vulcan de calibre approvisionné à raison de , placé au bout de la queue et contrôlé par un radar de conduite de tir Emerson spécifique. L'armement offensif se réduit généralement à une unique bombe nucléaire, associée à des réservoirs de carburant () et installée dans un pod effilé sous le fuselage, d'une longueur de .. De gros problèmes avec ce système, en particulier de fuites de carburant, entraînent le remplacement du par la nacelle TCP (), clairement visible sous le fuselage et d'une longueur de . Cette nacelle TCP est constituée de deux éléments : la partie inférieure, la plus massive, contient du carburant JP-4 () et peut être larguée de manière indépendante, juste avant l'attaque. La partie supérieure contient la bombe, installée séparément au-dessus du gros réservoir, avec également une petite provision de carburant ().. L'idée derrière cet arrangement particulier est, qu'en cas d'urgence, le pilote peut aussi larguer le gros réservoir et ne garder que la partie supérieure (la bombe), considérée comme plus légère et moins susceptible de réduire les performances de l'appareil.

De 1961 à 1963, les B-58 sont progressivement équipés de deux points d'emports doubles sous chaque aile, permettant d'emporter des bombes nucléaires d'une puissance allant de à une mégatonne ou B61 d'une puissance pouvant atteindre , soit un total de cinq armes nucléaires par avion. Bien que l'US Air Force ait envisagé de lui confier un rôle de bombardier conventionnel, il n'est jamais équipé pour larguer des bombes conventionnelles. Une nacelle de reconnaissance photographique est également installée. D'autres nacelles spécialisées pour la guerre électronique ou pour emporter des missiles de croisière sont envisagées mais jamais mises en place. Le B-58 sert de plateforme d'essais pour les quatre tests de tir du missile balistique , entre 1958 et 1959., le dernier étant une évaluation de la capacité à employer des missiles antisatellites..

Histoire opérationnelle Un total de sont produits, dont d'essai qui sont par la suite améliorés pour devenir opérationnels. Plusieurs B-58 sont utilisés pour réaliser des tests, dont celui du système radar destiné à l'intercepteur Lockheed YF-12. De nombreuses variantes sont proposées mais jamais réalisées.

Les équipages des B-58 constituent l'élite et sont sélectionnés parmi les équipages d'autres bombardiers stratégiques. Du fait des caractéristiques particulières de l'aile delta, les pilotes s'entraînent sur le Convair F-102 Delta Dagger.. Le B-58 est difficile à piloter et nécessite une attention permanente de ses trois membres d'équipage, mais ses performances sont impressionnantes. Un légèrement chargé peut atteindre une vitesse ascensionnelle de ()..

Bien qu'il ne puisse emporter que des armes plus légères et ait un rayon d'action plus limité que le B-52 , le B-58 est très onéreux : en 1959, chaque B-58A vaut plus que son poids en or. En 1961, le coût du programme s'élève à trois milliards de dollars., soit milliards actuels, le coût unitaire à de dollars de l'époque, équivalent à millions actuels. C'est un appareil complexe, qui nécessite beaucoup d'opérations de maintenance de la part de personnel spécialisé, et coûte trois fois plus cher à maintenir que le B-52.. Le train d'atterrissage avant pose de nombreux problèmes, car il doit se rétracter en évitant la charge utile. Sa carrière est émaillée de nombreux accidents : sont perdus, dont deux lors des salons de l'aéronautique du Bourget de 1961 et 1965., soit 22 % de la production totale. causant la mort de d'équipage, l'introduction de la version d'entrainement TB-58, construite à partir d'avions de série dès le mois d', permet de baisser drastiquement le taux d'accident. Le Strategic Air Command (SAC) est dubitatif depuis le départ concernant cet appareil ; toutefois les pilotes se montrent enthousiastes car ses performances et sa conception sont appréciées, bien qu'il ne soit pas facile à piloter.

Deux escadrons de bombardiers du SAC utilisent le B-58 : le Bombardment Wing basé à Carswell Air Force Base près de Fort Worth au Texas du au puis à dans l'Arkansas de cette date au . et le sur l'actuelle (rebaptisée depuis 1994) de Kokomo dans l'Indiana dont dépendait une école d'entraînement au combat pour les équipages des B-58 d' à ..

À partir de 1961, la majorité des problèmes ont été résolus et l'intérêt du SAC pour l'appareil se renforce, le secrétaire à la défense Robert McNamara conclut pourtant que le B-58 ne sera pas un système d'arme efficace, car durant l'introduction du B-58 les missiles surface-air deviennent une menace sérieuse, avec le déploiement massif du S-75 Dvina soviétique. La « solution » est de voler à basse altitude pour éviter les radars.