Henri-Jacques-Guillaume Clarke, né le à Landrecies et mort le à Neuwiller-lès-Saverne, est un général français de la Révolution, de l’Empire et de la Restauration, ministre de la Guerre de puis de Louis XVIII, fait comte d'Hunebourg et comte de l'Empire, puis duc de Feltre et maréchal de France en 1816.
Biographie
Ancien Régime Il est issu d'une famille noble d'origine irlandaise, établie en France depuis l'émigration des Stuarts. En 1765, son père est garde magasin des subsistances de la ville de Landrecies. Le jeune Clarke se trouve orphelin très tôt et est élevé par son oncle, Henri Shée de Lignières, colonel de cavalerie et secrétaire des commandements du duc d'Orléans, qui le fait recevoir cadet gentilhomme à l'École militaire de Paris le . Il est nommé sous-lieutenant au régiment de Berwick le , puis cornette blanche de hussards avec rang de capitaine, dans le régiment Colonel-Général le .
Révolution française
Début de la Révolution (1789-1792) Il est promu capitaine de dragons le . Il quitte ensuite l'armée pour la diplomatie, et il devient gentilhomme d'ambassade à Londres. Revenu en France au commencement de 1791, il reprend son grade, est réformé, puis replacé le comme capitaine de classe au de dragons (ancien ). Il passe de ce grade à celui de chef d'escadron au régiment de cavalerie légère le , où il devint bientôt lieutenant-colonel.
L'armée du Rhin (1793)
Il est alors affecté à l'armée du Rhin, et se signale à la prise de Spire, où il fait rendre les armes à une partie des troupes chargées de la défense de cette place. Le , il se distingue lors du combat de Stromberg et le 27, jour de la déroute de Bingen, il défend avec valeur le passage de la Nahe, et est nommé, par les représentants en mission, général de brigade provisoire à l'affaire d'Horcheim ( ou ), près de Landau, le suivant. Il obtient peu de temps après le commandement des trois régiments de dragons qui combattent à l'avant-garde, puis est nommé chef de l'état-major général de l'armée du Rhin.
Révocation et retour au service (1793-1795) Les commissaires de la Convention le destituent comme noble le , la veille de la prise des lignes de Wissembourg par les Autrichiens. Il est arrêté et incarcéré comme suspect, puis libéré ; mais désespérant de faire révoquer la décision qui l'éloigne du service, Clarke se rend en Allemagne, y fait un séjour de peu de durée, et revient à Paris. Le 13 ventôse an III, il écrit au banquier Perregaux, qu'éloigné injustement de l'armée, il est oblige de chercher un emploi.
Après la chute de Robespierre, il est rappelé au service le , et confirmé le , dans le grade de général de brigade. Il est chargé, par commission du-même jour, obtenue grâce à la protection de Carnot, de la direction historique et topographique du ministère de la Guerre, et concourt à la rédaction des plans dont l'exécution répand alors Les services importants qu'il rend dans cette direction, où il rétablit l'ordre, lui valent le grade de général de division le . C'est à cette époque que le Directoire le charge d'une mission secrète auprès du cabinet de Vienne (Autriche).
L'armée d'Italie (1796-1797) À peine de retour à Paris, il reçoit l'ordre de partir pour l'Italie, surtout pour surveiller le général Bonaparte, dont les victoires et l'ambition inquiètent le gouvernement. Le but apparent de cette mission est d'aller à Milan pour obtenir la mise en liberté de La Fayette, Latour-Maubourg et Bureau de Pusy, internés à Olmütz. Bonaparte a deviné les intentions du Directoire, mais il feint de se méprendre sur le véritable but de la mission de Clarke, et lui fait l'accueil le plus favorable. Celui-ci se met au service du général en chef, qui en obtient des révélations sur la nature des instructions du conseil du Luxembourg. Lorsque Venise tombe au pouvoir des Français le , le général Clarke est chargé d'assister à l'ouverture du portefeuille du comte d'Antraigues, que l'on a arrêté dans cette ville.
Cependant, le gouvernement directorial, instruit du rapprochement entre le chef de l'armée d'Italie et son agent secret, rappelle ce dernier à Paris. Clarke élude les ordres qu'il venait de recevoir, en se prévalant de ses instructions patentes, reste à Udine avec Bonaparte, et coopère avec lui à la conclusion du traité de paix signé à Campo-Formio le . Après la signature du traité, une dépêche plus impérative et plus pressante que la première lui enjoint de quitter sur-le-champ l'Italie. Dès son arrivée en France, il reçoit de vifs reproches du Directoire. Non seulement, il cesse d'être employé activement comme général, mais il perd la direction du bureau topographique. Cependant, vers la fin de l'an VI (été 1798), le Directoire le charge de la négociation du traité d'alliance entre la République française et le roi de Sardaigne, traité d'alliance avantageux pour l'armée d'Italie.
Consulat
Clarke se montre un des plus zélés partisans du coup d'État de Bonaparte. Aussi le premier Consul le rétablit-il très rapidement dans ses fonctions de chef du bureau topographique. Lors du congrès de Lunéville, le , le général Clarke y entame les négociations qui sont suivies par Joseph Bonaparte, frère du Premier consul. Le , le gouvernement consulaire lui confie le commandement extraordinaire de Lunéville et du département de la Meurthe. Il est chargé de diriger vers leur patrie, au mois d', les soldats russes prisonniers des Français. Le général Clarke se comporte avec tant de bienveillance envers les prisonniers, que l'empereur de Russie témoigne sa reconnaissance par le don d'une épée magnifique, enrichie de diamants.
Le , le premier Consul l'envoie avec le titre de ministre plénipotentiaire auprès du prince de Parme, nouvellement créé roi d'Étrurie. Il reste en Toscane jusqu'en 1804, puis revient en France comme conseiller d'État, puis secrétaire du cabinet de l'Empereur pour la guerre et pour la marine.
Premier Empire
Officier d'active 150px|thumb|right|Houdetot, directeur des contributions indirectes de Prusse à Berlin, a l'occasion de le gouverneur de la capitale prussienne en 1806.
Clarke rentre dans l'armée active lorsque Napoléon lance la campagne d'Allemagne en 1805. Il participe à la prise d'Ulm, et est nommé gouverneur de Vienne, de la Basse-Autriche, de la Styrie et de la Carinthie (). Après avoir présidé à la délimitation des frontières de la Brisgau, qui touchait au Wurtemberg et au grand-duché de Bade, il revient à Paris. Le , il conclut avec , ambassadeur de Russie, un traité de paix que l'influence anglaise fait rejeter par la cour de Russie. Le , l'Empereur le charge de s'occuper, avec , des préliminaires d'un traité de paix entre la France et le gouvernement britannique. Mais la mort de Fox (), en changeant la face des affaires, fait échouer ces négociations.
Le suivant, commence la campagne de Prusse, achevée par la victoire d'Iéna. Clarke prend part à cette bataille, où il fait capituler les grenadiers saxons de Hundt, qui lui remettent leur drapeau et une batterie de plusieurs pièces de canon attelées et approvisionnées. Il est chargé des fonctions de gouverneur d'Erfurt, encombrée de nombreux prisonniers prussiens. Dès , il est nommé gouverneur de Berlin. Il réussit à obtenir l'estime des habitants par sa fermeté, sa modération, et surtout par sa probité. On lit dans le Recueil des pièces officielles fait par un conseiller prussien, que le général Vandamme ayant voulu enlever les meubles du palais de Potsdam où il a été logé, le général Clarke l'oblige de les restituer. En 1807, il est chargé de l'échange des ratifications du traité de paix conclu entre la France et le royaume de Saxe ; à cette occasion, il obtient la grand-croix de l'Ordre militaire de Saint-Henri.
Ministère de la Guerre (1807-1814) Le , il est nommé ministre de la Guerre en remplacement du maréchal Berthier.
Le , il écrit à Napoléon :
L'affaire de Walcheren (1809) L'énergie de Clarke est attestée au mois d', lorsque Lord Chatam débarque dans l'île de Walcheren avec . En moins de cinq semaines, il forme une armée de plus de , qu'il porte sur les bords de l'Escaut.
thumb|right|250px|Le château de Hunebourg : vendu à la Révolution, les ruines du château sont achetées plus tard par le général Clarke en 1809, qui transforme le domaine en parc.
Ce rapide déploiement de forces, qui rend infructueuse la tentative de lord Chatam, vaut à Clarke, précédemment nommé comte d'Hunebourg, avec une dotation de francs sur les domaines de Rheten et Ahlden (Aller), le titre de duc de Feltre () et le grand aigle de la Légion d'honneur (. Il est membre depuis 1803, commandant depuis 1804, grand officier depuis 1806).
Clarke continue d'administrer, pendant les campagnes d'Espagne et de Russie, avec une
Attitude du duc de Feltre envers Carnot On peut rappeler l'attitude honorable du duc de Feltre envers Carnot qui depuis la suppression du Tribunat en 1807, n'a plus que son traitement de membre de l'Institut. À l'époque des préparatifs de la campagne de Russie (1812), au cours d'une séance de travail avec l'Empereur, le ministre le sollicite en faveur de Carnot : À la suite de cette entrevue, un décret accorde au général Carnot une pension de , avec rappel depuis le jour de la suppression du Tribunat.
Suspecté de trahison par ses contemporains thumb|right|220px|H.J.G. Clarcke, duc de Feltre, par Henri Horace Roland Delaporte, Musée national du Château de Malmaison, Rueil-Malmaison.
Cependant cet homme, , à l'époque où la conjuration des généraux Malet et Lahorie éclata à Paris dans la journée du . Il ne retrouva son énergie que lorsque les conjurés eurent été arrêtés par un concours de circonstances indépendantes de sa volonté.
Le ministre fut néanmoins maintenu à son poste. La formation des gardes d'honneur (en 1813) souleva, contre l'Empereur, les anciens nobles, toutes les personnes riches qui avaient dépensé des sommes considérables pour le remplacement de leurs fils. dit veuve du général Durand, dans ses Mémoires, On a dit qu'il était entré en relation avec un agent des Bourbons, le marquis de Chabannes, et qu'il laissa, à l'approche des alliés, Paris sans défense. On peut lui reprocher aussi de n'avoir pas déployé, pour la défense du territoire, ce luxe de moyens qu'il avait tant de fois présentés à l'invasion. Ce fut lui qui présenta à Marie-Louise, le , les drapeaux enlevés à l'ennemi aux combats de Champ-Aubert et de Montmirail.
Fuite à Blois La veuve Durand, déjà citée, formule une seconde accusation qui donne de la gravité à la précédente :
Après l'échec final de Napoléon, le duc de Feltre fut un de ceux qui engagèrent le plus vivement l'Impératrice à quitter Paris. Il suivit cette princesse à Blois. nous apprend, que
Première Restauration
Le , il envoya son adhésion en ces termes au gouvernement provisoire : Ce qui contribua certainement à propager les bruits de trahison qui coururent à l'époque des deux Restaurations, ce furent son empressement à adhérer à la déchéance de l'Empereur, son élévation à la pairie dès le , et la promptitude qu'il mit à répondre, dans le Moniteur de Gand du , au reproche de la Gazette d'Augsbourg, reproduit dans le Journal de l'Empire du , relativement au général comte d'Erlon : il se justifia, par le défaut de juges et par la fuite de cet officier général, de ne pas l'avoir fait passer devant un conseil de guerre au mois de mars.
Louis XVIII, le nomma pair de France le , et chevalier de Saint-Louis le suivant. Devenu l'un des sujets les plus dévoués du nouveau gouvernement, il ne montra pas moins de zèle à défendre les intérêts de la monarchie qu'il n'en avait déployé dans sa double carrière de républicain et de serviteur de l'Empire. Ce fut lui qui, à l'occasion du projet de censure tenté pour la première fois par l'abbé duc de Montesquiou, osa faire entendre à la tribune cette maxime d'un pouvoir suranné :
Cent-Jours