La fraternité-terreur, en philosophie politique, est une phase d'une révolution, où la violence de l'État révolutionnaire s'abat sur ceux qui ne respectent pas les principes de fraternité qu'il exalte. Il s'agit d'un concept de Jean-Paul Sartre, repris par Mona Ozouf.

Concept Dans la Critique de la raison dialectique, le philosophe Jean-Paul Sartre étudie les mécanismes sociaux à l’œuvre durant des phases révolutionnaires. Il remarque que la fraternité est particulièrement exaltée durant ces moments où les régimes basculent. Ainsi, le Club des cordeliers et Robespierrisme en avaient fait une vertu cardinale et avaient proposé de l'inscrire sur le drapeau français. Cette phase d'exaltation suit la phase du , qui est celle où l'acte révolutionnaire, comme la prise de la Bastille, s'accomplit et est reconnu comme le moment fondateur.

Sartre souligne le lien qui relie la fraternité avec des épisodes de terreur politique, tels que la Terreur. Selon lui, le climat politique des révolutions oblige un respect strict de la fraternité, ou de ce qui est perçu comme telle, et punit sévèrement tout manquement ; le régime glisse vers l'autoritarisme. Dans L'Idiot de la famille (volume 2), Sartre écrit que .

Ainsi, chaque militant pris dans l'engrenage de la fraternité peut subir à tout moment une peine lourde, pouvant aller jusqu'à la mort, s'il vient à flancher dans son engagement. Il s'agit donc là de la réalisation de la dialectique fondamentale du groupe révolutionnaire, qui va passer d'une . La fraternité-terreur est une phase majeure du devenir de l'élite révolutionnaire. Sartre considère son concept comme un modèle généralisable pour tout groupe humain accédant à l'Histoire.

Par conséquent, la fraternité et son exigence sont un préalable à la terreur politique. Robespierre avait par exemple développé, à partir de , une conception fermée de la fraternité, basée sur une récrimination constante de l'ennemi intérieur et du . Il avait déclaré que . La fraternité civile ne serait qu'une . Les auteurs sont alors particulièrement exposés.

Sartre considère que la fraternité-terreur n'est pas une étape obligée. Loin d'être fatale, , qui permettrait d'écarter tout trouble terroriste. Dans tous les cas, la phase de fraternité-terreur s'achève sur une institutionnalisation d'une élite.

Postérité Mona Ozouf a mobilisé le concept sartrien pour mettre en lumière l'ambiguïté des relations fraternelles, du niveau micro au niveau politique, qui sont particulièrement instables, et dont l'exigence est un signe de la fragilité.

Bernard-Henri Lévy soutient que Sartre a approuvé le passage par la fraternité-terreur durant sa phase maoïste. Sartre aurait alors été attiré par la philosophie politique hégélienne.

Notes et références

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