Oscar Thomaes est un industriel et un homme politique catholique renaisien, né à Gand le , et mort à Renaix le . Il fut échevin de la ville de Renaix et bourgmestre durant la Grande Guerre. Patron imprégné de la doctrine sociale de l’Église catholique, il fut l’un des plus importants industriels du textile de la ville de Renaix. Il fut aussi le fondateur du Syndicat des Apprêteurs, l’une des premières organisations patronales du textile en Belgique.
Biographie L'industriel Oscar Charles Camille ThomaesGinette Kurgan (Dir.), Dictionnaire des patrons en Belgique, Éditions De Boeck-Université, Bruxelles, 1996, 729 pages, p. 579, v° Thomaes Oscar, pages 579 et 580. est né à Gand le , et est mort à Renaix le . Ses parents, Camille Thomaes (Wannegem-Lede 1838 ; Renaix 1879) et Marie Thérèse Gevaert (Eine 1835 ; Renaix 1888) s’étaient d’abord établis à Gand où ils produisaient essentiellement des toiles de coton légères dénommées cotonettesWegwijzer der stad Gent 1870 : « Thomaes-Gevaert C., katoenettefab., Drongenhof 3, fabriek Tichelrei 2 », ainsi que Wegwijzer der stad Gent 1873 : « Thomaes-Gevaert C., katoenettefab., Statiestraat 38 »., assez semblables aux siamoises. Ils se fixèrent ensuite à Renaix où ils achetèrent en 1873 l’ancien couvent des Sœurs noires dans lequel les frères Jean Gustave Magherman, médecin, et , avocat et membre de la Chambre des Représentants, avaient créé en 1856 un tissage et une retorderie. Camille Thomaes y installa une entreprise de foulage et d’apprêts. L’entreprise fut continuée par sa veuve Marie Gevaert qui y avait adjoint une teinturerieDocteur Oscar Delghust, Le Béguinage et le Couvent des Sœurs Noires, Renaix, 1943, pages 39 et 40..
Le décès prématuré du père d’Oscar en 1879 puis le décès de sa mère en 1888 l’obligèrent à interrompre très tôt ses études au collège de Renaix et à assumer la direction de l’entreprise Vve C. Thomaes, Apprêteur, Renaix, redénommée Veuve Thomaes-Gevaert Camille et Enfants. En 1911, Oscar Thomaes, l’ainé de sa fratrie, racheta toutes les parts de l’entreprise à ses frères et sœur et, après son mariage avec Euphrasie Wienar (Renaix 1871 ; Renaix 1966)La famille scabinale renaisienne Waignart, dont le nom fut altéré en Wienar lors de l’établissement de l’état civil moderne vers 1795, descendait d’Anthoine Waignart, carrossier et charron à Renaix, d’origine artésienne, qui vint s’établir à Renaix à la fin du XVIe siècle. le à Renaix, il poursuivit l’entreprise sous la raison sociale Oscar Thomaes-Wienar qu’il agrandit considérablement, mais non sans mal, puisque ses installations industrielles furent la proie des flammesJournal Le Peuple, du mercredi 28 juin 1893. Une usine en feu. Dimanche, vers quatre heures de l’après-dîner, un incendie a éclaté dans l’établissement de MM. Thomaes frères et sœurs, à Renaix. En un instant, les bâtiments prirent feu. Par suite de l’extrême sécheresse et de la combustibilité des matières, tout flamba à la fois. Le spectacle que présentait cet immense brasier était épouvantable, et l’émoi s’accrut davantage lorsqu’on vit le danger que couraient les maisons du voisinage, notamment la Banque Magherman frères. On organisa promptement les secours, sous la direction du commandant Dopchie, et on parvint, malgré la pénurie d’eau et le mauvais état du matériel de sauvetage, à circonscrire le feu. Les pertes, couvertes par l’assurance, sont énormes. Cent ouvriers environ se trouvent sans travail par suite de ce sinistre, ou encore Het Laatste Nieuws, du 15 juillet 1895, page 4, mentionnant un autre incendie heureusement vite circonscrit par les membres du personnel de l'usine., ou endommagées par des événements météorologiquesJournal Le Patriote du mercredi 14 novembre 1894. A Renaix. L’ouragan a causé à Renaix et dans les environs des dégâts considérables. Au vieux-rempart, un bâtiment solidement construit a été renversé et détruit de fond en comble ; une partie du faîte de l’église de Saint-Hermès a été emportée ; la cheminée de l’usine Thomaes, malgré sa forte inclinaison, a résisté mais le vent a tordu comme paille son lourd couronnement en fer, haut de plusieurs mètres, et l’a couché sur la bâtisse.. Il dut aussi faire face aux mouvements sociaux et aux grèves mais Oscar Thomaes semblait cependant les gérer de la manière la plus efficaceVoyez par exemple en 1900, le journal Het Nieuws van den Dag du 16 mai 1900 : De werkstakingen in België. Te Ronsse. Maandag morgend hebben de werklieden den arbeid hernomen in de volgende fabrieken : Thomaes broeders en zusters, Zonstraat ; Verlinden, Kruisstraat ; Cossyns gebroeders, Jan van Nassaustraat. De weverijen liggen nog allen stil. Maandag morgend begaven zich een groep werkstakers naar de fabriek Thomaes om de werklieden te beletten den arbeid te hernemen ; na met de bazen gesproken te hebben, zijn zij vertrokken. (…) (traduction) Les grèves en Belgique. A Renaix. Lundi matin, les ouvriers ont repris le travail dans les usines suivantes : Thomaes frères et sœurs, rue du Soleil ; Verlinden, rue de la Croix ; Cossyns frères, rue Jean de Nassau. Les usines de tissage sont encore toutes à l'arrêt. Lundi matin, un groupe de grévistes s'est rendu à l'usine Thomaes pour empêcher les ouvriers de reprendre le travail ; après avoir parlé aux patrons, ils sont partis. (...) : ou encore le même journal du 17 mai 1900 : (…) Het zelfde gebeurde bij MM. Thomaes, broeders en zusters, verwers en gereedmakers, Martelarenplaats. De 60 verwers die deze fabriek verlaten hadden, zijn terug gekomen ; de 30 gereedmakers zijn nog in staking. (traduction) Il en est de même chez MM. Thomaes, frères et sœurs, teinturiers et apprêteurs, place des Martyrs. Les 60 teinturiers qui avaient quitté l'usine sont revenus ; les 30 apprêteurs sont toujours en grève..
Il participa dès lors au - ainsi dénommé - miracle de Renaix, une ville avec une situation géographique défavorable, dépourvue de voies de communications en suffisance, sans ressources naturelles à exploiter qui, à partir du dernier quart du XIXe siècle et par la seule volonté de ses habitants, devint l’un des centres textiles le plus importants du paysMarleen Heyse et Guy Gadeyne, Textiel te Ronse 1800-1940. Een menselijk mirakel, Renaix, 1984, 102 pages.. Pour la firme Oscar Thomaes, l'exportation de ses produits finis, vers la France notamment, fut très rapidement un marché importantVoyez le journal Le Vingtième Siècle du 17 mai 1913, pages 1 et 2 : A l’exposition de Gand. La visite du Roi au pavillon colonial et à l’Exposition textile. Le Roi à la section des Industries textiles et du Vêtement. Une autre vieille firme de Renaix O. Thomaes, industriel et échevin de la ville, est également venue participer à l’exposition de la teinturerie. Fondée en 1870, voilà donc plus de quarante ans que la maison fonctionne tant pour le pays que pour l’exportation. Elle est avantageusement connue du reste depuis plus de trente ans sur la place de Paris pour le fini de son travail et l’excellence de ses produits. Elle occupe plus de 150 ouvriers et outre le travail de blanchiment, la teinture des tissus, laines, coton, soies diverses, lin et jute, en général tous les textiles, elle s’est fait une spécialité de la teinture nuance kaki extra solide. Le souverain s’est intéressé à la participation de la firme Thomaes..
Il est vrai aussi que pour la réalisation de ce miracle, les entreprises renaisiennes, et particulièrement l'entreprise Thomaes, furent à la pointe du progrès technique. Ainsi par exemple, en 1889 dans le catalogueCatalogue de 1889 intitulé Construction Générale de Machines & Appareils pour le traitement et l'apprêt des tissus, Industrie de la laine et de ses dérivés, Fernand Dehaitre, constructeur mécanicien, 6 rue d'Oran, Paris, tome II page 108 et page 119. du constructeur-mécanicien parisien Fernand Dehaitre, parmi les très rares acquéreurs belges de la machine à apprêter les tissus, l'on trouve la Veuve Thomaes, à Renaix (Belgique), qui avait également acquis, parmi les tout premiers clients de cet hardi inventeur et constructeur français, une presse à chaud continue à pression hydraulique. Oscar Thomaes fut aussi très attentif à tout ce qui était progrès technique. Ainsi, en 1919, impressionné par les camions de la Liberté de l'armée américaine, ces camions produits par divers constructeurs américains mais dont la plupart des pièces avaient été standardisées pour l'armée américaine, il s'empressa d'écrire à la société Garford, de Lima, en Ohio, pour en connaître les conditions d'achatThe Motor Truck, The National Authority of Power Haulage, Volume 10, 1919, page 88 : The Garford Motor Truck Co., Lima, O., has received this letter from Oscar Thomas (sic), alderman of public works at Ronse, Belgium : "When the armies which came to the rescue of our country passed I noticed some automobile trucks built by your factory. As I am interested in the purchase of such a truck, kindly send me your catalogue and terms".. Ces camions Garford étaient réputés pour être les plus économiques à l'emploiLow Cost Ton - Mile était le slogan de la firme Garford.. C'est sur ce camion Garford marqué au nom de la firme Oscar Thomaes que son fils, Oscar le jeune posera fièrement pour une photoMarleen Heyse et Guy Gadeyne, Textiel te Ronse 1800-1940. Een menselijk mirakel, Renaix, 1984, page 69..
Avant la Première Guerre mondiale, son entreprise de teinturerie et d’apprêts occupait déjà 141 hommes, une femme et dix enfants de 14 à 16 ans. Au sortir de la Grande Guerre, l’entreprise n’occupait plus que 15 hommes, avant de se redévelopper à nouveau Marie-Thérèse Vanbutsele, L’industrie textile à Renaix de 1900 à 1940, L’activité des entreprises renaisiennes en 1916, Annales de Renaix (CHARTI) 1976, pages 5 à 162, et spécialement pages 38 et 39. . Il en présida le conseil d’administration jusqu’à sa mort en 1937.