Créée en , la Coordination des Femmes noires lutte et s'engage, jusqu'en , contre les oppressions liées au genre, à la race, à la classe et à l'immigration. Ce groupe ne se définit par une appartenance nationale ou culturelle, mais par une expérience et un vécu particulier propres aux femmes noires. Il défend les droits des immigrées en France, tout en dénonçant les conditions de vie des femmes en Afrique, ainsi que les violences qu’elles subissent.

Histoire du mouvement Contexte En France, de à , des femmes noires tentent de publier leurs réflexions dans des journaux et des revues, mais voient ces publications, aux propos souvent modérés, frappées par la censure des gouvernements. Elles se sentent .

Entre et de nombreuses femmes africaines, maghrébines, latino-américaines et caribéennes s'organisent en mouvements militants, en fondant des groupes et associations politiques, au sein desquels elles élaborent des actions collectives. Étrangères, immigrées, exilées, établies provisoirement ou définitivement en France, ou encore , elles se mobilisent dans le cadre d'initiatives publiques contre la répression, l’apartheid, les expulsions et le racisme en France, aux côtés d'autres féministes et de groupements de gauche ou d’extrême gauche. Ces femmes immigrées se regroupent dans des collectifs autonomes, comme le Groupe Femmes Algériennes, le Groupe Femmes Marocaines, le Cercle des Femmes BrésiliennesVoir Afroféminisme. Mobilisées dans une perspective intersectionnelle, à la fois féministe et antiraciste, ces femmes traitent des problématiques liées à l'immigration, aux luttes anticoloniales, ainsi qu'à celles des pays d'origine, contre des gouvernements autoritaires et dictatoriaux. Ces organisations portent des revendications spécifiques et proposent des solutions en matière d'autonomie organisationnelle et politique.

Création de la Coordination des Femmes noires vignette|Awa Thiam En , la Coordination des Femmes noires est fondée par, notamment, l'écrivaine Awa Thiam, Susy Landeau, Maria Kalalobé, Époupa Missipo, Béatrice et Françoise Elom, avec pour objectif de constituer une lutte intersectionnelle mêlant plusieurs catégories d’oppression, telles que le genre, la race, la classe et l'immigration. Premier groupe constitué autour d'une identité , composé de femmes antillaises, africaines et afro-américaines, étudiantes, exilées, jeunes intellectuelles., travailleuses et chômeuses, ce collectif ne se définit pas par une appartenance nationale ou culturelle, mais par une expérience et un vécu particulier propres aux femmes noires. Portée par des femmes qui partagent une identité forgée par le regard des autres (racisation, sexisation) et associent le fait d'être noire au fait de subir à la fois une domination et à une discrimination, la Coordination des Femmes noires a pour but de sortir de l’isolement les opprimées. Elles se saisissent des enjeux liés au . Ses membres s'engagent également contre les représentations exotisantes et misérabilistes des femmes noires.

Alors étudiante à la Sorbonne, la Sénégalaise Awa Thiam, présidente du collectif, publie en son ouvrage intitulé La parole aux négresses, préfacé par Benoîte Groult. Elle désire diffuser les luttes portées par la Coordination des Femmes noires afin de pointer les difficultés spécifiques rencontrées auprès du lectorat. À travers des récits de vie basés sur une série d'entretiens avec des femmes noires., son livre propose . Il aborde des thématiques telles que l’excision, l’infibulation, la stérilisation forcée, la polygamie ou le blanchiment de la peau, tout en pointant .

À la fin de l'année ., l'autrice et metteure en scène Gerty Dambury, rejoint la Coordination des Femmes noires., alors qu'Awa Thiam vient de quitter le groupe. Gerty Dambury explique que le choix de l’appellation est lié à la volonté d'utiliser le terme . Elle reste membre du groupe durant trois ans, jusqu'en .

Françoise Vergès s'implique également au sein du collectif, tout en se distanciant de ses principales préoccupations, trouvant qu'elle ne peut militer .. Elle explique que son et mentionne les jalousies, l'envie, et les luttes pour le pouvoir, en précisant qu'elle également.

Scission et création du Mouvement des Femmes Noires Entre et , une scission se produit au sein de la Coordination des femmes noires. Une partie des militantes, regroupées autour d'Awa Thiam, crée le Mouvement des femmes noires, exprimant ainsi leur désaccord envers la Coordination des femmes noires, qu'elles trouvent trop impliquées dans la lutte des classes et l’activisme, au détriment du sexisme et de la théorie. Pour Gerty Dambury, la Coordination des Femmes Noires .

Le , lors d’une émission de télévision sur FR3, deux représentantes du Mouvement des femmes noires – une Africaine et une Antillaise – échangent au sujet de leurs expériences respectives, sur les thématiques de la sexualité, de la polygamie, en Afrique, et du concubinage quasiment institutionnalisé aux Antilles.

Les deux groupes se dissolvent au début des années (en pour la Coordination des femmes noires, notamment parce qu'une partie de leurs membres rentrent dans leurs pays d'origine.

Création du Modefen Entre et , la Coordination des femmes noires forment le mouvement Modefen, grâce à la possibilité donnée aux étrangers de créer des associations loi de 1901, instituée avec l'arrivée des socialistes au gouvernement. Cette association, dirigé par la féministe camerounaise Lydie Dooh Bunya et financée par le Fonds d’action sociale (FAS), a pour objectif la lutte contre le racisme et le sexisme et reste en activité jusqu'en . Engagées contre la polygamie et les mutilations sexuelles, les militantes du Modefen suivent la ligne politique de la Coordination des Femmes Noires. Elles militent pour des revendications spécifiques aux femmes noires, liées à l’instruction, au droit au logement, à la dignité, au corps, au choix du mode de vie et aux violences faites aux femmes, ainsi que pour leur émancipation.

Actions militantes Dès les années , les militantes du collectif produisent des textes, sous forme de brochures ou d’essais. Elles proposent également de conférences de presse, des messages de solidarité internationale et participent à des manifestations syndicales et politiques. Elles abordent les thématiques du corps et de la sexualité, du désir, de l’homosexualité, de l’avortement, de la contraception et de la stérilisation forcée, du viol et des violences faites aux femmes, du racisme. Elles traitent aussi des systèmes d’oppression et d’apartheid, de l’immigration, de la répression politique en Afrique et des luttes anticoloniales. Elles lient parfois leurs actions à celles d’autres mouvements contestataires français et à des organisations africaines, antillaises et réunionnaises. Une partie des membres du collectif milite dans les organisations d’extrême gauche, telles que Révolution ! ou la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), ainsi que dans les cercles Élisabeth Dmitriev ou Flora Tristan, et écrivent dans le bimensuel Les Cahiers du féminisme.

Le , la Coordination des Femmes Noires organise la première . Le collectif gagne en visibilité grâce aux articles publiés sur le sujet, dans les journaux Libération et Le Monde. Le tract qui appelle à participer à la manifestation retrace la généalogie du mouvement. Lors de cet évènement, des résistances s'opposent au collectif qui fait l'objet de violentes critiques exprimées par des mouvements de gauche, tant français qu'africains, considèrant leur positionnement comme trop féministe.

Autonomisation vignette|Gerty Dambury En réponse aux critiques masculines, les membres du groupe détaillent, en , leur ligne de stratégie politique en affirmant que . Bien que solidaires avec leurs , la Coordination des Femmes Noires se distancie des groupes masculins. Elle noue, en fonction des contextes de luttes, des alliances avec les féministes du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) tout en leur reprochant souvent une certaine attitude que Gerty Dambury nomme . Dans le même temps, Awa Thiam dénonce les inégalités des rapports, dans tous les domaines, entre femmes noires et femmes blanches. Selon elle, . Brochure En , le collectif publie une brochure de trente-huit pages destinée à . afin de dénoncer l’angle mort dans lequel sont tenues les femmes non-blanches. Le document interroge, notamment, les questions de la contraception, de l'avortement, de l'emploi et des migrations forcées imposées en Guadeloupe, en Martinique, à La Réunion et en Guyane, par le biais du Bumidom. Dans cette publication, à travers une lecture politique des faits historiques, elles affirment : . Le , à Paris, les manifestantes de la Coordination des femmes noires reprennent ces termes en guise de slogan sur une banderole.

Extraits de la brochure L'introduction de l'opuscule débute en ces termes : Dans les pages suivantes, le témoignage d’une jeune Antillaise arrivée en France est également proposé pour détailler l'avilissement dans un contexte où le travail est la seule voie de survie :

.

Excision Dès sa création, la Coordination des femmes noires pose le problème des questions liées aux mutilations sexuelles, restées ignorées jusqu'à la fin des années , ou tolérées au nom du « respect des coutumes ».. Awa Thiam refuse que des traditions oppressives, telles que les mutilations sexuelles et la polygamie, soient soutenues au nom de la spécificité culturelle. Elle . Parallèlement, elle fonde en la Commission pour l’abolition des mutilations sexuelles (CAMS), aux côtés de Simone de Beauvoir, Benoîte Groult, et Gisèle Halimi, qui luttent également contre la polygamie, la stérilisation forcée et l’analphabétisme.

Groupements alliés Au début des années , des associations de femmes africaines se constituent, comme le Centre d’études et de rencontres des femmes africaines (CERFA), un collectif issu de la Fédération des Travailleurs d’Afrique Noire Immigrés (FETRANI), .

Prolongements En , lors d'un entretien accordé à Michèle Larrouy et Carole Vidal, Gerty Dambury évoque les mouvements qui traitent des questions relatives aux personnes racisées et des inégalités présentes dans la société, qui ne sont pas apaisées. En parlant de la France, elle affirme que . Selon elle, les mouvements spécifiques des femmes noires doivent continuer à prendre en considération l'ensemble des nuances historiques, telles que la construction de la famille à partir de l'esclavage, car l'histoire du racisme et l'histoire de la colonisation ne sont pas indépendantes, le racisme est une question économique et non pas morale.

Pour sa part, Rokhaya Diallo, journaliste cofondatrice de l'association Les Indivisibles, déplore que l'histoire des militantes de la Coordination des femmes noires et des groupes qui en sont issus, soit typiquement .. Pour les nouvelles générations, la reconnaissance de ces mouvements et de leurs luttes permet la création d’archives en vue de documenter la place des femmes noires dans les luttes sociales et fait office de transmission aux générations actuelles et futures d’afro-féministes.

Depuis , le Collectif Mwasi propose un fonctionnement militant afroféministe en non-mixité.

Références

Voir aussi Bibliographie , . . . . . .

Article connexe

Kiffe ta race, proposé par Rokhaya Diallo et Grace Ly, podcast

Liens externes . , et actions Afrofem , proposé par Laura Nsafou. , proposé par Kiémis , proposé par K. Lomani sur Tumblr

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