thumb|Le combat naval, l'ultime rôle du man'o'war : le à la bataille de Trafalgar, entouré de deux man'o'war français.
Dans le jargon de la Royal Navy, un est un navire de guerre apparu au dans les marines de guerre française et anglaise, et qui a constitué la colonne vertébrale de toutes les flottes de guerre jusqu'au . Le mot, d'origine anglaise, est la contraction de « » (littéralement « homme de guerre »), et correspond à un vaisseau de ligne dans la Royal Navy ou à un « vaisseau de haut-bord » dans la Marine française. Par opposition, (littéralement « homme de commerce »).
Forme et fonction Ce sont des vaisseaux à trois mâts qui, en France et d'après les règlements en vigueur, comportent de 64 à 140 bouches à feu, au , ou de 120 à 180 bouches à feu, au , réparties sur deux à trois ponts. Ils sont classés en plusieurs rangs qui varient en fonction des époques et des progrès techniques en matière nautique et d'armement.
En ce qui concerne leur construction et leur armement, on s'attache principalement à leur donner une belle marche et des qualités nautiques, à ce qu'ils aient de fortes murailles, une batterie basse suffisamment élevée au-dessus de la surface de l'eau et une solidité assez grande pour résister au poids ainsi qu'au jeu de leur artillerie. Ils sont des sortes de citadelles flottantes susceptible de lutter avec avantage contre le mauvais temps, de se mesurer contre les vaisseaux ennemis ou contre des forts, de combattre en ligne de bataille, de tenir de longues croisières et de servir dans tous les cas d'attaque ou de défense que la guerre maritime peut présenter..
Le navire de guerre, et particulièrement le vaisseau de ligne, est donc avant tout une « plateforme » propulsée par le vent, porteuse d'un « système d'armes » formé d'un nombre variable de batteries. La liaison entre l'artillerie, la coque et le gréement doit être garante des qualités nautiques du navire et de son aptitude à combattre en association avec ses homologues.
Coût À la fin de l'Ancien Régime, le coût de fabrication d'un vaisseau de premier rang se répartit comme suit : 1,264 million de livres tournois pour la construction propre, livres pour les salaires, livres pour les vivres, soit au total 1,56 million de livres tournois, sachant que la coque représente 48,5 % du prix de la construction et l'artillerie 18,5 %. En 1863, on évalue le prix du même vaisseau à voile, armé, équipé, approvisionné pour une campagne de six mois, à la somme d'environ 3 millions de francs de l'époque.
Description Coque
La coque du navire de ligne est en bois de chêne, pour sa solidité. Elle comprend un certain nombre de ponts dont le nombre varie avec le type de navire : un vaisseau de ligne peut en comporter jusqu'à trois. Il faut environ chênes âgés de 80 à 100 ans pour construire un 74 canons. À titre indicatif, les chantiers navals français ont construit 750 vaisseaux et frégates entre 1661 et 1792, ce qui donne le chiffre impressionnant de arbres abattus. Un 74 canons mesure en moyenne de long par 15 de large et 7 de profondeur pour un équipage de 760 hommes environ, entassés dans l'exiguïté étouffante, nauséabonde et souvent malsaine du petit volume fourni par les cales et les soutes, avec les canons avec tous leurs accessoires, les voiles, espars, câbles et ustensiles de rechange, des vivres pour 3 mois de campagne au moins comprenant du bétail sur pied (bœufs, moutons, volailles).
Le premier pont reçoit la batterie basse faite des canons du plus fort calibre embarqué. Dans le cas du « 74 » il s'agit de 28 pièces de 36 livres également réparties sur les deux bords. Ces canons sont donc placés au plus bas sur le navire pour des raisons évidentes de stabilité, tout en respectant une certaine « hauteur de batterie » suffisamment élevée pour permettre au navire, une fois les sabords ouverts, de faire feu même par gros temps. Dans le cas contraire, le navire ne peut compter que sur sa seconde batterie, à la puissance de feu beaucoup moins importante, ce qui le met à la merci d'un adversaire théoriquement plus faible que lui. Le deuxième pont reçoit la deuxième batterie composée, toujours dans le cas du 74 canons, de 30 pièces de 18 livres. Il abrite également, mais sous le gaillard arrière, divers logements et, à la hauteur du mât de misaine, les fours et les cuisines. Le pont supérieur est à l'air libre. Il peut supporter ou non une troisième batterie complète, composée de 16 canons de 8 livres, encore dans le cadre du 74 canons. Quoi qu'il en soit, il est occupé dans sa partie centrale par les embarcations annexes du navire. Le gaillard arrière comprend les logements des officiers et la chambre du conseil, correspondant à la grande galerie de poupe.
Artillerie thumb|left|Le pont inférieur avec la batterie basse du Victory, en rade de Portsmouth.
La hauteur de batterie, c'est-à-dire l'espace compris entre le plancher et le plafond de chaque pont, est fixée à dans le cas du 74 canons et descend à dans le cas du 118 canons. D'un pont à l'autre, les sabords sont d'une part placés en quinconce pour éviter que la fumée du tir de la batterie inférieure ne gêne le tir de la batterie supérieure et, d'autre part, espacés suffisamment au sein de chaque batterie pour permettre le service des pièces sans que les servants des différentes pièces qui la composent ne se gênent les uns les autres. À cet effet le règlement de 1673 pour la construction des vaisseaux de guerre donne des directives très précises : chaque sabord doit être espacé de 6,5 pieds. Pour donner un ordre d'idée, chaque pièce de 36 pèse 4,35 tonnes, mesure de long et exige en théorie 14 hommes pour son service. Donc, dans l'espace restreint d'une batterie basse d'un 74 canons (voir plus haut) ce sont pas moins de 392 hommes qui s'activent au service des 28 pièces qui y sont cantonnées, soit plus de la moitié de l'équipage. Les pièces de 24 livres de la deuxième batterie pèsent pour et 11 hommes d'équipage. Les pièces de 8 livres, quant à elle, ne font plus que pour de long et 7 hommes d'équipage.
Au total et pour conserver ces bases de calcul, l'artillerie d'un vaisseau de 74 canons pèse à elle seule , sans inclure les munitions, soit 50 à 60 boulets ronds par pièce ( en tout, pesant plus de ), sans compter les boulets ramés, les paquets de mitraille, la poudre et les équipements de service (palans, pinces, refouloirs, anspects, etc.). Les mêmes calculs pour un 118 canons sont de 32 pièces de 36, 34 pièces de 24, 34 de 12 et 18 de 8 plus 4 caronades. Le poids de la bordée (tir simultané de toutes les pièces d'un même bord) atteint (soit ) de fonte en un seul tir sur un 74 canons, il s'envole à () dans le cas du 118 canons.
Une visite panoramique du pont de batterie inférieur du est disponible sur le site de la BBC.
Gréement vignette|Man'o'war hollandais et autres bateaux par mer calme, par Willem Van de Velde le Jeune. La mâture est en résineux (pour sa résistance à l'effort de torsion) et les cordages sont en chanvre. Le grand mât culmine à près de et sa section inférieure est de pour un 74 canons, il est donc nécessaire d'associer plusieurs arbres dans sa confection en un assemblage de 4 à 9 pièces longitudinales de bois selon qu'il s'agit du mât de beaupré, du mât de misaine, du grand mât ou du mât d'artimon. Le tout est cerclé de fer pour assurer sa cohésion.
La voilure principale, placée sur trois étages et perpendiculairement par rapport à l'axe de la quille, est dite « carrée » bien qu'étant de forme trapézoïdale. Elle est également définie comme étant portante. Le second type de voilure, placé dans l'axe de la quille, est de forme triangulaire, trapézoïdale ou en quadrilatère irrégulier. Comme dans le cas des voilures portantes, leur multiplication répond à la nécessité d'améliorer sans cesse les qualités manœuvrières des vaisseaux.
Hommes du bord +Répartition des officiers et hommes d'équipage d'un vaisseau de 74 canons vers 1780 : comparaison entre les marines de France et de Grande-Bretagne. Fonction Nombre d'hommes France G-BCapitaine commandant11Capitaine en second1 -Lieutenant44Enseigne4 -Total des officiers de vaisseau 10 5Officiers de l'infanterie embarquée 2 3Écrivain ou purser11Aumônier ou chapelain11Chirurgien major11Total des autres officiers majors 3 3Garde marine, volontaireou midshipman 16 16Maître pilote ou master11Second pilote ou master's mate23Aide pilote4 -Total des officiers-mariniersde pilotage 7 4Maître d'équipage ou boatswain21Second maître d'équipageou boatswain's mate22Contremaître3 -Quartier-maître1510Bosseman ou yeoman of the sheets24Patron de chaloupe ou de canot31Total des officiers-mariniersde manœuvre2718Maître canonnier31Second canonnier ou gunner's mate32Chef de pièce ou quarter gunner3718Responsable de la soute aux poudres -2Total des officiers-mariniersde canonnage4323Maître charpentier11Second charpentier ou carpenter's mate11Aide-charpentier48Maître calfat1 -Second calfat1 -Aide-calfat4 -Maître voilier11Second voilier ou sailmaker's mate11Aide voilier22Total des officiers-mariniersde réparation navale1614Maître armurier11Aide armurier11Maître d'armes -1Caporal d'armes -2Total des maîtres etaides chargés des armes 2 5Total des officiers-marinierset gens de métier 95 64Second chirurgien ou surgeon's mate23Aide-chirurgien2 -Apothicaire1 -Maître d'école -1Secrétaire du capitaine11Total des employés divers65Coq11Boucher1 -Boulanger1 -Commis aux vivres ou steward22Maître valet2 -Tonnelier1 -Total des préposés aux vivres 8 3Domestiques des officiers2010Matelots427449Mousses6543Total des matelots mousses 492 492Sous-officiers et soldats d'infanterie 118 96Total des hommes embarqués 770 697
Encadrement Capitaine commandant Un fait significatif est d'observer que, sur les 47 articles relatifs aux « Attributions et pouvoirs des capitaines de la flotte » de Louis XIV définis par l’ordonnance du , 17 concernent des questions de subordination et d'organisation du travail ou de la vie à bord, que 14 articles s'appliquent à la conservation du navire, à l'armement, au désarmement et aux consommations tandis que 9 autres touchent des questions de navigation ou de mouillage et seulement 7 intéressent le combat… Les deux tiers des fonctions du capitaine relèvent, d'après ce règlement, de la gestion du matériel et des ressources humaines. L’ordonnance du en reprend les termes quasiment mot pour mot, hormis quelques changements mineurs qui renforcent encore le rôle de gestionnaire du capitaine :
L'image idéale du capitaine d'un vaisseau du roi correspond plus à celle du bon père de famille, ménager et prudent du bien royal, qu'à celle du bouillant homme de guerre toujours prêt à en découdre avec l'ennemi. Il faut aussi qu'il se garde de tout individualisme en exécutant fidèlement tous les ordres ou signaux provenant du navire amiral, risquant la prison s'il s'écarte de la ligne de bataille durant le combat et perd le contact avec le navire commandant sa division (militaire). La plupart des capitaines de la flotte royale française du sont expérimentés et donc prudents : ils accèdent à la carrière d'officier de vaisseau vers 25 ans et doivent encore attendre 30 ans pour obtenir un commandement sur un bâtiment de ligne : l'incompétence caractérise de moins en moins fréquemment le comportement à la mer des capitaines. Si celui du temps de Louis XIV est surtout un chef de guerre se reposant sur ses subordonnés pour la conduite du navire, ceux qui servent sous Louis XV et plus encore sous Louis XVI ont la stature de véritables chefs de bord, maîtrisant l'usage des instruments et possédant à fond leur navire.