vignette|Iherir, un village des Kel Ajjer dans le Tassili n'Ajjer Les Ajjers ou Kel Ajjer (parfois Azgar, Azdjer) sont une confédération touareg dont le territoire est situé à cheval entre l'Algérie et la Libye, dans l'est du Sahara algérien et l'Ouest libyen. Leur capitale est traditionnellement Ghât et dans une moindre mesure Oubari et Djanet. Ils parlent le tamahaq, une variante de la langue des berbères.
Territoire Le territoire des Kel Ajjer couvre les départements d’Illizi et de Djanet, dans sa partie algérienne, et Oubari et Ghadamès, du côté libyen. Ce territoire fut pendant l’Antiquité le berceau de la civilisation des Garamantes.
Organisation vignette|Zones historiques de peuplement et de pâturage des Touaregs Kel Ajjer Jusqu'à la colonisation, tout l’Ajjer était sous l’autorité d’un seul amenokal (chef). Le dernier, In Gueddazen ag Kalala, de la chefferie des Ourâghen (ou Uraghen, Oreighen), parvient au pouvoir en 1886. Toutefois, avec l'apparition de la frontière entre la Libye et l'Algérie en 1916, la chefferie traditionnelle s'est scindée en deux branches pour s'adapter à cette réalité, même si elles se réfèrent au même ascendant, Mohamed ag Ti-n-Akerbas, fondateur de la chefferie Ouraghen au XVIIe siècle. Les Imanghassaten n'ont jamais accepté la domination des Ouraghen et ont quitté le centre de l’Ajjer, à savoir la région de Ghât, pour aller s’installer au Fezzan, provoquant une scission au sein de la chefferie.
Finalement, la chefferie des Touaregs Kel Ajjer a éclaté en quatre groupes :
le groupe d'Oubari ; le groupe de Ghât, constitué du clan des Ouraghen et de ses tributaires ; le groupe de Targa, constitué du clan des Imanghasaten et de ses tributaires, habitant la région du Fezzan ; le groupe algérien.
Ainsi la confédération des Touaregs Kel Ajjer compte notamment deux chefferies touarègues, en concurrence en Libye : les Imanghasaten et les Ouraghen.
Population Situation des chameliers Une étude réalisée en 2021 a examiné la situation des chameliers dans la commune de Bordj Omar Driss. Cette région est traditionnellement le territoire du groupe ethnique des Iforhas. Pour la wilaya (province) d'Illizi, le nombre total de chameliers est estimé à 321 pour environ 23 000 chamelins. Dans la région de Bordj Omar Driss, qui compte 47 chameliers et environ 3 000 chamelins, près des trois quarts étaient des naisseurs, les autres étaient des naisseurs-engraisseurs et un seul élevait des méharis (chameaux de course). La répartition par âge des chameliers était équilibrée, ce qui signifie qu'il y a une bonne relève. La principale source de revenus est la vente des chameaux pour leur viande. Une grande partie des éleveurs ont encore des revenus complémentaires, que ce soit en tant qu'employés communaux, commerçants ou éleveurs de petits ruminants (moutons et chèvres). Les trois quarts des personnes interrogées sont sédentaires, vivent dans un village et confient leurs troupeaux à des bergers. Les autres vivent en semi-nomadisme, se déplaçant avec leurs troupeaux vers différents pâturages, tandis que le reste de la famille vit dans un village. Cependant, le troupeau n'est surveillé que de septembre à mars (période d'accouplement), pendant les 5 mois restants, il est laissé sans surveillance.
Relation avec les autres tribus Les Kel Ajjer ont noué des alliances pour la sécurisation de voies caravanières, surtout avec les groupes qui leur sont voisins. Les groupes arabophones des Isinaouen, qui habitent au nord de Ghât et au sud de Djebel Nefoussa, étaient liés par une parenté à plaisanterie avec les Kel Ajjer, spécialement avec les Ourâghen, dont ils louaient les chameaux à l’époque de caravanes commerciales transsahariennes.
Les Touaregs Kel Ajjer sont traditionnellement en relation avec les Toubous et ont renouvelé, en 2003, le traité d’amitié qui les liait à eux. Pour renforcer leur émancipation des Ouraghen, les Imanghassaten nouèrent des alliances politiques avec des groupes arabophones rivaux de ces derniers, à comment par les tribus arabes de Zintan, qui habitent le Djebel Nefoussa.
Histoire
Colonisation des Kel Ajjer Le 19e siècle a été marqué par des querelles entre Touaregs et avec le peuple d'origine arabe des Châamba et par des rezzousLes rezzous étaient des raids menés par des pillards qui volaient des animaux ou des récoltes et contre-rezzousGabriel Gardel: Les Touareg Ajjer, Edition Baconnier, Alger, 1961, p. 108 . - En 1830, Alger fut occupée par les Français. Au cours des 14 années suivantes, ils ont progressé jusqu'aux premières grandes oasis à la lisière nord du Sahara. En 1858, le maréchal Randon, gouverneur général de la colonie d'Algérie, s'est fixé pour objectif de relier les territoires coloniaux d'Afrique du Nord à ceux du Soudan (aujourd'hui le Sahel) par des routes transsahariennes. Dans un premier temps, cela devait se faire de manière pacifique. La même année, Randon a envoyé Bou Derba, un interprète indigène de l'armée et musulman, en mission de reconnaissance jusqu'à Ghat. Il atteignit cet objectif grâce à la protection du cheikh Osman, le chef pro-français de l'ethnie Kel Ajjer des Iforhas. Il fut suivi par d'autres explorateurs, notamment Henri Duveyrier, qui séjourna en 1860/61 au pays des Kel Ajjer. Mais à partir de 1870, de tels voyages devinrent trop dangereux en raison des conflits qui éclataient entre les Touaregs et de la résistance à la colonisation françaiseGabriel Gardel: Les Touareg Ajjer, Edition Baconnier, Alger, 1961, p. 140, 144-156 .
De 1874 à 1878, les Kel Ajjer et les Kel Ahaggar se sont fait la guerre. Il y eut trois combats et les Kel Ahaggar sortirent vainqueurs du premier et du troisième. Mais les Kel Ajjer n'étaient pas encore prêts à faire la paix. Par la suite, il y eut d'autres rezzous, également des campagnes de vengeance, avec de nombreux morts et des pertes en biens, jusqu'à la conclusion de la paix en 1878.
vignette|Itinéraire de la première expédition de Flatters
En 1880, la France envoya l'expédition Flatters dans la région des Kel Ajjer. Elle devait explorer un itinéraire possible pour un projet de ligne de chemin de fer transsaharienne. Henri Brosselard, l'un des officiers de l'expédition, a écrit après une rencontre avec des chefs des Kel Ajjer dans son rapport: Les Touareg sont de haute taille, vigoureux, souples, d'allure énergique. ... Ils ont l'air véritablement imposants, et rappellent les chevaliers errants du moyen âge; leur aspect d'ailleurs n'est rien moins que rassurant, et lorsqu'on les a vus, on comprend le respect mêlé de crainte qu'ils inspirent à leurs amis les Chambaa, et les légendes dont ils sont les héros. Mais comme le colonel Flatters n'a pas obtenu l'autorisation de passage de l'Amenokal des Kel Ajjer, il est revenu avec son équipe par le même chemin. En décembre de la même année, la deuxième expédition de Flatters démarra. Cette fois-ci, le chemin devait mener directement au sud, via le territoire des Kel Ahaggar dans le Hoggar, bien que Flatters ait été averti par les Ahaggar qu'il n'était pas le bienvenu. L'expédition s'est donc soldée par un désastre. Cela a eu pour conséquence que les Français n'ont plus tenté de pénétrer plus au sud du Sahara au cours des années suivantesHenri Brosselard: Les deux missions Flatters au pays des Touareg Azdjer et Hoggar (2e éd.), Jouvet (Paris), 1889 (consulté le 16 février 2025 .
Les Ottomans et la Sanusiya Dans la seconde moitié du 19e siècle, la Sanusiya est devenue une force religieuse et politique importante dans le sud de la Libye. Au début du 20e siècle, Ghat était l'un de ses centres religieux. Les Senoussis y étaient également influents sur le plan politique, bien que la ville ait fait nominalement partie de l'Empire ottoman jusqu'en 1911. Les habitants de Ghat et une partie des Kel Ajjer sympathisaient avec eux, en particulier le cheikh Amoud Ag El Mokhtar, dernier chef de l'ethnie iménane. Il devint le représentant de la Sanusiya à Djanet et s'opposa avec véhémence aux projets de colonisation des Français.
Les Français dans la région des Kel Ajjer Fin , les Français occupèrent définitivement l'oasis d'In Salah. Cela inquiéta les Kel Ahaggar et, en conséquence, certaines de leurs ethnies se déplacèrent vers l'est, dans le territoire des Kel Ajjer et dans le Fezzan. Ils préféraient se soumettre aux Turcs plutôt qu'aux Français. Avec des chefs de groupes ethniques Kel Ajjer, ils demandèrent des armes et un soutien au pacha de Tripoli et commencèrent plus tard des rezzous dans des régions où les Touaregs s'étaient placés sous protection françaiseJeremy Keenan: The Lesser Gods of the Sahara, Frank Clas Publishers, London, 2004, chapitre From Contact to Conquest and Pacification. vignette|Carte de situation du Tassili n'Ajjer 1909-1920
Fin , le capitaine français Pein est arrivé à Temassinine (aujourd'hui Bordj Omar Driss) avec un goumContingent de combattants recrutés parmi la population indigène. Ils ont ensuite progressé jusqu'à Tarat, un village située à l'est d'Illizi. Mais les Touaregs évitèrent toute confrontation. - En 1904, le fort français Flatters fut construit près de Temassinine. Durant l'été et l'automne 1904, les Chaambas, avec l'approbation de la France, effectuèrent plusieurs rezzous chez les Kel Ajjer et jusque dans le Fezzan, enlevant plus de 1000 chameaux. - Le , le capitaine français Touchard quitta Temassinine avec un goum de 200 méharistestroupes de cavaliers chameliers, recrutés à l'époque principalement parmi les Chaambas et se rendit sans incident jusqu'à Tarat. Là, il a rencontré les chefs de trois groupes ethniques d'Ajjer qui se sont soumis aux Français. La mission Touchard traversa ensuite le plateau du Tassili n'Ajjer via Iheri et arriva le sans rencontrer de résistance à Djanet, où Touchard fut le premier Européen à entrer. Les habitants étaient effrayés, mais ne résistèrent pas. Leur chef, le sultan Amoud, était absent. Sur le chemin du retour, des détachements furent envoyés pour enquêter sur des vols de chameaux et d'armes, ce qui entraîna également des confiscations. - Les Ottomans protestèrent contre ces actions par le biais de canaux diplomatiques et revendiquèrent Djanet. Le tracé de la frontière entre l'Empire ottoman et la puissance coloniale française n'était pas encore clarifié dans la zone située au sud et au nord de Ghat jusqu'à GhadamèsGabriel Gardel: Les Touareg Ajjer, Edition Baconnier, Alger, 1961, p. 197-224.
Jusqu'à la fin de l'année 1911, il y avait toujours des rezzous, même ceux qui réunissaient plus de 100 participants, que les Français, respectivement les Turcs, approuvaient ou toléraient lorsqu'ils portaient préjudice à la partie adverse. Eux-mêmes ne sont pas impliqués avec leurs troupes, mais ont poursuivi les participants ennemis sur leur territoire. A cette époque, les Français se déplaçaient avec de petites troupes dans le Tassili n'Ajjer pour faire de la médiation, mais aussi pour marquer leur présence. Ils savaient que s’ils prenaient des mesures sévères, de nombreux groupes ethniques se retireraient sur le territoire turc. Pendant ce temps, les Turcs, les Senoussis et le cheikh Amoud tentaient eux aussi de placer des groupes ethniques ajjer sous leur influenceGabriel Gardel: Les Touareg Ajjer, Edition Baconnier, Alger, 1961, p. 224-243.