L’armée assyrienne devient une puissance sur laquelle il faut compter au Proche-Orient à partir du Au , les Assyriens remportent de grandes victoires sur les Babyloniens et les Hittites, ce qui indique qu'ils ont sans doute dès cette période la meilleure armée du Proche-Orient. Durant la période néo-assyrienne (934-609 av. J.-C.), l'armée de ce royaume est devenue une véritable machine remportant victoire sur victoire, au point de se tailler un empire d'une ampleur jamais atteinte auparavant. La glorification des actions militaires a été poussée très loin à cette période, et les Assyriens ont laissé l'image d'une nation prédatrice, relatée par la Bible et ainsi que par les inscriptions de leurs souverains et des bas-reliefs de leurs palais vantant leurs victoires militaires et la terrible répression s'abattant sur les vaincus (massacres, déportations). C'est pour cette raison que nos sources dans ce domaine sont très abondantes même s'il faut se méfier des surinterprétations des discours tenus par les Assyriens sur leurs campagnes militaires.
thumb|Assaut d'une ville fortifiée par l'armée assyrienne, bas-relief de Kalkhu.
Le recrutement et l'organisation de l'armée assyrienne thumb|Archers assyriens, détail d'un bas-relief assyrien du représentant la prise de Lakish en 701
Les Assyriens ont rapidement mis au point une armée bien organisée, très entraînée (les campagnes étant souvent annuelles), encadrée par des troupes d'élite constituées autour de la noblesse du royaume. À la période médio-assyrienne, c'est ce dernier groupe qui assure le recrutement des soldats de base : les aristocrates les réunissent à partir des dépendants de leurs domaines, puis les équipent et les entretiennent en campagneF. Joannès, « Service militaire », dans .. Certains soldats de rang plus élevé ont leur propre domaine qui leur est concédé pour leur permettre d'entretenir leur équipement
L'organisation de l'armée néo-assyrienne est bien connue grâce aux nombreuses archives de l'époque sargonide. La base des troupes est toujours constituée de fantassins recrutés dans la paysannerie assyrienne, mais cette fois-ci c'est l'administration provinciale qui se charge de les mobiliser au titre du service dû au roi au moment de chaque campagne annuelle. À côté de cela, les souverains se constituent le corps appelé kiṣir šarri, « troupes du roi », constitué de troupes permanentes, qui sont des troupes d'élite ou des corps spécialisés (charrerie, cavalerie, génie, poliorcétique) et sont contrôlés de près par l'administration centrale, notamment à partir des arsenaux (ekal mašarti) des grandes villes. Les troupes sont complétées par un troisième groupe, celui des troupes auxiliaires recrutées parmi des peuples soumis qui les fournissent en guise de tribut. C'est ainsi que l'armée assyrienne obtient des renforts pour les campagnes lointaines, et des corps combattants spécialisés, comme les Phéniciens mobilisés par Sennachérib pour se constituer une flotte dans le golfe Persique, ou bien les nomades ituéens qui servent pour les missions de reconnaissance. Du fait de la nature de ce recrutement, ces troupes sont moins fiables que celles levées en Assyrie même. On a pu estimer que par ces différents moyens Salmanazar III avait réuni avant la bataille de Qarqar en 853 au moins (le nombre de qu'il donne dans ses Annales semblant largement exagéré), dont , et montant charsN. Ziegler, « Effectifs de l'armée », dans . En dehors de ce cas, les effectifs de l'armée assyrienne mobilisés pour une campagne sont impossibles à quantifier. Ces effectifs sont énormes si on les rapporte à la population assyrienne estimée à , l'effort militaire devait être épuisant pour le pays. La discipline semble solide et les lettres ne signalent que de rares cas de désertion ou d'ivrognerie.
Les personnes servant à encadrer les troupes néo-assyriennes sont souvent également impliquées dans l'administration civile qui n'est pas séparée du domaine militaireB. Lafont, « Hiérarchie militaire », dans . Cela concerne donc aussi bien l'entourage du roi vivant dans les palais, les nobles, que les administrateurs provinciaux qui prenaient en charge les forts et garnisons établis en territoires soumis. Des grades militaires existaient tout de même, et nous indiquent l'organisation des troupes de « soldats » de base (ṣâbu). Le roi occupe le sommet de la hiérarchie militaire et était aidé par une sorte d'état-major, dans lequel se trouvait le plus important gradé militaire, le turtânu, général en chef, fonction qui finit par être divisée en deux entre un « turtânu de droite » et un « turtânu de gauche », avant que leurs attributions ne passent au rab ša reši (« chef des eunuques ») sous les Sargonides. Le roi peut lui déléguer le commandement, et aussi être représenté par ses gardes royaux (qurbutu) chargés de transmettre ses ordres. Le gouverneur de province (shaknu, bêl pahâti) fait figure de vice-roi détenteur du pouvoir suprême dans sa circonscription : son autorité n'est limitée que par celle du roi quand ce dernier est présent dans la province ou envoie des ordres écrits. Les officiers portent différents titres selon leur spécialité ou le nombre d'hommes qu'ils commandent. Les corps d'armée sont divisés en groupes de dirigés par un « chef de mille » (rab 1 lim), à leur tour divisés en corps de 100 soldats dirigés par un « centurion » (rab 1 me'at), puis en des escouades d'une cinquantaine d'hommes et en groupes de 10 dirigés par des « décurions » (rab eširte). Les corps auxiliaires ou spécialisés avaient leur propre organisation.
Une lettre datée du règne de donne des indications sur la troupe de Mazamua, qui fait partie des « troupes du roi » : elle comprend comprenant un groupe de 630 « Assyriens », dont les soldats sont 106 hommes de chars, 161 cavaliers, 80 fantassins/éclaireurs, appuyés par du personnel non militaire, 69 chargés de la logistique et de la domesticité (palefreniers, magasiniers, cuisiniers, tailleurs, etc.), 8 « savants » (qui réalisent des rites divinatoires avant les combats), des conducteurs d'ânes ; viennent en appui des troupes d'auxiliaires non assyriens, 800 personnes, soit plus de la moitié de la troupe. Les armées assyriennes ont en effet pris l'habitude d'intégrer des troupes étrangères parmi des peuples dont les qualités guerrières sont manifestement reconnues, et peut-être plus généralement pour des nécessités de recruter des soldats au sein d'un dispositif militaire qui doit couvrir de plus en plus de régions.
Forteresses, communications et informations
Les provinces centrales (l'Assyrie proprement dite) sont couvertes par une série de forteresses dans les provinces annexées, capables de résister à une éventuelle invasion jusqu'à l'arrivée de l'armée principale. Elles servent de greniers et d’entrepôts pour la collecte des tributs et de base de ravitaillement pour les campagnes lointaines. Les souverains assyriens avaient donc érigé plusieurs places fortes fortifiées de ce type, ainsi que des fortins de plus petite taille et des tours de surveillance. Les troupes en campagne érigeaient des camps retranchés temporaires, destinés à abriter le personnel et le matériel militaire, aussi à collecter le tribut. D'autres campements plus légers avec des tentes, des sortes de bivouacs, devaient aussi être érigés par les troupes en déplacement. Le réseau de forteresses mis en place dans le Moyen Euphrate a été bien étudié. Il s'agit d'une région stratégique car elle permet de contrôle des groupes d'Araméens voisins, commande l'accès à la Babylonie du Nord, et est traversée par des voies commerciales importantes. Les prospections et quelques fouilles y ont identifié un réseau de forteresses, certaines situées sur des îles, avec des murailles épaisses, ainsi que des citadelles et fortins plus modestes, le tout formant un maillage serré puisqu'elles sont rarement situées à plus de 9 kilomètres les unes des autres..
Un réseau de routes stratégiques s'étend des montagnes de à l'est, sur les confins iraniens, jusqu'à l'Anti-Liban au sud-ouest. Elles sont parcourues par des courriers à cheval (kallû) s'arrêtant à des relais (mardîtu, bît mardiate). Des unités spécialisées d'éclaireurs et de commandos (gudûdânu), l'interrogatoire des réfugiés et déserteurs fournissent une moisson de renseignement sur les forces et intentions de l'ennemi..
Pour s'assurer un avantage maximal sur leurs adversaires avant même la campagne militaire, les Assyriens avaient mis au point un service de renseignements, bien connu pour l'époque de Sargon II, dirigé par le prince héritier Sennachérib. Les gouverneurs des provinces frontalières et les préposés surveillant les rois vassaux de la région fournissaient des rapports réguliers sur l'état du royaume ennemi, et des patrouilles d'éclaireurs étaient postées dans des fortins frontaliers. Les rois assyriens disposaient probablement d'espions les informant de la situation dans les cours ennemies, leur permettant d'obtenir des informations décisives pour l'emporter. Ces espions pouvaient également tenter de soudoyer les alliés des ennemis et de diviser l'adversaire avant le combatP. Villard, « Espionnage », dans .
L'armement, les types de troupes et les techniques de combat thumb|right|Représentations de soldats assyriens d'après les bas-reliefs des palais royaux : frondeurs, archers et lancier.
L'équipement militaire des armées assyriennes est surtout connu pour la période néo-assyrienne, grâce aux représentations guerrières des bas-reliefs des palais royaux. L'armée est composée en majorité de fantassins, qui sont archers, frondeurs ou soldats avec des armes de poing légères (dagues, épées courtes), et de plus en plus de lanciers qui finissent par constituer la troupe de baseB. Lion, « Armement », dans . Ils sont vêtus de robes courtes et de moins en moins des tuniques longues qui dominaient auparavant. Ils sont rarement protégés par une armure, leurs pieds sont souvent nus, même si certains ont des bottes de cuirs. Des cottes de mailles apparaissent toutefois sur les bas-reliefs. Les boucliers et les casques sont de formes diverses. La diversification des troupes avec l'incorporation d'auxiliaires étrangers fait que l'armée assyrienne est de plus en plus constituée de troupes hétéroclites, dont l'équipement est très varié. L'infanterie servait essentiellement lors d'assauts frontaux. Il semble que la supériorité assyrienne s'appuie avant tout sur le fait de disposer d'une supériorité numérique plus que sur la tactique, même s'il ne faut pas négliger l'intérêt des troupes d'élite pour faire pencher le cours du combat.
thumb|left|Cavaliers assyriens armés de lances, bas-relief du Palais central de Kalkhu/Nimrud, British Museum.