vignette|Liste des objectifs issue du rapport de la conférence de Wannsee. Le groupe A, ligne Niederlande, montre une estimation de individus. vignette| Juifs néerlandais dans le camp de concentration de Buchenwald (28 février 1941). vignette| Mémorial aux Juifs néerlandais assassinés dans l'ancien camp de transit de Westerbork (2013). La Shoah aux Pays-Bas ( Shoat Yehoudei Holland) est la persécution, la déportation et l'assassinat systématiques des Juifs néerlandais par l'Allemagne nazie pendant l'occupation des Pays-Bas au cours de la Seconde Guerre mondiale. Sur les quelque désignées par les nazis comme « juifs à part entière », environ 101 800 ont péri au cours de la Shoah. La plupart d'entre eux ont été déportés vers les camps d'extermination de Sobibor et Auschwitz, pour y être gazés dès leur arrivée.

Les déportations massives ont commencé à l'été 1942. À partir du , les Juifs ont été systématiquement acheminés vers l'Est via le camp de transit de Westerbork, prétendument pour être envoyés travailler dans des camps en Allemagne.

L'extermination des Juifs néerlandais est l'étape ultime d'un processus de stigmatisation, d'exclusion et de ségrégation de la population juive du reste de la population, un processus qui débute dès 1940 mais prend réellement de l'ampleur dès 1941, notamment à travers le recensement très complet de toute la population juive sur une base "raciale" et non plus religieuse. Environ 25 % des Juifs néerlandais ont survécu à la Shoah, l'un des pourcentages les plus faibles d'Europe occidentale. Très peu de leurs concitoyens leur sont venus en aide, tandis que les archives révèlent l'intensité de la collaboration des autorités néerlandaises avec l'occupant allemand, et ce y compris en ce qui concerne la persécution et l'extermination des Juifs néerlandais.

Si la publication posthume du journal d'Anne Frank a contribué à donner un visage aux victimes de la Shoah, la Hollande a mis très longtemps à ériger des lieux de mémoire en souvenir des victimes de la Shoah et à reconnaître sa co-responsabilité dans ce crime contre l'humanité.

Situation de la population juive avant-guerre La communauté juive aux Pays-Bas est petite et fortement intégrée à la société néerlandaise. Elle est implantée depuis la fin du , fruit d'une migration à la fois d'Europe de l'Est et de la péninsule ibérique (Espagne, Portugal). Cette origine se retrouve dans son organisation religieuse, organisée autour de la Nederlands-Israëlietisch Kerkgenootschap et de la Portugees-Israëlietisch Kerkgenootschap. Le courant juif libéral est très minoritaire et comporte en son sein essentiellement des émigrés allemands.

La population juive se concentre essentiellement à Amsterdam, en particulier dans le quartier juif (Jodenbuurt), situé au centre-ville. Sa population compte en son sein une classe ouvrière et pauvre importante, travaillant notamment dans la taille et le polissage de diamants. Dans les années 1930, près de 9 % de la population d'Amsterdam est de confession juive, soit environ , ce qui représente presque 60 % de l'ensemble de la communauté juive aux Pays-Bas.

Tout comme en Belgique, l'organisation sociale des Pays-Bas sur le principe de la pilarisation (Verzuiling) et comporte quatre piliers (Zuilen) : catholique, protestant,social-démocrate et libéral. Chaque pilier a ses propres associations, médias, écoles, œuvres de bienfaisance, etc. et fonctionne de manière cloisonnée. Quoique le judaïsme ne constitue pas un pilier séparé, la communauté juive finance et entretient une série d'institutions destinées à transmettre l'enseigner religieux, à aider ses membres les plus nécessiteux, offrir des loisirs à de sa jeunesse, etc. La pratique religieuse en son sein y est en net déclin, mais certaines pratiques religieuses, comme la circoncision, l'achat de viande kosher ou le mariage à la synagogue restent des traditions très vivantes. La très grande majorité des enfants juifs sont scolarisés dans des écoles étatiques ou chrétiennes. A Amsterdam, les membres juifs des classes populaires ont plutôt tendance à s'affilier au pilier social-démocrate et se caractérisent par une pratique religieuse particulièrement faible.

Dans les années 1930, les Pays-Bas comptent 8 millions d'habitants dont 36,4 % se déclarent catholiques, 47,2 % protestants de diverses obédiences, un peu plus de 2 % juifs et 14,4 % sans confession. Les mariages mixtes sont relativement fréquents : entre 1931 et 1934, 20 % des hommes de et 14 % des femmes de confession juive contractent des mariages avec des personnes d'une autre confession ou sans confession.

Réfugiés juifs aux Pays-Bas Avant même le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Juifs tentent de fuir les persécutions antisémites du régime nazi en immigrant aux Pays-Bas. On estime ce mouvement de population entre personnes, dont la grande majorité provenait d'Allemagne. Avant-guerre, les Pays-Bas constituent l'une des six destinations les plus courantes pour les personnes réfugiées. Pour de nombreux réfugiés cependant, les Pays-Bas ne constituent alors qu'une étape sur la route de l'exil, quittant le pays depuis les ports néerlandais.

Après l'annexion de l'Autriche en , le nombre de personnes fuyant le Reich allemand augmente fortement. Les Pays-Bas décident alors de réduire de manière drastique les conditions d'accès à leur territoire, le ministre de la Justice Gosseling annonce ainsi le que plus aucun réfugié en provenance d'Allemagne ne sera accepté sur le territoire néerlandaisKatja Happe, Michael Mayer, Maja Peers (Bearb.): Die Verfolgung und Ermordung der europäischen Juden durch das nationalsozialistische Deutschland 1933–1945 (Quellensammlung) Band 5: West- und Nordeuropa 1940–Juni 1942. München 2012, , p. 16 / s. a. Dokument VEJ 5/25: Justizminister Goseling teilt am 7. Mai 1938 mit, dass fortan keine Flüchtlinge aus Deutschland mehr in den Niederlanden aufgenommen werden sollen.. Les réfugiés juifs sont refoulés à la frontière tandis qu'une infime minorité (800 personnes) reçoivent néanmoins l'autorisation d'entrer pour des motifs humanitaires.

Conférence d’Évian Les Pays-Bas prennent part à la conférence d’Évian du 6 au 16 juillet 1938. Cette conférence, initiée par le président Franklin D. Roosevelt a pour but initial était de venir en aide aux réfugiés juifs allemands et autrichiens fuyant le nazisme après l'Anschluss. Elle ne déboucha sur aucune mesure concrète, hormis la création du Comité intergouvernemental pour les réfugiés (CIR). De nombreux pays, dont la France, la Suisse, le Royaume-Uni et les États-Unis expliquent, pour des raisons diverses, ne pas être en mesure d'accueillir ces réfugiés. Les Pays-Bas sont sur cette même ligne. Ses représentants soulignent une fois de plus que les Pays-Bas ne sont pas en mesure d'apporter une aide substantielle. Seul un rôle de pays de transit pour les réfugiés serait possible et cela seulement si la poursuite ultérieure de leur voyage est suffisamment garantie. Pour justifier cette position, les Pays-Bas invoquent un taux de chômage élevé ainsi que la densité de population déjà élevée aux Pays-Bas, même en l'absence d'immigration de masse. Il est cependant probable que la volonté du gouvernement néerlandais de ne pas contrarier l'Allemagne nazie par une politique d’accueil des réfugiés juifs ait joué un rôle important dans le positionnement des Pays-Bas vis-à-vis de la question des réfugiés. Nuit de Cristal Après les pogroms de la nuit de Cristal de et la vague de réfugiés qui en résulte, le gouvernement néerlandais dirigé par le Premier ministre Hendrikus Colijn annonce à nouveau que la frontière depuis l'Allemagne est fermée pour les réfugiés juifs, des réfugiés qu'il n'hésite pas à qualifier d'« étrangers indésirables » (néerlandais : ongewenste vreemdelingen). Cyniquement, il déclare également que ces mesures antisémites seraient dans l'intérêt des Juifs néerlandais eux-mêmes afin de ne pas accroître l'antisémitisme au sein de la population néerlandaise:

Cependant, au vu des protestations de la population, les autorités acceptent finalement d'accueillir réfugiés juifs supplémentaires. Lorsque les troupes allemandes envahissent les Pays-Bas en , environ réfugiés juifs se trouvent pris au piège, n'ayant pas eu les moyens financiers de fuir plus loin ou s'étant cru en sécurité dans ce pays neutre.

Ségrégation, exploitation économique, spoliation L'extermination des Juifs néerlandais est l'étape ultime d'un processus de stigmatisation, d'exclusion et de ségrégation de la population juive du reste de la population, un processus qui débute dès 1940, après la défaite militaire et le départ en exil du gouvernement néerlandais. Pendant la période de l'occupation, les Pays-Bas sont placés sous l'autorité directe d'Arthur Seyss-Inquart qui prend le titre de .

En tant que commissaire général à la sécurité, Hanns Albin Rauter est responsable de la planification et de la mise en œuvre de la politique anti-juive aux Pays-Bas. Il est également Chef supérieur de la SS et de la police pour la région Nord-Ouest.

vignette| Femme portant une étoile juive lors d'une rafle à Amsterdam le 20 juin 1943.

.

En est créé à Amsterdam l'Office central pour l'émigration juive, un nom trompeur car l'essentiel de son activité aura consisté à coordonner le fichage et l'extermination des Juifs résidant sur le territoire des Pays-Bas occupés.

La branche d'Amsterdam de la police de sécurité sous Willi Lages revêt une importance particulière, puisque la plupart des mesures contre les Juifs ont été mises en œuvre dans cette ville. De nombreux ordres provenaient également d'agents tels que Hans Böhmcker, qui relevait directement du commissaire du Reich pour les Pays-Bas, Arthur Seyss-Inquart.

1940 Presque immédiatement après la capitulation néerlandaise en date du , les occupants allemands prennent des mesures contre la population de confession juive. L'une des premières restrictions qui leur est faite est celle de participer à la protection contre les raids aériens, document n° 5/35.

Mise à l'écart des fonctionnaires comptabilisés comme juifs sur base raciale Le , tous les fonctionnaires sont invités à fournir la preuve de leurs « origines aryennes. » Au départ, cette preuve consiste seulement à affirmer ne pas avoir, à sa connaissance, de grands-parents juifsDokument VEJ 5/39. Dès le , un décret du commissaire du Reich Seyss-Inquart impose une définition beaucoup plus précise du terme "juif". Cela a été suivi le 22 Le , un décret du commissaire du Reich allemand Seyss-Inquart fixe une définition plus précise du terme « juif » : une personne ayant trois ou quatre grands-parents juifs est désormais considérée comme un « juif à part entière » (voljood en néerlandais ; Volljude en allemand). Sont définis comme "juif" (Jude en allemand) les personnes ayant deux grands-parents juifs et qui en date du et ultérieurement appartiennent à la communauté religieuse juive. De même sont définies comme "juives" les personnes ayant deux grands-parents juifs et mariées en date du et ultérieurement à une personne appartenant à la communauté religieuse juiveDokument VEJ 5/42.

À peu près au même moment, la nomination et la promotion de fonctionnaires juifs sont interdites. En novembre, ils sont définitivement relevés de leurs fonctions. Le , dans un discours prononcé à l'université de Leyde le , le professeur d'université Rudolph Cleveringa proteste contre le licenciement de son collègue professeur de droit Eduard Maurits Meijers. Il s'ensuit une grève étudiante, qui conduit à la fermeture de l'université par l'administration allemande. Cleveringa lui-même est arrêté par les Allemands et détenu pendant huit mois.

1941 Enregistrement sur base raciale de la population juive résidant aux Pays-Bas