En Thaïlande, le trafic sexuel est la traite des êtres humains à des fins d'esclavage et d'exploitation sexuels sur ce territoire. La Thaïlande est un lieu d'origine, de transit et de destination pour les victimes du trafic sexuel. Dans cet État, la pose un grave problème : selon des estimations, près de de moins de 16 ans participent à l'industrie du sexe, exploités dans des clubs, des bars et des bordels.

Histoire Au cours du , la Thaïlande entame une industrialisation massive qui fait monter les prix des terrains et de la nourriture. Le phénomène cause un exode de personnes qui déménagent dans les centres urbains pour y travailler dans les manufactures. La hausse des revenus entraîne une demande plus forte de prostitution dans les villes. À l'époque, le sexe tarifé n'est pas encore très développé.

L'industrie du sexe connaît un essor dans les années 1950 et 1970 sous la guerre de Corée et celle du Viêt Nam. Des femmes issues de secteurs déshérités arrivent en foule dans les lieux où sont stationnés les soldats et leur proposent des prestations sexuelles afin de pourvoir à leurs besoins. À l'issue des guerres, des investisseurs japonais se tournent vers la Thaïlande et commencent à placer leur argent dans l'architecture, l'électronique et l'industrie du sexe.

Selon des estimations, dans les années 1990, au moins participaient à l'industrie du sexe, dont 79 % étaient des femmes et des enfants. Entre 1993 et 1995, la prostitution génère un revenu annuel compris entre . En 2018, l'industrie du sexe en Thaïlande compte entre 3 et 5 millions de clients réguliers et représente plus de 6,4 milliards de dollars.

Victimes

Les victimes de trafic sexuel en Thaïlande sont issues de tous les groupes ethniques du pays ainsi que de l'étranger. Les profils exposés au trafic sont les enfants, les personnes démunies en milieu rural ou dotées d'une instruction sommaire, ainsi que les immigrants. Les ressortissants thaïlandais, principalement des femmes et des jeunes filles, sont transportés clandestinement, à des fins d'exploitation sexuelle, vers d'autres pays d'Asie et vers d'autres continents. Beaucoup de victimes sont livrées à la prostitution forcée, au mariage forcé ou au travail forcé ou à la grossesse forcée pour le compte d'un tiers. Les victimes de trafic sexuelles reçoivent des menaces ainsi que des violences physiques et psychologiques. Les violeurs les contaminent avec des infections sexuellement transmissibles ; les victimes subissent souvent aussi les violences et la malnutrition. Au , le trafic sexuel par Internet prend de l'ampleur en Thaïlande. L'accès au haut débit et la possession de plus en plus fréquente d'ordinateurs, de tablettes et de smartphones alimentent les maltraitances sexuelles en ligne et la prostitution virtuelle. Certaines victimes sont forcées de participer à des contenus pornographiques diffusés en temps réels auprès de clients payants présents sur l'ensemble de la planète.

La majorité des travailleurs du sexe en Thaïlande sont des étrangers et plus de 60 % des femmes et jeunes filles qui entrent sur le territoire national pour y travailler dans l'industrie du sexe ont moins de 18 ans. La Thaïlande compte victimes de prostitution enfantine, tant ceux qui ont été transportées dans le pays que ceux qui y sont nés.

Embrigadement des victimes

Il existe deux grands types de scénarios par lesquels des citoyens thaïlandais sont, en Thaïlande, piégés dans le trafic sexuel. Dans le stratagème le plus ancien, une personne est engagée depuis son village à rejoindre une ville plus grande, où les victimes sont livrées de force à l'industrie du sexe. Parfois, elles sont transportées hors des frontières« Thailand: Trafficking in Women and Children. » Women's International Network News 29.4 (2003): 53-54. Academic Search Complete. EBSCO. Web. 23 Sep 2010.. Dans un mécanisme plus récent, une personne est directement transportée depuis un village vers l'étranger. La Foundation for Women a déterminé que les femmes embrigadées dans des circuits de recrutement courts sont davantage exposées aux plus violentes formes d'exploitation sexuelle. Une fois qu'une personne est transportée vers le pays de destination, elle est forcée de se prostituer ; selon les localités, elle peut être mise à disposition des clients locaux ou de touristes sexuels.

Des femmes, hommes et enfants thaïlandais sont transportés illégalement vers l'étranger, surtout vers des pays asiatiques plus riches. Le nombre de femmes et filles thaïlandaises victimes de trafic, rien que sur le sol japonais, correspond à une fourchette comprise entre et Bower, Bruce. « Childhood's End » Science News 168.13 (2005): 200-201. Academic Search Complete. EBSCO. Web. 23 Sep 2010.. La plupart de ces jeunes filles sont âgées de 12 à 16 ans et elles sont convoyées vers les bordels du pays de destinationHughes, Donna M., Laura J. Sporcic, Nadine Z. Mendelsohn, and Vanessa Chirgwin. « Factbook on Global Sexual Exploitation: Thailand » Thailand - Facts on Trafficking and Prostitution. Coalition Against Trafficking in Women. Web. 12 Oct 2010..

Néanmoins, la traite des êtres humains en Thaïlande ne concerne pas que les citoyens du pays ; de nombreux migrants issus de l'étranger sont transportés en Thaïlande et livrés à l'industrie du sexe. De nombreux cas sont recensés sur des personnes birmanes, cambodgiennes et laotiennes envoyées illégalement dans les bordels de provinces du Nord (comme à Chiang Mai et Chiang Rai), ou dans des provinces du centre et de l'Est (comme Trat, Samut Prakan, Samut Sakhon, Chonburi, Chumphon, Songkhla, Narathiwat, Pattani...). En 2010, selon une estimation, plus de ont été vendues au bénéfice de l'industrie du sexe en Thaïlande depuis 1990.

Menaces pesant sur les victimes de trafic

Les personnes participant à l'industrie du sexe sont fortement exposées à la contamination par le VIH / SIDA et les infections sexuellement transmissibles ; elles risquent aussi des grossesses non désirées. La majorité des victimes sont probablement sous l'emprise des criminels qui les exploitent après leur entrée dans un autre pays ; elles ne sont donc pas en mesure de négocier avec les clients pour se protéger des infections et des grossesses.

Dans les années 1990, les travailleurs du sexe en Thaïlande adoptaient une attitude fataliste voulant que les grossesses et les maladies ne leur arriveraient que si tel était leur destin. En raison de ces croyances, de nombreuses femmes victimes d'exploitation n'ont jamais utilisé de contraceptifs ni demandé d'examens médicaux, ce qui aggrave les risques d'infections et de grossesses.

Trafic sexuel contre des hommes et des garçons en Thaïlande

Des hommes et garçons qui participent à l'industrie du sexe en Thaïlande travaillent en général dans des salons de massage, des bars ou en indépendant dans divers établissements. D'après une étude de 2017 sur la prévalence d'hommes officiant sur le marché du sexe à Chiang Mai, 80 % des répondants sont âgés de 15 à 24 ans. Des enquêtes montrent de fortes corrélations entre l'appartenance ethnique et le secteur de l'industrie du sexe où est envoyé un homme ou garçon victime de trafic. Par exemple, à Chiang Mai, la majorité des hommes birmans qui travaillent dans le commerce du sexe sont présents à l'extérieur des bars et des night clubs, alors que ceux originaire des tribus dans les collines du Nord de la Thaïlande et d'autres secteurs septentrionaux exercent dans les salons de massage. De nombreux hommes et garçons issus des minorités ethniques sont aspirés dans une spirale d'exploitation sexuelle à cause des faibles salaires et des discriminations qui prévalent dans d'autres secteurs économiques, plus officiels (comme le bâtiment ou les usines).

Reconnaissance des hommes et garçons dans la lutte mondiale contre le trafic

Il existe peu de services judiciaires ou judiciaires à la disposition des hommes et garçons liés à l'industrie du sexe en Thaïlande, et ces victimes s'exposent à une stigmatisation sociale complexe reposant sur le déni que les hommes ou garçons puissent être victimes d'exploitation, conjuguées à des discriminations contre des personnes migrantes ou dépourvues de statut social établi, contre certains groupes ethniques, certaines langues, certains niveaux d'instruction et contre la sexualité. Les carences en termes de discussions, de militantisme pour les droits, de recours sociaux et juridiques et de travaux universitaires sur l'exploitation sexuelle des hommes et garçons se rattache à des discours plus vastes sur la sexualité masculine, la domination et le comportement des hommes. Les médias diffusent une représentation selon laquelle les hommes ou garçons ne peuvent devenir des victimes, surtout concernant les crimes sexuels. Le manque de connaissance et d'attention dans le public concernant les hommes ou garçons victimes et leurs vulnérabilités se reflète dans la qualité des services et la force des cadres juridiques proposés aux hommes ou garçons victimes de trafic sexuelJones, Samuel Vincent (2010). The Invisible Man: The Conscious Neglect of Men and Boys in the War on Human Trafficking, Utah Law Review, No 4.. Certains auteurs évoquent la « perception que les jeunes hommes sont débrouillards et résistants », ce qui dissuade certaines victimes de chercher de l'aide et décourage la formation de réseaux d'entraide ouverts aux hommes pour lutter contre la traite.

Facteurs concourant au trafic sexuel

Les universitaires et les experts ne s'accordent pas pour dégager une seule cause spécifique pouvant expliquer par quels processus des victimes de trafic entrent sur les circuits de l'industrie du sexe ; en revanche, ils citent divers facteurs économiques et culturels.

Causes économiques

L'économie thaïlandaise constitue l'une des principales cause de trafic : de nombreuses familles sont des agriculteurs pauvres, comme ceux qui vivent au Nord du pays. Lisa Rende Taylor, anthropologue qui a étudié le trafic sexuel en Thaïlande, conclut que le travail du sexe représente un secteur lucratif compte tenu des inégalités économiques et des disparités d'une part entre les milieux ruraux de Thaïlande et Bangkok et, d'autre part, entre la Thaïlande et d'autres nations asiatiques plus aisées.

Les difficultés économiques n'affectent pas seulement les personnes nées en Thaïlande mais aussi celles qui y sont transportées dans le cadre du trafic. Les victimes de trafic issues d'autres pays sont « facilement dupées ou piégées car elles affrontent la pauvreté, le chômage, l'éclatement familial et des gouvernements instables » dans leurs pays d'origine.

Traditions familiales