Bella Reine, de son vrai nom Bella Rein (Белла Рейн), est une mime, danseuse, actrice et pédagogue née en Lettonie à Dvinsk (aujourd'hui Daugavpils) le et morte à Paris le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 1105, vue 11/31..

Biographie Elle est la benjamine d'une famille de huit enfants, sept fille et un garçon. Son frère Raphaël, né en 1880, s'engage très jeune en politique, sous le nom de au sein du parti menchevik et du Bund. Deux de ses sœurs qui n'ont pas quitté l'URSS dans les années 1920 seront déportées au Goulag.

Elle fait des études de danse et d'acrobatie à Leningrad et prend des cours de théâtre auprès de Stanislavski pendant trois ans. Avec son époux, le peintre Alexandre Bogerianoff (1882-1959), elle émigre en 1923 à Paris ; naturalisée française en 1929, elle romanise dès lors son patronyme Рейн (Rein) en Reine.

En France, dans les années trente, elle donne des récitals avec les danseurs Paul Petroff (1908-1981) et Pierre Vladimiroff (1893-1970) avant de trouver son style et sa manière en créant des pantomimes d'un genre original qui lui valent le succès.

Ni danseuse, ni mime, mais « mime chorégraphique » comme elle s'appelait elle-même, les tableaux scéniques muets qu'elle composait donnaient le portrait théâtral de types tirés des folklores juifs et russes, ou évoquaient la vie parisienne telle que dépeinte par Degas, Auguste Renoir, Gauguin, Picasso ou Chagall. Ses interprétations, dans des costumes dessinés par son époux Alexandre Bogerianoff, Natalia Gontcharova (1881-1962) ou Georges Annenkov, étaient accompagnées par des pièces musicales souvent composées spécialement pour elle par Henri Sauguet, Poulenc, Stravinski ou Henri Cliquet-Pleyel (1894-1963), son pianiste attitré.

Proche du Front Populaire, elle se produit dans les grandes manifestations de et y anime des chorégraphies de groupe. L'originalité de son apport, alliant science du geste, cohérence esthétique et humanisme social est décrit ainsi dans La Tribune de la Danse :

Tendre, tragique, inquiétant ou satirique, son art très personnel lui a valu le respect et l'amitié d'artistes de tous horizons, tels que Francis Carco, Max Jacob, André Breton, Philippe Soupault, Guillot de Saix, Serge Lifar ou Maurice Chevalier.

Pendant la Seconde Guerre mondiale elle s'exile aux États-Unis, et fait ses débuts le au Carnegie Chamber Music Hall, avec Lydia Frankfurt au piano. Elle y crée Les coulisses de l'opéra d'après Degas, ainsi que des tableaux d'après la peinture de Millet et Vigée-Lebrun, ou inspirés de Fables de La Fontaine et de portraits des Goncourt. Moins chaleureux que le public, John Martin, critique au New-York Times, considère son art comme "plus théâtral que dramatique" et la classe dans l'école pré-stanislavskienne "non exempte de clichés".

L'année suivante, toujours à Carnegie Hall, elle donne de nouvelles créations et reprend ses succès européens : Gargouilles d'après la statuaire médiévale, Invitation à la valse dans le style de Renoir, Les fiancés d'après la peinture hollandaise du , ainsi que Au bal de l'opéra d'après Gavarni et Exil d'après Naoum Aronson, sur des compositions d'Ariadna Mikeshina accompagnées au piano par Lydia Frankfurt.

En 1945, elle participe à l'académie d'été du Jacob's Pillow Dance Festival, que dirige dans le Massachusetts le danseur et chorégraphe Ted Shawn. Elle y donne Une histoire russe de Toumanova, une chorégraphie en six tableaux : (a) 1912-- paix ; (b) 1914--guerre ; (c) 1917--révolution ; (d) 1934--travail ; (e) 1942--guerre ; (f) 1941--guérilla.

De retour en France dès 1946, elle s'investit dans les mouvements d'éducation populaire et l'EPJD (Éducation Par le Jeu Dramatique) et contribue à l'émergence de l'expression corporelle dans la pédagogie théâtrale.

Elle enseigne aussi en Suisse, au Schauspielhaus de Zurich, où elle met en scène en 1956 Les deux avares de Grétry sur la petite scène Studiobühne. Elle y prononce le une causerie sur L'Art du mime.

En , elle est de nouveau invitée par Ted Shawn au Jacob's Pillow's, où elle donne La repasseuse d'après Degas sur une musique de Darius Milhaud et La repasseuse d'après Picasso sur une musique de Poulenc, La buveuse d'après Lautrec sur des mélodies 1900, Partie civile d'après Daumier, musique de Jean-Sébastien Bach, The Madwoman d'après Géricault, Le violoniste d'après Chagall sur des thèmes du folklore juif arrangés par Cliquet-Pleyel.

En France, au cours des années 1960, elle se produit fréquemment sur la scène du théâtre de la Cité Universitaire, boulevard Jourdan. Elle enseigne, met en scène principalement des auteurs russes, et tient la chronique théâtrale d'un périodique de la diaspora russe, et signe une série de billets satiriques mordants intitulée Je hurle à propos de la vie culturelle et artistique contemporaine.

À partir de 1968, elle adapte et met en scène des nouvelles de Tchekhov et de Maupassant avec la compagnie des Dryades, et règle la chorégraphie de spectacles joués en yiddish par l'Ensemble théâtral juif de Paris -- Les sages de Khelm de Moyshe Gershenzon, mis en scène par Iso Schapira (1903-1981) en 1966, et Le joyeux tailleur de Menachem Kipnis, mis en scène par Jakub Rotbaum (1901-1994), en 1970.

En cette même année 1970, elle joue Légendes du Japon contemporain, deux courtes pièces de Yukio Mishima mises en scène par Georges Baal (1938-2013) au café-théâtre de l'Odéon. En 1971, elle met en scène et interprète Causerie pour un oiseau tranquille de Christian Charpentier en complément de programme de ses adaptations théâtrales de nouvelles de Tchekhov.

D'avril à , le ministère des Affaires étrangères l'envoie en mission officielle au Japon, où elle joue ses mimodrames et donne des cours qui remportent un grand succès. Il semble qu'elle ait donné son dernier spectacle le , avant de s'éteindre à Paris en 1983

Parmi ses élèves on peut citer Jacqueline Robinson, Patty Swan, Maria Schell, Nicolas Bataille, Jean-Paul Cisife, Pierre Frag et Christian Rist.

Témoignages À propos de La fille Élisa de Goncourt, sur une musique de Bruant, Anita Estève écrit dans Le Populaire en 1936 : Et Paul Mourousy, dans Art and Danse (Paris, ) cité par Jacqueline Robinson.

Répertoire de mimodrames +Inspiration picturaleTitreMusiqueChagallLe violonisteFolklore juif (arrangement H Cliquet-Pleyel)DaumierUne silhouette des ruesIgor StravinskyDaumierPartie civileJean-Sébastien BachDegasLa repasseuseFrancis PoulencDegasLa repasseuseDarius MilhaudDegasDans les coulisses de l'OpéraOlivier MétraDegasLes mains ou Étude de mainsHenri Cliquet-PleyelDegasFatigue et reposOlivier MétraGauguinOù allons-nous ?Henri Cliquet-PleyelPaul GavarniFin du balFrancis PoulencPaul GavarniLa débardeuseHenri SauguetGéricaultL'aliénéeHenri Cliquet-PleyelGoyaVenez à moiH. Cliquet-Pleyel (paroles Léon Guillot de Saix)GoyaGoyescaFrancisco SemprunConstantin GuysNanaÉmile PassaniConstantin GuysLe petit tablierJacques IbertJean JaninSous les ponts de ParisHenri Cliquet-PleyelBoris KoustodievLe couvre-théièreSerge ProkofievPicassoLa repasseuseDarius MilhaudRenoirInvitation à la valseJohann StraussRenoirÀ cause d'un chapeauJohann StraussToulouse-LautrecEnfin invitéeJohann StraussToulouse-LautrecLa prisonnièreHenri Cliquet-PleyelToulouse-LautrecLa repasseuseJacques IbertToulouse LautrecAu bal du Moulin-Rouge, Madame Poupoule ;??Toulouse-LautrecPour le gosse,??Élisabeth Vigée Le BrunPromenadeMozart?Sur le pont d'AvignonÉmile Passani?Gamin de ParisClaude Debussy?À la recherche du temps passéÉrik Satie, Paula Szalit et folklore tziganestatuaire médiévalLes gargouilles : Médisance, Orgueil, Poltronnerie, BlasphèmeSerge Prokofiev?Déformation professionnelle.Adolphe AdamLes chefs

Notes et références

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