vignette|Victor Hugo en 1849, député de la Deuxième République. Lhistoire culturelle de la France au est la discipline qui étudie le dix-neuvième siècle français du point de vue du champ culturel.
Délimitation et contexte
Les deux synthèses sur le sujet font commencer le culturel français en 1814 ou 1815, dates de la Première Restauration ou de la Restauration. En revanche, Il y a une divergence entre Jean-Claude Yon et Françoise Mélonio sur la fin de cette période culturelle, le premier faisant courir la période jusqu'à la Première Guerre mondiale et la seconde l'arrêtant aux débuts de la Troisième République. En revanche, ils insistent tous deux sur la césure de la période 1880 pour pointer l'essor à partir de cette date de la culture de masse. Cet article va donc suivre en priorité l'avis de l'œuvre collective dirigée par Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli et s'arrêter aux alentours de l'année 1880.
Au sortir du Premier Empire, la France a vécu au cours des années 1789-1815 trois décennies de bouleversements culturels sans précédent, notamment l'affranchissement des contraintes de la société d'Ancien Régime, l’égalité civile, la sacralisation de la propriété privée, la laïcisation et la valorisation d’une élite de notables bourgeois, ainsi que l'abolition temporaire de la censure, mais aussi la déchristianisation.
Toutefois, un grand nombre de persistances de l'Ancien Régime sont également perceptibles. Ainsi, la centralisation a été conservée pendant la Révolution, notamment à travers le Jacobinisme, et plus encore durant l'Empire ; quel que soit le régime politique, le monopole de l'État reste très fort. Par ailleurs, les tensions inhérentes à la Révolution lui font hésiter face à la question du patrimoine ; ainsi, les décrets des 11 et , visant à détruire , sont contrebalancés par celui du qui tend à la préservation des chefs-d'œuvre.
Maurice Grubellier estime que la tendance culturelle principale des français est le passage d'une culture d'Ancien Régime à une culture moderne de masse. La culture d'Ancien Régime oppose une culture de l'élite minoritaire à une culture populaire concernant environ les quatre cinquièmes de la population. Le fait culturel des deux siècles qui suivent la Révolution est l'émergence entre ces deux cultures d'une culture de masse qui concurrence dès le la culture populaire, avant de s'attaquer à la culture élitiste à partir des années 1950.
Une culture héritée : 1814-1840
La culture en France à la chute de l'Empire est le résultat d'un bouleversement considérable. La Révolution à transformer de fond en comble la société française et l'Empire, tout en le dénaturant sur certains aspects, en a pérennisé l'héritage. La France est à présent porteuse de valeurs universelles listées dans la Déclaration des droits de l'homme de 1789, elle est affranchie des anciennes contraintes, établi l'égalité civile, sanctuarisée la propriété privée, donnée une importance capitale à la laïcité et fixée en haut de l'échelle sociale une élite de notables bourgeois. Ces transformations radicales ont largement bouleversée la culture, même si celle-ci reste marquée par l'ancien régime.
Le double héritage révolutionnaire et napoléonien a légué une nouvelle forme culturelle, mais surtout des cadres institutionnels et une nouvelle culture savante. Dans le même temps, les cultures du peuple, imprimé, spectacles et autres ont également été métamorphosées.
Les structures de la culture
L'héritage de la Révolution et de l'Empire et sa critique
Plusieurs historiens insistent sur le fait qu'il ne faut pas surestimer l'impact sur la société de la tempête révolutionnaire. Pierre Goubert, Daniel Roche ou Roger Chartier pointent tout à la fois le fait que la Révolution n'a pas balayé toutes les pratiques et toutes les opinions, mais aussi que de nombreuses transformations réalisées par les révolutionnaires sont l'aboutissement d'une évolution antérieure, et qu'ainsi certaines transformations sont à analyser comme un héritage des Lumières. Bien sûr, ces remarques ne doivent pas occulter l'immense choc social et culturel de la Révolution et de l'Empire.
L'héritage révolutionnaire vignette|Mètre étalon installé à l'Hôtel Bourvallais par la Convention nationale. Un premier bouleversement majeur de la Révolution française est la naissance d'un espace public démocratique, où l'ensemble du peuple s'informe via une presse nombreuse et diversifiée et des clubs, associations ou lieux de sociabilité où la parole publique à toute légitimité pour s'exprimer. Une second est l'abolition des académies qui imposent le beau et le vrai. Si sous la Révolution, la pénurie d'acheteurs provoque une crise de la profession, cette idée de liberté survivra. Un troisième héritage culturel majeur de la Révolution française est la déchristianisation. Enfin, la naissance d'une politique patrimoniale, nourrie en partie par les spoliations révolutionnaires et ensuite impériales, crée l'idée de conservation et transmission pour les générations futures de la nation des chefs-d'œuvre du passé.
Ces bouleversements sont restreints partiellement dès la révolution même (liberté de la presse, art libre) et plus encore par l'Empire. Mais à l'inverse, la Révolution tente de construire une nouvelle culture, via les cérémonies nouvelles, des références universelles nouvelles (mètre, gramme), la lutte contre les patois. Les révolutionnaires censurent et orientent les productions artistiques, peinture, sculpture et théâtre, autant pour empêcher les influences monarchistes que pour exalter les idéaux révolutionnaires.
En définitive, la Révolution a imprimé deux mouvements, libérateur puis d'instrumentalisation, à la culture. S'il est indéniable que la société française a été bouleversée par la décennie, il est extrêmement difficile de quantifier l'impact réel de cette dernière ; d'autant qu'elle est immédiatement suivie par l'épisode napoléonien qui a lui même été très actif sur ce plan.
L'héritage napoléonien vignette|Autoportrait de Jacques-Louis David, peintre glorifiant Napoléon à la demande de l'empereur. Musée du Louvre. Du point de vue culturel, la période impériale est à la fois une mise au pas et la valorisation d'une hiérarchie des genres ; tout étant fait pour magnifier la figure de l'empereur, de l'armée et l'action du régime.
La presse est rapidement lourdement censurée et réduite aux seuls titres qui, sous couvert de diversité, sont obligés d'être les porte-plumes du pouvoir. Une administration est organisée pour contrôler les parutions et imposer un ton aux titres de presse, donnant une image heureuse et pacifiée du pays. Napoléon tente de s'entourer des plus brillants écrivains de son époque mais nombreux sont ceux qui préfèrent se taire ou s'exiler, à l'image de Germaine de Staël. L'édition est soumise au même régime et la critique ne peut plus s'exprimer que sur presse clandestine ou étrangère.
Napoléon a une politique artistique volontaire, destinée de la même manière à promouvoir ses actions et à soutenir la gloire du régime. La liberté d'exposition est abrogée et le jury du Salon est réinstauré, Napoléon l'inaugurant régulièrement. Les artistes qui travaillent pour lui sont grassement rétribués tels David ou Antonio Canova ; les thèmes imposés étant liés à la gloire militaire de l'Empire.
Bien conscient du rôle des théâtres libres sur l'agitation des esprits, l'empereur légifère et contrôle sévèrement leur activité, interdisant et surveillant de près les « petits » théâtres qui jouent avec l'actualité et la politique, souvent moqueurs, mais populaire aux travers des genres du vaudeville, du mélodrame, de la féerie et de la pantomime. De nombreux petits théâtres parisiens et de grandes villes sont fermés, les troupes itinérantes étant soumises à autorisation
Il est difficile d'estimer l'impact de la politique culturelle impériale sur l'attachement de la population à la personne de Napoléon et au régime. On note aisément que de nombreuses fêtes organisées en l'honneur de napoléon ont rapidement été désertées, que des pièces de théâtre imposées ont été boudées et que les titres de presse aux ordres ont finalement eu un tirage limité. Néanmoins, une certaine réussite est à remarquer au travers de la réaction d'une partie de la population durant les Cent-jours et au maintien d'un courant bonapartiste important jusqu'au Second Empire et après.
La critique des Lumières vignette|Abbé Lamennais par Paulin Guérin, Musée Rolin. Dès avant la Restauration, de nombreux penseurs estiment que la France ayant détruit le pouvoir spirituel durant la Révolution, elle ne peut se relever qu'en en établissant un nouveau. Souhaitant dépasser la philosophie critique des Lumières et établir des dogmes nouveaux, des personnalités comme Jouffroy, Guizot, Comte, Hugo, Lamartine, Renan ou Renouvier, chacun à sa manière, s'attaque aux héritages de la Révolution et de l'Empire. vignette|gauche|Germaine de Staël, par François Gérard, Château de Coppet. La critique de la Philosophie des Lumières, accusées d'avoir engendré la Terreur révolutionnaire, est portée durant tout le siècle par les textes de Maistre, Lamennais, Taine et leurs continuateurs. Le point central de l'argument est une trop grande abstraction, qui fait table rase des grandeurs passées et déshumanise la pensée et l'État. De nombreux autres penseurs, libéraux, tout en s'inscrivant dans cette critique de « l'esprit de système » propre aux Lumières, en soulignent toutefois la puissance libératrice. Les premiers à s'inscrire dans ce mouvement sont De Stael ou Toqueville. Les reproches faits contre le mouvement des Lumières sont de plusieurs ordres : la destruction des anciennes sociabilités a engendré un individualismeLe mot est inventé à cette époque par les contre-révolutionnaires, et repris par les libéraux qui l'utilisent pour analyser les maux de leur temps. destructeur, qui aboutit à la tyrannie du nombre et du despote qui manipule les foules. Laissé seul, l'homme est confronté à sa finitude, générant le « mal du siècle », le spleen que connaissent des générations de désabusés qui n'ont plus de repères. Ce sentiment nourrissant le romantisme se construit également contre la culture bourgeoise en plein essor, mais ne proposant comme modèle que l'argent et la vanité. Les écrivains Balzac, Stendhal, Toqueville ou Musset écrivent sur cette envie pour la jeunesse d'idéaux que leur société ne propose pas, ce qui engendre l'ennui, la nostalgie.
Pour sortir de l'impasse morale imposée par la société bourgeoise, de nombreux penseurs cherchent une voie nouvelle, qui ne soit ni retour au passé révolu ni acceptation de l'héritage révolutionnaire. Ils recherchent le moyen de restaurer le lien social, et de nombreuses voies sont proposées. L'une d'entre elles est le retour à la foi, soutenue par Lamennais, une foi nouvelle, qui soit sociale et non oppressive. D'autres estiment que la science sera la solution, à l'instar de Saint-Simon ou des philosophes positivistes. D'autres encore estiment que la société doit se régénérer sous la direction d'une aristocratie ou d'une notabilité éclairée et bienveillante, tel Guizot. Enfin, un mouvement porté par Louis Blanc propose une société structurée autour de l'organisation nouvelle du travail sous le contrôle de l'État. Tous insistent sur les méfaits de l'individualisme capitaliste, dont les conséquences dans l'Angleterre industrielle sont un repoussoir absolu.
Les cadres de la culture savante Durant la période 1815 - 1851, la culture savante est structurée par des cadres institutionnels forts, qui modèlent les idées et les hommes. L'enseignement se développe fortement touchant une population de plus en plus grande, mais il est tiraillé entre un mouvement catholique souhaitant reconquérir l'ensemble des Français et un mouvement scientifique qui entend le dépasser.
Enseignement vignette|alt=Tableau de Joseph Beaume. |Une petite école, Joseph Beaume, vers 1830, Musée national de l'éducation.