La tentative d'assassinat de Jean-Paul II a lieu le , lorsque Mehmet Ali Ağca, un ressortissant turc de , membre de l'organisation nationaliste des Loups gris, tente de tuer le pape sur la place Saint-Pierre au Vatican.

L'événement se produit alors que Jean-Paul II prend un traditionnel bain de foule à bord de sa papamobile. Grièvement blessé par balles (abdomen, main, bras), il est admis à l'hôpital Gemelli et perd près de trois quarts de son sang. Il frôle alors la mort, y compris quelques semaines plus tard après avoir contracté un cytomégalovirus lors d'une transfusion sanguine. Il conservera des séquelles physiques de cette tentative d'assassinat.

Interpellé sur place alors que son complice n'a pas agi de son côté, Mehmet Ali Ağca présente des motivations qui restent troubles. Des théories sur un complot international émergent rapidement. Un séjour de deux mois d'Ağca en Bulgarie, alors membre du bloc communiste, alimente un emballement médiatique : Ağca est alors présenté comme un mercenaire à la solde de l’URSS ; cette piste domine largement la présentation de l'affaire jusqu’à ce qu’elle soit écartée en 1986, lors du procès de Rome et des révélations notamment de la CIA..

Mehmet Ali Ağca, que Jean-Paul II rencontre en 1983 pour lui accorder son pardon., est condamné à la prison à vie en Italie. Gracié en 2000 par le président italien Carlo Azeglio Ciampi, il est transféré en prison en Turquie en raison d'un crime qu'il a commis sur le sol turc. Après d’enfermement, il est définitivement libéré en 2010, ce qui clôture l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire contemporaine du Vatican.

De possibles mises en garde

Selon Michel RoussinMichel Roussin, Le gendarme de Chirac, éd. Albin Michel, 2006, ., alors directeur de cabinet du directeur général du SDECE, les services français de renseignements extérieurs, des rumeurs auraient circulé dès la fin de l'année 1979 selon lesquelles un attentat était en préparation contre le pape, sans doute fomenté par les autorités politiques du bloc communiste. Dès le mois de , le Vatican est prévenu, « par l'intermédiaire d'un important responsable de l'Église de France, ami du directeur général (Alexandre de Marenches) et ancien de la France libre »Son nom n'est pas dévoilé dans l'ouvrage de Michel Roussin.. Cependant, le Vatican reste sceptique et le cardinal Bonazzi réservent un accueil poli aux émissaires du SDECE (ibid).. Le SISMI, le service italien de renseignement, est donc prévenu en parallèle, sans guère plus de résultat.vignette|L'endroit exact où a eu lieu la tentative d'assassinat est indiqué, sur le pavement de la place Saint-Pierre, par une petite plaque blanche.

Le déroulement de l'attentat vignette|La papamobile, un 4×4 Fiat Campagnola, dans lequel se trouvait Jean-Paul II au moment de l'attentat. vignette|Plaque commémorative de la tentative d'assassinat sur la place Saint-Pierre, portant les armoiries papales de Jean-Paul II et la date en chiffres romains XIII V MCMLXXXI (13 5 1981).

Le , Mehmet Ali Ağca, entré en Italie en sous un faux nom depuis la Bulgarie, sort son semi-automatique Browning GP de de la sacoche qu'il porte en bandoulière et tire à 17 h 17 deux coups de feuLa presse parle de deux ou six tirs et le pape est touché quatre ou trois fois. L'enquête déterminera que Mehmet Ali Ağca a tiré deux fois et son complice Oral Çelik une fois sur le pape Jean-Paul II qui se trouvait sur la place Saint-Pierre dans l'enceinte du Vatican pour l'audience générale hebdomadaire devant fidèles, alors qu'il effectuait un deuxième tour en papamobile et passait à hauteur de la porte de Bronze. Une première balle chemisée touche l'index de la main gauche du pape qui la dévie dans l'abdomen, perforant l'intestin grêle et le côlon sigmoïde. Une seconde balle effleure son coude droit et blesse deux autres personnes : une Américaine (Ann Odre) et une Jamaïcaine (Rose Hill). Le pape s'écroule dans la jeep, soutenu par son secrétaire Stanislas Dziwisz et son camérier Angelo Gugel.

Alors qu'Ağca se trouve à du pape, son complice, Oral Çelik est à au milieu de la foule, serrant contre lui un 7,65 Beretta et, dans un petit sac, une grenade offensive qu'il doit utiliser pour faire diversion. Çelik, tire de plus loin une fois mais ne touche personne et, paniqué, s'enfuit sans lancer la grenade. Selon le témoignage d'Ağca, il était prévu qu'il puisse s'échapper dans la confusion causée par l'explosion de cette grenade et qu'il se réfugie dans l'ambassade bulgare. La religieuse sœur Letizia s'est jetée sur Ağca et le chef de la sécurité vaticane, Camillo Cibin, a sauté par-dessus les barrières pour l'appréhender. Deux touristes américaines ont été légèrement blessées par les balles du tireurBernard Lecomte, Les Secrets du Vatican, Perrin 2009 .

La jeep amène le pape derrière les colonnades où il est transféré dans une ambulance. Malgré les embouteillages, cette ambulance qui transporte le pape grièvement blessé à l'abdomen par un des projectiles met pour arriver à l’hôpital Gemelli (à six kilomètres de la place Saint-Pierre), où l’opération dure cinq heures, tandis que la foule en prière, venue pour l’audience générale du mercredi (alors l’après-midi), ne quitte pas la place Saint-Pierre.

Lors de la transfusion sanguine, le pape contracte un cytomégalovirus qui a failli lui être fatal quelques semaines plus tard.

Le , Jean-Paul II rend visite à Ağca dans la prison de Rebibbia et lui réitère son pardon. Après une conversation privée, le pape déclare : Ağca est condamné en Italie à la prison à vie mais libéré après de captivité puis emprisonné en Turquie. Ağca est finalement libéré sur parole en , mais il retourne en prison huit jours après car la Cour de cassation turque estime finalement que les réductions de peines appliquées avaient été mal calculées. Il est finalement sorti de prison le , après près de passés derrière les barreaux.

Selon les confidences de Mieczyslaw Mokrzycki, l'assistant de Stanislas Dziwisz le secrétaire particulier de Jean-Paul II (extraites du livre Le mardi était son jour préféré - Éditions des Béatitudes), le pape lui confia la déception de sa rencontre avec Ali Ağca : .

Les différentes thèses sur les commanditaires Différentes théories sont mises en avant pour expliquer l'attentat. La plus relayée par les médias dans les pays de l'OTAN est celle de la « filière bulgare ». Le procès de 1986 a pourtant abouti à un non-lieu pour le principal accusé bulgare, Sergueï Antonov, discréditant là cette théorie. De plus, aucune preuve ou élément concret attestant cette théorie ne fut jamais mis en avant, même lors de la consultation des archives des services secrets bulgares par les membres d'une commission d'enquête américaine du Center for Democracy en 1991R. C. Longworth, « Probe Intro 81 Pope Attack Short of Funds », Chicago Tribune, 6 mai 1994 .

Les autres théories évoquent un acte isolé mené par un déséquilibré en mal de reconnaissance, un complot turco-américain, et l'influence de la mafia.

La théorie de la « filière bulgare » Une théorie fragile

Très rapidement, la thèse de la piste soviétique fut soulevée étant donné l'hostilité entre Moscou et le Vatican et la guerre secrète intense entre ces deux puissances.. En premier par Francesco Pazienza, agent du SISMI italien (impliqué dans de nombreuses affaires des années de plomb, entre autres l'attentat de Bologne de 1980, qui fit , ou les négociations avec la Camorra lors de l'enlèvement de Ciro Cirillo en mai-), et Alexandre de Marenches, chef du SDECE, qui déclarèrent avoir averti six mois auparavant le Vatican de l'imminence de cet attentat.. Pazienza déclara ensuite avoir été à l'origine de la plupart des informations de la journaliste américaine , qui fut la première à évoquer la « piste bulgare » dans la presse. Ces informations ont toutefois été balayées par les anciens agents de la CIA Melvin Goodman et Harold Forden en 1991 lors d'une séance au Sénat. D'après eux, non seulement la CIA, n'avait jamais détenu la moindre preuve d'un quelconque rôle joué par les Soviétiques ou les Bulgares dans l'attentat, mais en outre, se fondant sur leur , leurs experts avaient rapidement conclu qu'il n'existait aucune filière bulgare..

Après dix-sept mois d'incarcération et de nombreuses visites des services secrets italiens, Mehmet Ali Ağca a affirmé que Sergueï Antonov, un responsable du bureau romain de la compagnie aérienne Balkan Air, lui avait fourni le pistolet avec lequel il a grièvement blessé Jean-Paul II et aurait agi sur ordre des services secrets bulgares. Le , Sergueï Ivanov Antonov, est arrêté et inculpé pour tentative d'assassinat. Cependant, aucune preuve n'est apportée aux accusations contre Antonov, à l'exception du témoignage d'Ağca. En , Mehmet Ali Ağca revient sur une grande partie de ses aveux précédents. Au cours du procès à Rome en 1986, Abdullah Çatlı, autre membre des Loups gris, a affirmé avoir donné lui-même un faux passeport à Ağca avant l'attentat et avoir acheté l'arme.. Durant ce procès, les avocats des bulgares démontrent à plusieurs reprises la fragilité de la théorie de la « filière bulgare », insistant notamment sur le fait que ni l'argent soi-disant donné à Mehmet Ali Ağca pour mener à bien l'assassinat, ni la voiture qui lui aurait permis de s'enfuir n'ont jamais été retrouvés ; ou sur les incohérences des aveux et rétractations de Mehmet Ali Ağca. Enfin, pour les avocats des bulgares accusés, cette théorie reviendrait à imaginer que l'URSS prenne un risque politique et diplomatique énorme pour des objectifs plus que douteux. D'après eux, tuer le pape n'aurait fait que redoubler la contestation de l'ordre soviétique en Pologne, et tout trouble politique majeur en Turquie aurait été l'occasion pour la dictature militaire soutenue par les États-Unis de renforcer son pouvoirNoam Chomsky et Edward Herman, La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, Éditions Agone, 2008.

Le procès mené par Antonio Marini se déroule à Rome du au . Sergueï Antonov est acquitté pour « insuffisance de preuves », et la théorie de la « filière bulgare » est balayée. Mehmet Ali Ağca, le tireur qui s'est déclaré comme la réincarnation du Christ pendant les audiences, est condamné à l'emprisonnement à vie en Italie. Il est gracié après passés derrière les barreaux par le président italien Carlo Azeglio Ciampi..

Une théorie qui suscite toujours une polémique

En 1991, l'étude des archives des services secrets bulgares par Allen Weinstein et les membres d'une commission d'enquête américaine du Center for Democracy ne permit pas de découvrir la moindre preuve susceptible d'attester une quelconque participation bulgare ou du KGB.

Lors d'un voyage en Bulgarie en , Jean-Paul II a déclaré qu'il n'a jamais cru en la piste de la « connexion bulgare ». La Bulgarie et l'URSS nient formellement avoir été impliquées dans cette tentative d'assassinat, de même que Markus Wolf, ancien maître-espion de la Stasi.