Hugo de Carpi (en ) est un graveur sur bois et peintre italien de la Haute Renaissance, né vers 1480 à Carpi, dans la province de Modène et mort au plus tard en 1532 à Rome. Il est actif entre 1502 et 1532 à Venise, Rome et Bologne.

C'est l'un des premiers Italiens à pratiquer la gravure sur bois en clair-obscur, et à revendiquer être l'inventeur de ce procédé, en en déposant le brevet. Il contribue à le développer avec un style puissant, mettant l'accent sur l'idée et l'interprétation qu'il apporte à l'œuvre.

N'ayant que peu gravé d'estampes originales, il a reproduit des œuvres de maîtres italiens, notamment Raphaël, Baldassarre Peruzzi, et Parmigianino. Une de ses gravures les plus fameuses est un Diogène. Il est aussi l'auteur d'un , , et d'au moins une peinture, pour l'autel de sainte Véronique, dans la basilique Saint-Pierre, à Rome.

Biographie

Premières années La date exacte de naissance de Hugo de Carpi est inconnue. La majorité des sources la situe vers 1480.... Il est le dixième des treize enfants du comte Astolfo da Panico et d'Elisabetta da Dallo. Il est né à Carpi, une ville de la province de Modène. Il est d'abord connu sous le nom d'Ugo Panico, avant d'être appelé Ugo da Carpi, en référence à sa ville d'origine, qu'il quitte assez jeune.. Le premier acte le mentionnant est le testament de son père en 1490. Son nom apparaît ensuite dans des achats et des ventes de terres à Carpi en 1495, 1496, et 1503. En 1509, son frère aîné est son mandataire dans une transaction, ce qui conduit à penser qu'il a quitté Carpi pour Venise, entre 1503 et 1509. Sa femme, Cassandra Solieri, et ses deux filles sont restées à Carpi après son départ.

Carrière artistique vignette|Requête d'Hugo de Carpi en vue de breveter la technique du clair-obscur (1516).|gauche|alt=Manuscrit. Écriture serrée.

Carpi connaît depuis la fin du une période de développement culturel et urbain. Rien ne permet de penser que Hugo y a bénéficié d'une éducation artistique suivie, mais il a profité de ce contexte. Il était probablement autodidacte, ou formé par des peintres locaux. Bien qu'il n'y en ait pas de trace, les historiens d'art pensent qu'il a pu participer à la réalisation d'œuvres d'art durant cette période..

Son premier travail de gravure date de 1502, année où il signe un contrat avec des imprimeurs de Modène : Benedetto Dolcibelli et Niccolo Bissoli, pour faire des caractères et des poinçons. En 1503, un acte mentionne des , et le qualifie de , montrant qu'il est à la tête d'un atelier. Également, avant son départ de Carpi, il a pu recevoir des commandes pour terminer des peintures, puisqu'il engage un certain Saccacino comme .

Hugo vit à Venise de 1509 à 1517, travaillant principalement sur des illustrations de livres. Venise est un haut lieu de l'imprimerie, tout particulièrement pour les livres illustrés. Sa signature y apparaît pour la première fois en 1511. En , il demande au Sénat de Venise la reconnaissance d'un brevet pour ce qu'il appelle sa propre technique du . Il la décrit comme .. Il demande que ses droits soient reconnus pour une durée indéterminée, et pour tous les motifs et gravures qu'il a fait et qu'il fera. Bien qu'il soit dans les premiers Italiens à utiliser le , il est cependant prouvé que cette méthode a déjà été utilisée par des imprimeurs allemands et vénitiens.

Le procédé de la gravure sur bois en clair-obscur utilise au moins trois bois ou planches, la première servant pour le portrait, la deuxième pour les demi-teintes et la troisième pour les ombres, avec des encres de teintes différentes. Il permet les impressions en camaïeu, en teintes imitant le lavis : le trait n'est plus apparent, l'estampe donnant l'impression d'un lavis monochrome en teintes plates..

Hugo part pour Rome en 1517. La ville abrite de nombreuses imprimeries, et il y a une forte demande pour des reproductions des œuvres de Raphaël. Celles-ci sont réalisées par des graveurs travaillant dans son entourage, et sont publiées par un éditeur professionnel : Le Bavarois (). Cet ancien assistant de Raphaël, devenu à sa mort détenteur des plaques de cuivre originales, en contrôle l'édition sans pouvoir empêcher leur copie, ce qui devient un marché pour les graveurs et éditeurs romains. Hugo s'installe près des ateliers de Raphaël, mais est indépendant du Bavarois..

Il installe un atelier chez lui et imprime et publie des gravures dans son échoppe. En 1518, le pape Léon X lui reconnaît les droits d'auteur sur la gravure La Mort d'Ananie, entouré par les apôtres, faite d'après un carton de tapisserie de Raphaël, et pour laquelle il utilise trois bois... Cette œuvre, parmi d'autres en de cette période, est considérée par les historiens de l'art comme l'un des meilleurs exemples d'une .

Bien que Hugo copie en nombre des dessins et des estampes, il commence à Rome à développer un style propre. On en trouve un exemple dans des gravures faites d'après des dessins de Raphaël, pour lesquelles il s'écarte du peintre dans le jeu des couleurs.

En 1527, le sac de Rome force Hugo à fuir à Bologne. Des historiens pensent qu'il y a un atelier, au vu de nombreuses estampes proches techniquement et stylistiquement de son œuvre qui y sont publiées. Il a travaillé avec les graveurs Antonio da Trento, Ludovico degli Arrighi et Eustachio Celebrino.. Il est également l'auteur pendant cette période d'un , (1535), dans lequel il reprend en grande partie le contenu de (1514) de . De tels livres sont fréquents dans l'Italie des , et contiennent des pages de lettres imprimées avec des bois. Il s'agit de manuels, qui montrent comment reproduire la graphie des manuscrits de la Renaissance.

Mort Il n'y a pas de consensus sur la date de la mort de Hugo de Carpi. La majorité des sources la situe en 1532.. Certains auteurs la font remonter à 1523., année où il est appelé dans un témoignage de sa fille. Un autre document indique cependant quelques mois plus tard qu'il est vivant, et que sa famille a été persuadée à tort de sa mort. En , un acte atteste sa présence au baptême de sa fille, mais en octobre de cette même année, il est déclaré décédé.

Œuvre vignette|upright=1.3|Sacrifice d'Abraham. Musée des Beaux-Arts de Boston.|alt=Gravure composée de quatre scènes accolées. Nombreux détails.

Le Sacrifice d'Abraham est une des premières commandes importantes adressées à Hugo. Elle lui est faite par l'éditeur vénitien Bernardino Benalius.. C'est une grande estampe en noir et blanc, formée de quatre feuillets accolés. Ce serait une des rares gravures originales d'Hugo. Son imagerie et son style sont influencés par Dürer et Titien. C'est à la suite de cette première commande qu'il dépose une demande de brevet pour sa technique.

Hugo reproduit ensuite au fil du temps les œuvres de nombreux artistes, dont Raphaël, Baldassarre Peruzzi, et Parmigianino, auquel, selon Giorgio Vasari, il aurait enseigné la gravure.. La plupart de ses gravures sont des copies d'autres œuvres, et il est peu probable qu'il ait fait un nombre significatif de gravures originales. Il a signé , ou toutes ses estampes connues, indiquant qu'il part du travail d'un autre. En effet, la gravure d'interprétation était à cette époque une part majeure du travail des graveurs et des imprimeurs.

Ses gravures étaient probablement utilisées comme décorations murales, en substitut à des peintures plus coûteuses. On en trouve une confirmation dans la diversité de leurs tailles, et dans le fait qu'elles étaient imprimées sur un papier épais, plus résistant. Malgré cela, peu d'entre elles ont survécu dans de bonnes conditions jusqu'à aujourd'hui.

Raphaël et sa maîtresse Cette gravure sur trois bois, faite autour de 1518, également dénommée Héros et Sybille représente Raphaël, debout devant une porte, parlant à une femme assise devant lui et dont le pied droit repose sur une balle.... Carpi y travaille directement avec le peintre. C'est une des plus petites estampes de Hugo, de . Sa taille réduite et son sujet personnel ont conduit à de nombreuses interprétations et conjectures. Sa tranquillité et son caractère intime rappellent les dessins de Mères à l'enfant de Raphaël. Le sujet est unique ou rare pour une gravure de l'époque, et certains universitaires y voient une de ses pièces les plus osées et originales.

'''Raphaël et sa maîtresse, d'après Raphaël.

David coupant la tête de Goliath Le David coupant la tête de Goliath a été gravé autour de 1520, et a pour base une composition de Raphaël. qui montre le triomphe du jeune David sur le champion des Philistins, et la déroute de ces derniers. Hugo utilise trois bois, et des encres de différentes couleurs : bronze, brun clair et noir. C'est un des sommets de sa virtuosité technique. L'image est inversée par rapport à la fresque de Raphaël.

Marcantonio Raimondi a aussi réalisé une taille-douce d'après ce modèle. On ne sait pas si la gravure sur bois a été faite d'après la taille-douce, ou l'inverse, ou si les deux sont faites d'après un même dessin. David coupant la tête de Goliath, d'après Raphaël.

Diogène Les historiens jugent que Hugo de Carpi a gravé son Diogène à Bologne, entre 1527 et 1530. L'œuvre est célèbre dans l'Italie de la Renaissance. Dans Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, Vasari la qualifie d'.. Il s'agit d'une gravure utilisant quatre bois (une plaque de gris et trois plaques de vert.), superposés de façon complexe. L'image est construite dans un assemblage de surfaces colorées plutôt que de traits, lui donnant l'apparence plus d'une peinture que d'une gravure. L'original est un dessin de Parmigianino.

Certains spécialistes avancent que Hugo a travaillé à partir d'une gravure de Jean Jacques Caraglio d'une taille-douce réalisée d'après cet original., en y apportant cependant des modifications de contenu et de style importantes. La gravure de Caraglio est plus chargée ; Hugo en aurait simplifié la composition, ne gardant que le tonneau, la volaille et les livres, mettant en valeur le mouvement et le tourbillonnement de l'étoffe. Florence Kossof, spécialiste de Parmigianino, écrit ainsi que .

D'autres critiques, dont David Landau, pensent que la gravure de Hugo de Carpi n'est pas copiée de Caraglio, mais qu'elle été faite avec Parmigianino. Ils s'appuient sur le fait que la taille de la gravure de Caraglio () est significativement plus petite que celle d'Hugo () alors que la plupart des copies faites à l'époque à Rome, dont toutes celles de Hugo, avaient une taille identique à l'original ; Hugo aurait donc un modèle pour le Diogène de la taille de sa propre gravure. Un autre argument est que le graveur ne fait généralement pas d'omission, d'ajout ou de changement majeur, comme ce serait le cas dans le Diogène si le modèle était la taille-douce de Caraglio. Landau ajoute qu'. Pour sa part, Roberta Serra, du Louvre, rejette aussi en 2018 la théorie selon laquelle cette estampe est copiée de Caraglio, du fait des nombreuses variantes et de l'écart des dimensions entre les deux estampes.

Diogène, d'après Parmigianino.

L'autel de sainte Véronique vignette|upright=1.1|Sainte Véronique entre les saints Pierre et Paul (autour de 1525).|alt=Femme présentant un drap sur lequel est représenté le visage du Christ, entourée de deux hommes.

Sainte Véronique entre les saints Pierre et Paul, peinte pour l'autel de sainte Véronique de la basilique Saint-Pierre de Rome, est la seule peinture connue de Hugo de Carpi.. Elle a été peinte entre 1524 et 1527, et d'abord placée dans la chapelle où était conservée le voile de Véronique, une des plus importantes reliques de la basilique ; c'est aussi l'une des plus fameuses images acheiropoïètes, c'est-à-dire, selon les croyants, créée de façon miraculeuse, sans intervention humaine. La raison qui a conduit à confier ce tableau à Hugo, qui n'est pas alors un peintre renommé ou particulièrement talentueux, est toujours débattue entre historiens de l'art.