Cet article est le cinquième d'un ensemble concernant l'expansion et la diffusion du christianisme, qui comprend :
Expansion du christianisme du au . Missions catholiques aux . Missions catholiques de 1622 à la fin du ou missions pontificales (). Missions catholiques aux ou missions pontificales () Histoire des missions protestantes Histoire des missions évangéliques
Alors que les missions catholiques ont connu une grande expansion aux , les Églises issues de la Réforme ne mettront pas sur pied des entreprises comparables avant le et surtout la fin du . Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer ce décalage Jusqu'au traité de Westphalie, les pays protestants et les protestants ont été surtout préoccupés par leur survie. Lorsque la survie n'était pas le problème majeur, ces pays n'avaient pas de contact direct avec les protestants (sauf la Suède avec les Lapons), et en tous cas n'avaient pas accès aux routes maritimes. Après la défaite de l'Invincible Armada (1588), des pays comme l'Angleterre ou les Pays-Bas eurent accès aux contrées éloignées. Par delà ces circonstances historiques, André Roux fait observer que selon certains théologiens de la Réforme, l'annonce de l'Évangile jusqu'aux extrémités du Monde ne concernait plus l'Église de leur temps.
Le démarrage des missions protestantes qu'il faut cependant situer avant la grande époque des se situe dans le sillage de mouvances protestantes.
Les missions protestantes jusqu’à la fin du Les aumôniers des compagnies à charte Les missions protestantes sont pratiquement inexistantes au et même au , elles restent extrêmement rares. Il y a bien des pays protestants, les Pays-Bas et l'Angleterre qui dominent des voies maritimes et des régions du monde en dehors de l'Europe, mais ces deux pays confient le monopole de l'exploitation de ces contrées lointaines aux Compagnies des Indes Orientales, respectivement anglaise et hollandaise, et l'évangélisation n'entre pas forcément dans le cadre de leurs missions. Les aumôniers affectées aux compagnies ont avant tout en charge les agents européens, et si le premier gouverneur général des Indes néerlandaises encourage « la proclamation du nom du Christ », des accords passés ultérieurement entre le gouvernement hollandais et un sultan des Moluques interdit aux indigènes de devenir chrétien.
En Amérique du Nord En Amérique du Nord, John Eliot, pasteur presbytérien au Massachusetts entreprend d'évangéliser les Amérindiens à partir de 1641. Il apprend leur dialecte et commence à prêcher. Il regroupe les convertis dans des villages de prière et traduit la Bible en mohican et en algonquin ; il fonde des écoles, parmi lesquelles un collège indien au sein d'Harvard, il forme des instituteurs indigènesAngie Debo, Histoire des Indiens des États-Unis, Paris, Albin Michel, 1994. Mais ses efforts sont vite ruinés par les luttes entre colons et Indiens, et du vivant même d'Eliot, il ne reste plus un seul Mohican pour lire la Bible traduite.
Une Société pour la Propagation de l'Évangile, fondée en 1701 se préoccupe de l'évangélisation des Indiens des Six Nations, en plus de l'aumônerie des colons. David Brainerd, né en 1718, est particulièrement connu parce que son journal, publié après sa mort a connu un grand succès. Après des études à Yale pour être pasteur presbytérien, David Brainerd décide de consacrer sa vie (qui sera courte) à l'évangélisation. Il fréquente jusqu'en 1747 différents groupes d'Indiens, dans le Massachusetts, la Pennsylvanie et le New Jersey.
Les missions danoises C'est aux Danois, dans le sud de l'Inde, qu'il faut attribuer la première démarche missionnaire. À l'origine de l'initiative du roi Frédéric IV de Danemark, il faut placer le mouvement piétiste, vigoureux à l'Institut universitaire de Halle, en Allemagne, et d'où découlait assez naturellement un devoir missionnaire en même temps que la mise sur pied de sociétés religieuses. Deux anciens étudiants de Halle, Ziegenbalg et Plutschaü sont envoyés à Tranquebar, comptoir danois du sud de l'Inde. Ils se fixent les lignes de conduite suivantes : les missionnaires doivent ouvrir des écoles pour permettre aux catéchumènes de lire la Bible, traduite dans la langue du pays ; les missionnaires doivent acquérir une bonne connaissance non seulement de la langue, mais aussi de la culture et des coutumes locales ; l'objectif des missionnaires est la conversion personnelle des païens et la mise sur pied d'une Église indienne, avec des pasteurs indiens. Un premier pasteur indien est ordonné en 1733, et la mission danoise qui avait élargi ses activités au-delà de la sphère d'influence du Danemark, en Inde, reçoit le soutien de l'Église anglicane au travers de la Société pour la Promotion de la Connaissance Chrétienne, fondée en 1699. Lors d'un congé en Europe, Ziegenbalg a l'occasion de s'entretenir avec le comte de Zinzendorf qui va fonder la Mission des frères moraves au sein de l'église protestante des Frères moraves fondée jadis par Jean Hus. Les missions des frères moraves sont actives dès le milieu du parmi les esclaves des Antilles danoises d'abord, puis ceux de Caroline du Nord, du Suriname et d'Amérique du Sud. Elles sont également présentes chez les Inuits du Groenland danois et en Inde. En 1735, John Wesley, fondateur du courant méthodiste répond à une annonce émise par le gouverneur de Géorgie recherchant un clergyman. Il reste dans la colonie pendant deux ans, s'efforçant d'améliorer les pratiques religieuses des colons, mais aussi, d'essayer, sans grand succès, de convertir les Indiens.
L'expansion protestante au
Naissance des sociétés des Missions Le démarrage des missions protestantes qu'il faut cependant situer avant la grande époque des se situe dans le sillage de mouvances protestantes. Plusieurs sociétés de mission voient ainsi le jour. On peut citer: La London Missionary Society (LMS, 1795), Société des Missions des Pays-Bas (1797), le Comité Américain des Missions étrangères (1810, les Missions de Bâle (1815), les Missions de Paris (1822), les Missions de Berlin (1824), les Missions de Suède (1835), les Missions d'Allemagne du Nord (1836), les Missions de Norvège (1842). Initialement, ces sociétés sont fondées par des fidèles appartenant à différentes églises protestantes. Interconfessionnelles, beaucoup d'entre elles sont également supranationales, comme la société des missions de Bâle qui regroupe des Suisses, des Allemands et des Français. Mais les grandes églises fondent également leur propre société de missions : le Church Missionary Society de l'église anglicane est créé en 1799. Elle est suivie par les méthodistes en 1813, les presbytériens d'Écosse, en 1825, les luthériens d'Allemagne, en 1836, avec la Société de Leipzig.
En Europe, les sociétés missionnaires sont généralement à l’initiative de groupe chrétiens privés et financées à la fois par quelques gros donateurs et par des collectes organisées auprès de petits donateurs, par exemple, lors des « dimanches de la mission ». L'autonomie par rapport aux institutions ecclésiastiques n'empêche pas que chaque société a généralement un enracinement national et une orientation théologique assez marquée.
Une deuxième vague de sociétés missionnaires part des États-Unis, à partir de 1850. Ces sociétés sont généralement interconfessionnelles et plurinationales : la Mission à l'Intérieur de l'Afrique, la Mission unie du Soudan et la Mission à l’intérieur du Soudan en 1901.
En 1900, on compte plus de trois cents sociétés missionnaires, ce qui témoigne du dynamisme du mouvement missionnaire protestant, mais la trop grande dispersion représentera souvent une faiblesse. Les divergences entre missions protestantes ayant été très vite identifiées comme un obstacle à l'efficacité, des tentatives de regroupement sont entreprises : au sein du protestantisme. Dès 1825, des "Conférences" rassemblent, aux Indes, des missionnaires de courants divers. En 1910, une conférence mondiale se tient à Édimbourg, préfiguration du Conseil œcuménique des Églises. En 1914, les États-Unis fournissent près de la moitié des ressources et du personnel missionnaire; en 1960, ils en fourniront les deux tiers.
La pénétration protestante en dehors de l'Europe La grande expansion protestante du est contemporaine d'une reprise du mouvement missionnaire dans le monde catholique (Voir missions catholiques aux ). Alors que dans les siècles précédents, les missionnaires des deux blocs ne se rencontraient guère, à partir du ils se retrouvent de plus en plus souvent dans des positions de concurrence et de rivalité. Au demeurant, les résultats sont proches : les populations déjà gagnées à l'islam ou au bouddhisme hīnayāna (appelé aussi bouddhisme du petit véhicule) restent pratiquement imperméables au christianisme. Il en est pratiquement de même pour l'hindouisme, à l'exception des basses castes, qui sont plus réceptives pour des raisons que l'on comprend. En Chine, la situation est différente : la position « confucéenne » admet volontiers la pluralité confessionnelle et juge l'acceptabilité d'une religion essentiellement sur les effets qu'elle a sur la société et le pays (menace-t-elle la famille ou l'État ?), et non en fonction de la contradiction que ses dogmes pourraient présenter vis-à-vis des dogmes des religions locales. Ce sont des considérations plus pragmatiques que franchement idéologiques. On peut donc dire qu'il y a moins de rivalité idéologique avec l'ensemble confucéen, mais une certaine xénophobie conduit parfois à des mouvements de persécution vis-à-vis des nouvelles communautés chrétiennes. Les populations animistes, qu'elles soient d'Asie, d'Afrique ou d'Océanie sont un terrain de réussite pour les missions.
Missions, colonisation et décolonisation
vignette|300px|Évangélisation à l'hôpital de la mission chrétienne de Pitoeloengan, situé à Salatiga, Indes orientales néerlandaises. Crédit photo : Tropenmuseum.
Bien que le mouvement missionnaire protestant, comme le mouvement missionnaire catholique ait précédé la vague de colonisation de la deuxième moitié du , il est clair que missions et colonisations sont des formes différentes de l'expansion européenne. Ceci n'empêche pas que les intérêts, idéologiques, des missions et ceux, économiques et politiques des colonisateurs ne coïncident pas toujours et parfois s'opposent. Jusqu'à l'abolition de son monopole, en 1833, la Compagnie anglaise des Indes orientales, peu encline à encourager des bouleversements sociaux ou religieux, limite autant qu'elle le peut, l'activité missionnaire, et la politique du gouvernement britannique, plus libérale, ne fut souvent guère différente.
Si l'on compare les zones de pénétrations respectives des missions catholiques et protestantes, on note une relation évidente avec la religion dominante du colonisateur, protestante pour le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, catholique pour la France ou la Belgique. C'est une tendance, et on ne doit pas en déduire qu'il existait aux , une quelconque exclusivité accordée aux missionnaires nationaux, il s'agit d'un effet d'entrainement. Dans le tableau ci-dessous, on a reporté les chiffres présentés par l'encyclopédie catholique de 1907-1911 (qui fait remarquer que tous les chiffres des protestants sont vraisemblablement gonflés),
Catholiques Protestants Possessions néerlandaises en Asie56 000 Océanie française53 00021 000 Océanie britannique (sans l'Australie) 35 000 Océanie américaine47 00030 000 Afrique française et Madagascar Afrique britannique (hors Afrique du Sud) Congo Belge 34 500 26 000 Afrique allemande 55 000 47 000 Afrique portugaise et Espagnole 4 000 Philippines - Empire des Indes britanniques