Marthe-Marguerite Le Valois de Villette de Mursay, comtesse de Caylus, née à Échiré le et morte le à Paris, est une épistolière et mémorialiste française, petite-cousine de madame de Maintenon. Ses Souvenirs sont publiés après sa mort.

Biographie

Origines et famille vignette|alt=Façade d'un manoir en ruine, encadré de tourelles d'angle et de tours. Fenêtres murées.|gauche|redresse=1|Le château de Mursay.

Issue d'une noblesse désargentée, Marthe-Marguerite-Hippolyte Le Valois de Villette de Mursay se rattache à la branche huguenote de la descendance d'Agrippa d'Aubigné. Elle naît à Échiré le Paul-Gabriel d'Haussonville, « Les dernières années de madame de Maintenon et de madame de Caylus », Femmes d'autrefois : hommes d'aujourd'hui, sur gallica.bnf.fr, Paris, Perrin, 1912, 80. — ou en 1673 selon certains biographes — dans le château de Mursay, gentilhommière qui appartint à son arrière-grand-père Agrippa. C'est dans ce château que la future madame de Maintenon, Françoise d'Aubigné, une cousine germaine du père de Marthe-Marguerite, passa les premières années de son enfance, élevée par sa tante Louise d'Aubigné, grand-mère de Marthe-MargueritePaul-Gabriel d'Haussonville, , 81..

Le père de Marthe-Marguerite est Philippe Le Valois, marquis de VilletteYves Coirault, « Index », dans Saint-Simon, Mémoires, « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1988, VIII, 1564., officier de marine qui va devenir capitaine de vaisseau l'année suivante, chef d'escadre en 1686 et lieutenant général des armées navales en 1689François-Alexandre Aubert de La Chenaye-Desbois, Jacques Badier, « Philippe Le Vallois », sur books.google.fr, Dictionnaire de la noblesse, Paris, Schlesinger, 1876, XIX, .. Sa première épouse, la mère de Marthe-Marguerite, est Marie-Anne-Hippolyte de Châteauneuf. Le couple a également deux garçons : Philippe, comte de Mursay, et Henri Benjamin. Du deuxième mariage de son père, Marthe-Marguerite aura bien plus tard un demi-frère, Ferdinand, et une demi-sœur, Constance.

De père huguenot et de mère catholique, Marthe-Marguerite est élevée dans la foi calvinisteÉmile Raunié, , ..

Vie à la cour

Elle a neuf ans lorsque madame de Maintenon la fait enlever par une tante qui en a la garde, l'emmène à la cour, à Saint-GermainÉmile Raunié, , ., et la force à abjurer. Marthe-Marguerite fait, dans ses Souvenirs, le récit de son abjuration : Profondément attachée à sa petite-cousine qu'elle appelle sa « nièce », madame de Maintenon veille à lui faire donner une éducation très soignéeÉmile Raunié, , ..

vignette|alt=De face, femme richement vêtue, assise, main droite sur la poitrine, main gauche tenant un livre entrouvert.|gauche|redresse=1|Madame de Maintenon, par Mignard, vers 1694.

En 1682, la cour se transporte à Versailles« Le Grand Siècle ou les grandes heures de Saint-Germain », sur musee-archeologienationale.fr (consulté le ).. L'année suivante, madame de Maintenon épouse secrètement « Le mariage secret de Louis XIV », sur herodote.net, 2025 (consulté le ).. Elle s'occupe de trouver un mari à sa protégée. Elle écarte Antoine-Gaston, duc de Roquelaure, puis Louis François, marquis de Boufflers, futur maréchal-duc et pairPaul-Gabriel d'Haussonville, , 85.. Marthe-Marguerite épouse en Yves Coirault, , 1983, II, 539, . un homme de vieille noblesse, bon officier — il sera lieutenant général —, mais porté sur la boisson : Jean-Anne de Tubières de Grimoard de Pestels et Lévis, comte de Caylus.

Madame de Caylus vient d'abord habiter chez sa belle-mère, à Paris. En 1687, on lui donne un appartement à Versailles. Saint-Simon la décrit comme volage, mais gracieuse, fraîche et spirituelleSaint-Simon, , 1983, II, 539..

vignette|alt=description sommaire|droite|redresse=1|Racine fait répéter Esther aux pensionnaires de Saint-Cyr, en présence de et de madame de Maintenon.

Elle assiste aux lectures d'Esther que Racine vient faire chez madame de MaintenonÉmile Raunié, , .. Elle brille en récitant le texte. Racine est séduit par sa déclamation. Les rôles étant déjà attribués, il écrit pour elle le prologue de la PiétéLouis-Simon Auger, , 27 .. La première représentation est donnée à Saint-Cyr, devant le roi, le Paul Fièvre, « Esther », sur theatre-classique.fr, novembre 2016 (consulté le )..

n'apprécie guère madame de Caylus :

Années d'exil à Paris

L'appartement de madame de Caylus à Versailles lui est retiré en Journal du marquis de Dangeau, sur archive.org, Paris, Didot, 1855, V, 476, à la date du .. La jeune femme vient en effet d'être chassée de la cour en raison de . Parmi les pouvant avoir motivé la sanction, on dit que madame de Caylus a raillé la dévotion de la marquise de , grande amie de madame de Maintenon, et qu'elle a entretenu une liaison trop voyante avec Louis Nicolas, duc de Villeroy, fils du maréchal François de Villeroy. Elle vit maintenant à Paris, rue de Vaugirard. Dans un premier temps, elle y mène une vie dissipéePaul-Gabriel d'Haussonville, , 95, 99..

vignette|alt=Gravure. Un religieux, de face, en buste.|droite|redresse=1|Le père de La Tour.

Puis elle adopte une attitude plus sage. Elle s'adonne aux bonnes œuvres, au jeûne et à la dévotion, sous la conduite du père de La Tour, supérieur général de la congrégation de l'OratoireSaint-Simon, , 1983, II, 567 .. En , elle reçoit l'autorisation de revenir à la cour. Mais elle refuseLouis François du Bouchet de Sourches, Mémoires sur le règne de Louis XIV, sur archive.org, Paris, Hachette, 1886, VI, 137, à la date du ..

En 1704, son mari meurtÉmile Raunié, , .. Saint-Simon écrit :

Le roi et madame de Maintenon intiment à madame de Caylus de changer de directeur de conscience, car le père de La Tour est suspect de jansénisme. Elle résiste, puis finit par obéirSaint-Simon, , 1983, II, 568.. En récompense, elle voit sa pension passer de .

Elle finit par se lasser de sa vie rangée. Elle renoue avec le duc de VilleroySaint-Simon, , 1983, II, 568 et 569, 860.. Malgré tout, si forte est la haine du roi et de madame de Maintenon envers les jansénistesSaint-Simon, , 1983, II, 568 ., sa rupture d'avec le père de La Tour lui vaut un retour en grâceÉmile Raunié, , .. Elle a le droit de rencontrer à nouveau madame de Maintenon à Versailles ou à Saint-Cyr, Saint-Simon, , 1983, II, 860..

Retour en grâce

Après de longues années d'exil, elle revient à la cour au début de l'année 1707Paul-Gabriel d'Haussonville, , 105.Yves Coirault, , 1984, III, 508, .. Le , elle paraît au souper du roi. Le , le roi la ramène de Trianon dans son carrosseYves Coirault, , 1983, II, 860, ..

vignette|alt=Gravure. En buste, de trois quarts.|droite|redresse=1|Madame de Caylus. Gravure de Jean Daullé, d'après un portrait posthume d'Hyacinthe Rigaud.

En Yves Coirault, , 1983, II, 861, ., elle obtient à nouveau un appartement à VersaillesPaul-Gabriel d'Haussonville, , 107.. Elle renoue avec une vie brillanteÉmile Raunié, , .. On lui confie la conduite de la duchesse de Noailles, Françoise Charlotte d'Aubigné, nièce de madame de Maintenon. En 1710, elle veut profiter de sa faveur nouvelle pour devenir dame d'atour de Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans, qui va épouser un petit-fils de , le duc de Berry. Plutôt que de faire sa demande à madame de Maintenon, madame de Caylus préfère s'adresser à Monseigneur, le fils du roi. Outrée de la démarche, madame de Maintenon s'oppose à ce qu'on lui donne cette chargeSaint-Simon, , 1984, III, 912 .Paul-Gabriel d'Haussonville, , 109 et 110..

Dernières années à Paris

En 1714, pour une raison que l'on ignore, elle quitte VersaillesPaul-Gabriel d'Haussonville, , 114 et 115. et obtient d'être logée dans une petite maison, au milieu des jardins du Luxembourg. L'année suivante, meurt. Madame de Maintenon se retire à Saint-Cyr. En 1727, madame de Caylus encourage le duc du Maine, fils légitimé de , à briguer le poste de Premier ministre. Le duc s'y refuseÉmile Raunié, , ..

En 1728, elle dicte à son fils aîné, Anne Claude, un petit livre intitulé Souvenirs. Elle meurt un an plus tard, le Louis-Simon Auger, , 37..

Généalogie simplifiée

Enfants vignette|alt=Peinture. En buste, de trois quarts, assis dans un fauteuil, un livre à la main.|droite|redresse=1|Anne Claude, comte de Caylus, fils aîné de Marthe-Marguerite, par Roslin.

Du mariage de Marthe-Marguerite et de Jean-Anne de Caylus naissent : Anne Claude Philippe, comte de Caylus (1692-1765), d'abord colonel de dragonsCharles-François Poerson, lettre à d'Antin du 25 juin 1715, dans Marc Fumaroli, « Le comte de Caylus et l' académie des Inscriptions », sur persee.fr, Comptes rendus des séances de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1995, 139-1, 245, (consulté le 2 octobre 2025). — André et Mariette Leclaire, « Les seigneurs et barons de Montlaur (Aveyron) », sur weebly.com, 7, février 2020 (consulté le 2 octobre 2025)., puis collectionneur, antiquaire (au sens ancien), voyageur, écrivain, graveurFrançois-Alexandre Aubert de La Chenaye-Desbois, Jacques Badier, « Jean-Anne de Tubières-Grimoard, comte de Caylus », , XIX, col. 244.Stéphanie Daude, « Le Recueil d’antiquités du comte de Caylus », sur univ.poitiers.fr, 2021 (consulté le 3 mars 2025). ; Charles (vers 1698-1750), chef d'escadre des armées navales du roi, gouverneur de la Martinique, gouverneur et lieutenant général des Isles du Vent.

Portraits

Abbé de Choisy :

Nicolas-François Rémond de Montmort :

Saint-Simon :

Iconographie En 1743, Jean Daullé grave le portrait de madame de Caylus d'après un buste exécuté par Hyacinthe Rigaud, lequel s'est inspiré d'un portrait de famille puisque le modèle était déjà mort depuis quinze ans : « buste sans main [sic] accommodé par Mr Rigaud d’après un petit portrait en miniature, dont il na pris que la tête et la coeffure. L’attitude et les autres accompagnements sont de sa composition. P[eint] ou plutôt esquissé. G[ravé] la même année par J. DaulléMariette, 1740-1770, VII, fol. 120, v°. Le travail est mentionné dans les livres de comptes du peintre (Roman, 1919, ) : « Il fit aussi l’esquisse d’après lequel a été gravé par Daullé le portrait de Madame la comtesse de Caylus ». Voir Portalis et Béraldi, Les Graveurs du , 1880-1882, I, , 670 () ; S. Perreau, Hyacinthe Rigaud, le peintre des rois, Montpellier, 2004, , repr. , fig. 134 ».

Œuvres Correspondance

En 1756, la correspondance de madame de Maintenon est éditée par Laurent Angliviel de La Beaumelle. Des lettres de madame de Caylus s'y mêlent. Ce sont des lettres du temps de son exil à Paris, puis des billets échangés une fois de retour à Versailles, et enfin des lettres lorsque madame de Caylus s'est retirée à Paris, jusqu'à la mort de madame de Maintenon en 1719Émile Raunié, , .. Les éditeurs suivants s'accordent à dire que, dans ce gros recueil, les lettres de madame de Maintenon sont souvent corrompues ou tronquées, mais qu'en revanche celles de ses correspondantes sont authentiquesÉmile Raunié, , .. Dans ce livre, toutes les lettres de madame de Caylus, sauf deux, s'adressent à madame de MaintenonÉmile Raunié, , , ..

En 1881, Émile Raunié publie aux éditions Charpentier une « première édition complète » des Souvenirs et de la correspondance de madame de Caylus. On y trouve les lettres déjà publiées par La Baumelle, auxquelles s'ajoute une lettre à l'abbé Conti et adressées au fils aîné de madame de Caylus, Anne Claude, l'antiquaireÉmile Raunié, , ..

En 1998, la correspondance de madame de Caylus est rééditée à partir des manuscrits originaux par Pierre Leroy et Marcel LoyauJean Garapon, « Madame de Maintenon d'après les Souvenirs de madame de Caylus », sur persee.fr, dans Albineana, , Niort, Cahiers d'Aubigné, 1999, (consulté le )..

Souvenirs