thumb|upright|alt=Napoléon vu de trois-quart, la main dans son gilet, debout au milieu d'un parc|Jean-Baptiste Isabey, Napoléon dans les jardins de Malmaison (1801), premier portrait de Napoléon représenté avec le geste de la main glissée dans le gilet, et en petit uniforme de chasseur à cheval (château de Malmaison). L'iconographie de Napoléon se réfère à l'ensemble des représentations peintes, gravées, et sculptées du général et Premier Consul Napoléon Bonaparte, devenu empereur sous le nom de . Réalisées de son vivant à des fins de propagande, elles furent après sa mort destinées à évoquer la légende napoléonienne.

Napoléon est le chef d’État de l'ère post-révolutionnaire le plus portraituré. Avec le pouvoir, son effigie a subi des changements qui ne coïncident pas forcément avec l'évolution réelle de sa physionomie due à l'âge ou à la maladie. Des impératifs de propagande ont obligé les artistes à suivre les directives officielles pour montrer le Premier Consul puis l’Empereur sous son meilleur jour. Au sujet de Napoléon, s'est posé le problème de la ressemblance dans les portraits officiels.

Chronologie Les premières représentations

Il n'existe pas de portrait authentifié de Napoléon Bonaparte antérieur à 1795, la plupart des représentations figurant l'élève de Brienne, ou le jeune capitaine d'artillerie sont des créations postérieures à l'Empire, comme le représentent, notamment, les estampes de Auguste Raffet et Nicolas-Toussaint Charlet.

Les portraits de jeunesse thumb|upright|alt=Dessin représentant Bonaparte de profil vers la droite, en bas à droite une inscription|Premier portrait de Buonaparte. Document apocryphe présenté comme le plus ancien portrait du lieutenant d'artillerie fait lors d'un séjours à Tournon, on peut lire l'inscription suivante: . Aucun des portraits présentés comme fait du temps de la jeunesse de Bonaparte ne sont d'authenticité certaine. Deux dessins ont été présentés comme ayant été réalisés quand il était lieutenant d'artillerie. Le premier est une caricature datant de 1785 trouvée sur la page de garde d'un atlas, qui le représente marchant pour se porter au secours de Paoli, son authenticité est disputée à cause de la mention Bonaparte et non Buonaparte sur le dessin par Bernard Coppens .

Le Premier portrait de Buonaparte est un profil de Bonaparte dessiné au crayon, prétendument d'après nature, par un nommé Pontornini à Tournon en 1785. Ce dessin, apparu en 1853, a abusé plusieurs historiens, entre autres Armand Dayot qui y voyait le plus ancien témoignage graphique de la figure de Napoléon, qu'il date par erreur de 1783 à Brienne. En 1914, l'étude du dessin par Paul Dupuy, en a déduit, par la coiffure non réglementaire à l'époque dans les régiments d'artillerie et les similitudes avec une gravure de 1796 d'après Appiani représentant le général en chef de l'armée d'Ialie, qu'il s'agissait d'un faux. Par ailleurs on ne trouve aucune trace d'un Pontornini dans l'entourage de Napoléon, ni comme artiste corsePaul Dupuy, Un faux portrait de Napoléon à la Malmaison in Revue de l'art ancien et moderne tome XXXV janvier-juin 1914 121 à 136Léon Rosenthal, Un faux portrait de Bonaparte 138 in Revue des Études napoléoniennes, 1914 juillet-décembre.Pontornini site 1789-1815.

Le portrait en buste de Bonaparte que Greuze prétendait avoir peint en 1792, quand il était capitaine d'artillerie, et décrit par Théophile Thoré comme étant (1843) et que le biographe de Greuze, Edgar Munhall, estimait par la manière dont ce tableau avait été peint, qu'il pouvait être daté de la fin du dix huitième siècle, fut sans doute réalisé au moment du portrait du Premier Consul dont il avait reçu la commande en 1803Nicole Hubert, À propos des portraits consulaires de Napoléon in Gazette des Beaux-arts, 1986 25. D'autant que la chevelure similaire à celle du portrait consulaire ne correspond pas aux coiffures portées à cette époque.

Dans une lettre que Napoléon envoya à son frère Joseph datée du , il annonçait avoir l'intention de faire faire son portrait pour Désiré Clary, ce portrait n'a pas été localisé.

Un dessin au crayon rehaussé d'aquarelle de Bonaparte en 1796, par le dessinateur et graveur Giuseppe Longhi (1766-1831), datés de 1796 et signé au dos, a été retrouvé récemment. Il fut offert en à Rome par le R.P Louis Antoine, définiteur général des Frères Mineurs CapucinsCatalogue vente Binoche Renaud Giquello Paris Drouot 9 juillet 2010 notice dessins 4. Initialement attribué à Giuseppe Longhi lors de la vente par l'Étude Binoche Renaud Giquello en vertu d'un papier manuscrit ancien joint au dessin, cette attribution a été confirmée après la vente. L'ouverture du cadre d'origine après la vente a fait apparaître un autre croquis de Bonaparte au dos du premier (inconnu au moment de la vente), accompagné de la signature G.Longhi. Il est par ailleurs établi que Giuseppe Longhi rencontra le Général Bonaparte en Italie en 1796..

Les premiers portraits du général Bonaparte L'écho donné à l'action de Bonaparte lors de la bataille du pont de Lodi en 1796, incite les artistes à portraiturer le nouveau héros du jour, les gravures figurent un général dont on a du mal à reconnaître les traits, et sont souvent le fruit de l'imagination de graveurs qui ne l'ont pas vu, ou qui ajoutent le nom de Bonaparte sous des portraits de militaires anonymes. Des artistes comme Vernet et Naudet peignent les batailles de Lodi et d'Arcole, mais sans distinguer le général en chef. Là aussi en l'absence du modèle, les dessinateurs et graveurs sont obligés d'inventer pour satisfaire le public, curieux de connaître les traits de Napoléon.

Seuls ceux qui ont l'occasion de l'approcher ou de faire partie de son entourage réussissent à le représenter de manière ressemblante. C'est le cas des peintres et sculpteurs qui l'accompagnent en Italie et font partie de la cour qu'il s'est constituée dans la à Mombello dans la province de Monza. Andrea Appiani, et Antoine Jean Gros sont les premiers à peindre d'après nature le portrait du général Bonaparte. Ils furent du nombre des artistes qui le suivent dans ses conquêtes en Italie, et tous deux montrent un général dont la physionomie est bien définie. Le portrait d'Appiani Il generale Bonaparte e il genio della Vittoria, daté de 1796 peu après la victoire de LodiFernando Mazzocca, L'ideale classico: arte in Italia tra neoclassicismo e romanticismo 172 est le premier portrait officiel de BonaparteLa liberté en Italie et note 7, site napoleon.org et dont la reproduction sous forme de gravure diffuse une image identifiable de Napoléon.

Le portrait d'Antoine-Jean Gros, Bonaparte au pont d'Arcole, peint après la bataille du pont d'Arcole posa des problèmes de réalisation. Il écrit à sa mère en : . Il doit attendre pour que le grand public puisse contempler l'effigie du général Bonaparte au pont d'Arcole lors du Salon de l'an VIII.

D'autres artistes relaient la diffusion de cette physionomie. Louis Albert Guislain Bacler d'Albe officier cartographe de Bonaparte, fait un portraitanalyse du portrait de Bacler d'Albe sur Histoire Image fortement inspirée de la toile de Gros. Et Jean Urbain Guérin, miniaturiste strasbourgeois, ancien portraitiste de la cour de Louis XVI, dessine la figure de Bonaparte dans le cadre d'une série de portraits de généraux républicains gravés par Fiesinger et largement diffusé en France. Ces quatre artistes représentent les traits identifiables et similaires du général Bonaparte, un visage maigre, un regard perçant, un nez aquilin, un menton proéminent, des cheveux long coiffés en « oreille de chien » à la mode du temps.

Les premiers bustes

Les premières représentations sculptées de Bonaparte sont contemporaines des premiers portraits peints. Giuseppe Ceracchi est l'auteur d'un premier buste inachevé. Sculpteur, et sympathisant révolutionnaire insurgé contre les États pontificaux, il rencontre Bonaparte à Milan en 1796, et propose de faire son buste. Mais l'emploi du temps de Bonaparte ne permet pas de terminer son ouvrage, dont était connue une réplique en plâtre aujourd'hui disparue. Il entreprend cependant lors de son retour à Rome, un second buste monumental à l'antique, qu'il tente de vendre par souscription, mais sans succès. Impliqué en 1800 dans la conspiration des poignards, il est exécuté avant d'achever la sculpture, qui fut terminée par Maximilien Laboureur, sans que l'on puisse précisément déterminer l'importance des interventions des deux artistes. Ce second buste est visible au musée des beaux-arts de Nantes.

Le deuxième buste est sculpté par Charles-Louis Corbet. Exposé au salon de 1798, l'original en plâtre exposé au musée de Lille, est reproduit plusieurs fois en marbre ou en bronze. Le buste est réalisé d'après nature dans les premiers mois de 1798, à la suite du retour d'ItalieBUSTE DU GÉNÉRAL BONAPARTE Karine Huguenaud site napoleon.org, il porte au dos la date Jules Houdoy Études artistiques; Charles-Louis Corbet, sculpteur (1877) 139. Le style d'inspiration pré-romantique rapproche la sculpture des portraits de Gros et David datant de la même période.

Louis-Simon Boizot sculpte d'abord un profil en relief de Bonaparte en médaillon, qui est exposé au Salon de 1798. Il fait ensuite un buste, probablement conçu avant le départ de Bonaparte pour l'Égypte. Il est en plâtre et connait plusieurs copies en biscuit, en bronze ou en marbre, diffusées par la manufacture de Sèvres. Les versions réalisées pendant le consulat sont modifiées avec des cheveux courts au lieu de la coiffure longue caractéristique du général de l'armée d'Italie. La popularité de Bonaparte durant cette période voit la production en grande quantité de ces bustes. Entre 1798 et 1801 Sèvres fabrique 385 exemplaires du buste et médaillons.

Le retour à Paris et la rencontre avec David

Fin 1797, après la victoire de Rivoli, dès son retour à Paris, Bonaparte est célébré triomphalement. Des artistes font partie de la foule qui se presse pour voir en chair et en os le général victorieux de l’armée d'Italie. Parmi eux Jacques-Louis David, invité par Bonaparte lors de la réception donnée par le Directoire en l'honneur de la victoire. Le peintre profite de l'occasion pour lui proposer de faire son portrait. Le tableau qui devait représenter Napoléon en pied sur le plateau de Rivoli tenant à la main le traité de Campo-Formio, n'est qu'ébauché et demeure inachevé. Cette première collaboration entre les deux hommes traduit l'enthousiasme de l'artiste pour le vainqueur d'Italie, Étienne-Jean Delécluze, cité par . C'est l'époque ou les artistes produisent un nombre important de médailles, gravures (celle de Jean Urbain Guérin est publiée en 1798), portraits et bustes, celui de Corbet en plâtre est exposé au Salon de 1798.

La parenthèse égyptienne Durant le séjour égyptien de Napoléon, la production d'œuvres le représentant est réduite. Les grands tableaux qui montrent les différentes scènes de la campagne d'Égypte sont en fait réalisés sous l'Empire (La bataille des Pyramides de Gros est peinte en 1811). Les portraits de Napoléon datant de cette période sont surtout des dessins et croquis faits par les artistes qui le suivent en Égypte comme ceux d'André Dutertre, dont les profils dessinés sur le vif sont des témoignages sans complaisance à l'égard de ses modèles.

Le Consulat

Le coup d'État du 18 brumaire et le Consulat qui en découle vont marquer le début d'une production artistique entièrement dévolue à la glorification du nouveau maître de la France. C'est le temps des grands portraits équestres peints par David, Gros, et Regnault, des premières peintures de batailles (comme la bataille de Marengo de Louis-François Lejeune) et des allégories (le Triomphe de Bonaparte de Pierre-Paul Prud'hon). Au début du régime des peintres et sculpteurs comme Isabey, Gros ou Boilly représentent le Premier Consul avec ses particularités physiques, alors que d'autres artistes comme David, Appiani, et Ingres idéalisent leur modèle.