thumb|400px|Inégalité des revenus (2013) au sein des pays, mesuré par le coefficient de Gini : 0 correspond à une égalité parfaite (toutes les personnes ont les mêmes richesses), et 1 à une inégalité totale (où une personne possèderait tout). Les pays en rouge sont plus inégalitaires que les pays en vert.

Les inégalités de revenu pointent la disparité existante entre les revenus des individus selon qu'ils sont « riches » ou « pauvres ». Cette disparité est mise en évidence en mesurant et analysant de manière comparative les revenus au sein d'un même pays ou entre différentes nations du globe ou entre individus et le monde. Un indicateur simple à utiliser est le rapport entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres.

On les distingue des inégalités de richesse, qui mesurent les différences de patrimoine (la valeur des biens stockés moins la valeur des dettes), et avec lesquelles elles forment le socle économique des inégalités sociales.

Les inégalités de revenu ont diminué depuis les années 1980 jusqu'aux années 2000, puis ont révélé une tendance à l'aggravation dans de nombreux pays ; selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), depuis le début du siècle, en moyenne mondiale, l’écart entre le revenu moyen des 10 % les plus riches et celui des 50 % les moins riches a presque doublé, passant de 8,5 à 15.

Mesure Les inégalités de revenu sont mises en évidence en mesurant et analysant de manière comparative les revenus au sein d'un même pays ou entre différentes nations du globe ou entre individus et le monde.. Un indicateur simple à utiliser est le rapport entre le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres..

L'étude des inégalités compare les distributions complètes de revenus et synthétise les résultats par l'élaboration et la publication d'indices. Les indices les plus utilisésLa feuille de calcul au tableur pour le coefficient de Gini, l'indice de Theil, l'indice de Hoover (en anglais). sont le coefficient de Gini, l'indice de Theil, l'indice de Hoover, le rapport interquintile, le rapport interdécile, l'indice de Palma et la variance logarithmique.

Dans la plupart des cas, ce ne sont pas les revenus bruts qui sont comparés, mais les revenus disponibles comprenant les transferts sociaux (qui sont les prestations versées aux individus ou aux familles pour compenser les risques sociaux et alléger leurs charges financières, qu'ils soient en espèces (comme les allocations familiales, le RSA, les pensions de retraite) ou en nature (remboursement de soins, aides au logement) ; ils sont l'expression de la solidarité nationale face aux aléas de la vie : maladie, vieillesse, chômage, maternité, pauvreté ou exclusion et en en France représentent une part majeure de la protection sociale, financée principalement par les cotisations sociales et la fiscalité. En 2019, leur montant dépassait 760 milliards d’euros, soit bien plus que le budget de l’État lui-même. Ils sont un filet de sécurité, mais aussi un levier de cohésion sociale, de réduction des inégalités et de stabilisation socioéconomique)Insee (2025), métadonnées et définitions |site=insee.fr |consulté le=2025-09-03|url=https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1562..

Faits stylisés

Inégalités internationales

Selon Paul BairochPaul Bairoch, Mythes et paradoxes de l'Histoire économique, Paris, La Découverte 1994. : . Ainsi à l'aube de la première révolution industrielle, l'écart de revenu par habitant entre l'Europe Occidentale, l'Inde, l'Afrique ou la Chine est probablement inférieur à 30 % seulementDaniel Cohen, Richesse du monde, Pauvretés des Nations, Flammarion, Paris 1997, collect Champs.. Tout est bouleversé avec la révolution industrielle qui creuse brutalement un écart entre les nations. En 1870, le revenu par tête des nations les plus riches est déjà 11 fois plus élevé que le revenu par tête des nations les plus pauvres. En 1995, ce chiffre est multiplié par 5 : Les plus riches sont 50 fois plus riches que les plus pauvres. Le phénomène inégalitaire entre nations est donc « récent » et se trouve être le produit des deux derniers sièclesDaniel Cohen, Op cit.. Depuis 2013, d'après les données du FMI, la part des pays développés dans le PIB mondial est passée sous le seuil des 50 % Les pays développés ne sont plus qu'à moitié riches, Libération, 7 août 2014..

L'écart de revenus entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres est très important.

Selon des estimations du PNUD, le ratio entre le revenu moyen par habitant dans les 20 % pays les plus riches et les 20 % les plus pauvres est passé de 30 en 1960 à 74 en 1997.. Pour Surjit Bhalla, ce ratio est passé de 23 à 36 sur la même période. En suivant les mêmes pays entre ces deux dates, les inégalités entre ces pays ont diminué Surjit Bhalla, Imagine There's No Country: Poverty, Inequality, and Growth in the Era of Globalization, chapitre 2, à 26, cité également par Sudhir Anand et Paul Segal, « What do we know about global income inequality? », ..

L'économiste espagnol Xavier Sala i Martín a remis en cause les calculs du PNUD, en montrant que les taux de pauvreté du rapport ont été calculés en prenant les taux de change courants et ont ainsi selon lui éludé le fait que le coût de la vie est beaucoup plus faible dans les pays pauvres. En intégrant ce paramètre, il constate qu'« au lieu de passer de 20 à 74, le taux utilisé par le PNUD pour mesurer les inégalités entre pays a augmenté de 11 en 1960 à 16 en 1980 et qu'il a ensuite lentement décru, pour atteindre 15 en 1988 »Xavier Sala-i-Martin, The Disturbing « Rise » of Global Income Inequality, NBER Working Paper W8904, avril 2002.. Reprenant ces chiffres, l'essayiste libéral Johan Norberg considère que cette évolution à la baisse des inégalités entre pays est à mettre au crédit de la mondialisationJohan Norberg, Plaidoyer pour la mondialisation capitaliste, Plon, 2003, chap.1, ..

Selon Oxfam, .. La méthodologie de l'étude d'Oxfam est critiquée par le journal Le Monde : elle compare l'augmentation du patrimoine net des 1 % les plus riches avec celle de l'ensemble de la population ; Oxfam se base sur les évaluations du Global Wealth Databook de Crédit Suisse, qui reposent sur des données limitées à 48 pays ; de plus, considérer uniquement le patrimoine et non les revenus peut amener des conclusions erronées : ainsi, un étudiant américain endetté pour payer ses études sera considéré comme plus « pauvre » qu’un salarié malien qui gagne très peu mais n’a pas d’endettement. ; et surtout, l'essentiel du patrimoine est constitué d'actifs dont la valeur fluctue de façon très volatile, si bien que ses variations sont largement virtuelles.

Inégalités mondiales Selon la majorité des études, les inégalités de revenus mondiales, mesurées par le coefficient de Gini appliqué à l'ensemble de la population mondiale sans tenir compte des frontières, ont diminué depuis les années 1980, chapitre 11, ... Ainsi, l'économiste Xavier Sala-i-Martin a proposéXavier Sala-i-Martin, The Disturbing “Rise” of Global Income Inequality, National Bureau of Economic Research, working paper , . une distribution de revenus mondiale à partir des distributions nationales. En utilisant sept critères d'inégalité différents, il parvient systématiquement à la même conclusion : les inégalités entre les humains ont diminué entre 1980 et 1998. La contradiction apparente avec l'augmentation des écarts entre pays s'explique par la pondération : en comparant simplement les pays les plus riches et les plus pauvres, on ignore l'évolution des pays d'Asie, en particulier l'Inde et la Chine (qui représentent 40 % de l'humanité), dont la progression a été très importante. En excluant ces deux pays, on arrive à des conclusions bien différentes, notamment en Afrique, où la pauvreté et les inégalités ont augmenté de façon importanteBanque Mondiale, indicateurs 2005..

De même la pauvreté absolue diminue fortement depuis 1820 : 84 % de la population mondiale est alors pauvre, en valeur absolue, contre un cinquième aujourd'hui Imagine There's No Country: Poverty, Inequality, and Growth in the Era of Globalization, chapitre 9, .. Ainsi, le PNUD estime que le nombre de personnes vivant avec moins de l'équivalent d'un dollar US par jour a diminué de près de 250 millions entre 1990 et 2001 PNUD, The Millennium Development Goals Report, 2005, disponible en ligne.. Cela correspond à une réduction d'un quart de la part de la population vivant sous ce seuil de revenu dans les pays en développement (de 27,9 % à 21,3 %).

Malgré cette baisse, il restait en 2023 selon le PNUD, dans les 110 pays en développement évalués par l'indice de la pauvreté multidimensionnelle, un peu plus de 18 % de personnes (environ 1,1 milliard de personnes sur 6,1 milliards) en situation de (n'ayant notamment accès ni à l'électricité ni aux combustibles de cuisson non polluants), soit deux fois plus que le nombre de personnes considérées comme pauvres avec un seuil de pauvreté monétaire fixé à un revenu de par jourPNUD, « 25 pays ont réduit de moitié la pauvreté multidimensionnelle en 15 ans, mais 1,1 milliard de personnes sont encore pauvres » (2023) et « Décrire la pauvreté sans se limiter au critère du revenu montre où avoir un impact maximal dans un monde en crise » (17 octobre 2022).. En 2005, ce même organisme estimait que de personnes vivent encore avec moins de par jour.. En 2006, la part des 20 % de la population mondiale aux revenus les plus faibles est d’environ 1,5 % du revenu mondial, et les 2,5 milliards d'individus vivant avec moins de par jour, soit 40 % de la population mondiale, ne totalisent que 5 % du revenu mondial. En parallèle, les 500 personnes aux revenus les plus élevés ont un revenu de 100 milliards de dollars, équivalent aux revenus des 416 millions de personnes aux revenus les plus faibles.

Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), depuis le début du siècle, en moyenne mondiale, ..

Pour certains analystes (dont des altermondialistes), cette persistance de l'extrême pauvreté chez une vaste minorité de la population mondiale s'expliquait notamment par la dégradation des termes de l'échange, c’est-à-dire la baisse des prix des matières premières importées des pays du tiers-monde, surtout en Afrique, par rapport aux prix des produits manufacturés des pays développés. Par exemple, le journaliste et économiste de formation François-Xavier Verschave soutient la thèse du pillage occidental du pétrole africain, par des réseaux d'influence français.

Cette analyse a été critiquée sur deux points. D'une part, parce que la hausse des revenus des matières premières n'a pas entraîné de réel développement économique. D'autre part et de façon plus générale, on constate que disposer de richesses naturelles nombreuses qui procurent des ressources importantes en devises n'a que très rarement un effet sensible sur le développement d'un pays, au contraire. Ainsi, Philippe Chalmin, spécialiste français des matières premières, affirme que les matières premières sont une malédiction. Ce sont les pays apparemment les plus défavorisés par la nature qui s'en sortent le mieux..

Certaines théories (soutenues entre autres par des mouvements altermondialistes) avancent également que les économies des pays africains sont déstabilisées par les importations de produits agricoles subventionnées par les économies occidentales, et que les intérêts de la dette extérieure de ces pays les empêchent de développer des politiques socialesÉric Toussaint et Arnaud Zaccharie, Afrique : abolir la dette pour libérer le développement, 2001, ed. Syllepse..