La Salle Pleyel est une salle de concert et de spectacle située dans le , au 252 rue du Faubourg-Saint-Honoré, entre l'avenue Hoche et la place des Ternes. Depuis les travaux menés en 2015, sa capacité est de assises et de .
Du nom de la manufacture française de pianos Pleyel, elle était jusqu'en 2015, date de fin de la programmation en musique classique, une salle de concerts symphoniques. Inaugurée en 1927, elle prenait la suite de plusieurs « salles Pleyel » créées au cours du .
De style Art déco, elle est considérée comme l’une des grandes salles françaises du comme un « passage obligé de la gent musicale internationale »Trinques 2003, . Elle a contribué à l’animation de la vie musicale de Paris en accueillant, depuis son ouverture, environ vingt-cinq millions de spectateurs lors de vingt mille concerts« La nouvelle salle Pleyel : le moment de vérité », Le Monde de la musique , avril 2006, . Plusieurs fois rénovée, elle est inscrite au titre des monuments historiques depuis le .
Ré-ouverte en après quatre années d’interruption, elle a été gérée par la Cité de la musique de 2006 à 2014, qui en est devenue propriétaire en juin 2009, et a accueilli en résidence l’Orchestre de Paris et l’Orchestre philharmonique de Radio France de à .
Avant l'ouverture de l'auditorium de la maison de la Radio en 2014 puis de la Philharmonie de Paris en 2015, c’était la seule salle parisienne spécifiquement construite pour la musique symphonique, les autres concerts avec orchestre ayant lieu notamment à la salle Olivier-Messiaen de la maison de la Radio et de la Musique et à la salle Gaveau, plus petites, ou au théâtre des Champs-Élysées et au théâtre du Châtelet, des salles à l’italienne.
Depuis , la programmation relève de la Philharmonie de Paris, et la Cité de la musique a donné la concession de la salle pour quinze ans au groupe Fimalac, dans le cadre d'une occupation temporaire du domaine de l'État. Afin de laisser le répertoire de la grande musique classique à la Philharmonie depuis son ouverture, la programmation de Pleyel a été réorientée vers le répertoire de musique moderne au sens large, elle ne propose plus de concerts de musique classique.
À mi-chemin entre la place Charles-de-Gaulle et le portail sud-ouest du parc Monceau, elle est plus directement desservie par la station de métro Ternes.
Histoire Les anciennes salles Pleyel La salle Pleyel trouve sa lointaine origine dans les deux salles de concert précédemment construites par Camille Pleyel, le fils d’Ignace Pleyel, compositeur et fondateur en 1807 de la célèbre manufacture de pianos Pleyel, tous les deux successivement facteur de pianos officiel du roi« Pleyel, Wolff & Cie : facteurs de pianos : 1807-1891 », page 3, lire en ligne sous la Restauration et sous la monarchie de Juillet. Dès l'origine, à travers l'organisation de concerts prestigieux et la venue de compositeurs et de pianistes célèbres, l'objectif de ces deux salles successives vise à offrir à la marque une vitrine assurant la promotion de la grande qualité et du « son à la française » des pianos Pleyel, dont la notoriété est déjà établie. Ces salles vont en effet largement participer de l'accroissement de la visibilité de la marque Pleyel et de ses pianos, favorisant encore leur rayonnement et, partant, leur haute réputation qui ne tarde pas à devenir mondiale dès le milieu du . Elles sont en fait un prolongement direct et logique des pianos Pleyel, de même que la salle actuelle conçue à sa création elle aussi dans cette perspective.
Un salon, d’environ cent cinquante places, est d’abord ouvert le au de la rue Cadet, dans le arrondissement. Il accueille de grands pianistes de l’époque, dont Frédéric Chopin en 1832 et Franz Liszt en 1833.
La première salle Pleyel proprement dite est construite en 1838–1839 au de la rue Rochechouart, à côté de la manufacture, et inaugurée en . Dans cette salle de cinq cent cinquante places ont lieu des concerts de piano et de musique de chambre qui occupent une place importante dans la vie musicale parisienne du . De nombreux grands musiciens s’y produisent : Chopin y donne son dernier concert en 1848, et elle voit les débuts, entre autres, de Camille Saint-Saëns, âgé de onze ans, en , de César Franck, d’Anton Rubinstein etc. En , le compositeur et virtuose pianiste Edouard Potjes y donna un concert très apprécié. Dans cette salle sont notamment créésSource partielle : Base de données Brahms de l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique. : le Deuxième Concerto pour piano de Saint-Saëns, en 1868, et son Cinquième Concerto, le ; plusieurs œuvres de Ravel, dont : les Sites auriculaires, le , par Marthe Dron et Ricardo Viñes, la Pavane pour une infante défunte et Jeux d'eau, le , par Ricardo Viñes, et la Sonate pour violon et violoncelle, le , par Hélène Jourdan-Morhange et Maurice Maréchal.
La construction
Au début des années 1920, l’ingénieur et architecte Gustave Lyon, directeur de la manufacture de pianos Pleyel, décide de faire construire un grand centre musical avec en son cœur une salle de concert symphonique de trois mille places bénéficiant des dernières recherches en acoustique musicale, et intégrant des studios et des espaces d’accueil et d’exposition, permettant notamment de promouvoir les instruments produits par la société. En 1922, il confie la réalisation de son projet à l’architecte Jacques Marcel Auburtin, qui meurt en 1926 ; deux de ses collaborateurs, André Granet et Jean-Baptiste Mathon, le remplacentBéatrice de Rochebouët, « Paris, reine indétronable de l'Art déco », Le Figaroscope, semaine du 16 au 22 octobre 2013, p. 4-6.. Le chantier est lancé le sur le terrain situé au de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à proximité de la place de l’Étoile, et achevé en 1927.
Le bâtiment comprend : la grande salle, d’une capacité places environ ; la salle Debussy, d’une capacité de 150 places environ ; la salle Chopin, d’une capacité de 509 places environ, prévue pour la musique de chambre ; des espaces d’accueil comme le grand hall, ainsi qu’un espace d’exposition et de démonstration des pianos Pleyel ; des studios insonorisés ; des espaces de bureau, des appartements.
Sa façade est blanche et noire, avec des lignes épurées. À l'intérieur, on compte comme éléments architecturaux Art déco particuliers note Le Figaroscope : . L'édifice et la Grande salle ont subi plusieurs rénovations en 1958, 1981, 1994 et celle particulièrement importante de 2006. La dernière effectuée en 2016 à l'occasion de l'abandon de la programmation en musique classique, a profondément transformé la salle à des fins d'usage pour la musique moderne amplifiée.
L'inauguration Le , la salle Pleyel est inaugurée par un concert de l’orchestre de la Société des concerts du Conservatoire dirigé par Philippe Gaubert, avec en soliste Robert Casadesus et au cours duquel Igor Stravinsky et Maurice Ravel dirigent égalementVoir le programme du concert inaugural sur l’ancien site internet de la salle.. Y assistent le président de la République Gaston Doumergue, le président du Conseil des ministres Raymond Poincaré, le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts Édouard Herriot, ainsi que des compositeurs comme Paul Dukas, Manuel de Falla, André Messager et Reynaldo Hahn.
La critique musicale ainsi que l’architecte Le Corbusier saluent la réussite acoustique d’une salle alors considérée comme révolutionnaire, comme en témoigne l'article signé Henry Prunières et paru dans La Revue musicale :
Les premières années thumb|Marcel Dupré à l'orgue de la salle Pleyel Le , la grande salle est ravagée par un incendie qui endommage également les salles Debussy et Chopin. Les réparations sont rapides et permettent au bâtiment de ré-ouvrir dès la fin de l’année. Des matériaux ininflammables ont été utilisés, comme du métal pour les fauteuils. Cependant, la capacité de la salle a dû être réduite à places.
Dès ses premières années, la salle Pleyel accueille des concerts de l’orchestre symphonique de Paris, de la Société philharmonique de Paris, et des orchestres Colonne, Lamoureux et Pasdeloup, des pianistes LongMarguerite Long joue le concerto en sol de Maurice Ravel à la salle Pleyel, sous la direction de M. Ravel en personne, lire en ligne, Cortot, Casadesus, François, Perlemuter, Rubinstein, Horowitz, Arrau, Nat, de Landowska, Enesco, Thibaud et Segovia. À son pupitre passent notamment Walter, Furtwängler, Pierné, et des compositeurs comme Honegger, Ravel, Schönberg, de Falla, Stravinsky, Poulenc.
En 1929 est installé un orgue Cavaillé-Coll de soixante-dix jeux à quatre claviers mobiles ; il est inauguré le par Marcel Dupré.
La Grande Dépression entraîne la faillite de la société Pleyel en . En , la salle Pleyel, affaiblie financièrement par l’incendie de 1928 et incapable de rembourser ses emprunts, devient la propriété de sa banque, le Crédit lyonnais. La société immobilière Saint-Honoré-Monceau, par l'intermédiaire de laquelle Pleyel possédait la salle, est renommée en 1938 Centre artistique de Paris. La manufacture de pianos et la salle restent séparées jusqu’en 2000.
Le , sous l'Occupation, la salle Pleyel accueille la réunion fondatrice du Front révolutionnaire national.
L’architecte de l'immeuble, André Hamayon, est chargé en 1958 de retravailler l’acoustique de la grande salle, dont la réverbération semble trop importante.
La programmation des années 1940 à 1990 Durant la deuxième moitié du , la salle Pleyel reste un auditorium de renommée mondiale et accueille la plupart des grandes formations et des grands musiciens de l’époqueVoir la liste d’artistes s’y étant produit, sur l’ancien site internet de la salle..
À partir des années 1950, et dans les années 1960 dans le cadre du Paris Jazz Festival, la salle Pleyel accueille la plupart des grands noms du jazz au : Louis Armstrong, Stéphane Grappelli, Art Tatum, Django Reinhardt, Ella Fitzgerald, Erroll Garner (le ), Miles Davis, Keith Jarrett, Ray Charles, Michel Petrucciani. Même quelques groupes de rock, comme Lynyrd Skynyrd, y donnent des concerts dans les années 1970. S’y produisent également des chanteurs de variétés, comme Maurice Chevalier, France Gall, Dalida et Leonard Cohen.
Le Crédit lyonnais, propriétaire de la salle, choisit de ne pas en limiter l’usage à des concerts et la loue à l’occasion pour des congrès politiques, des conférences, des offices religieux, des projections, des concours de coiffure, des tirages de la Loterie nationale ou des galas de variétés. En 1949 s'y tient par exemple le Congrès mondial des partisans de la paixMercedes Yusta, « Réinventer l’antifascisme au féminin : la Fédération démocratique internationale des femmes et le début de la Guerre froide », Témoigner entre histoire et mémoire, Revue pluridisciplinaire de la Fondation Auschwitz, , Dossier « L'antifascisme revisité. Histoire – Idéologie – Mémoire », 2009, p. 91-104..
Le , l'animatrice de RTL Menie Grégoire y organise en direct une émission, L'homosexualité, ce douloureux problème, restée célèbre.. pour avoir été interrompue par des militants homosexuels du Front homosexuel d'action révolutionnaire. RTL a dû reprendre l'antenne à la suite du désordre provoqué, les manifestants ayant jugé homophobe John Mowitt Radio: Essays in Bad Reception, University of California Press, 2011. . le ton de l'émission où intervenaient des « autorités morales », comme des prêtres et des psychanalystes.« L'homosexualité, ce douloureux problème », France.qrd.org.Michael Sibalis, « L’arrivée de la libération gay en France. Le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR) », Genre, sexualité & société, , printemps 2010 ..
En 1980, l’Orchestre de Paris, alors dirigé par Daniel Barenboim, quitte le palais des congrès pour prendre résidence à la salle Pleyel.