vignette|Calendrier de l'Omer, Italie, 1804 vignette|Calendrier-livre de l’omer, d’origine de Vérone (Italie), 1826, dans la collection du Musée juif de Suisse. Le décompte de l’omer (hébreu : ספירת העומר sefirat haomer) est une prescription biblique commandant de décompter chaque jour des sept semaines qui séparent l’offrande de l’omer, au lendemain de Pessa'h, et la fête de Chavouot. Contrairement à cette offrande, ce décompte de l’omer continue à être réalisé malgré la destruction du Second Temple de Jérusalem.
Cette période a par ailleurs acquis un caractère particulier dans la tradition rabbinique, à cause des nombreux évènements tragiques qui s’y sont produits au cours de l’histoire juive.
Le décompte de l’omer dans les sources juives
Dans la Bible hébraïque
La prescription du décompte de l’omer apparaît dans le Lévitique après celle de l’offrande de l’omer et est répétée dans le Deutéronome. Les Israélites devront, après l’avoir réalisée, « au lendemain du chabbat », compter sept semaines entières, soit cinquante jours, avant de réaliser de nouvelles offrandes pour la fête de ChavouotLévitique 23:9-16 ; Deutéronome 16:9-10.
C’est dans cette période que s’inscrit le récit de Ruth car elle arrive avec Noémie à Bethléem au commencement de la moisson de l’orgeRuth 1:22, cf. Rachi ad loc.; voir aussi , s.v. Ruth 1:22.
Dans la littérature des Sages
Analysant les versets bibliques relatifs à ces prescriptions, les rabbins en retirent que chacun doit réaliser le décompte à titre individuel, à partir du lendemain du jour faste de Pessa'h ; les versets semblant tantôt prescrire de compter les jours et tantôt les semaines, les rabbins en déduisent que le décompte doit comporter les deux modalités (« dix jours qui font une semaine et trois jours ») et décident qu’il convient de continuer ainsi même après la destruction du Temple. Enfin, l’offrande de l’omer devant être apportée de jour, le fauchage et (par conséquent) le décompte doivent être réalisés de nuitT.B. Roch Hachana 5a, Meguila 21a, Haguiga 17b & Menahot 65b-66a.
La période « de Pessa'h à Atzeret » (Chavouot), au cours de laquelle s’applique la prescription du décompte, prend par ailleurs une connotation particulière : elle est connue pour son climat agréableBereshit Rabba (édition Vilna) 34:11 mais correspond aussi, selon Rabbi Yohanan ben Nouri, au temps passé par le méchant dans la géhenne à recevoir son jugementMishna Edouyot 2:10 & Bartenoura ad loc. et, selon Rabbi Yehoshoua et Rabbi Eliezer, à la durée de vie d’AbelBereshit Rabba (édition Vilna) 22:4. Le Talmud rapporte par ailleurs que les vingt-quatre mille étudiants de Rabbi Akiva moururent d’une épidémie dans cet intervalleT.B. Yebamot 62b ; voir aussi Bereshit Rabba (édition Vilna) 61:3.
Dans la littérature médiévale
Diverses coutumes apparaissent au cours de l’ère des gueonim : Sar Shalom Gaon rapporte l’usage dans la maison de son maître de lire le traité Avot et la baraïta Kinyan haTorah (ultérieurement réunis sous l’appellation de Pirke Avotcf. Seder Rav Amram Gaon (éd. Harpenas, 1984), min'ha shel shabbat s.v. Pirke Avot) lors de l’office de min'ha des six chabbatot qui séparent Pessa'h de Chavouotcf. Siddour Rashi (éd. Freima, 1912), siman 516. Interrogé sur la raison pour laquelle on ne célèbre pas de mariage ni ne se coupe les cheveux au cours de cette période, son successeur Natronaï Gaon répond que l’on commémore ainsi le décès des étudiants de Rabbi AkivaTeshouvot HaGueonim Shaarei Tsedek (éd. Nissim Modai, 1792), responsum n°278. Des auteurs médiévaux rapportent également au nom de Haï Gaon la coutume de s’abstenir de réaliser quelque tâche que ce fût dès le coucher du soleil jusqu’au matin car c’est à ce moment que l’on enterrait les étudiants et l’on n’avait pas le cœur à travaillerSefer Aboudraham (éd. Jérusalem, 1963), tefillot Pessa'h.
Les gueonim et les auteurs médiévaux se livrent par ailleurs à une réflexion intense sur les détails de la prescription du décompte de l’omer, en déterminent le moment adéquat, décident de ce qu’il convient de faire lorsqu’on ne l’a pas réalisée en son temps, si elle doit être effectuée debout ou si l’on peut être assisIsaac ibn Ghiyyat, Hilkhot Ri"tz Ghiyyat, hilkhot hadash vesfirat haomer, p.340, s’il convient de la réciter en hébreu ou dans la langue vernaculairecf. Siddour Rav Saadia Gaon (éd. Assaf-Davidson-Joël, 1941), p. 154, etc.
Deoraïta ou derabbanan ?
Une controverse oppose les grands décisionnaires médiévaux sur le caractère contraignant de la prescription du décompte : Rachi, s’appuyant sur l’autorité d’Ameimar, estime qu’elle n’est plus observée après la chute du Temple qu’en souvenir de celui-ci et est donc une ordonnance rabbinique (derabbanan)Rachi sur T.B. Menahot 66a, s.v. Ameimar alors que Moïse Maïmonide considère que cette opinion était celle du seul Ameimar et que la prescription demeure une ordonnance biblique (deoraïta)Mishne Torah, hilkhot tmidin oumoussafin 7:22 & 24. Au-delà du débat d’écoles, cette question a une importance pratique car, si le décompte est deoraïta, il doit se faire après la tombée de la nuit tandis que s’il est derabbanan, il devrait idéalement se faire avant ce moment ..
Le Sefer Hahinoukh cherche la conciliation en écrivant que la prescription « a force de loi biblique en tout endroit pour les hommes du temps du Temple et rabbinique en tout endroit et même aujourd’hui où l’omer n’est plus offert du fait de nos péchésSefer Hahinoukh, mitzva n°306 ». Yerouham ben Meshoullam suggère que le décompte des jours pourrait avoir force de loi biblique mais que celui des semaines est fort certainement rabbiniqueRabbenou Yerouham, Sefer Toledot Adam veHava, p. 42, cité in Eliya Zoutta 489:2, cf. .. Plus récemment, Isaac Barda a écrit que le nombre d’auteurs partageant l’opinion de Maïmonide est suffisamment conséquent pour que la prescription puisse être considérée comme deoraïta, même si elle est derabbanR' I. Barda, Yiranen Yitzhak tome 6, n°53, cité in ..
La Loi a finalement été fixée selon l’opinion de RachiCf. Yehouda Yekoutiel Halberstam, Divrei yatsiv, helek Orah Hayim, n° 216 & . et le décompte de l’omer avant la tombée de la nuit n’est pas invalidé (on tâche cependant d’attendre au moins vingt minutes après la sortie des étoiles avant de le faire).
Pourquoi ce décompte ?
Si Rabbi Akiva trouve une justification aux offrandes qui encadrent la période de l’omerT.B. Roch Hachana 16a, aucune explication ne semble avoir été fournie à la prescription du décompte avant Maïmonide. Celui-ci, se basant sur la tradition qui fait de Chavouot le jour du don de la Torah sur le mont Sinaï, en déduit que les Israélites, qui avaient été prévenus de la chose, ont décompté les jours avec l’impatience d’une personne qui anticipe un moment agréableM. Maïmonide, Guide des Égarés, IIIème partie, chap. 43.
Adoptée avec des variations mineures par de nombreux auteurs médiévaux dont Tsedekia HarofèShibbolei Haleket, chap. 236, cité in ., Aaron Halevi et Nissim Gerondi qui la rapporte au nom d’une aggadaRan al HaRif, Pessahim 28a, cité in ., la suggestion de Maïmonide ne dit rien des coutumes de deuil qu’il semble au demeurant ne pas connaître.. La période de l’omer aurait donc été une période joyeuse avant d’être assombrie par la mort des étudiants de Rabbi Akiva et la persécution des Juifs pendant la première croisadeAroukh Hashoulhan Orah Hayim 493:1 ; cf. , & ..
Selon David Aboudirham, qui s’appuie sur le dit de Rabbi Akiva, les jours de l’omer auraient toujours été passés dans l’angoisse de l’attente du jugement divin sur les récoltes ; le décompte aurait été prescrit pour que les gens n’oublient pas, dans leur affairement, de monter en pèlerinage à ChavouotSefer Aboudraham, cité in mais voir Jérémie 5:24 selon .. Des auteurs ont, là aussi, tenté de concilier son opinion avec celle de Maïmonide en invoquant l’enseignement de Rabbi Yohanan ben NouriShibbolei Haleket, chap. 235, cité in . ou en expliquant que la réjouissance à l’approche de Chavouot devait se doubler d’une crainte révérencieuseYeshaya Horowitz, Shnei lou'hot habrit s.v. massekhet Shevouot, perek ner mitzva, §18 ; cf. ..
Le deuil
Les coutumes de deuil, encore inconnues des codificateurs espagnols et rhénans au , sont, au dire d’Avraham de Lunel, universellement observées un siècle plus tard. Il ajoute que les communautés de Provence et du Nord de la France ont pour usage de les interrompre au trente-troisième jour de l’omer en vertu d’une tradition ancienneAvraham Hayarhi, Sefer HaManhig (édition Y. Raphaël), Hilkhot eroussin venissouïn, Mossad Harav Kook, Jérusalem 1978, p. 578. Son contemporain rhénan, Eleazar de Worms, signale que la coutume ashkénaze est d’observer trente-trois jours de deuil plutôt que d’interrompre le deuil au trente-troisième jour ; ainsi, certains se rasent et célèbrent des noces jusqu’au iyar, et s’abstiennent ensuite de toute réjouissance jusqu’à ChavouotSefer Harokea'h (édition Eisenbach), hilkhot eroussin venissouïn, §155.
Dans la littérature kabbalistique vignette|Mizrach et calendrier de l'Omer, Cincinnati (Etats-Unis), 1850 Le Zohar enseigne que les sept semaines qui séparent Pessa'h de Chavouot sont, à l’instar des sept jours qui suivent le flux d’une femme, un temps de purification de l’impureté dont les enfants d’Israël s’étaient chargés en Égypte avant de pouvoir s’unir avec Dieu et recevoir sa Torah. Évoquant ensuite d’autres parallèles entre les sept semaines, les sept années du cycle de la terre et les sept cycles de sept ans qui annoncent le jubilé, il leur confère un rôle majeur dans l’harmonie de la création. Par conséquent, qui ne s’acquitterait pas du devoir de compter n’annulerait pas seulement un commandement, il serait aussi appelé impur et ne serait pas digne d’avoir une part à la TorahZohar, Emor, p. 96-97 & Reei meheimana ad loc., cités in & ..
Isaac Louria et ses disciples élaborent sur ces bases, insistant d’une part sur l’importance de réaliser au mieux la prescriptionCf. notamment l’introduction au Shaar Haguilgoulim, citée par . et enseignant d’autre part ses vertus purificatrices : le décompte de l’omer pendant chaque jour des sept semaines permet de réparer le dommage causé aux sept vertus cultivées en ce monde par les sept « bergers fidèles » (Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Joseph et David). Ces vertus correspondent aux sept sefirot inférieures: hessed (grâce), gvoura (vaillance), tiferet (beauté), netza'h (fermeté), hod (gloire), yessod (fondation) et malkhout (royauté). Chacune de ces vertus contenant les autres et étant contenues par elles, il faut une semaine pour réparer les dommages causés aux sept aspects d’une vertu, à raison d’un jour par aspect (la grâce, la vaillance qu’il y a dans la grâce, la beauté qu’il y a dans la grâce etc.)..
Isaac Louria confère par ailleurs au trente-troisième jour de l’omer son importance actuelle en affirmant que Rabbi Shimon bar Yohaï, auteur putatif du Zohar, s’est réjoui pour une raison mal connueCf. .. Jacob Emden suggère que ce jour correspond au hod dans le hod et que cette sévérité dans la sévérité l’annule et en fait un jour de joieSiddour Yaavetz, cité in ..
Observance de l’omer dans le judaïsme rabbinique droite|vignette|Décompte de l'omer, Maroc, Tanger, années 1960 droite|vignette|Décompte de l'omer, Jérusalem, 1952. Le décompte
Premier jour du décompte