vignette|droite|upright=1.5|Un atelier d'art-thérapie au Sénégal. L’art-thérapie désigne un ensemble hétérogène de méthodes visant à utiliser le potentiel d'expression artistique et la créativité d'une personne à des fins psychothérapeutiques ou de développement personnel...

Si, comme l'indique un rapport de l'OMS, l'art et les activités culturelles (notamment les visites de musées) de manière générale pourraient avoir des effets bénéfiques sur le bien-être, les relations concrètes entre art et santé restent toutefois floues, et les tentatives d'appuyer scientifiquement l'utilisation thérapeutique de l'art souffrent de nombreuses limitations méthodologiques..

En , le Conseil national de l'Ordre national des infirmiers en France concluait que la quarantaine de méta-analyses existantes recensant plus de études menées sur l'art-thérapie concluent à l'absence de preuves concernant son efficacité réelle sur la santé des patients.

On peut aussi noter qu'une partie non négligeable des théories sur lesquelles se basent les praticiens se réclamant de l'art-thérapie relèvent de la psychanalyse.

Définition Certaines écoles d'art-thérapie qui la pratiquent tendent à avoir une définition similaire de l'art-thérapie, la décrivant comme ., ou encore : J.-P. Klein, L’art-thérapie, Paris, {(2001), 126..

Dans son édition de 2010 de L'art-thérapie dans la collection « Que sais-je ? », le psychiatre Jean-Pierre Klein donne ces différentes définitions :

Définition plus succincte : Jean-Pierre Klein, L’art-thérapie, PUF « Que sais-je ? », 2010, .

Néanmoins, il existe plusieurs approches de la psychothérapie par l'art avec différentes références théoriques et pratiques, parfois assez éloignées. Les différentes écoles et formations en témoignent.

Le terme art-thérapie est parfois même controversé (Voir par exemple le livre de Jean Florence : Art et thérapie, des liaisons dangereusesJean Florence, Art et Thérapie, liaisons dangereuses, Bruxelles, Publications des facultés universitaires Saint-Louis, 1997.), certains praticiens des approches psycho-thérapeutiques par l'expression artistique ou la créativité préférant donner d'autres noms à leur pratiques ( pour Guy Lafargue, pour Jean Broustra, , , ).

Genèse de l'art-thérapie Association de l'art au désir de soigner vignette|upright=1.3|alt=Tableau d'Adolf Wolfli|Tableau d'Adolf Wolfli.

À partir de la Renaissance déjà les écrits d’esthétique évoquent souvent le pouvoir « curatif » de la peinture, comme le peintre Giovanni Battista Armenini qui a écrit que la gaieté des « grotesques » des Loges de Raphaël au Vatican pouvait traiter la mélancolie.

Les ouvrages de Walter Morgenthaler, Hanz Prinzhorn et Robert Volmat sont parmi les principaux pour comprendre la croissance de l'art-thérapie. Le premier ouvrage éclairant est celui de Walter Morgenthaler, médecin. Il publie en 1921 , un livre fondamental sur le lien entre art et maladie mentale. En 1922, il publie un ouvrage présentant les œuvres d'Adolf Wölfi, patient qui a réalisé une quantité importante de dessins et collages. Ce livre est très important dans l'histoire de l'art-thérapie, par le lien positif qu'il introduit entre maladie et création.

De l'art brut à l'art-thérapie Edward Adamson au Royaume-Uni thumb|Edward Adamson, pionnier de l'art-thérapie, ayant oeuvré à la reconnaissance de cette discipline dans les pratiques institutionnelles, en offrant aux patients un espace de calme et de libre création. Edward Adamson (1911–1996) est considéré comme l'un des pionniers de l’art-thérapie au Royaume-Uni. Artiste formé et diplômé de l'école d'art de Bromley, il débute comme graphiste puis est objecteur de conscience durant la Seconde Guerre mondiale (servant comme infirmier).

Après-guerre, il collabore avec Adrian Hill, qui a introduit le terme « art-thérapie » en 1942, et participe à des programmes de médiation artistique dans les sanatoriums et produit des conférences sur ses résultats ; quand la tuberculose a été combattue par de nouveaux médicaments et que les sanatoriums ont fermé, il a transféré ses méthodes vers le domaine de la psychiatrie.

En 1946, il est recruté à l’hôpital psychiatrique de Netherne (Surrey), où le surintendant lui demande d’établir des séances d’art régulières pour les patients, en écho aux théories du psychiatre suisse Carl Gustav Jung qui croyait que la pratique artistique pouvait être un mécanisme de guérison. Il crée dans l'hôpital un studio-atelier d'art expérimental destiné aux patients internés, un lieu de calme et de créativité, qui est aussi un lieu d’acceptation Kashmira Gander (2016), Healing with paint: How the pioneer of art therapy helped millions of mental health patients | Journal The Independant, 07 septembre 2016 ; consulté le 30 juillet 2025|url=https://www.independent.co.uk/life-style/health-and-families/art-therapy-mental-health-edward-adamson-wellcome-collection-jung-a7227126.html.. Y refusant les approches médicalisées, il prône une pratique libre et non interprétative de l’art, considérant les œuvres comme des expressions personnelles plutôt que des outils diagnostiques. Il a conservé environ des milliers d'œuvres réalisées par les patients, constituant ce qui deviendra la collection AdamsonCollection Adamson (images)| url=http://www.adamsoncollectiontrust.org/images/., aujourd’hui conservée, pour partie ( œuvres environ), à la Wellcome Collection..

En 1964, il devient le premier président de la British Association of Art Therapists, tout en se distanciant progressivement du champ clinique pour se rapprocher du mouvement de l’Art Brut. Son ouvrage Art as Healing (1984), coécrit avec son compagnon John Timlin, témoigne de son approche humaniste et non interventionniste.

Jean Dubuffet et l'art brut Jean Dubuffet, artiste peintre et sculpteur, découvre les productions de personnes internées en hôpital psychiatrique et se passionne pour ce type de création qu'il nomme lart brut dans les années 1940. Il organise tout au long de sa vie de nombreuses expositions de productions issues de ce courant qu'il a contribué à faire connaitre.

André Breton et les surréalistes vignette|droite|upright=0.85|alt=portrait d'André Breton|André Breton.

Chef de file des surréalistes, André Breton, tout comme ses amis du même mouvement artistique, s'est intéressé à l'expression de l'inconscient à travers la création artistique et s'est à ce titre intéressé aux publications de Marcel Réja, Hanz Prinzhorn et Walter Morgenthaler. Avec ses amis surréalistes, il expérimente diverses techniques permettant, d'après eux, de faire parler l'inconscient à travers la création, notamment l'écriture automatique ou la peinture.

Jean Dubuffet et André Breton font partie des fondateurs de l'association loi de 1901 la Compagnie de l'art brut en 1948.

Ergothérapie Au cours du l'ergothérapie ou « thérapie occupationnelle » se développe dans les institutions de soin. Elle cherche à soigner, rééduquer, réhabiliter, restaurer des capacités physiques, psychiques, sociales, et sensorielles par l'activité, le travail. Parmi ces activités, on trouve des activités d'expression artistique.

Parmi les médecins du ayant encouragé ces pratiques on trouve Philippe Pinel puis Jean-Étienne Esquirol, François-Emmanuel Fodéré, Étienne-Jean Georget, Joseph Guislain.

À partir de cette démarche se développent les premiers ateliers dits « d'expression libre », puis de plus en plus de tentatives d'utilisation de l'expression artistique à des fins psychothérapeutiques.

Intérêt des psychologues et psychanalystes pour la création artistique

Travaux des psychanalystes sur l'utilisation de l'expression artistique Anna Freud (1895-1982), dans son ouvrage Le traitement psychanalytique des enfants (1945), évoque l'utilisation du dessin comme un Anne Brun, Médiations thérapeutiques et psychose infantile, Dunod, 2007, . Donald Winnicott, pédiatre anglais (1896-1971), développe une théorie de la « transitionnalité » qui influence durablement les théories de l'art-thérapie et des médiations artistiques. Il invente notamment le terme de squiggle pour designer un dessin cocréé avec un enfant. Il le présente ainsi : (1953), cité par Anne Brun dans Médiations thérapeutiques et psychose infantile, Dunod, Paris, 2007.. Il évoque la notion d'espace potentiel. Il envisage l'œuvre comme un « objet transitionnel » Marion Milner évoque la notion de « médium malléable » en 1952 dans son article « Le rôle de l'illusion dans la formation du symbole ». Cette notion est reprise de nos jours par René Roussillon, psychologue clinicien et professeur à l'université Lyon 2.

Pédopsychatrie et psychothérapie d'enfants Melanie Klein, 1882-1960, psychanalyste d'enfants, développe la théorie du deuil et de la réparation dans le contexte de la cure et la technique psychanalytique du jeu.

Développement de l'art-thérapie

En France Jacques Soisson, artiste peintre, est aussi psychothérapeute pour enfants. À partir de 1966, il collectionne alors des peintures et dessins d’enfants et d’adolescents. Cette importante collection a fait l'objet, avec le concours de Anne et Arsène Bonafous-Murat, d'une donation au Musée de l'Hospice Saint-Roch, à Issoudun. Il crée plusieurs ateliers d'art-thérapie. Il collabore avec l’Institut Édouard Claparède de Neuilly.

Psychopathologie de l'expression Claude Wiart : il fonde en 1964 la Société française de psychopathologie de l'expression. Robert Volma fonde en 1959 la Société internationale de psychopathologie de l'expression et d'art-thérapie (SIPE-AT).

Courant de l'expression créatrice Il est représenté par Arno Stern, Max Pagès puis Guy Lafargue et Jean Broustra. Leurs praticiens ne cherchent pas forcément un effet thérapeutique, voire s'en défendent : J.-P. Klein, L'Art-thérapie, coll. Que sais-je ?, PUF, Paris, 1997..

Arno Stern est un des précurseurs des ateliers d'expression libre. Il est le créateur du dispositif du « clos-lieu » basé sur un certain nombre de principes (un lieu fermé sans fenêtres, une table-palette, des supports permettant de peindre des dessins de grandes surfaces), À ces conditions matérielles s'ajoutent des règles du lieu (en principe les peintures ne sortent pas de l'atelier, l'œuvre n'est pas destinée à être vue ou commentée par d'autres personnes, l'enfant ou l'adulte ne doit pas être influencé, il peint ce qu'il souhaite, et décide seul si son dessin est terminé). Il théorise dès 1973 sa conception de l'expression créatrice dans son livre L'ExpressionArno Stern, L'Expression, Delachaux et Nieslé, Paris, 1973.. Il prône la non-directivité (aucun apprentissage, pas de techniques), persuadé qu'il suffisait de créer un environnement favorable pour que s'exprime de manière optimale la capacité créative des enfants (et aussi plus tard, le vérifiera-t-il avec les adultes)Extrait de Jean Broustra : Expression et psychose, ateliers thérapeutiques d'expression, chapitre « de l'art brut à l'expression créative », Éditions ESF, Paris, 1987.. Max Pagès, psychosociologue, se réclamant de l'approche non-directive de Carl Rogers. Il développe des ateliers d'expression, utilisant différentes formes expressives (peinture, danse…). Il prône l'implication émotionnelle de l'animateur.