thumb|Avignon. Tour Saint-Jean, à l'angle de la place Pie et de la rue Saint-Jean-le-Vieux, ancienne Livrée du cardinal Corsini, dite Livrée de Florence Une livrée cardinalice était un palais élevé pour y accueillir un cardinal et sa suite.

Les livrées d'Avignon On trouve encore à Avignon de nombreuses maisons de maîtres ou des hôtels particuliers qui ont servi de livrées cardinalices, en particulier celle du cardinal Annibal de Ceccano.

Les résidences cardinalices : livrée, hôtel ou palais ? Bernard Sournia et Jean-Louis VaysettesCf. Le Sacré Collège en villégiature : le palais d’un cardinal au temps de la papauté avignonnaise, Op. cité. indiquent que les maisons cardinalices dans Avignon n’étaient, au départ, que de simples habitations bourgeoises réquisitionnées par l’administration pontificale. D’où le nom de libratae donné généralement à ces résidences qui étaient en effet livrées aux princes de l’Église. Avec le temps, avec la fixation de la papauté et le séjour d’Avignon tendant à durer, les cardinaux rachètent leurs habitations de fonction pour se faire bâtir des palais, lesquels conservent improprement le nom de « livrées ».

J. Girard précise que ces livrées sont aménagées et décorées avec un grand souci d'apparat :

Ce qui ne les empêche point de protéger leurs abords en s'entourant de clôtures de pierres ou de barrières de bois.

Pour les résidences secondaires, généralement situées dans la campagne autour d'Avignon, l’usage n’a pas retenu de nom particulier. Le terme de bastides, hôtel, palais est indifféremment employé sauf quand l’établissement voulu par le cardinal commanditaire est un couvent (Sainte-Prexède à Montfavet, Gentilly à Sorgues, etc).

Le cas de Villeneuve-lès-Avignon, situé dans le royaume de FranceAu , le Rhône fait frontière entre le royaume de France (Languedoc) et Avignon, le Comtat Venaissin et la Provence relevant du Saint-Empire romain germanique., est à part. L’attribution du terme « livrée » y est abusif. Depuis le , les historiens emploient plus généralement celui d’« hôtel » ou de « palais », puisque toutes ces demeures ont été édifiées par les cardinaux eux-mêmes et jamais « livrées ».

Livrées intra-muros à Avignon Livrée d'Albano vignette|La Tour de la livrée d'Albano au-dessus de l'hôtel de ville. La livrée d'Albano se trouve au cœur d'Avignon, sur la place de l'Horloge, au carrefour de la rue Ferruce. Elle est occupée par l'actuel hôtel de ville. Elle est la résidence des cardinaux Pierre Colonna, Pierre de Mortemart, Étienne Aubert (futur Innocent VI), Audoin Aubert et Niccolò Brancaccio, cardinal-évêque d'Albano.

Cette livrée est aménagée dans l'ancienne abbaye des dames bénédictines de Saint-Laurent. La plus grande partie de son aménagement actuel est due à Audoin Aubert, qui précise dans son testament du , qu'il y a fait édifier tour et caveDe nos jours, seule subsiste la tour, dite de l'Horloge, rendue célèbre par la présence de Jacquemart et de Jacotte qui sonnent les heures depuis 1471.. Les niveaux de cette tour ont été particulièrement étudiés par Hervé Aliquot, qui note qu'elle .

Dans la salle du premier étage, la voûte, un ciel bleu foncé étoilé d'or, est soutenue par des arcs décorés de boutons de roses, et les quatre murs sont couverts « d'immenses tapis dont les motifs peints au pochoir évoquent les merveilles venues d'Orient ». Courant sur ces murs, se voit une inscription en caractères blancs « dont les lettres donnent l'impression d'un alphabet crypté »Hervé Aliquot n'hésite pas à parler du rôle ésotérique de cette tour et de son cabinet secret du premier étage.. Plus insolite encore dans cette salle est le portrait sculpté du cardinal Aubert sur l'un des culs de lampe. « Son visage est enveloppé d'un capuchon à l'intérieur rouge et à l'extérieur bleu turquoise retombant sur une robe de même couleur. Il est coiffé d'un chapeau noir orné d'une houppe dont il tient les cordons de la main droite ».

Au second étage, dans la chapelle, au sol recouvert de carreaux verts, si trois culots supportent les arêtes d'ogive sont sculptés des symboles des évangélistes (Ange de Matthieu, Aigle de Jean et Lion de Marc), le quatrième n'est pas le Bœuf de Luc mais la tête d'Innocent VI, oncle du cardinalLe portrait est identique à celui du gisant du pape à Villeneuve-lès-Avignon et avec celui de la fresque de la chapelle des Espagnols, dans la Basilique Santa Maria Novella à Florence, où le pape est entouré du cardinal Gil de Albornoz et de l'empereur Charles IV de Luxembourg..

En 1447, devenue la propriété du collège Saint-Ruf de Montpellier, la livrée est rachetée par le conseil de Ville, sur ordre du cardinal Pierre de Foix, légat pontifical, pour être aménagée en maison municipale.

La chapelle de la tour a servi au à entreposer les archives municipales.

Livrée d'Amiens Elle se trouvait au nord du couvent des frères prêcheurs et est coupée en deux lors de la construction des remparts d'Avignon en 1355. La porte Saint-Dominique marque son emplacement. Cette livrée est successivement attribuée à Jean-Raymond de Comminges, Guillaume de Court Novel, Guy de BoulogneLa livrée fut détruite en partie alors qu'elle est occupée par le cardinal de Boulogne. Il doit alors déménager pour s'installer dans celle de Ceccano., puis Jean de La Grange, évêque d'Amiens.

Livrée d'Auch Elle se situait entre l'église Saint-Agricol et l'église Saint-Étienne. Elle sert successivement de résidence aux cardinaux Guillaume de Mandagout, Guillaume d'Aigrefeuille l'Ancien, Bertrand du Pouget, Guillaume Sudre, Guillaume de Chanac, Guy de Malesec et Jean Flandrin, archevêque d'Auch.

Livrée de Cambrai Elle se trouvait sur l'emplacement de l'actuel musée Calvet, au de la rue Joseph-Vernet. Cette livrée est la résidence des cardinaux Annibal de Ceccano, Pierre d'Arrablay, Gilles Aycelin de Montaigut, Jean de Dormans, Nicolas de Saint-Saturnin, Faydit d'Aigrefeuille, Bertrand de ChanacLa Livrée de Cambrai est quelquefois désignée comme Livrée de Jérusalem en l'honneur de Bertrand de Chanac., patriarche de Jérusalem, et Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai.

En 1719, la livrée de Cambrai est vendue à la famille des Villeneuve-Martignan et rasée en 1741 pour être remplacée par un hôtel particulier. L'hôtel est acheté en 1802 par le négociant Deleutre, qui le loue ensuite à la ville d'Avignon pour y installer les collections d'Esprit Calvet. Le , il est acquis par la municipalité pour être transformé en muséeJoseph Girard, , p. 299..

Livrée de Canillac vignette|Tour de la livrée de Canillac (début du ). Cette importante livrée occupait tout l'emplacement entre les actuelles rue de la Monnaie et de la Vieille-Poste. Ses vestiges sont repérables dans les immeubles du au de la rue de la Balance. Elle est tour à tour occupée par les cardinaux Nicolas de Freauville, Hélie de Talleyrand-Périgord, Raymond de Canillac, qui lui laisse son nom, Bertrand de Cosnac, Jean de Cros de Calimafort, Pierre Amielh de Brénac, Jean de Murol et Pierre Martin Salva de Montignac l’aîné.

Le principal témoin de la splendeur de cette livrée reste la tour de Canillac, dite aussi tour de l'Officialité. Elle est l'œuvre du cardinal Raymond de Canillac qui la fait ériger en 1356 avec maisons bâties autour d'un jardin et d'un cloîtreLe cardinal de Périgord qui ménage en 1350 dans sa résidence du Petit Palais laisse sa place au cardinal de Canillac qui occupe cette livrée jusqu'en 1373, date de sa mort..

Au cours du premier siège du palais des papes (1398-1403), la livrée sert de quartier général à Geoffroy le Meingre, frère du Jean II Le Meingre, le maréchal Boucicaut. Lors du second siège (1410-1411), une bombarde, hissée sur le sommet de sa tour, lance boulets et immondices contre le palais.

En 1457, la livrée devient la propriété du cardinal Alain de Coëtivy, évêque d'Avignon, qui y installe son officialité. Le corps du logis, en ruines, est rasé en 1601. Aujourd'hui, les seuls vestiges du se trouvent dans les demeures longeant la rue Pente-Rapide. Ils consistent en une croisée d'ogives avec clé armoriée aux armes de Clément VI et de Raymond de Canillac, un morceau de plafond peint, etc.

Livrée de Ceccano vignette|Livrée Annibal de Ceccano Située près de la place Saint-Didier, elle a comme cardinaux résidants Arnaud Novel, Pierre d'Arrablay, Annibal de Ceccano, Bertrand de Deaux, Francesco degli Atti, Androin de la Roche, Bernard du Bosquet, Giacomo Orsini et Pierre de la Vergne.

La tour dominant la livrée est commencée par le cardinal Pierre d’Arrablay et achevée par le cardinal Annibal de Ceccano qui la couronne de créneaux. Elle possède trois niveaux qui sont occupés par la médiathèque Ceccano. Le premier, devenu la bibliothèque de prêt, possède une ornementation aux armes d’Annibal de Ceccano et de son oncle le cardinal Giacomo Stefaneschi, le premier étage, actuelle salle de lecture et ancienne salle d’apparat, a conservé un ensemble de décors (frises rouges et bleues de quintefeuilles, quadrilobes alternant avec des figures de monstres et des blasons). Le second étage, devenu administratif, conserve des restes de fresques.

Livrée de Dax Située entre la rue Argentière et la place du Change, elle accueille Niccolò Alberti di Prato, Raymond Le Roux (Ruffo), Jean de Caraman, Pierre Itier, évêque de Dax, Bernard du Bosquet, Niccolò Brancaccio, Jean de Murol et Jean Flandrin.

Livrée de Florence vignette|La livrée de Florence, d'après une aquarelle de Gustave Vidal () Elle se situait sur la partie nord de l'actuelle place PieCette livrée dite encore de Saint-Jean-le-Vieux avait été dès le l'hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalem. Les Joanites l'avaient quitté pour s'installer, après le concile de Vienne, dans la vaste commanderie du Temple d'Avignon, près de l'église Saint-Agricol.. Elle fut successivement occupée par Raymond-Guilhem de Fargues, Nicolas de Besse, Guillaume d'Aigrefeuille le Jeune et Pierre Corsini, évêque de Florence.

Si le cardinal de Fargues se contente des bâtiments de l'ancien hôpital, que jouxtent l'église et le cimetière des hospitaliers, il n'en va pas de même pour le cardinal Nicolas de Besse. Il fait édifier un nouveau corps de logis qu'il surmonte d'une tour. Cette tour, dite de Saint-Jean-le-Vieux est le seul vestige de cette livrée qui est démolie entre 1861 et 1898.

Livrée de Giffone Elle se trouvait au place des Vieilles-Études. Les cardinaux qui y résident sont Guilhem Ruffat de Fargues, Arnaud de Faugères, Giovanni Orsini, Pierre Roger (pape Clément VI), Guy de Boulogne et Leonardo Rossi de Giffone.

L’université d’Avignon, créée en 1303 en même temps que celle de Rome, par Boniface VIII, y est transférée au début du . Fermée au cours de la Révolution française, elle rouvre ses portes en 1965 avec la création d’un collège scientifique universitaire (CSU) et d’un collège littéraire universitaire (CLU).

Livrée de La Jugie Elle se situait dans la rue Joseph-Vernet, à l'emplacement du siège actuel de la chambre des métiers et de l'artisanat. Elle est d'abord affectée à Guillaume de La Jugie qui y réside jusqu'à sa mort en 1374, puis à Jean de La GrangeJean de la Grange (1375-1402) quitte la livrée de La Jugie pour s’installer dans une nouvelle livrée, à l’actuel de la rue Bouquerie qui, plus tard, devient l’hôtel Villardy de Montlaur..