vignette|droite|Liste des noms de de la Shoah en Bohême-Moravie sur le mur de la synagogue Pinkas à Prague, Brumel–Fink (2017). La Shoah a provoqué des évolutions profondes sur la société, tant en Europe que dans le reste du monde. Ses conséquences demeurent perceptibles par les enfants et les adultes dont les ancêtres sont des victimes de ce génocide.
Accès aux archives en Allemagne
Face à l'immensité des preuves et à l'horreur de la Shoah, une forte proportion de la société allemande a réagi en adoptant une attitude d'auto-justification et de profil bas. Dans les années qui suivent la guerre, des Allemands ont tenté de récrire leur propre histoire pour la rendre plus acceptableMargolin, Elaine. "The Post-War West Germans’ Post-Holocaust Distortions." Jewish Journal. 6 February 2014. 9 February 2015.. Pendant des décennies, l'Allemagne de l'Ouest, puis l'Allemagne réunifiée, a refusé l'accès à ses archives relatives à la Shoah rassemblées à Bad Arolsen en avançant des inquiétudes sur la vie privée. Après vingt années d'efforts par l'United States Holocaust Memorial Museum, en il est annoncé que 30 à de pages deviendraient consultables pour les survivants, les historiens et d'autres personnesGermany to open Holocaust archives Al-Jazeera 19 April 2006..
Survivants
Personnes déplacées et État d'Israël thumb|La Salle des noms à Yad Vashem affiche des témoignages en mémoire des millions de Juifs assassinés pendant la Shoah.
La Shoah laisse des millions de réfugiés, dont de nombreux Juifs qui ont perdu la totalité ou la plupart de leurs proches et de leurs possessions et qui souvent subissent un antisémitisme persistant dans leurs pays d'origine. À l'origine, les Alliés prévoient de rapatrier ces « personnes déplacées » dans leurs patries d'origine mais beaucoup de personnes refusent de rentrer ou ne peuvent plus le faire, car leurs habitations et leurs communautés sont détruites. Par conséquent, plus de dépérissent dans les camps de personnes déplacées pendant des années après la fin de la guerre. De nombreux camps tenus par les États-Unis présentaient des conditions de vie effroyables ; les réfugiés y vivaient sous une garde armée permanente, comme l'a révélé le rapport HarrisonReport of Earl G. Harrison. As cited in United States Holocaust Memorial Museum, "Resources", Life Reborn: Jewish Displaced Persons, 1945-1951The New York Times, 30 septembre 1945, "President Orders Eisenhower to End New Abuse of Jews, He Acts on Harrison Report, Which Likens Our Treatment to That of the Nazis"Robert L. Hilliard, "Surviving the Americans: The Continued Struggle of the Jews After Liberation" (New York: Seven Stories Press, 1997) .
Comme la plupart des personnes déplacées ne peuvent ou ne veulent pas rentrer dans leurs patries en Europe, et compte tenu des restrictions pesant encore sur l'immigration dans de nombreux pays occidentaux, la Palestine mandataire est devenue la principale destination des nombreux réfugiés juifs. Toutefois, face à l'opposition des arabes locaux, le Royaume-Uni interdit l'entrée des réfugiés juifs sur le territoire de Palestine. Les pays du bloc de l'Est instaurent des obstacles à l'émigration. D'anciens résistants juifs en Europe, en coopération avec la Haganah, organise des efforts massifs pour faire entrer illégalement des Juifs en Palestine : ces opérations, appelées Berih'ah, permettent de transporter (tant les personnes déplacées que celles qui étaient cachées pendant la guerre) vers la Palestine mandataire. En 1948, après la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël, les Juifs peuvent migrer légalement et sans restriction en Israël. En 1952, année de la fermeture des camps de personnes déplacées, plus de juives ayant vécu dans ces camps se sont installées aux États-Unis ; environ en Israël et dans des pays tiersDisplaced Persons from the United States Holocaust Museum..
Résurgences d'antisémitisme
Les rares Juifs survivants en Pologne voient leurs effectifs augmenter avec le retour des émigrés depuis l'Union soviétique et des rescapés des camps de concentration en Allemagne. Toutefois, des résurgences d'antisémitisme en Pologne, comme le Pogrom de Cracovie le et celui de Kielce le provoquent l'exode d'une part importante de la communauté juive, qui ne se sent plus en sécurité dans le paysColumbia University release . Des émeutes antisémites éclatent dans d'autres villes polonaises causent de nombreux morts parmi les JuifsYad Vashem website .
Ces atrocités se nourrissent en partie d'une croyance répandue dans la population polonaise, celle du Żydokomuna (judéo-communisme, déclinaison locale du judéo-bolchevisme) qui rejette les Juifs au prétexte qu'ils soutiennent le communisme. L'accusation de Żydokomuna fait partie des causes qui sous-tendent une intensification d'antisémitisme en Pologne dans les années 1945-1948, dont certains estiment qu'il était encore pire que dans les années 1939 ; des centaines de Juifs sont assassinés lors de violences antisémites. Certains sont tués simplement parce qu'ils tentent de recouvrer leurs biens. En conséquence de cet exode, le nombre de Juifs, qui dans les années d'après-guerre s'élève à s'est réduit à en 1950 et dans les années 1980.
Des pogroms de moindre envergure ont aussi éclaté après-guerre en Hongrie.
Sort des survivants en Israël
En , Haaretz rapporte que de la Shoah vivent sous le seuil de pauvreté en Israël et qu'ils ont besoin d'une assistance plus solide. De telles situations conduisent à des manifestations vigoureuses et spectaculaires de la part de certains survivants contre le gouvernement israélien et des organismes qui en dépendent. Le taux moyen de cancer chez les survivants est près de deux fois et demie plus élevé que la moyenne nationale ; la fréquence du cancer du colon, imputé aux expériences de famine et de stress extrême chez les victimes, est neuf fois plus élevée. En 2016, la communauté des survivants établis en Israël ne représentait plus que ."Social Safety Nets" (PDF), In Re Holocaust Victim Assets Litigation (Swiss Bank), September 11, 2000..
Recherche d'archives sur les victimes
Il y a un regain d'intérêt chez les descendants des survivants pour enquêter sur le sort de leur famille. Yad Vashem propose une base de données consultables comportant trois millions de noms, dont la moitié sont des victimes juives recensées. Cette base de données est accessible en ligne ou en personne. Il existe d'autres bases de données et listes recensant les noms des victimes.
Effets sur la culture vignette|droite|Taux de mortalité de la population juive par pays. Répercussions sur la langue et la culture yiddish
Dans les décennies qui précèdent la Seconde Guerre mondiale, il existait un immense mouvement de reconnaissance du yiddish en tant que langue européenne juive officielle et on assistait même à une « », surtout en Pologne. À la veille de la guerre, le yiddish comptait entre onze et treize millions de locuteurs dans le mondeJacobs, Neil G. Yiddish: A Linguistic Introduction, Cambridge University Press, Cambridge, 2005, .. La Shoah a détruit le berceau Est-européen du yiddish, même si la langue connaissait une érosion. Dans les années 1920 et 1930, le grand public soviétique juif rejette l'autonomie culturelle que lui offre le gouvernement et préfère la russificationDavid Shneer, Yiddish and the Creation of Soviet Jewish Culture: 1918-1930, Cambridge University Press, 2004. . : si 70,4 % des Juifs soviétiques déclarent en 1926 que leur langue maternelle est le yiddish, ils ne sont plus que 39,7 % en 1939. Même en Pologne, où des discriminations féroces faisaient des Juifs un groupe ethnique d'une grande cohésion, le yiddish connaissait un déclin rapide en faveur de la polonisation. En 1931, 80 % de la population juive totale se déclare de langue maternelle yiddish, mais ce taux chute chez les lycéens et atteint 53 % en 1937David E. Fishman, The Rise of Modern Yiddish Culture, University of Pittsburgh Press, 2005. .. Aux États-Unis, la préservation de la langue ne constituait qu'un phénomène unigénérationnel : les enfants des immigrants abandonnaient vite la langue de leurs parents au profil de l'anglaisJan Schwarz, Survivors and Exiles: Yiddish Culture after the Holocaust, Wayne State University Press, 2015. עמ' 316..
À partir de l'invasion de la Pologne par les nazis en 1939, et tout au long de la guerre avec la destruction continue de la culture yiddish en Europe, cette langue et cette culture sont pratiquement éradiqués d'Europe. La Shoah a provoqué un déclin catastrophique du yiddish : en effet, les vastes communautés juives, tant séculaires que religieuses, qui utilisaient le yiddish au quotidien sont victimes d'extermination. Près de cinq millions de victimes de la Shoah, soit 85 % du total, étaient locutrices du yiddishSolomon Birnbaum, Grammatik der jiddischen Sprache (4., erg. Aufl., Hamburg: Buske, 1984), ..
Théologie après la Shoah
La théologie après la Shoah est la somme des débats théologiques et philosophiques sur le rôle de dans l'univers à la lumière de la Shoah perpétrée entre la fin des années 1938 et le milieu des années 1940. Cette question est principalement examinée par le judaïsme car les Juifs ont subi de plein fouet la Shoah, qui a entraîné le génocide de six millions d'entre eux aux mains du Troisième Reich et de ses alliés. L'assassinat des Juifs représente une portion plus élevée que d'autres groupes cibles ; certains experts circonscrivent la portée de la Shoah en la réservant aux seules victimes juives des nazis, seules concernées par la « solution finale ». D'autres experts élargissent sa portée aux cinq millions de victimes non juives, portant le total à . La Shoah a provoqué la mort d'un tiers de la population juive mondiale ; les communautés juives d'Europe de l'Est sont les plus touchées, car elles ont perdu 90 % de leurs membres.
Les Juifs orthodoxes estiment que la survenue de la Shoah ne diminue pas leur foi en Dieu. Selon cet avis, une créature ne pourra jamais entièrement comprendre son créateur, de la même manière qu'un enfant dans un bloc chirurgical ne peut comprendre pourquoi des gens découpent le corps d'une personne en vie. Comme le Rebbe Loubavitch l'a déclaré à Elie Wiesel, après avoir été témoin de la Shoah et après avoir compris à quelles bassesses les humains peuvent se réduire, à qui peut-on faire confiance, sinon à Dieuhttps://www.chabad.org/multimedia/media_cdo/aid/1839019/jewish/Belief-in-G-d-After-the-Holocaust.htm ?
Art et littérature
Theodor Adorno écrit : « écrire des vers après Auschwitz est une barbarie » et que la Shoah produit un effet profond sur les arts et la littérature, tant pour les Juifs que pour les non-Juifs. Certaines des œuvres les plus célèbres sur le sujet émanent de survivants et de victimes de la Shoah, comme Elie Wiesel, Primo Levi, Viktor Frankl et Anne Frank, mais il existe de nombreuses œuvres dans une grande diversité de langues. D'ailleurs, Paul Celan a composé le poème Todesfuge en réponse à l'avis d'Adorno.
La Shoah est le thème de nombreux films, dont certains ont remporté des récompenses, comme La Liste de Schindler, Le Pianiste et La vie est belle. Compte tenu du vieillissement de la population des survivants de la Shoah, ces dernières années ont vu une attention croissante pour préserver la mémoire de la Shoah en recueillant les récits des rescapés, notamment dans les institutions vouées à la mémoire et à l'étude de la Shoah, comme Yad Vashem en Israël et l'United States Holocaust Memorial Museum.
Propriété d'œuvres d'art européennes avant 1945