Les manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini sont une série de manifestations qui commencent en Iran après la mort de Jina Mahsa Amini, une Kurde iranienne, décédée le après avoir été détenue par la « police de la moralité ». Les manifestations s'étendent dans les jours qui suivent dans plusieurs villes de la province du Kurdistan, dont la capitale Sanandadj, puis, plus largement, dans plusieurs des principales villes du pays, dont Téhéran et Machhad. Durant plusieurs rassemblements, les manifestants dénoncent les violences des autorités exercées contre les femmes. De nombreuses manifestantes enlèvent leur voile, obligatoire dans l'espace public en Iran, pour protester contre le régime d'apartheid sexuel de la république islamique d'Iran, et dont le voile a été l'un des instruments.

Ce mouvement de protestation est inédit, en cela qu'il traverse toutes les classes sociales et s'étend à tout le territoire (provinces périphériques telles que le Kurdistan, le Sistan-et-Baloutchistan et la province d'Azerbaïdjan occidental). Il se caractérise également par la jeunesse des manifestants et par sa radicalité : au-delà de l'égalité entre les femmes et les hommes, les manifestants demandent explicitement le changement du régime présidentiel. Ce mouvement est remarquable par sa durée et sa persistance, en dépit de la force de la répression : des centaines de mortsPendant trois mois, 500 manifestants, dont 69 enfants, ont été tués, selon Iran protests: Activist Narges Mohammadi details 'abuse' of detained women, BBC news, 24 décembre 2022. et des milliers d'arrestations.

Ce mouvement de contestation est une vaste révolte, composée de différents types d'actions : manifestations mais aussi protestations à l'occasion des funérailles des personnes tuées par le régime, sit-in dans des universités, grèves, actes symboliques de la part de sportifs, d'actrices, de citoyennes et citoyens, activisme sur les réseaux sociaux. Le slogan Femme, Vie, Liberté est associé à ces manifestations.

Chronologie Arrestation et mort de Mahsa Amini

Les manifestations se déclenchent à la suite de la mort de Mahsa Amini, jeune femme originaire du Kurdistan iranien, en voyage à Téhéran pour rendre visite à sa famille. Elle est arrêtée le par la police des mœurs pour « port de vêtements inappropriés » alors qu'elle était avec son frère à l'entrée d'une station de métro.

Alors que la police indique à son frère qu'elle serait emmenée au centre de détention pour suivre un "cours d'information" et libérée une heure plus tard, la jeune femme est emmenée puis elle est hospitalisée à l'hôpital Kasra de Téhéran où elle est arrivée en ambulance. Plusieurs témoins des évènements accusent la police d'avoir violemment battu la jeune femme, entraînant sa mort. Ces accusations, auxquelles viennent s'ajouter la fuite de photos et de radios du crâne prises lors de son séjour à l'hôpital, amènent une partie de la population iranienne à conclure que Mahsa Amini est victime d'une hémorragie intracérébrale causée par des violences policières. Elle reste deux jours dans le coma, période pendant laquelle se produit une première manifestation contre la police de la moralité et la loi sur le hijab, avant de décéder le , dans l'unité de soins intensifs. À la suite de sa mort, des manifestations sont organisées pendant plusieurs jours, et coordonnées sur les réseaux sociaux, en utilisant notamment le hashtag #mahsa_amini ou مهسا امینی# en persan.

Mahsa Amini est enterrée le à Saqqez, sa ville natale, qui est alors le théâtre de rassemblements. Un autre rassemblement a lieu à Sanandadj, la capitale de la province iranienne du Kurdistan.

Manifestations Septembre 2022 Des manifestations sont organisées à Sanandadj le , où plusieurs femmes enlèvent leur hijab en signe de protestation, ainsi que dans la capitale où des étudiants de l'université de Téhéran défilent pancartes à la main, scandant notamment , inspiré du slogan féministe kurde Jin, Jiyan, Azadî, hérité du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et du mouvement maoïste Komala.

C'est l'ensemble du régime d'apartheid sexuel que dénonce le slogan repris dans de nombreuses villes d'Iran. Aussi, derrière ces rassemblements, la revendication est nette : il s'agit de réclamer la fin de la République islamique. Les manifestantes s'opposent ainsi à un régime qui, depuis ses débuts, a fait du voile, qu'elles enlèvent désormais, son symbole.

Le , l'accès à Internet mobile est coupé dans le centre de Téhéran. Selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, les manifestations se poursuivent dans le centre-ville de Téhéran, la ville septentrionale de Rasht, la ville centrale d'Ispahan, ainsi que sur le territoire kurde occidental. Les manifestants scandent notamment . Le même jour, trois manifestants sont tués par les forces de sécurité dans la province du Kurdistan, et un homme de 23 ans nommé Farjad Darvishi est aussi tué par la police alors qu'il manifestait dans la ville de Waliasr à Urmia.

Le , des vidéos publiées sur les réseaux sociaux et recensés par Voice of America montrent des manifestations antigouvernementales dans au moins 16 des 31 provinces iraniennes, dont « Alborz, l'Azerbaïdjan oriental, le Fars, Gilan, le Golestan, Hormozgan, Ilam, Ispahan, Kerman, Kermanshah, le Kurdistan, Mazandaran, Qazvin, Razavi Khorasan, Téhéran et l'Azerbaïdjan occidental ». Le même jour, les médias d'État iraniens rapportent la mort d'un assistant de police parmi les manifestants dans la ville méridionale de Chiraz. Des femmes sont filmées en train de retirer leur hijab et de couper leur queue de cheval lors de manifestations. Certains témoins interrogés qualifient les rassemblements de la journée de "manifestations éclairs" lesquelles cherchaient à se former puis à se disperser rapidement avant que les forces de sécurité ne puissent intervenir. Dans plusieurs villes comme Rasht, Téhéran ou Karaj les forces de sécurité utilisent des ambulances pour leur déploiement et pour transporter les manifestants arrêtés.

Au soir du , le raccordement par internet de l'Iran au reste du monde est très fortement perturbé, empêchant l'usage de sites comme WhatsApp et Instagram, qui permettent aux manifestants de se coordonner. Au , au moins huit manifestants avaient été tués. Lors de la manifestation à Téhéran, Nika Shahkarami, âgée de 17 ans, disparaît. Sa famille la cherche dans les différents centres de détention pendant plusieurs jours. Contactée le par les autorités, elle apprend la mort de la jeune femme. Les autorités parlent d'une chute, ce que la famille n'accepte pas.

Dans la journée du 22, deux journalistes travaillant pour la presse locale, Niloufar Hamedi et Yalta Moayeri, ainsi qu'un militant réformateur, Mohammad-Réza Jalaïpour, sont arrêtés par la police. La journaliste Elaheh Mohammadi, qui avait publié une interview du père de Mahsa Amini dans laquelle il réaffirmait que la police iranienne est responsable de la mort de sa fille, a également subi une perquisition et vu ses pièces d'identité et son matériel confisqués. Dans le même temps et malgré le prolongement du blocage d'Internet dans le pays, les manifestations continuent, notamment à Téhéran, où sont incendiés plusieurs commissariats et voitures de police mais aussi dans un plus grand nombre de villes de taille moyenne et petite dans la plupart des 31 provinces d'Iran. Toujours le 22, le nombre des morts parmi les manifestants atteint .

Le 23, les manifestations se poursuivent dans l'ensemble du pays. Certains médias rapportent au moins tuées parmi les manifestants et il est confirmé que la police tire à balles réelles. Des contremanifestations sont aussi organisées par le régime.

Le , d'importantes manifestations dans la ville d'Ochnavieh se poursuivent, ainsi qu'à Chiraz et à Téhéran, notamment devant l'université de Téhéran. Le même jour, dans la province de Gilan, la police et les gardiens de la révolution iraniens arrêtent , dont au moins . 88 armes à feu sont trouvées et confisquées dans la province du Khuzestan. Les gardiens de la révolution procèdent à plusieurs arrestations à Kerman. Le New York Times rapporte que les forces de sécurité « ouvrent le feu sur la foule » dans plusieurs villes et déclare : « Les vidéos mises en ligne et l'ampleur de la réponse des autorités sont difficiles à vérifier de manière indépendante, mais les vidéos et les photographies envoyées par des témoins connus au New York Times étaient globalement conformes aux images largement diffusées en ligne. » Le Comité pour la protection des journalistes signale qu'au moins onze journalistes ont été arrêtés, dont Niloofar Hamedi, la journaliste qui avait à l'origine révélé l'histoire de Mahsa Amini. En , alors qu'elle est toujours en prison, elle reçoit, conjointement avec Elaheh Mohammadi, le prix Golden Pen of freedom (« Plume d'or de la liberté »).

Le , le bilan du nombre de morts passe à près de selon l'ONG Iran Human Rights, alors que le bilan officiel fait état de . Dans le même temps, les manifestations se poursuivent dans 30 des 31 provinces du pays, et le mouvement s'étend à plusieurs universités, qui décident d'arrêter les cours en exigeant la libération des étudiants arrêtés.

Le , les affrontements entre la police et les manifestants se poursuivent dans plusieurs villes. Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, exhorte les dirigeants religieux iraniens à . Ravina Shamdasani ajoute que des rapports précisent que . Le Conseil d'organisation des travailleurs contractuels du pétrole avertit le gouvernement que si la répression contre les manifestants se poursuit, il appellerait à la grève, une décision qui pourrait paralyser un secteur majeur de l'économie iranienne. L'ONG Iran Human Rights confirme que les forces de sécurité tirent à balles réelles sur les manifestants. Dans le même temps, l'Iran rapporte l'arrestation de Faezeh Hachemi Rafsandjani, la fille d'Akbar Hachemi Rafsandjani, président de 1989 à 1997.

Le , Elaheh Mohammadi, journaliste qui avait couvert la mort et l'enterrement de Mahsa Amini, est arrêtée. La poétesse Mona Boroui est également arrêtée pour avoir publié un poème sur la mort de Mahsa Amini. La police anti-émeute est déployée sur les places principales de Téhéran visant à empêcher les manifestants de scander des slogans anti-régimes.

Le , le footballeur Hossein Mahini, ancien membre de l'équipe nationale, a été arrêté pour avoir diffusé sur son compte Twitter le hashtag Mahsa Amini. Ses coéquipiers de la Team Melli' ignorent où il est détenu. Plusieurs joueurs, pour montrer leur solidarité avec les manifestants, arborent pendant l'hymne national une parka noire lors du match qui les oppose au Sénégal, qui s'est joué à huis clos en Autriche le .

Le , une nouvelle vague d'arrestations est déclenchée par le gouvernement iranien. Dans la ville de Zahedan, après le viol d'une adolescente par un commandant de police, une émeute a lieu et des militaires tirent sur les habitants avant la fin de la prière du vendredi, faisant plusieurs morts. Il est nommé le , débute un mouvement de manifestation qui se déroule chaque vendredi, et déclenche un élan de solidarité national pour les différentes ethnies composant le pays. Le décompte des morts atteint au moins 83 victimes. Le chanteur iranien Shervin Hajipour, qui avait publié sur Instagram une chanson de soutien au mouvement et ayant cumulé plus de 20 millions de vues en deux jours, est arrêté. Le président Ebrahim Raïssi, dans une intervention télévisée, poursuit la stratégie d'absence totale d'ouverture envers les manifestants, qualifiant le mouvement de tentative par les gouvernements occidentaux de déstabiliser la République islamique. Le régime iranien indique avoir arrêté 9 ressortissants européens, dont au moins un Français, et les accuse d'avoir participé au mouvement de protestation.

Octobre 2022 Les manifestations se poursuivent le samedi .