Alces est un genre de mammifères ruminants de la famille des cervidés, dont les représentants sont communément appelés élan (pour les individus de Sibérie et de Scandinavie) et orignal (pour les individus d'Amérique du Nord). Ces animaux, dont les bois sont aplatis en éventail, sont les plus grands des cervidés actuels.
Historiquement, le genre Alces était considéré comme monotypique, comprenant uniquement l'espèce Alces alces, elle-même divisée en plusieurs sous-espèces, mais certains spécialistes proposent aujourd'hui de considérer les populations d'Amérique du Nord et d'Eurasie comme des espèces distinctes, dont les noms scientifiques respectifs seraient Alces americanus et Alces alces.
Étymologie L'animal est appelé élan en Europe et orignal en Amérique du Nord.
Le terme orignal est issu du mot basque , pluriel d’, qui se prononce et aurait signifié en général « les cervidés », « les rennes » ou « les caribous ». Samuel de Champlain le nommait orignacTexte de Samuel de Champlain écrit en 1603 : et d’autres citations sur Trésor de la langue française au Québec. car aux premières années des colonies, les premiers colons français l’auraient appris des Basques qui venaient régulièrement pêcher la morue et la baleine sur les côtes du Labrador et les abords du fleuve Saint-Laurent. La finale -ac a fait place à -al plus commune dans les noms d'animaux : cheval, chacal, etc.
Le mot élan est connu par diverses attestations telles qu’hele à la fin du , qu’ellend, hellent au ou ellan en 1606. Il s'agit sans doute d'un emprunt ancien à une langue baltique comme en témoigne la forme la plus ancienne, alors que les formes avec la finale -end, -en(t) ont été réempruntées par l'intermédiaire du moyen haut allemand elen, elendétymologie d’élan sur le site du CNRTL consulté en février 2011. (> allemand Elen, Elentier, plus couramment appelé Elch), lui-même issu du lituanien « élan, cerf »Wolfgang Pfeifer, ed., Etymologisches Wörterbuch des Deutschen, art. « Elen », Deutscher Taschenbucher Vertrag, Munich, 2005.. L'ancien français devait avoir un terme issu du latin alces ou du vieux bas francique *elk dont on n'a pas conservé la trace, car l'animal a disparu de la partie occidentale de l'Europe.
Il convient de ne pas le confondre avec le wapiti (Cervus canadensis), qui est un cerf, proche parent du cerf élaphe. Cette confusion est liée à une mauvaise traduction de l'anglais américain, car aux États-Unis, on nomme elk le cerf wapiti, alors que le même mot signifie « élan » en anglais britannique, sens d'origine. Enfin, l’éland (Taurotragus oryx) est une grande antilope africaine.
left|thumbnail|upright|Élan européen (ici en Suède), au pelage plus clair, et aux pattes claires. left|thumb|upright|La femelle élève son petit seule. left|thumb|upright|L’élan dispose de narines obturables sous l’eau. Sa mâchoire supérieure proéminente lui permet d’écorcer les troncs. left|thumb|upright|Mue printanière de l’orignal. Le pelage d’hiver tombe au profit d’un pelage plus brun et ras. Ces poils et ceux d’autres animaux sont utilisés par des oiseaux ou micromammifères pour faire leur nid.
Histoire Préhistoire et premières domestications Si l’élan est aujourd'hui le plus grand des cervidés, il a longtemps été dépassé en taille par le cerf Megaloceros giganteus, qui l’a côtoyé durant la Préhistoire. Tous deux furent chassés et localement exterminés par l’homme ; après avoir survécu à trois glaciations, le Megaloceros a totalement disparu, tandis que l’orignal a peu à peu été confiné en zone circumpolaire.
Des preuves archéozoologiques montrent que l'élan a été présent dans pratiquement toute l'Europe de l'Ouest, après être arrivé de l'est, il y a environ (au tout début de la glaciation de MindelBonifay M. Comparaisons entre les faunes préhistoriques d'Europe occidentale et celles d'URSS. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1979, tome 76, N. 9. pp. 279-283. doi : 10.3406/bspf.1979.5219, consulté 2011-11-05), puis présent partout dont en France (en même temps que le renne, le cerf mégacéros et le cerf élaphe, comme le montrent les ossements trouvésPatou-Mathis Marylène. Archéozoologie des niveaux moustériens et aurignaciens de la grotte Tournal à Bize (aude). In: Gallia préhistoire. Tome 36, 1994. pp. 1-64. doi : 10.3406/galip.1994.2092, consulté 2011-11-05 dans la grotte Tournal à Bize (Aude), ou encore dans les grottes Jean-Pierre 1 et 2Lequatre Paul. Annexe. Étude paléontologique de la faune des grottes Jean-Pierre 1 et 2. In: Gallia préhistoire. Tome 36, 1994. pp. 239-266. doi : 10.3406/galip.1994.2126 url : https://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1994_num_36_1_2126 Consulté le 05 novembre 2011 et jusqu'au-delà des Pyrénées), en EspagneVan der Made Jan. Ungulates from Gran Dolina (Atapuerca, Burgos, Spain) La faune des ongulés de la séquence de Gran Dolina (Atapuerca, Burgos, Espagne). In: Quaternaire - Volume 9 - Numéro 4 - 1998. pp. 267-281. doi : 10.3406/quate.1998.1609, Consulté 2011-11-05 et au-delà des Alpes, en Italie (comme l'ont montré les fouilles de la grotte de Broion, Vicence, Italie)Cattani L, Renault-Miskovsky Josette. Étude pollinique du remplissage de la grotte de Broion (Vicenza-Italie) : Paléoclimatologie du Würmien en Vénétie. In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 20 - Numéro 4 - 1983. pp. 197-212. doi:10.3406/quate.1983.1465, Consulté 2011-11-05.
La domestication d'élans semble ancienne. Les Iakoutes de Sibérie l’ont utilisé comme animal de trait et comme monture. Ce dernier usage a plus tard été interdit en Russie, car des malfaiteurs montant des élans distançaient les chevaux de la police. L’élan a aussi servi à tirer de lourdes charges sur des terrains difficiles où le cheval s’enfonçait. Il a été domestiqué, mais non élevé en troupeau.
Déclin en Europe de l'Ouest Comme pour l’aurochs, des populations relictuelles d’élans ont survécu jusqu'au Moyen Âge, au moins dans les plaines humides en France, en Belgique, mais aussi en Suisse et en Allemagne avant que la chasse (pour la viande et les trophées) ne les élimine de ces contrées. Il est attesté par des textes ou des fossiles récents en France à l’époque gauloise jusqu'à l’an 250. Il subsiste en Alsace au moins jusqu'au . Un texte mentionne un élan tué en 764 par deux seigneurs de la suite de Pépin le Bref à Nordlingen (Bavière). Il est signalé comme commun en Suisse jusque vers l’an mille. Dans le Comté de Flandre où les zones humides étaient encore nombreuses avant les grands drainages médiévaux, les derniers élans auraient été tués vers l’an 900, après une période d’invasion marine qui les a sans doute forcés à quitter le refuge des marais, roselières et forêts de l’actuelle Flandre maritime. On pense qu'il a pu survivre en Normandie jusqu'au dans le Marais-Vernier.
En Europe centrale, l’élan aurait survécu à la chasse jusqu'au en Bohême, jusqu'au en Mecklembourg, jusqu'en 1760 en Galicie et jusqu'à la fin du en HongrieThierry Lecomte, 1998, La réintroduction de l’élan (Alces alces) dans les zones humides de Haute-Normandie : Un projet dans le cadre du développement durable des zones humides défavorisées », Parc naturel régional de Brotonne), novembre 1998 (résumé du projet ). Un projet de réintroduction en France est porté par le parc naturel régional des Boucles de la Seine normande.
L’ongle d’orignal entrait avec d’autres produits animaux (crâne humain, os, dents d’hippopotame) dans la composition de la poudre de guttete, remède réputé antiépileptique compris dans la pharmacopée maritime occidentale au Yannick Romieux, De la hune au mortier, Nantes, Éditions ACL, 1986..
Introduction et réintroductions récentes Au Canada, en 1904, des orignaux ont été introduits avec succès sur l’île de Terre-Neuve. D'autres tentatives moins fructueuses ont été effectuées sur l’île d’Anticosti dans le golfe du Saint-Laurent. En 1910, dix élans furent introduits dans le Fiordland en Nouvelle-Zélande, mais ils se sont apparemment éteints. Cependant, on rapporte des contacts occasionnels, et il est possible que des orignaux demeurent en Nouvelle-Zélande.
En Europe, l’élan a failli disparaître alors qu’il était largement présent durant la PréhistoireAouraghe Hassan, 1990, « Les cervidés du site pléistocène moyen d’Orgnac 3 (Ardèche, France), », Quaternaire, volume 1, 3-4, Paris, CNRS, 231-245.Azanza Béatriz, Sanchez Begona, 1990, « Les cervidés du Pléistocène moyen d’Atapuerca (Burgos, Espagne) », Quaternaire, volume 1, 3-4, Paris, CNRS, 197-212..
Depuis que sa chasse est mieux contrôlée, et que des programmes de réintroduction et de protection lui ont été consacrés, des populations se sont localement reconstituées dans certaines régions russes au cours du .
Des populations se sont reconstituées en Sibérie à l’est de la Léna. Il n’en restait presque plus en 1974 ; à qui profitent des immenses zones humides.
Une population plus modeste se reconstitue en Tchécoslovaquie, à la même latitude que la Normandie.
En France, une réintroduction est envisagée, pour la gestion des zones humides.
Pologne Le projet polonais de réintroduction d’élans date de 1951. Il concerne la forêt de Kampinos où le dernier élan connu a été abattu au . Les élans réintroduits proviennent de Biélorussie. Ils ont d’abord été élevés dans un enclos avant d’être libérés dans l’habitat forestier en 1958. De ce noyau de recolonisation renforcé de quelques autres spécimens réintroduits dans le nord-est du district de Rajgród, est née une population dispersée qui a réussi à essaimer dans d’autres secteurs de la Pologne où cette réintroduction est considérée comme un succès. De 1962 à 1965, la croissance démographique du groupe d’élans de la forêt de Kampinos a en effet été de en moyenne. De 1961 à 1966, les gestionnaires du parc national de Kampinos ont noté que 30 % des naissances étaient des jumeaux. La population des élans dans Kampinos est aujourd'hui estimée à 100- (3 à 4 par ). Des lynx ont également été réintroduits dans cette régionSource pour contribuer à réguler la population d’élans (animaux malades ou atteints de problèmes congénitaux liés à une faible diversité génétique).
Conditions de réussite L’orignal nécessite un territoire assez vaste. Le maintien dans un enclos où il est nourri augmente le risque de parasitisme lié à la promiscuité (cet animal est notamment parasité par un petit diptère ectoparasite spécialisé de la famille des Hippoboscoidea Lipoptena cervi) et cause une croissance anormale des sabots qui s’usent moins quand l'animal se déplace peu. Il apprécie les forêts très humides et ouvertes, riches en végétation arbustive.
Mode de vie Comportement L’élan est un animal indépendant et solitaire en été, qui ne vit en couple qu’au moment du rut (mi-septembre à mi-octobre). Les mâles ne forment pas de harems. Il peut toutefois former des groupes en hiver. Timide dans les zones où il est souvent dérangé ou chassé, il peut être curieux dans les zones de calme, tout en restant éloigné de l’humain. Certains individus n’hésitent pas à visiter quelques zones rurales (pâtures, champs de céréales) ou urbaines, voire des aéroports ou jardins périurbains.
Comme presque tous les animaux, il peut être agressif au moment du rut pour les mâles, et durant l’élevage des petits pour les femelles, qui ne laissent personne approcher leur petit à moins de 25-, ou encore s’il est blessé ou acculé sans possibilité de fuite.
L’orignal peut parcourir des distances importantes et traverser des bras de fleuves à la nage. Souvent en été, agressé par les mouches et les taons, il s’immerge dans l’eau afin de se débarrasser de ses hôtes encombrants.
Régime alimentaire