Les Bassins à flot sont le nom d'un ancien quartier portuaire de Bordeaux, situé autour de deux bassins à flot. Ces derniers, fermés par des écluses, ont été construits à la fin du XIXe et au début du XX pour permettre de charger et décharger les navires à l'abri des marées de la Garonne.
Ces bassins à flot étaient le point névralgique du commerce et de l’activité maritime à Bordeaux à la veille de la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, les de friches industrielles et portuaires deviennent un quartier mixte en pleine mutation architecturale avec d’ambitieux projets résidentiels, culturels et d’agréments, tout en conservant son patrimoine maritime.
Localisation Les bassins à flots se situent au nord-ouest de Bordeaux sur la rive gauche de la Garonne, entre la jonction des quartiers Chartrons et Bacalan, près du pont Jacques-Chaban-Delmas.
L'histoire des bassins à flot bordelais La création des bassins à flot et le développement commercial au vignette|340x340px|Français : Le nouveau bassin à flot, inauguré le 18 octobre 1879, d'après un dessin de M. Terpereau (Archives Municipales Bordeaux XXVIII-C-6).|centré
La construction du premier bassin à flot Au début du , des travaux d'assèchement des marais sont entrepris par l’ingénieur flamand Conrad Gaussen. Le quartier de Bacalan prend place et se développe autour du port et de ses activités commerciales. Conçus par l'ingénieur de la marine de Bordeaux Joseph Teulère, les grands entrepôts de l’établissement des Vivres de la Marine servent de lieu de stockage des denrées et de ravitaillement pour la Marine Royale à partir de 1786. Au , l’urbanisation s’accélère. La construction du pont de pierre en 1822 sépare le port fluvial du port maritime, les bateaux ne peuvent plus accéder à l'amont, il est nécessaire de développer des infrastructures portuaires. À la suite du décret impérial du , la construction du premier bassin débute, son inauguration a lieu en 1879.. gauche|vignette|293x293px|Lithographie de Légé représentant le magasin des vivres de la Marine vers 1835 Les travaux de parachèvement se terminent en 1882. Les travaux sont réalisés sous la direction de Joly de Boissel, ingénieur en chef, assisté de de Laroche-Tolay, Regnault et Boutau, ingénieurs ordinaires. Les travaux ont nécessité l’extraction de plus d’un million de mètres cubes de terre à flot et coûtent 21 millions de francs..
Le bassin numéro 1 d’une superficie de est alimenté par trois puits artésiens recueillant les eaux de la Jalle de Blanquefort, un affluent de la rive gauche de la Garonne. Deux écluses à sas permettent le passage des bateaux. Deux portes délimitent un sas ou bassin, dans lequel l’eau passe d’un niveau à l’autre grâce à des vannes. En 1897, un mécanisme de pompage d’eau en Garonne à marée haute complète le dispositif d’alimentation du bassin.
Le bassin puis le second (les travaux débutent en 1905) possèdent des refouleurs, qui sont de puissantes machines permettant d’aspirer le sable et la vase et les déverser pour le bassin à la Palu et pour le bassin au-delà du boulevard Godard. Si besoin, des bateaux dragueurs se déplacent pour empêcher l’obstruction du bassin par le dépôt de vase.
L'essor commercial La création du premier bassin et l'accueil des bateaux transatlantiques entraînent plusieurs grandes infrastructures modifiant le paysage urbain. En 1868 de nouvelles rues sont créées, la gare Saint-Louis (qui sera remplacée par la gare de Ravezies, elle-même fermée aujourd'hui) est mise en service la même année, le réseau ferré se développe. Deux machines dynamo électriques sont installées, une rue de Gironde permet d’éclairer le bassin et leurs dépendances, l’autre rue Lucien-Faure sert à construire les quais du second bassin à flot. De plus, des services spéciaux s’organisent autour des bassins : les haleurs et écluseurs au nord ; les docks pour les marchandises en consignation au sud. Deux formes de radoub dont le premier sera ouvert en 1885 prennent place sur le quai du Maroc. En 1888, le quai de Bacalan est construit, pourvu de quatre pontons, il permet un déchargement plus facile des navires. De plus, de nombreux bâtiments au service de la Chambre de commerce, des Compagnies de navigation, des employés publics et des débardeurs prennent place sur le quai. De nombreuses usines implantées sur le site, comme les verreries, poteries, raffineries, magasins pour entrepôts de denrées étrangères se sont développées grâce aux bassins à flot et au commerce notamment colonial, ainsi que les restaurants et cabarets qui accueillent les marins.
Industries qui se sont développées : les arachides et le sucre gauche|vignette|342x342px|Carte postale montrant une vue aérienne de l'huilerie Maurel et H.Prom et Maurel Frère, 112, quai de Bacalan Bordeaux À partir de 1880, les activités du sucre et les huileries se transforment en grande industrie avec trois huileries : la grande huilerie bordelaise sur la rive droite ; l’usine Lesieur sur le quai du Sénégal. (aujourd’hui devenue une résidence pour jeunes.) et Maurel et Prom. La société|Maurel et Prom (famille Maurel qui appartient à la grande bourgeoisie protestante bordelaise) importe dans les années 1830, l’arachide en Afrique, à Gorée au Sénégal pour y fabriquer de l’huile d’arachide. Avec le décret de l’abolition de l’esclavage du , les travailleurs ne sont plus des esclaves mais restent exploités. La société implante son huilerie à Bordeaux en 1857 et se développe fortement au cours du grâce à sa proximité avec les bassins à flot. Aujourd’hui l’entreprise siège dans un hôtel particulier au 18 rue Porte-Dijeaux et est devenu un empire commercial et industriel. De plus, de grands entrepôts ultra modernes voient le jour pour stocker les produits à exporter ou des produits venus des Antilles et d’Afrique.
Outre les arachides, le commerce du sucre dès le a permis à Bordeaux de se développer et de grandes familles bordelaises se sont enrichies sur ce produit issu de la traite négrière. En 1840, 35 raffineries sont implantées à Bordeaux. de sucres et de mélasses en provenance des Antilles sont traitées par ces unités. Ces usines ferment les unes après les autres avec la concurrence du sucre de betterave. En 1885, il reste à Bordeaux trois raffineries : Saint-Rémi, Sainte-Croix et Frugès..
Aménagements des Grandes Guerres Au début du , de nombreux travaux viennent développer le bassin à flot. En 1892, le projet de construction de la deuxième forme de radoub est décrétée, les travaux s'achèvent en 1906.
D'après une enquête d'utilité publique ayant lieu entre 1904 et 1905, la construction du deuxième bassin à flot est entreprise en 1906. Parmi ces travaux, les fondations ainsi que les maçonneries de l’encuvement du pont pertuis tournant, permettant la liaison entre le premier bassin et le deuxième font partie de l’entreprise. Ce pont pivotant sur rails, séparant le bassin à flot numéro 1 du bassin à flot numéro 2 permet le passage de tout type de véhicule, y compris des trains pouvant peser jusqu’à .. Les travaux du deuxième bassin à flot se terminent en 1911 et il est mis en service le , en même temps que le pont du pertuis.. Dans ce même temps, les bassins à flot s'équipent de voies de chemins de fer pour charger et décharger directement des bateaux aux trains de marchandises. gauche|vignette|285x285px|Bassin à flot de Bordeaux, 1910. À la même époque, le chantier naval des Forges et chantiers de la Gironde, situé à Lormont, entreprennent la construction d’un bassin à flot permettant la construction des cuirassés type Danton..
Entre 1908 et 1919, de nombreux travaux d'allongement de l'appontement de Queyries ont lieu, vers l'amont et l'aval entrepris par plusieurs sociétés de constructions.
Les travaux de terrassement, maçonnerie, charpente et de construction de voies ferrées au deuxième bassin à flot sont assurés par les établissements Albouy et Dequéker entre 1906 et 1910. En 1910, une extension des bassins à flots par un troisième bassin est envisagée. Le creusement du bassin débute dans le courant de l'année 1914. Toujours en 1910, débute le projet du pont transbordeur permettant de relier les deux rives de la Garonne sans toutefois gêner la navigation des navires. Le projet est abandonné en 1914, en raison de la guerre alors que les pylônes hauts de 95 mètres, destinés à soutenir le tablier de l'ouvrage sont déjà dressés. Ces pylônes inachevés restent en place jusqu'en 1942. gauche|vignette|Plan des Bassins à flot de Bordeaux datant de 1930 Entre 1918 et 1922, des travaux neufs d'améliorations et d'extension du port et de ses accès ont lieu. Entre 1921 et 1922 le quai sud-est du bassin à flots est construit, en même temps qu'une estacade en béton armé ayant pour but d'élargir en arrière le quai. De même, entre 1923 et 1931, est construite une digue de régularisation entre la place de Lormont et les appontements de Bassens. Puis, jusqu'en 1941, les travaux aux bassins à flots concernent principalement des travaux d'entretiens. vignette|280x280px|Vue aérienne des bassins à flot n° 1 et n° 2 et du bassin d’alimentation, 1924. En 1924, l’usine de sucre Saint-Rémi rue Achard s’agrandit et se modernise. L’entreprise ferme définitivement en 1984 en raison d’un trop grand coût de restructuration et de modernisation pour son nouveau propriétaire, la société Prodélis..
En débutent les travaux de la base sous-marine, qui s’installe sur le réservoir d’alimentation du bassin à flots , sur le bassin .. Le , la base sous-marine est visée par un raid aérien américain. Les dégâts civils de ce bombardement sont importants, faisant 184 victimes et 249 blessés et touchant plus de 200 immeubles. En 1945, la Marine nationale confie la base sous-marine au Port Autonome de Bordeaux qui devient en 2008 le Grand port maritime de Bordeaux.
1945-1995 gauche|vignette|Jacques Chaban-Delmas, Maire de Bordeaux de 1945 à 1995. À la sortie de la Guerre Mondiale, le port de Bordeaux reprend peu à peu ses activités commerciales. Par exemple, dans le cadre du plan Marshall, la Grue Wellman de Bordeaux est installée pour soutenir le commerce maritime français. Elle est utilisée pendant plus de 50 ans. Les bassins à flot sont notamment connus pour être un grand port de pêche à la morue et en reprennent le commerce.. Ainsi, les années 1950 et 1960 voient le commerce maritime et le port de Bordeaux s'ouvrir à des navires venus du monde entier et la concurrence augmente de manière significative entre les sociétés venus des différents pays. Pour faire face à ces besoins toujours plus importants, l'agglomération bordelaise décide d'amorcer sa transition vers le grand port maritime de Bordeaux, notamment avec la création du terminal conteneurs du Verdon en 1976. Ainsi, les bassins à flot sont de plus en plus délaissés, ses activités ayant été déplacées vers l'aval de la Garonne ou à Bassens. De plus, le monde fait face à son premier choc pétrolier en 1973 et Bordeaux est le port français le plus touché. Sa position géographique, en bout d'estuaire et son absence de ressources dans l'arrière-pays pour supporter économiquement la ville entraîne un déclin significatif du commerce maritime international dans la ville de Bordeaux. Enfin, la mairie dirigée par Jacques Chaban-Delmas, concentrée sur le quartier de Mériadeck et la rive droite de la Garonne, s'intéresse peu à la rive gauche bordelaise.. Le départ des navires de commerce des bassins à flot et un désintérêt de la mairie laissent le quartier des bassins à flot livré à lui-même.
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