Les Maîtres de l'orge est une série de huit albums de bande dessinée créée par Jean Van Hamme et illustrée par Francis Vallès.

Histoire Les Steenfort est une série relatant les aventures de la famille éponyme sur plusieurs générations. Cette saga commence avec la création d'une brasserie artisanale dans le Brabant belge au milieu du et se poursuit jusqu'à la formation d'une multinationale de la bière ayant son siège aux États-Unis à l'aube de l'an 2000. La série combine une documentation précise sur la tradition du brassage artisanal avec des contextes historiques, économiques et sociaux illustrant l'évolution du monde occidental sur un siècle, à travers l'exemple de cette brasserie.

Chaque tome de la série se concentre sur un membre spécifique de la famille Steenfort à un moment-clé de sa vie et de l'histoire de la brasserie. En général, un intervalle de 25 ans sépare chaque épisode, bien que certains personnages réapparaissent dans plusieurs tomes successifs.

Le dernier volume, intitulé Les Steenfort, est un recueil d'histoires courtes éclairant divers événements survenus dans les tomes précédents.

Charles, 1854 Charles Steenfort, devenu jeune novice malgré lui pour fuir la misère, s’initie à la production de la bière dans un monastère ardennais, qui en a fait sa spécialité grâce à une mouture dont les moines ont le secret.

Un jour, à 18 ans, il tombe sous le charme d’Adrienne Madrier, la nièce aguicheuse de l’aubergiste du village. Alors qu’il était sur le point de prononcer ses vœux religieux, il a une relation sexuelle avec Adrienne, puis s'enfuit du monastère pour regagner Dorp, son village natal, qu'il avait quitté deux ans plus tôt, après la mort de ses parents. Il y retrouve son ancien ami Franz Texel, qui vient d’enterrer son père, vétérinaire du village, et convainc celui-ci de s'associer avec lui pour devenir brasseur, Charles apportant dans cette entreprise son savoir-faire, et Franz les premiers fonds.

Passionné, exigeant et dur au travail, Charles est l’âme de cette association dont Franz n’est que le pâle bailleur de fonds. Contrairement à Charles, Franz se contenterait en effet volontiers de produire une bière médiocre pour peu qu’il récupère rapidement son argent. Mais, pour l’ambitieux Charles, il n’en est pas question et, pour faire patienter son associé, il lui fait miroiter la possibilité de gagner le prix annuel de la meilleure bière du Brabant, doté de 800 francs-or.

Cependant, De Ruiter, tout puissant bourgmestre du village et impitoyable patron de la principale brasserie de la région, ne voit pas cette association d'un bon œil. Ainsi, tandis que Charles et Franz tentent, durant de longs mois, de produire la meilleure bière possible, De Ruiter s’ingénie à leur mettre des bâtons dans les roues : après avoir dressé contre Charles le village tout entier et notamment Louis, le frère de Charles, un ivrogne bon-à-rien et brutal qui est l’un de ses obligés, il tente de faire incendier la nouvelle brasserie par des hommes de main de Ruiter, avant que Louis n’aille jusqu’à tenter de tuer son entrepreneur de frère.

Cependant, grâce à la détermination, à l’ingéniosité et au patient travail de Charles – qui n'hésite pas à aller voler de la levure miraculeuse au monastère –, leur bière s’améliore peu à peu jusqu’à devenir excellente. Lors du concours annuel de la meilleure bière du Brabant, les brasseries Steenfort & Texel et De Ruiter arrivent ainsi ex æquo et se partagent le prix.

S’inclinant devant l’opiniâtreté et les compétences de Charles et étant lui-même sans héritier capable de lui succéder, De Ruiter lui propose alors d'abandonner Franz pour reprendre sa propre brasserie. Et, pour sceller durablement cet accord, il lui offre en mariage sa fille Élise, jeune femme terne et au physique ingrat. Charles accepte cette offre inattendue, qui lui permettra de gagner des années dans son ascension sociale, qu’il place au-dessus de tout. Il abandonne ainsi froidement Adrienne qui, déjà enceinte, vient le maudire et faire un scandale à l’église le jour de son mariage.

Margrit, 1886 Tandis que la brasserie entame sa révolution industrielle grâce à l'invention de la réfrigération artificielle, Charles gère d'une main de fer sa brasserie comme tout le village de Dorp, ce qui lui vaut d'être détesté par ses employés.

Lorsque commence le récit, son neveu Noël revient de Munich où Charles l’a envoyé en mission dans une brasserie ayant mis en place le procédé de fermentation basse. Après avoir goûté la Lager (dépôt) obtenue grâce à ce procédé, Charles n'a qu'une obsession : être le premier en Belgique à brasser cette nouvelle bière aux vertus rafraîchissantes.

Un nouveau personnage arrive alors à Dorp : la belle Margrit Feldhof, que Noël a rencontrée et épousée pendant son voyage. Bien que celle-ci soit d'accord avec le fait que la Lager est la bière de l'avenir, elle provoque Charles, ce qui fait naître une tension entre eux, prémices d'une relation torride. Par ailleurs, ce dernier voit deux obstacles se dresser contre ses projets : d'une part, la montée en puissance des idées socialistes permet désormais aux ouvriers de la brasserie de s'opposer à leur patron ; d'autre part, Elise, butée et unique propriétaire de la brasserie depuis la mort de son père, refuse de brasser autre chose que la special Dorp, la bière produite par l'usine depuis ses débuts. Et lorsqu’en outre Noël incite, par idéalisme, les employés à se mettre en grève, c’en est trop pour Charles qui, pris d’une rage froide, détruit toutes les installations de sa brasserie, avant de la quitter.

Il décide de repartir de zéro et de créer sa propre entreprise, sans aucun associé. Margrit – devenue sa maîtresse – lui offre alors son aide. Mais elle y met cependant une condition, pour le moins inattendue : qu’il devienne socialiste et paie convenablement ses ouvriers. D’abord interloqué, il ne tarde pas à comprendre que c'est dans son propre intérêt et fait construire de nouveaux bâtiments sur le terrain qui appartient à son ancien ami Franz, disparu en 1854.

La Lager en bouteilles est un succès, et les bières Steenfort deviennent vite très appréciées dans tout le pays.

Un soir, alors que Margrit est seule chez elle, elle reçoit la visite d'un individu se présentant comme Pieter Texel, officiellement fils de Franz et d'Adrienne. Disposant des papiers nécessaires pour prouver que le terrain – et donc la brasserie – lui appartient depuis la mort de son père, il exige d'être engagé comme associé. Il dispose d'un second atout, et non des moindres : il lui révèle qu’il est en fait le fils caché de Charles, Adrienne étant enceinte de celui-ci avant qu’il ne la quitte (cf. tome 1). Margrit se laisse séduire par Pieter. Celui-ci, flatté de coucher avec une aussi belle femme, est aussi troublé par le fait que celle-ci soit la maîtresse de son père et ressemble à sa mère. Mais, pendant son sommeil, Margrit brûle les papiers compromettants. Quand Pieter se réveille, il comprend qu'il a été joué. Margrit lui offre alors 2 000 francs-or contre un contrat de vente du terrain (à son propre nom) et à condition qu'il prenne à Anvers le premier bateau en partance pour l'Amérique. La rage au cœur, Pieter accepte, mais jure en embarquant qu'il reviendra écraser tous les Steenfort.

Au retour de Charles, Margrit lui demande de lui faire un enfant, sans lui en dire plus. Puis elle passe la nuit suivante chez Noël, tout heureux de la revoir. Au petit matin, elle avoue cependant à celui-ci avoir agi ainsi pour qu'aux yeux de tous son enfant ne soit pas un bâtard et hérite les deux brasseries – Steenfort et De Ruiter. La dernière planche montre l'accouchement de Margrit qui, en hommage au premier amour de Charles, prénomme l'enfant Adrien.

Adrien, 1917 Charles est mort depuis douze ans. La grande guerre a éclaté voilà trois ans. Margrit gère la brasserie Steenfort tandis que Noël s’occupe de la De Ruiter. Adrien est sur le front, enrôlé par les Alliés.

La Belgique est occupée, son économie est mise au service du Reich et la plupart des matières premières sont rationnées : de l’avoine en guise d’orge, du houblon de mauvaise qualité, sans parler du cuivre, réquisitionnable à tout moment… Sur les conseils de son contremaître Servais, franc-tireur qui l’aime secrètement, et de son mari Noël, dont elle est séparée, Margrit finit par se décider, jouant de son origine allemande, à aller voir le baron Von Landau, intendant militaire de la région, et se place sous la protection de cet aristocrate courtois qui n’est pas insensible à son charme.

Cependant, lasse de ce double jeu, elle est prête à cesser de le voir. C’est alors que Servais lui apprend que, membre de la résistance, il cache des armes dans les bassins de fermentation inutilisés et qu’il faut donc absolument qu’elle continue sa collaboration avec l’ennemi. Et il lui avoue qu’il l’aime. Ils auront une relation – une seule – cette nuit-là.

De son côté, Adrien, jusque-là peu motivé par cette guerre qui oppose la patrie de son père à celle de sa mère, est capturé par des Allemands. Il rencontre alors un officier, lui aussi fils de brasseur, et apprend à cette occasion que sa mère Margrit était en réalité une prostituée munichoise qui, pour épouser Noël, s’est faite passer pour une orpheline de bonne famille. Ainsi sali et humilié, Adrien parvient à s’enfuir mais il est blessé en regagnant les lignes alliées.

Un soir, à Dorp, des soldats allemands font irruption dans la brasserie et arrêtent Servais. Margrit se rend à l’Intendantur et constate avec surprise que le baron Von Landau, taxé de laxisme, vient d'être muté sur le front roumain. Le général Von Bissfeld, nouvel intendant, d’emblée hostile car informé par les services de renseignements de son passé de prostituée et doté de penchants sadiques, la frappe à coups de cravache, la viole, l’humilie et la fait même violer par un de ses hommes devant Servais, en échange de la vie sauve pour ce dernier.

Pendant ce temps, Adrien, soigné à l’hôpital militaire par son infirmière, Rose Paliseul, en tombe amoureux. À son rétablissement, il décide de repartir au combat, voulant désormais tuer un maximum d’Allemands. Juste avant son départ, Rose lui demande de lui faire un enfant, pour garder un être à aimer si Adrien venait à être tué.

Peu avant la fin de la guerre, Rose réussit à traverser le front pour rejoindre Dorp où Margrit l’accueille avec joie. En pleine déroute allemande, Von Bissfeld surgit et force Margrit à le cacher sous peine de tuer Rose, sur le point d'accoucher. Elle feint d’accepter, puis parvient, non sans mal, à le tuer. Des francs-tireurs font alors irruption et tentent de tondre Margrit avant que Servais ne les arrête. Pendant ce temps, Rose a accouché. L'enfant est prénommé Charles en hommage au fondateur de la dynastie. Et Adrien, désormais officier et décoré pour sa bravoure, revient, indemne, pour apprendre la naissance de son héritier.

Noël, 1932 Adrien, qui dirige maintenant la brasserie Steenfort, entreprend d’en faire une des premières du pays, voire d'Europe. Après avoir racheté d'autres brasseries, sa société cumule ainsi désormais 7 % de la production nationale de bière. Mais la conjoncture est sombre : la consommation est en déclin, la plupart des pays d'Europe possèdent déjà leurs producteurs locaux, tandis que les États-Unis ont instauré la prohibition. Adrien est donc forcé de chercher sa clientèle en Belgique, et n'hésite pas à racheter des brasseries, quitte à les fermer ensuite pour s'approprier leur clientèle.

Bien loin de ces considérations, Noël, qui vit seul avec l'amertume du mari trompé, gère toujours la brasserie De Ruiter, et se contente d'écouler localement la Dorp, qui conservé une fidèle clientèle.