Le Néolithique en Égypte correspond au passage de l'économie de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique supérieur à l'économie agro-pastorale du Néolithique. Il se produit d'environ 5500/5300 à 4500/3900 av. J.-C., avec des différences régionales. Les principales cultures néolithiques d’Égypte sont celles du Fayoum A, de Mérimdé-Benisalamé, et d'El Omari, et certains spécialistes y incluent également la culture de Badari (ainsi que la culture de Tasa qui est difficile à distinguer de la dernière) voire le début de la culture de Nagada. Elles sont alternativement incluses dans la période prédynastique égyptienne (v. 4500-3000 av. J.-C.), qui succède au Néolithique et voit l'émergence de l'État.
Chronologie
Le découpage temporel de la période néolithique égyptienne varie selon les auteurs.
+ Découpage temporel et culturel de la période néolithique Basse-Égypte Haute-Égypte Fayoum A Nabta Playa néolithique 5500-4400 5400-4600 Mérimdéen Tasien (?.) 5200-4100 4500 Encyclopædia Britannica. Omarien Badarien 4700-4300 4300-3900 Culture de Maadi-Bouto Nagada 3900-3400 3900-3650
La transition entre l'Épipaléolithique et le Néolithique dans la vallée du Nil est mal connue : il n'y a quasiment pas d'occupation humaine connue pour cette région sur la période d'environ 23000 à 11000 av. J.-C. Pour le , la présence humaine est attestée à Nag el-Bousa en Haute Égypte (près de Nag Hammadi). De 7000 à 6700/6500 av. J.-C. environ se développe la culture d'El Kab, encore en Haute Égypte (avec une présence également dans le désert oriental), et la culture de Qaroun dans le Fayoum. La présence humaine est mieux connue dans le désert occidental pour la phase allant d'environ 8500 à 5300 av. J.-C., quand le climat est plus humide que de nos jours. Cette période voit notamment le développement de la culture dite du Néolithique ancien du Désert occidental. C'est dans celle-ci qu'il semble qu'il faille rechercher les origines du Néolithique égyptien qui se développe ensuite dans la vallée du Nil.
Vers , les premiers habitats néolithiques apparaissent dans le delta du Nil, en Basse-Égypte. Des études basées sur des données morphologiques, génétiques et archéologiques ont attribué ces habitats à des colons du Levant apportant l'agriculture dans la région. Certaines données morphologiques ont permis de relier les premières populations agricoles du Fayoum, de Mérimdé et de Badari aux populations du Proche-OrientB. Kemp, Ancient Egypt Anatomy of a Civilisation, Routledge, 2005, ..
Les premières cultures néolithiques se sont développées d'abord dans le delta (Culture de Mérimdé) et dans le Fayoum (Fayoum A). Dans le registre archéologique, des intervales de 1000 ans dans le Fayoum et de 800 ans en Haute-Égypte séparent les premières populations néolithiques de leurs prédécesseurs chasseurs-cueilleurs, ce qui rend peu clair cette émergence néolithique dans cette région. La culture tarifienne se développe également au sud, malgré tout, une coupure dans les strates archéologiques la distingue des cultures suivantes qui se développeront en Haute-Égypte et le tarifien n'est pas considéré comme la culture mère de ces cultures suivantes. La culture badarienne en Haute-Égypte annonce déjà les futures cultures nagadéennes dont est issue la culture égyptienne pharaonique. Tandis que les Basse et Haute-Égyptes se développent séparément tout en s'influençant mutuellement, vers 3400 , la culture de Nagada supplante la culture de Maadi-Bouto et finit par s'imposer à toute l'Égypte, prélude à l'unification politique plus tardive.
La fin du Néolithique égyptien n'est pas similaire selon les auteurs : Midant-Reynes et Hendryckx et Huyge considèrent que la période de Badari (ou le Tasien), qui débute vers 4500 av. J.-C., marque le début du Prédynastique (et du Chalcolithique), tandis que Köhler l'inclut dans un Néolithique final, avec également Nagada IA et IB, et fait débuter le Chalcolithique avec Nagada IB et IC.
Cultures de Basse-Égypte vignette|Pointes de flèche provenant du Fayoum.
Culture du Fayoum A
Le tissage est mis en évidence pour la première fois pendant la période du Fayoum A. Les gens de cette période, à la différence des Égyptiens ultérieurs, enterraient leurs morts très près de leurs habitations, et parfois à l'intérieur de celles-ci.
Culture de Mérimdé vignette|Culture de Maadi, tête d'argile, 4000 AEC Ceci est l'une des plus anciennes représentations de tête humaine en Égypte.
De 5000 à 4200 AEC environ, la culture de Mérimdé, jusqu'alors connue uniquement à partir d'un grand site de peuplement au bord du delta occidental, s'est épanouie en Basse-Égypte. Cette culture a des liens étroits avec la culture du Fayoum A ainsi qu'avec le Levant. Les gens vivaient dans de petites huttes, produisaient une poterie simple et non décorée et possédaient des outils en pierre. On y gardait des bovins, des moutons, des chèvres et des cochons. On y plantait du blé, du sorgho et de l'orge. Les habitants de Mérimdé enterraient leurs morts dans les lieux d'habitation et produisaient des figurines en argile. La première tête égyptienne grandeur nature en argile vient de Mérimdé.
Culture d'El Omari
La culture d'El Omari est connue à partir d'un petit village près du Caire moderne, le site a été occupé aux alentours de 4700 à 4300 et est donc contemporaine de la culture de Mérimdé. El Omari est situé dans le ouadi Hof et est constitué de deux localités principales (Omari A et B) dans le ouadi même, ainsi que qu'un habitat situé 100 mètres plus haut. Il ne reste de l'habitat que des structures en négatif (trous de poteaux et fosses qui sont les restes des huttes, trous de stockage), des foyers ainsi que de la poterie, faite de l'argile du ouadi Hof. Les chercheurs F. Debono, fouilleur du site en 1943, 1948 et 1951, et B. Mortensen ont identifié 9 phases d'occupation.
Les graines et les restes de faune indiquent que les habitants pratiquaient l'agriculture et l'élevage. Les nombreux os d'âne prouvent sa domestication par les hommes de cette culture omarienne. L'industrie lithique est constituée de petites haches ogivales, de faucilles bifaciales et de triangles épais et des grattoirs évoquant les sites du Fayoum A et de Mérimdé. La pierre utilisée est pour certains issue des galets locaux, pour d'autres provenant d'Abou Rawash à 20 km du site. Des coquillages, du silex gris et de la galène proviennent du Sinaï et de la mer Rouge, montrant des voies commerciales déjà assez anciennes. Les sites Omari A et B ont livré 43 sépultures. Les défunts sont en position repliée, sur le côté, parfois recouverts d'une natte. Une unique poterie non décorée est souvent l'unique élément accompagnant le défunt.
El Omari s'intègre dans l'ensemble culturel de la Basse-Égypte avec le Fayoum et Mérimdé, mais s'en distingue du fait de la simplicité de sa poterie, de son architecture simple et du peu d'éléments artistiques. Le mode de vie de ses habitants est un mode de vie simplifié. Le métal n'était pas encore connu.
Cultures de Haute-Égypte Culture de Nabta Playa vignette|droite|« Cercle calendaire » de Nabta Playa, reconstitué au Musée nubien d'Assouan.
Nabta Playa était autrefois un grand bassin drainé à l'intérieur du désert de Nubie, situé à environ 800 kilomètres au sud du Caire actuel et à environ cent kilomètres à l'ouest d'Abou Simbel dans le sud de l'Égypte. Aujourd'hui, la région est caractérisée par de nombreux sites archéologiques.
Nabta Playa ancien
Nabta Playa fut une de ces régions, qui vit donc une population progressivement s'établir, entre 9000 et 7000 AEC. Les premiers établissements à Nabta étaient composés de petits camps saisonniers qui pratiquaient la céramique et étaient, semble-t-il, éleveurs de bétails. La poterie est très rare sur ces sites, mais elle est remarquable. Elle est décorée sur tout l'extérieur avec des motifs d'impression complexes appliqués avec un peigne dans un mouvement de bascule.
Un optimum climatique, constituant en même temps l'épisode le plus humide de l'Holocène, a été atteint au cours des phases néolithiques anciennes du El Nabta (vers 7050–6700 AEC) et d'Al Jerar (vers 6500–6100 AEC). Dès le , des silos souterrains contenaient du sorgho sauvage. Dans la savane parsemée de lacs, qui s'étendait alors entre la région d'Assiout et le centre de l'actuel Soudan, des populations nomades de chasseurs-collecteurs poussaient probablement devant eux des troupeaux de bovins – quoique cette proposition reste encore débattue pour le Néolithique ancien et moyen. La présence de bovins domestiqués au début et au milieu du Néolithique dans le désert occidental fait l'objet de débats depuis leur identification provisoire au milieu des années 1980. Bien que des indices aillent dans le sens du caractère domestiqué des bovins du Néolithique ancien sur les deux sites les plus importants, Nabta Playa et Bir Kiseiba, plusieurs chercheurs ont émis des doutes sur ce point en 2000 et 2006. L'élevage, s'il s'avérait finalement attesté avec certitude un jour, reste néanmoins très secondaire jusqu'au av. J.-C., par rapport à la chasse et à la collecte.
Nabta Playa récent
Au début du , un changement climatique dans le Sahara oriental, lié au déplacement progressif du front de mousson vers le sud, diminua fortement les pluies. Toutes les activités de subsistance furent touchées : chasse, pêche, collectes et pâturages. Dans ce contexte, l'élevage devint l'activité principale. Ce nouveau nomadisme s'organisait en fonction de ces sites, actuellement dispersés dans le Sahara. Les animaux trouvaient eau et pâtures tant que ces lacs alimentés par les passages pluvieux ou par des nappes artésiennes jaillissantes (lorsque leur niveau piézométrique dépasse le niveau du sol) n'étaient pas épuisés. Ensuite le groupe repartait vers un autre site favorable.
Les habitants de Nabta Playa établirent des camps qui n'étaient utilisés que pendant une partie de l'année. Aux environs de 6000 AEC (ou vers 7000 AEC), un changement intervint lorsque ces populations se mirent à creuser des puits, ce qui leur permit d'y séjourner toute l'année, et notamment pendant l'hiver, la saison sèchePlan en relation avec cette phase, semble-t-il : « Nabta Playa, plan d’habitation du site E 76-6 (d’après Wendorf & Schild 2001) » : .. Leurs établissements purent également s'agrandir, certains des plus grands comptant jusqu'à dix-huit ou vingt huttes massives, rondes ou ovales, produites par empilement de grandes pierres. Leur disposition, à peu près en ligne, délimitait un espace de circulation.
Après une nouvelle période très sèche (de 4700 à 4500 AEC, Wendorf et Schild situent ce moment vers 5500 AEC), le retour de la pluie amena d'autres populations, qu'on qualifie de néolithiques tardives. Les tumuli avec restes de bovins, dont certains désarticulés, y compris une jeune vache, qui ont été trouvés à Nabta Playa, illustrent l'importance sociologique et probablement aussi religieuse des bovins vers 5400, au début de la période néolithique tardiveF. Wendorf, R. Schild, A. Applegate, & A. Gautier,« Tumuli, cattle burials and society in the Eastern Sahara », 1997, dans (B. E. Barich & M. C. Gatto, eds.) Dynamics of Populations, Movements and Responses to Climatic Change in Africa. Forum for african archaeology and cultural heritage. Bonsignori Editore: Rome The archaeology of Nabta Playa dont: Fred Wendorf,J. McKim Malville, « The Megalith Alignments », .. Ces sépultures d'animaux sont les premiers exemples d'une tradition qui devait se poursuivre pendant plusieurs milliers d'années, jusque dans la période dynastique primitive (Flores, 2003). L'élevage de bovins, cependant, jouait encore un rôle mineur dans la stratégie de subsistance. Les animaux sauvages sont restés la principale source de protéines, et le matériel de chasse, en particulier les pointes de flèches, était toujours la principale composante des industries lithiques (Riemer, 2007).