L' est celle du territoire connu aujourd'hui en tant que sujet russe du kraï du Primorié (constitué en 1938), au sud du kraï de Khabarovsk, dans le district fédéral extrême-oriental, mais aussi celle du territoire plus vaste incluant ce que les Russes appelaient « Mandchourie-Extérieure » à l'époque de l'Empire russe.
Synthèse Préhistoire Le territoire du Primorié est habité depuis plus de AEC par des tribus venues d'autres régions d'Asie. Dès la préhistoire, de nombreuses cultures se trouvent dans la région, dont les plus importantes sont les cultures de Zaïssanovka et de Yankovski. Moyen-Âge Par la suite, le territoire est conquis par de nombreux empires, au gré des intrigues politiques et militaires se déroulant en Chine et en Corée. Il est ainsi pris par le royaume coréen Balhae, la région étant alors nommée Shuiaibin, puis par les Khitans de la dynastie Liao avant d'être intégré à la dynastie Jin. En 1234, le Primorié est conquis par les Mongols et tombe sous la domination de la dynastie Yuan. Ils sont supplantés par la dynastie Ming à la fin du , puis les Jürchens unifient la région pendant le début du . Enfin il fait partie des empires de la dynastie des Jin postérieurs, puis de la dynastie Qing, sous laquelle la région est nommée Woji.
1655 : Russie Les Russes arrivent dans la région pour la première fois en 1655, ce qui marque la fin de la conquête de la Sibérie et en fait avec le Kamtchatka la dernière région explorée et annexée de l'actuelle Russie. Il s'engage alors une course à la conquête entre l'empire Qing d'un côté et le tsarat de Russie de l'autre. En 1689, l'empire Qing officialise la possession du territoire lors du traité de Nertchinsk. La région est cartographiée au par plusieurs Français, dont Jean-François de La Pérouse, officier de marine et explorateur.
1850c : convoitises occidentales Au cours de la seconde moitié du , les Européens, dont les Britanniques et les Français, commencent à s’intéresser à l'Extrême-Orient et en particulier à la Chine. L'empire Qing, en position de faiblesse, se voit dans l'obligation d'accepter de nombreux traités inégaux, et l'Empire russe y prend sa part. C'est ainsi qu'en 1858 puis en 1860, les Russes signent avec la Chine, respectivement, le traité d'Aïgoun et la convention de Pékin, qui permettent l'annexion de la Mandchourie-Extérieure puis du Primorié. Lors de la guerre civile russe, le territoire devient un bastion des Armées blanches et il est contrôlé par les Japonais dans le cadre de l'intervention alliée en Sibérie. L'éphémère gouvernement provisoire de Priamour constitue le dernier bastion blanc de cette guerre. En , il est envahi par l'Armée rouge, avec la prise de Vladivostok le 25. En parallèle, les troupes blanches et alliées fuient vers la Corée japonaise et l'archipel nippon.
URSS La période soviétique voit le développement économique et militaire de la région. Avec la collectivisation des terres dans les , de nombreuses personnes émigrent dans le Primorié qui possède de nombreuses terres agricoles inexploitées. Les travailleurs du goulag arrivent également en masse, chargés de construire les infrastructures de la région. En 1938, alors que la Chine est partiellement sous domination japonaise et que les tensions sont au plus haut entre l'URSS et le Japon, la bataille du lac Khassan se solde par une victoire soviétique. En 1945, le Primorié devient l'une des bases de lancement de l'invasion de la Mandchourie par l'Armée rouge à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Primorié voit avec la perestroïka la fin des subventions puis la dislocation de l'URSS et subit une crise économique qui engendre elle-même un exode massif de sa population vers la Russie européenne. Mais cette tendance se ralentit au fil des années, en raison de l'exode des populations de l'extrême-Nord vers le sud et les grandes villes, dont Vladivostok. En 2012, la ville accueille le sommet de l'APEC, et bénéficie de grandes rénovations et constructions.
Préhistoire
Paléolithique
Arrivée des premiers hommes vignette|La vallée de la Partizanskaïa ; Iekaterinovka se situe en arrière-plan.|alt=Photographie depuis une hauteur d'une vallée large et plate, avec deux bras d'une même rivière au centre, avec au fond des montagnes. Le peuplement du Primorié a commencé il y a plus de , lorsque des tribus venues d'autres régions d'Asie comme la Mandchourie se sont installées près des côtes. Ces premiers habitants étaient des chasseurs de mammouths et des cueilleurs, avec un mode de vie nomade, et ils chassaient en groupe. Leur stratégie de chasse consistait à pousser l'animal jusqu'à une falaise, le faire tomber puis l'achever avant de prendre la viande. La plus ancienne implantation humaine connue a été retrouvée près du village d'Ossinovka (raïon de Mikhaïlovka), peuplée possiblement il y a à AP. Ossinovka est considéré par l'archéologue soviétique Alekseï Okladnikov comme le premier complexe du paléolithique supérieur au Primorié. Cependant, il est supposé que les rives de la Suifen furent peuplées bien avant, mais aucune trace ne le prouve. Les études archéologiques ont prouvé de profondes similitudes entre les sites archéologiques du Primorié et ceux des Îles Kouriles, de Sakhaline et de la partie nord-est de l'île d'Hokkaidō.
Le Primorié est alors occupé par de vastes forêts de feuillus dans les zones basses, de forêts de pins de Sibérie sur les versants et une taïga de conifères en haute montagne ; dans la partie la plus septentrionale prédominent des forêts de pins. Le climat de tout le territoire est assez clément, se rapprochant du climat actuel de la Corée, et le niveau de la mer est supérieur d'environ au niveau actuel. C'est dans ce contexte que s'inscrivent les premiers peuplements de la culture d'Ossinovka (du au AEC). De cette culture ont été retrouvés des outils comme des pierres polies et des haches.
Apogée de la dernière période glaciaire Mais lors de l'apogée de la dernière période glaciaire, le niveau de mer a baissé d'environ 90 à par rapport au niveau actuel, et d'autres changements climatiques ont eu lieu dans la région. Des populations venant de Chine et de Corée se sont ainsi installées dans la région, tandis que d'autres ont migré vers le nord. À cette époque, la majeure partie du territoire est recouverte par des forêts de bouleaux et d'autres feuillus. Les montagnes sont, elles, couvertes par de la toundra, avec quelques glaciers sur les plus hauts sommets. Dans la partie sud, des forêts de conifères subsistent tandis que les pourtours du Khanka sont couverts de marécages. Les mammouths et autres animaux étaient chassés. De cette période, l'on retrouve la seconde culture importante du Primorié, celle d'Oustinovka, datée au carbone 14 de (±150) ans à (± 50) AP, bien que des études plus récentes en situent la fin vers /. Les peuples locaux ont des contacts avec la Chine et la Corée, mais aussi avec les cultures du bassin de l'Amour, de Sakhaline et du Japon, alors accessibles grâce au niveau de la mer plus bas.
Passage à l'Holocène Lors du passage du Pléistocène à l'Holocène (il y a AP), le climat primorien était plus sec, et un peu plus froid, avant de se réchauffer d'environ 1 à par rapport au climat actuel il y a de cela . À ce moment-là, les principaux peuplements sont situés dans les vallées fluviales ou sur leurs bords, dans de plus petites vallées. Des outils plus perfectionnés apparaissent, pour couper la viande et la transformer, ainsi que des outils d'ébéniste et pour les produits de la pêche. La chasse, la pêche dans les rivières et la cueillette sont encore les seuls moyens d'approvisionnement en nourriture. Concernant la pêche, des sites ont été occupés spécialement comme camps saisonniers de pêche. C'est lors de cette période que les mammouths et d'autres grands animaux disparaissent, les populations se tournant alors vers les cerfs, sangliers, renards et autres petits animaux. Arcs et flèches remplacent la lance, bien moins utile. La forêt permettait la cueillette de noix, champignons et d'autres plantes pour les populations.
Lors du début du réchauffement, il y a environ , de nouvelles colonies apparaissent, souvent le long des rivières, mais aussi aux bords des lacs, évoluant vers un mode sédentaire. Pour la première fois des poteries sont faites dans la région. Dans le Primorié central, l'obsidienne est utilisée pour la première fois dans la fabrication d'outils en pierre au Primorié.
Néolithique
Premières cultures néolithiques vignette|Aires approximatives de répartition des premières cultures néolithiques au Primorié. |alt=Carte du Primorié montrant les aires approximatives des cultures de l'époque. Au sud, il y a la culture de Boïsman ; dans le centre-sud du Khanka à la mer du Japon la culture de Roudnaïa, et dans le centre-nord la culture de Vetka. Entre AP, le climat se réchauffe fortement, avec des hivers ayant une température moyenne de 10 °C au-dessus des températures hivernales actuelles et des étés plus chauds qu'actuellement. Ce réchauffement est associé à l'élévation de la mer de au-dessus du niveau actuel. Ainsi, de nombreux lieux supposés dater du paléolithique se sont retrouvés sous les eaux, et les populations sont remontées vers les terres, provoquant des changements sociaux. Sur le littoral, des baies et lagunes se sont formées, propices à la pêche ainsi qu'au ramassage de coquillages et à la chasse d'animaux marins. C'est dans cet environnement que trois cultures néolithiques se sont développées en même temps au Primorié. L'une, celle de Boïsman, est apparue sur le pourtour du golfe Pierre-le-Grand ; celle de Roudnaïa s'étendait du lac Khanka jusqu'à la côte orientale dans les parties sud et centre ; celle de Vetka, enfin, très peu connue et étudiée, s'est développée dans le centre et le centre nord, sur le versant occidental du Sikhote-Aline.
vignette|Entrée de la grotte de la Porte du Diable.|alt=Photographie dans une forêt de l'entrée d'une grotte avec une ouverture assez large sur une paroi rocheuse.
La culture de Roudnaïa a émergé au milieu du ( AP) sur un axe allant du lac Khanka jusqu'à la côte de la mer du Japon au niveau de Roudnaïa Pristan et du raïon de Lazo. Son site archéologique majeur est la grotte de la Porte du Diable. Selon les études génétiques, les peuples de cette culture étaient proches des Oultches, des Oroqen, des Hezhen, tous des peuples locuteurs de langues toungouses de la région du fleuve Amour . Cette culture s'est éteinte au .
La seconde culture est celle de Boïsman, apparue il y a () dans le sud du Primorié pendant le Néolithique moyen. Elle doit son nom à la baie de Boïsman (raïon de Khassan), où un de ses sites fut découvert. Elle se caractérise par de petits villages côtiers avec quelques habitations. Les habitants étaient des pêcheurs, pêchant à la fois dans les lagunes mais aussi en mer pendant la période estivale. Dans les sites de Boïsman et (au sud de Slavianka) se trouvent des sépultures, les plus anciennes du Primorié, ainsi que des vestiges d'habitations. Les sépultures ont révélé que les populations se situaient génétiquement à mi-chemin entre celles de Mongolie et celles du Japon de la période Jōmon. Enfin, ces populations avaient domestiqué les chiens.
Culture de Zaïssanovka
vignette|Territoire approximatif de la culture de Zaïssanovka.|alt=Carte du kraï du Primorié, avec dans la partie inférieure l'étendue de la culture de Zaïssanovka. La culture s'étendait de la frontière à la Mandchourie à l'ouest à la mer du Japon au sud et à l'est, et jusqu'au lac Khanka au nord.