Tomás Domínguez Arévalo, né à Madrid le et mort à Villafranca (Navarre) le , plus connu sous son titre nobiliaire de , est un homme politique espagnol, figure importante du mouvement carliste.
Surtout connu pour avoir été ministre de la Justice du premier gouvernement franquiste (1938-1939), il joua un rôle important dans la négociation de la participation des milices carlistes au soulèvement nationaliste de juillet 1936 qui déboucha sur la guerre civile espagnole et occupa d’autres postes importants au cours de la dictature, notamment vice-président de la députation forale de Navarre, conseiller national du Movimiento et procurateur aux Cortès durant les premières législatures du régime.
Famille et jeunesse thumb|left|, père de Tomás Domínguez Arévalo. Tomás Domínguez y de Arévalo Romera y Fernández Navarrete est le descendant de deux familles de propriétaires fonciers de l'Andalousie et du nord de l'Espagne respectivement. La famille paternelle Domínguez est liée depuis des siècles à la ville andalouse de Carmona (Séville). Ils furent tout d'abord connus comme regidores au et conclurent des accords matrimoniaux avec une autre famille locale distinguée, les Romeras. Le père de Tomás, (1848-1931), qui hérita du domaine local de Campo de la Plata, est leur descendant. À l'encontre de la tendance politique dominante dans la région, il se rangea dans le camp légitimiste pendant la troisième guerre carliste. et dut quitter le pays par la suite. À la suite de l'amnistie, il rentra en Espagne puis épousa María de Arévalo y Fernández de Navarrete (1854–1919), descendante de la famille Arévalo, d'ascendance riojano-navarraise. Le père de cette dernière, Justo Arévalo y Escudero, comte de Rodezno, fut un homme politique conservateur bien connu, plusieurs fois députés puis sénateur durant la Restauration. Comme au moment du mariage elle était déjà comtesse de Rodezno, Tomás Domínguez Romera devint comte consort.
À la fin des années 1880, Tomás Domínguez Romera occupa des postes importants au sein des structures carlistes de Madrid. En 1888, il fut président de la commission de propagande de la Junta Directiva del Círculo Tradicionalista de Madrid ; la même année, il en fut élu secrétaire général. Au cours des années 1890, il présenta sans succès sa candidature au Congrès pour Haro (Logroño). Il fut élu lors de 4 élections successives entre 1905 et 1914, dans la circonscription navarraise d'Aoiz. Lors de cet période il fut également membre de la direction nationale du carlisme ; en 1912, il entra dans la Junta Nacional Tradicionalista en représentant de la Nouvelle-Castille, puis en 1913 dans la Comisión de Tesoro de la Tradición. Il présida des rassemblements du parti, échangeant avec des personnalités comme Cerralbo, Feliú ou Mella.
Tomás Domínguez Arévalo fit ses études secondaires chez les jésuites au Colegio de San Isidoro de Madrid puis commença des études de droit dans la même ville, dont il fut diplômé en 1904... Il y suivit les cours du leader carliste de l'époque, Matías Barrio y Mier. Au cours de ses études il découvrit Jaime Chicharro et , fut actif dans la Juventud Jaimista mais aussi dans les cercles littéraires et artistiques. Décrit comme raffiné et sociable, il épousa en 1917 une descendante de propriétaires terriens de Cáceres (Estrémadure)..
Débuts en politique thumb|left|Meeting électoral carliste vers 1910. En 1909, sa première publication est un essai historique sur des monarques navarrais du Los Teobaldos de Navarra. Ensayo de crítica histórica, Madrid, 1909, elle est suivie par des articles dans une revue académiqueen 1912 Un Infante de Navarra, yerno del Cid et l'année suivante De tiempos lejanos. Glosas históricas, tous deux dans Revista de Historia y Genealogía(lire en ligne: 1, 2) et de courtes études biographiques liés à l'histoire du royaume de Navarre. Il écrivit aussi des articles de critique littéraire dans la presse pamplonaisevoir son Arturo Campión. Semblanza literaria (portrait littéraire d'Arturo Campión) publié en 1912 dans le Diario de Navarra..
Le premier mandat politique qu'il exerça fut celui de maire de Villafranca. Son entrée en politique fut favorisée par son ascendance paternelle . Aux élections générales de 1916, le remplacement de Domínguez Romera par Joaquín Argamasilla comme candidat du jaïmisme semblait dans un premier temps envisagé, mais pour des raisons inconnues Domínguez Arévalo fut finalement choisi , cité dans . Domínguez Arévalo fut décrit comme un .. Il fut élu de justesse, en gagnant dans les deux comarques (sur quatre) les plus peuplées du district ; il renouvela son mandat dans le même district en 1918.
thumb|left|Juan Vázquez de Mella. À cette époque, le carlisme était de plus en plus paralysé par les tensions entre son principal théoricien, Vázquez de Mella, et le prétendant Jacques de Bourboin (Don Jaime) ; Domínguez faisait partie des partisans du premier. Il considérait le carlisme orthodoxe comme une impasse car la lignée carliste était condamnée à s'éteindrele prétendant avait plus de 50 ans et n'était pas marié ; il était fils unique et son oncle, âgé de plus de 70, n'avait pas non plus de descendants. Il partageait la conception de Mella d'une grande coalition d'extrême droite, qui serait une nouvelle réincarnation possibiliste du traditionalismee ; il envisagea également une sorte de transfert des droits légitimistes à la dynastie alphonsinece qui fut qualifié de « déshonneur » par les jaïmistes orthodoxes. Cependant, au moment de la rupture du mellisme en 1919, il décida de rester loyal envers Don Jaimeil aurait néanmoins suivi Mella selon , malgré les divergences notoires les séparant.
Dictature de Primo de Rivera thumb|Rodezno avec les chevaliers de l'Ordre souverain militaire de Malte.
À l'avènement de la dictature de Primo de Rivera les Cortes furent suspendues. Rodezno ne participa pas à la vie politique de la dictature, envers laquelle on lui attribue une certaine complaisance.
Durant la dictature, il poursuivit ses activités culturelles et publia plusieurs opuscules, toujours d'inspiration traditionaliste ou médiévale.
Rodezno et sa femme possédaient des domaines fonciers dans toute l'Espagne : en Navarre, (par sa mère), en Estrémadure (par son épouse) et en Andalousie (par son père). Il est considéré comme un important propriétaire terrien. et comme un exemple emblématique de liens existant entre propriété foncière et pouvoir.. Il était chef de la Federación Católico Agraria de Navarra, cofondateur de l'Asociación de Terratenientes de Navarra. et membre de l'Asociación de Propietarios de Alcornocales. Il s'entretint avec divers ministres au nom de certains de ces groupes de pression, et publia également des études analytiques sur le crédit agricole et la propriété foncière. Selon lui, en termes de propriété rurale, la structure navarraise était proche de l'idéal où « tous les agriculteurs seraient propriétaires ». Plus tard, au cours de la République, il défendit la structure de l’arrendamiento .
Leader carliste pendant la République thumb|Arévalo avec d'autres membres de la . thumb|left|Le comte de Rodezno interviewé par en mars 1936.
Après la parenthèse qu'avait constituée la dictature de Primo de Rivera, l'avènement de celle de Berenguer suscita un regain d'activité du mouvement carliste. En , la nouvelle junte navarraise, dont Rodezno était membre, fut créée, dans le but d'imposer une plus grande méfiance vis-à-vis du nationalisme basque en plein essor et de déplacer l'attention depuis les revendications forales vers des questions d'ordre religieux. Après la déclaration de la République, les carlistes décidèrent de former une coalition « catholico-foral » avec Parti national basque (PNV), baptisée (« Minorité basco-navarraise »), dans les rangs de laquelle Rodezno fut élu pour la Navarre aux élections générales de 1931 ... Aux Cortes, il était le « moins basque » des députés carlistes, soulignant les différences entre la Navarre et le Pays basque ; il cessa de soutenir le projet d'autonomie basco-navarais lorsqu'il s'avéra qu'il ne permettrait pas au carlisme de maintenir une politique religieuse autonomeil s'opposait également à l'idée de l'Euskal Herria, englobant dans une même nation le Pays basque et la Navarre ; il protesta également contre le statut d'autonomie de la Catalogne qu'il considérait comme non représentatif et a commença à développer l'idée d'un statut exclusivement navarraisEn 1935 il déclara que le PNV avait révélé sa vraie nature révolutionnaire en 1934 et qu'il ne méritait plus d'alliance avec le carlisme .
Partisan dès la fin des années 1920 de la réconciliation avec les mellistesFuente Langas 1994, p. 425, Rodezno fut l'un des principaux instigateur de la réunification de trois courants traditionalistes au sein de la nouvelle organisation, la Communion traditionaliste. Au début de 1932, il fut nommé à son Comité national suprême, destinée à assister le chef délégué, le marquis de Villores, qui était malade. À la mort de ce dernier en mai de la même année, Rodezno fut nommé président, devenant ainsi le leader politique du carlisme.
Rodezno était extrêmement sensible à la menace d'une révolution marxiste et était convaincu que la démocratie ne pouvait pas la contenir ; il se montra en phase avec une large part du spectre des idées de nationalisme autoritaire alors en essor, du régime fasciste de Mussolini au gouvernement national de MacDonaldToutefois, lorsqu'il s'agit de choisir entre les Italiens et les Britanniques en 1935, Rodezno se montra opposé aux seconds et déclara aux Cortes que les intérêts espagnols en Méditerranée se trouvaient avec l'Italie, l'objectif ultime étant la récupération de Tanger et, implicitement, de Gibraltar . Spécialement hostile à l'égard de la laïcité militante de certains républicainsLorsqu'il commenta le projet de constitution républicaine, il avertit qu'il ouvrirait un abîme entre la République et les catholiques (, . En juin 1931, il protesta auprès des autorités contre les mesures prises contre Segura et de la réforme agraire, il resta un opposant véhément au Parlement . Au cours de conférences qu'il donnait dans toute l'Andalousie, il se félicitait que « les troupes de choc carlistes soient prêtes à défendre la société contre la menace marxiste ». Il n'était néanmoins pas défenseur d'une stratégie insurrectionnelle. Informé du projet de coup d'État ourdi par Sanjurjo, il évita toute collaboration directe, ce qui ne l'épargna pas des expropriations ordonnées par le gouvernement de la République par la suite. thumb|Rodezno à un meeting carliste en 1932.
À la tête du parti carliste, Rodezno mit l'accent sur la politique et la propagande plutôt que sur l'organisation et le militantisme. Selon plusieurs historiens, les structures obsolètes de la Communion, favorisant « l'autonomie placentaire et anarchique », ne pouvaient pas supporter le poids d'un mouvement dynamique et en pleine extension. Ceci, combiné aux protestations en interne contre le rapprochement avec le secteur alphonsin, alors en plein essor, défendu par Rodezno, provoquan d'importantes dissensions. Lorsque d'anciens intégristes proposèrent Manuel Fal à la présidence de la Junte, Rodezno préféra devenir secrétaire personnel du prétendant. Comme ce dernier décidait d'abandonner les projets de réconciliation dynastiqueen 1935 Rodezno le pressait de désigner don Juan comme héritier , en Rodezno accepta de se retirer de la direction .
Conspiration et coup d'État thumb|left|Défilé de requetés après la prise de Saint-Sébastien en 1936.